‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 268 sur 439 · ORBE · texte numérisé non relu

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la masse confuse des éléments primitifs, leur paraissait une tâche supérieure aux forces du premier moteur. Avons-nous besoin de dire que cette théodicée grossière n'est pas la nôtre, et que nous ne concevons pas ainsi la formation successive des êtres ? Elle est le résultat d'un acte unique de la volonté du Créateur, et non le produit successif d'un effort continu ou de diverses créations. Le monde, tel qu'il a été, tel 3u'il est, tel qu'il sera, était contenu en germe ans le monde tel qu'il est sorti des mains de Dieu. Entre l'hypothèse des créations successives et la doctrine d'Anaximandre ou d'Anaxagore, existe une étroite parenté, et l'une et l'autre sont également inconciliables avec la perfection infinie de Dieu. En effet, dans cette hypothèse des créations successives, comment épargner à Dieu le reproche d'avoir d'abord créé le monde sans y déposer le germe de tout ce qui était nécessaire à son perfectionnement, et d'être obligé de se remettre plusieurs fois à l'ouvrage pour achever le plan de l'univers? Agissant ainsi, il n'aurait pas agi par les voies les plus simples, et il n'aurait accompli que par plusieurs décrets successifs ce qu'il aurait pu faire par un seul acte de sa volonté.

Mais, à l'idée d'un perfectionnement successif des choses, on peut encore objecter que Dieu eût bien mieux témoigné sa puissance et sa sagesse en créant tout d'abord les choses portées à leur plus haut degré possible de perfection. D'abord, on pourrait répondre, en écartant cette hypothèse, par le double témoignage de l'expérience, qui nous montre un perfectionnement successif dans les choses de ce monde, et par celui de la raison, qui repousse l'idée d'un degré définitif quelconque de perfection. Mais , même en l'admettant provisoirement, pour la mettre en parallèle avec la doctrine du développement successif des choses, on trouve qu'elle ne nous donne pas la plus haute idée possible de la puissance et de la sagesse du Créateur. En effet, la création d'un germe contenant en puissance tout ce qui est, tout ce qui a été et tout ce qui sera, ne témoigne-t-elle pas d'une aussi grande sagesse que la création simultanée de toutes choses dans un degré fixe et immobile de perfection? J'admire plus la création de l'œuf d'où l'oiseau sortira, que la création immédiate de l'oiseau lui-même. Dans l'oiseau, il n'y a que l'oiseau; et dans l'œuf il y a, de plus que l'oiseau, l'œuf lui-même, avec son admirable construction, et avec une merveilleuse appropriation des moyens à la fin. Ainsi, l'idée d'un développement successif et indéfini de l'univers non-seulement ne porte nulle atteinte à la perfection du Créateur, mais nous en donne la plus haute idée que notre raison puisse concevoir. Autant vaut 1 idée de l'optimisme, autant vaut l'idée de la perfectibilité indéfinie; ces deux idées sont inséparables l'une de l'autre. Sans l'optimisme, il faut sacrifier la sagesse ou la puissance de Dieu, et sans la perfectibilité indéfinie de l'univers, il faut sacrifier l'optimisme.

Résumons, en quelques mots, cette définition et cette défense du vrai optimisme.

Souverainement sage en même temps que souverainement puissant, Dieu ne peut pas ne pas faire le meilleur; donc le monde, son ouvrage, doit être le meilleur des mondes possibles. Mais ce meilleur, en vue duquel Dieu se détermine, c'est le meilleur au regard de l'ensemble des choses et non des détails; le meilleur au regard de l'univers, et non de chaque mondo ou de chaque espèce d'êtres ; c'est le meilleur, non par rapport à la création telle qu'elle est, mais telle que sans cesse elle devient, avec tous

les progrès indéfinis dont elle contient le germe. Tout meilleur, fixe et immobile, est une borne posée à la toute-puissance de Dieu; un meilleur qu'aucun degré de perfection, aucun degré de temps ou d'espace ne limite, est seul digne de Dieu.

Sur l'optimisme, on peut consulter : les Entretiens métaphysiques de Malebranche, les Essais de Théodicée de Leibniz, la Théologie naturelle de Wolf, la Lettre de Rousseau à Voltaire, en réponse à l'envoi du poème sur le tremblement de terre de Lisbonne. On trouvera dans le Manuel de Tennemann, t. II, § 357, l'indication d'un grand nombre d'ouvrages sur l'Optimisme. F. B.

ORBELLIS (Nicolaus de), qu'on appelle encore Nicolaus Dorbelli, Nicolaus Dorbellus, Nicolaus Dorbellis et Nicolaus Orbellicus, né dans l'Anjou vers la fin du xiv* siècle, mort en 1455, se signala par son zèle pour la doctrine de Duns-Scot. Il était franciscain, et il combattit, à ce titre, tout ce qu'on pouvait alléguer à l'avantage de la thèse dominicaine. Il faut le placer parmi les réalistes, à côté de François de Mayronis. Outre qu'il existe une parfaite analogie entre leurs opinions, ils les exposent de la même manière, avec le même goût pour les distinctions et la même rudesse de langage.

Parmi les ouvrages de Nicolas de Orbellis, nous mentionnerons d'abord son commentaire sur les Sentences, dont voici le titre : Egregia sapientissimi docloris magistri Nich. de Orbellis in quatuor Senlentiarum libros exposilio, in-4, Paris, Balligant, 1498; Haguenau, 1503; Paris, 1511, 1517, 1520. Le nombre des éditions indique assez quel fut le succès de cet ouvrage: durant un siècle, il servit de manuel à toute la jeunesse franciscaine. Quand on n'osait pas aborder du premier coup les gloses ardues du Docteur subtil, on se préparait à cet exercice redouté par l'étude de l'excellent abrégé donné par Nicolas de Orbellis.

Dans un avertissement qui précède cet ouvrage, nous lisons qu'avant de l'entreprendre, le même docteur avait déjà réduit en compendium les gloses de Duns-Scot sur la Logique, la Physiques l'Éthique d'Aristote. Cette Logique abrégée fut publiée à Parme en 1483. Nous regrettons de n'avoir pu nous procurer les abrèges de la Physique et de YÉthique scotiste ; ils ne se rencontrent à la Bibliothèque nationale ni parmi les livres imprimés, ni parmi les manuscrits. L'historien de l'ordre de Saint-François, Luc Wadding, nous atteste toutefois l'existence de ces ouvrages. Il ajoute que les gloses abrégées sur l'Éthique ont été publiées à Bâle en 15U3, et il inscrit, en outre, un catalogue des œuvres de Nicolas de Orbellis, d'autres gloses sur les livres de l'Ame, des Météores, du Ciel et du Monde, de la Métaphysique. Nous n'avons pas lu sans intérêt sa Petite Somme {Sommula) sur la Logique de Pierre d'Espagne, imprimée en 1489, à Venise, par Bernardin de Choris, dans un recueil in-folio qui contient, en outre, les Pas de Mayronis, les Trois principes d'Andréa, les Formalités de Bonnet, et divers autres petits traités. En voici le titre pompeux: Excellent issimi viri, arlium ac sacree theologice professoris, eximii magistri Nicolai de Orbellis, secundum docirinam Docloris sublilis Logica brevis, sed admodum utilis, super textum Pétri Il/spam. C'est là qu'il faut chercher les déclarations de Nicolas de Orbellis sur les problèmes philosophiques. Il les fait sans détours, s:ms réserves, avec l'assurance d'un disciple qui, reproduisant les opinions de son maître, cruit fermement ; qu'il ne peut commettre aucune erreur. Réaliste

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