MOYEN-TERME. VOY. SYLLOGISME
MURATORI (Louis-Antoine), né dans la Modénèse le 21 octobre 1672, mort le 23 janvier 1750, le plus savant historien de l'Italie au xvnic siècle, appartient à la philosophie par plusieurs ouvrages remarquables, mais surtout par l'esprit de sagesse et d'impartialité dans lequel il accomplit ses travaux gigantesques. Bibliothécaire à Milan, puis à Modène, également habile en histoire, en droit, en théologie, en littérature, il a publié près de quarante volumes in-4. Nul n'a suivi avec plus de patience d'arides recherches sur l'antiquité classique et le moyen âge; nul n'a mis au jour un plus grand nombre de documents et de monuments, de mémoires et de chronique .
Anecdola, Annales } Anliquitates, etc. Peu de
ologuesont traite la littérature agréable autant de goût qu'il en a apporté dans son livre Délia perjella poesia ilaliana. Peu de critiques
Ont raisonné avec moinsde pas iiOD et de préven-
tion, et peu de théologiens d'Italie ont envisagé le droit de l'Église avec plus d'indépendance, avec plus de hardiesse. Muratori se constitua l'avocat de la tolérance dans un écrit curieux : De ingeniorum moderalione in religionis negotio; l'adversaire de la superstition, dans un autre écrit, plus fin et plus utile encore. De nœvis in religionem incurrentibus. Avec quelle chaleur il représentait, en 1749, aux souverains, la glorieuse nécessité de rendre heureux leurs peuples, en leur adressant son livre Délia publica félicita oggello de' buoni principi! Avec quelle fermeté il s'énonçait sur la juridiction temporelle de l'Église, sur les décrets du concile de Trente! 11 lui fallut l'active et constante protection du sage Benoît XIV pour n'être pas cité devant l'inquisition
C'est en étudiant les travaux philosophiques de Muratori qu'on est frappé de ces qualités. Ces travaux consistent principalement dans les traités suivants: 1° De la puissance de l'imagination humaine, Délia forza délia fantasia umana (2e édit., 1753); 2° Des forces de V entendement humain, ou Réfutation du pyrrhonisme, Délie forze dclV intendimenlo umano, osia il pirronismo confutato (3e édit., 1756); 3° La philosophie morale exposée à la jeunesse, La filosofia morille esposta e proposla a i giovani (2e édit., 1737)
Dans ces trois écrits, Muratori s'attache à montrer en général que notre âme n'est point naturellement et radicalement impuissante à connaître le vrai, à désirer et à faire le bien, qu'elle est douée au contraire d'une activité essentielle et féconde. Le point de départ de sa morale, de cette étude qu'il appelle la science des sciences, le livre des livres, c'est le Connais-toi toi-même. En s'observant soi-même, l'on arrive à démêler dans cet instinct primitif et commun qui est Y amour de soi, plusieurs genres de besoins et de désirs, appeliti. Ces désirs, ces besoins sont autant de principes d'activité, autant de motifs différents, mais qui tendent tous à un même but, à savoir, le bonheur. La vertu, cependant, est seule capable de nous donner le bonheur, parce que seule elle répond à l'ordre voulu, établi, maintenu par Dieu, c'est-à-dire au bien. C'est cet ordre conçu par notre esprit sous un triple aspect, la justice, la bienfaisance, la religion, qui doit présider à notre vie morale, régler nos désirs, nos volontés, et éclairer notre amourpropre. Gouverné par cette loi suprême, tout amour personnel et aveugle se transforme en celte possession de soi-même, qui est la vraie puissance de l'homme. Muratori développe cette théorie en s'appuyant sur Platon, Plotin, Marsile Ficin, sur Descartes enfin et ses disciples, défendus en ce moment même par Venturelli, son ami, contre le bibliothécaire Agnani de Rome.
Les mêmes auteurs, Malebranche surtout, inspirent Muratori dans son traité de l'Imagination. Prenant ce mot dans une très-large acception, il entend par imagination la faculté qui fournit à l'entendement toutes sortes d'images, de perceptions sensibles, la plupart de ses matériaux : c'est le magasin de l'intelligence, dit-il. Aussi remplace-t-il la formule de l'école, les sens cl l'entendement, par celle-ci : V imagination et l'entendement, lu fantaisie et la raison. L'imagination est l'intermédiaire entre le monde physique et le monde intelligible, le représentant de l'un devant l'autre. En fidèle organe de la philosophie italienne (VOV. PHILOSOPHIE ITALIENNE), il considère cette faculté comme l'un des plus puissants moyens d'atteindre aux mystères de la création, aux profondeurs de la nature divine et humaine. A cet égard aussi, il dépasse Infini-