‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 265 sur 439 · NU AIE · texte numérisé non relu

NU AIE

pensées inédites, un journal qui embrasse les années les plus importantes de sa vie, etc., a été publiée à Berlin, en 1846, par les soins de M. Louis Tieck et de M. Edouard de Bulow. — Sur la philosophie de Novalis, consultez Tsis, par M. Oken (ail.), année 1829, premier cahier; — Histoire de la 'philosophie, par Hegel (ail.), 3* volume; — la Littérature allemande depuis Kant et Lessing} par Gelzer (ail.), Leipzig, 1841 ; Au delà du Rhin, par M. Lerminier. S.-R. T.

NUMÉNIUS d'Apamée, qu'il faut distinguer de deux autres écrivains de ce nom, l'un pyrrhonien, l'autre auteur d'un Traité sur la pêche, etc., vécut au second siècle de notre ère, dont il représente une des principales tendances, celle d'un goût prononcé pour les doctrines religieuses. Toutefois, l'époque précise de ce philosophe est aussi incertaine que l'école qui le forma. Est-ce de la fin ou de la première moitié du second siècle? Fut-il élève ou ami de quelque disciple de Philon d'Alexandrie, qui mourut vers le milieu du premier, ou ne connut-il les idées de cet écrivain, qui devinrent si puissantes parmi les chrétiens, que par ses ouvrages, si peu répandus parmi les polythéistes? Voilà ce qu'on ignore. Le premier auteur qui le cite, Clément d'Alexandrie (p. 304), qui mourut de l'an 213 à 220, et qui avait pu voir Numénius, ne s'explique pas à ce sujet. Ceux qui le nomment plus tard, le qualifient tantôt de pythagoricien (Origène, Contra Celsum, lih. IV, §4; Eusèbe, Hist. ecrlésiast., liv. VI, ch. xix), tantôt de platonicien (Porphyre, Vita Plolini, c. m, xiv, xvu, xx et xxi). A la rigueur, il ne fut ni l'un ni l'autre. Sa place est marquée parmi ces éclectiques qui s'attachent à l'Orient pour élargir l'horizon des écoles grecques, en s'autorisant toutefois de l'exemple de Pythagore et de Platon, ou, pour mieux dire, des traditions qui mettaient ces deux chefs en rapport intime avec la Perse et l'Egypte. L'Orient était l'attrait du siècle, Numénius s'y livra avec confiance et y renvoya dans ses écrits. Son rôle fut plus considérable que ne porteraient à le croire les rares mentions faites de ses nombreux ouvrages. Amélius, qui s'attacha plus tard à Plotin, rédigea et conserva tous ses enseignements ou ses écrits; il en avait gravé la majeure partie dans sa mémoire.

Porphyre ajoute que ce laborieux philosophe s'était fait cent cahiers ou cent scolies, 1% tôv ffwov<7t(Dv, mots qu'on traduit par ex audiendi studio, mais qui veulent dire à la suite des conférences ou d'un commerce intime avec ses maîtres. Amélius donna ce trésor à un fils adoptif qui demeurait à Apamée. Mais, est-ce de conférences avec Numénius ou de conférences avec Plotin qu'il s'agit? Harles [Biblioth. grecque, liv. III, p. 180) entend des conférences avec Numénius. Il ne peut être question cependant que du commerce d' Amélius avec Plotin. Tout ce qui suit et précède le prouve. Plotin partagea d'ailleurs la déférence d'Amélius pour le philosophe d'Apamée, au point qu'il fut accusé de l'avoir trop suivi, et qu'Amélius se crut obligé de défendre à cet égard un maître à qui l'on reprochait aussi de trop reproduire les leçons d'Ammonius. Du désir d'effacer ces accusations vient sans doute le silence que Plotin garde lui-même sur l'un et l'autre de ces philosophes, silence que les néoplatoniciens imitent volontiers, surtout à l'égard de Numénius et de ses écrits. Cette conduite serait assez propre à confirmer, sur la rencontre de quelques théories de Plotin avec celles de Numénius, l'opinion dont il s'agit, et qu'expliquerait d'ailleurs leur respect commun pour Platon, pour Pythagore et pour l'Orient. Toutefois Numénius allait plus loin que Plotin à l'égard

de nos textes sacrés. Il est vrai qu'il demeura sincèrement polythéiste, ne traitant que des questions de philosophie, et ne commenta que des écrits émanés des philosophes. Il est vrai, de plus, que Numénius se targuait d'une fidélité absolue à l'égard de Pythagore et de Platon, et qu'il reprochait leur défection, non-seulement aux platoniciens de la seconde et de la troisième Académie, mais encore à Speusippe, à Xénocrate et à Polémon (voy. dans Eusèbe, Prép. évang., liv. XIV, ch. v, des fragments de son traité sur cette défection). Il est vrai qu'en théorie Numénius était conservateur absolu; qu'il blâmait les divergences même dans les écoles dont il rejetait les doctrines, par exemple dans celle des stoïciens, et que s'il aima tant Platon, c'est que ce penseur était demeuré fidèle à Socrate, sauf ce qu'il avait emprunté à Pythagore. Il est vrai enfin que Numénius, qui disserta sur la question des nombres d'après Pythagore, comme il avait disserté sur la question du souverain bien d'après Platon, dont il avait aussi commenté le Timée (Eusèbe, Prép. évang., liv. XV, ch. xvu), composa encore d'après ces deux maîtres son Traité du lieu et de l'espace (voy. Origène, Contra Celsum, lib. IV, § 198). Toutefois, dans les questions de philosophie religieuse (c'était l'objet de prédilection de Numénius), ce penseur, de simple conservateur, devenait conquérant et portait ses vues impartiales plus loin que Plotin et son école, tout en se persuadant peut-être qu'il marchait toujours sur les traces de Platon. En effet, ayant fait connaissance, par Philon, avec quelques doctrines judaïques, et s'étant laissé entraîner par celles-ci à la lecture de quelques textes chrétiens, notamment de l'Évangile de saint Jean, il s'en appropria les idées qui lui convenaient, se mettant à l'aise à l'égard de l'évangéliste en le citant avec l'épithète d'un certain barbare (Eusèbe, Prép. évang., p. 540). A l'égard du législateur des Juifs, il disait que Platon était Moïse se faisant Athénien (Porphyre, de Antro nymph., c. x; Clément d'Alexandrie, liv. I, p. 342). Ce respect pour les doctrines de l'Orient était chez lui très-général, embrassant celles de la Chaldée et de l'Inde comme celles de l'Egypte (Eusèbe, Prép. évang., liv. IX, ch. vu et vin). Même sur les questions de morale, Numénius conseille de remonter plus haut que Platon et Pythagore, et de comparer le sens des rites, des sacrifices et des institutions des peuples les plus célèbres. On trouvera ces peuples d'accord avec Platon, dit-il. Grâce à ce syncrétisme universel; Numénius, dans la philosophie religieuse, tire parti de tout, non-seulement d'un texte métapnysique de saint Jean, mais encore de certains faits de la vie de Jésus-Christ, dont il use, par voie d'allégorisation, comme Philon use de ceux de l'Ancien Testament. Mais il faut le dire, en complétant et en développant ainsi la philosophie grecque, insuffisante à ses yeux, même dans ses organes les plus vénérés et quoique venue de l'Orient, Numénius montre une érudition crédule et une faible critique. Qu'il cite comme du même ordre les écrivains sacrés de la Judée et ceux de l'Egypte, Moïse, Jannès et Mambrès, cela se comprend de sa part; mais ce qui ne s'explique pas dans le langage d'un philosophe, c'est qu'il attribue aux prières du premier un singulier crédit près de Dieu, et qu'il assigne aux deux autres le premier rang dans lessciences magiques, au jugement de tous (Eusèbe, ubi supra). En partant de ces principes oui nonseulement élargissent l'horizon des écoles de la Grèce, mais franchissent celui de la spéculation légitime, le philosophe d'Apamée arrive à des doctrines fort différentes de celles de ses maîtres, Platon pt Pythagore, très -analogues à celles

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