ORPH
OSWA
(Mo)Tr,pia) ; — Mystères ; — les Trois victoires (poème) ; — des hymnes.
Quant aui poënies orphiques qui nous restent en entier, ce sont : un poëme des Argonautiqucs; des Hymnes et un poëme sur les pierres intitule LUhiques. Trois hypothèses se présentent à nous sur l'époque de leur composition. Ou ils sont authentiques, ou ils ont été fabriqués dans les anciennes écoles grecques, ou enfin ils ont été composés à une époque postérieure.
On ne peut attribuer ces poésies à l'Orphée antéhomérique de la tradition : d'abord elles ne sont citées par aucun auteur des temps classiques; ensuite le dialecto qui y domine est le dialecte alexandrin, et l'on y rencontre même certaines locutions d'une époque encore plus moderne ; quelques expressions seulement et quelques tours révèlent l'imitation des anciens poètes. La composition des Argonautiques fournit aussi des arguments contre l'antiquité de ces poésies. Si Orphée en était l'auteur, il n'aurait pas constamment parlé de lui. Celui qui a composé ce poëme semble fort préoccupé de cette idée, que l'on ne verra pas volontiers en lui le vieux poète thrace : il a pensé qu'en faisant parler Orphée à la première personne, en lui faisant dire plusieurs fois qu'il est descendu aux enfers, etc., il tromperait plus facilement ses lecteurs, et c'est justement ce qui aujourd'hui empêche l'illusion. Quant aux Hymnes, ils ne sont pas plus authentiques : en effet, on y trouve la mention de dieux qui n'étaient pas connus des premiers Grecs et qui paraissent pour la première fois dans des poètes de beaucoup postérieurs à l'époque où l'on place l'existence d'Orphée; on y trouve, par exemple, le nom de Priape, inconnu d'Hésiode (Strabon, liv. XIII, ch. u, §12); des Titans, « qu'Homère a le premier introduits dans la poésie » (Pausanias, liv. VIII, ch. xxxvn) ; des Furies, déjà qualifiées ô&iOTO.ôxajxoi, tandis qu'Eschyle passait pour être l'inventeur de cette chevelure de serpents (Pausanias, iiv. I, ch. xxvm) que, depuis, les poètes et les artistes leur ont souventdonnée. Ni les Argonautiques ni les Hymnes ne peuvent donc être attribués à Orphée. 11 en est de même du poëme sur les pierres, car il renferme des allusions évidentes au mysticisme théurgique des néo-platoniciens. D'autre part, aucun de ces ouvrages ne rappelle la philosophie de Pythagore, ni celle des stoïciens. Reste donc à placer leur fabrication dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, à l'époque ou furent composées les oeuvres du faux Hermès Trismégiste (yoy. ce mot), et une grande partie des prédictions en vers attribuées aux sibylles. Avant la découverte de l'imprimerie, les luttes philosophiques et religieuses ont souvent fait naître de ces livres apocryphes, qui surprenaient la bonne foi des plus habiles, et dont la critique n'a pu que tardivement signaler la véritable origine. Pour ce qui est des Lithiques, il ne peut y avoir le moindre doute; elles ont été écrites dans un temps où le paganisme était attaqué par l'incrédulité, car le poëte se plaint de voir les autels des dieux abandonnés, et où la magie était réputée un crime, car on y lit (v. 67 et suiv.) : « Le mépris^ et la haine de tous les hommes s'attachent à celui que la foule nomme magicien ; » or, la magie n'a commencé à être un crime capital que sous Constantin, précisément à l'époque ou l'on désertait en foule les autels païens. 11 est parlé dans ce poëme de pierres inconnues a Théophraste, à Pline, à Dioscoride et à Galien ; Ce qui fait supposer que le poëte vivait après tous ces auteurs. Bien plus, Proclus et ses disciples ne citent pas un seul vers de notre collection orphique, quoique les doctrines qui y sont
exposées soient très-conformes, en général, aux idées alexandrines; d'où l'on peut conclure que, si tous ces poèmes existaient alors, du moins ils n'étaient guère répandus dans le monde savant. Quoi qu'il en soit, un fait reste acquis aujourd'hui à l'histoire : si jamais il y eut des poëmes orphiques contenant l'exposé des doctrines primitives du paganisme, ces poëmes sont perdus, et ceux qui nous restent aujourd'hui sous ce nom appartiennent à l'époque où le paganisme expirant tentait un dernier effort pour se régénérer sous les attaques, déjà triomphantes, de la religion chrétienne.
Consulter, pour plus de détails sur ce sujet : Hermann, Orphica (Leipzig, 1805); — Lobeck, Aglaophamus (Kœnigsberg, 1829); — Tyrwhitt, Prœfatio ad Lilhica (Londres, 1781); — Ouvaroff, Ueber das vor homerische Zeitalter, dans les Etudes de philologie et de critique (Saint- Pétersbourg, 1843); — Bode, Quœstiones deantiquissima carminum orphicorum œtate (Gœttingue, 1838); — Jules Girard, le Sentiment religieux en Grèce, d'Homère à Eschyle (Paris, 1869). E. E.
OSWALD (James), philosophe écossais, vécut dans la seconde moitié du xvme siècle. Il se rattache immédiatement à Reid, dont il développa la doctrine philosophique dans un ouvrage intitulé: Appel au sens commun en faveur de la religion (Appeal to common sensé in behalf of religion), Edimbourg, 1766-1772.
Le but qu'il se propose est l'apologie du christianisme ; et, pour y arriver, il s'occupe de restituer d'abord l'autorité des vérités morales et religieuses qu'avait si fortement ébranlées le scepticisme de Hume. La prétention de vouloir tout expliquer, tout démontrer, voilà quel est, suivant Oswald, le vice radical de la philosophie de tous les temps. Au lieu de s'en tenir aux lumières naturelles de la raison, les philosophes anciens et modernes se sont perdus dans des spéculations aventureuses sur la nature de l'être, la valeur ontologique des idées, et autres problèmes tout aussi indifférents aux véritables intérêts et à la félicité de l'homme. Ils sont allés chercher bien loin ce qui est près d'eux et en eux-mêmes, la croyance invincible à la réalité du monde extérieur, à l'existence de l'âme et à celle de Dieu. Aussi de toutes ces discussions chimériques ne sont sortis et ne pouvaient sortir que le doute et l'incrédulité. Le matérialisme, l'idéalisme, le scepticisme se succèdent avec une désespérante régularité dans l'histoire ; et quant aux rares systèmes que pourrait accepter la foi du genre humain, ils sont embarrassés d'un tel appareil de démonstrations et de formules, qu'ils nuisent plutôt qu'ils ne servent à la défense et à la propagation de la vérité. Quel moyen reste-t-il donc d'échapper à d'aussi tristes conséquences? Il faut, répond Oswald, en finir avec toutes ces ambitieuses recherches qu'on a décorées du beau nom de métaphysique, et s'attacher fermement aux seules données du sens commun. Sans doute, le sens commun lui-même peut être altéré par les préjugés, l'éducation, la coutume; mais il ne cesse pas d'aspirer et revient toujours au vrai. Rien ne saurait prévaloir contre son témoignage, comme rien ne saurait le remplacer. On ne discute pas l'évidence; elle est. On ne démontre pas les principes ; ce sont eux qui servent à démontrer. Veut-on établir scientifiquement l'existence et les attributs de la Divinité, la responsabilité morale de l'homme, on est bien près de les compromettre l'une et l'autre. Pour croire à l'existence de Dieu, il suffit de regarder autour de soi : Cœli enarrant gloriam Dei. Pour croire à la moralité du genre humain,