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cloîtres et de toutes les universités, et d'y substituer la sienne propre. Heureusement le pape fut
plus libéral que le philosophe: il ne déclar a guerre au péripatétisme, et il laissa Patrizzi ibattre librement Aristote au profit de Platon.
Quoique Patrizzi n'ait pas atteint son Lut, et quoique si non Vf lie philosophie n'eût certainement pas été un progrès sur l'ancienne, tous ses efforts ne furent cependant pas perdus. Il éveilla de plus en plus l'esprit critique à l'égard de la philosophie d'Aristote et de ses sources, il ébranla l'autorité d'Aristote déjà compromise par les péripatéticiens purs qui l'avaient mise en opposition avec l'autorité de l'Église, et ainsi il provoqua l'esprit humain à rechercher la vérité en lui-même et par lui-même.
Voici les litres complets des deux principaux ouvrages de Patricius : Francisci Patricii Discussionum peripatclicarum tomi IV, quibus Aristotcliciti philosophiœ universa historia atque dogmala cum velerum placiïis collata déganter et crudité declarantur, in-f°, Bàle, 1371 ; — Nova de universis philosophiu. libris L comprehensa, in qua Aristotelica methodo nonper motum sed per lucem et lumina ad primam causam ascenditur, deinde nova quadam ac peculiari methodo Platonica rerum universitas a Deo deducitur, auctore Francisco Patricio, philosopho oninentissimo, et in ecleberrimo Romano Gymnasio, summa cum laude eamdem philosophiam publiée interprétante, in-8, Bâle, 1591. Ce dernier ouvrage est extrêmement rare.
Consultez sur Patricius les principaux historiens de la philosophie, et particulièrement Tennemann. F. B.
PAUL DE PERGOLA (Paulus Pergulensis) professait la philosophie à Venise dans les premières années du xve siècle. On l'a confondu souvent avec Paul de Venise, et cette confusion s'explique d'elle-même : ils ont porté le même nom, enseigné dans le même temps, dans la même province, suivant la même méthode, ~et publié, sous le même titre, des livres entre lesquels on peut signaler beaucoup moins de dissemblances que de conformités. Le plus célèbre des écrits de Paul de Pergola a pour titre : Compendium logicœ, in-4, Venise, 1480, 1486, 1488, 1491, 1495, 1501; in-f°, Venise, 1498. On a du même auteur : Expositio de sensu composito et diviso, in-4, Venise, 1500. Plusieurs bibliographes lui attribuent encore un petit volume in-4, publié à Padoue, en 1477, sous le titre de Dubia; mais nous avons lieu de croire qu'ils se trompent : ce titre, employé rarement en scolastique, appartient à un ouvrage qui porte le nom de Paul de Venise, dans toutes les éditions que nous en avons pu rencontrer. Un contemporain, Jacopo Riccio, distingue parfaitement les deux professeurs : le Vénitien qui professait à Padoue, et le Romagnol qui professait à Venise [Jac. Riccii Quœdam objectiones, capitulwm du J-'.ijinpoleutiis) ; quand il cite les Dubia, ce qui lui arrive fréquemment, c'est toujours à Paul de Venise qu'il les attribue.
Nous n'avons pas à rendre compte des opuscules logiques de Paul de Pergola : ils onl joui d'une grande réputation, et ils ont dû cette vogue à ce qui nous les rend insupportables, ils se composent d'une succession de formules cl de figures algébriques qui réclament, mais nV "■agent pas une attention persévérante. On y rencontre, d'ailleurs, peu de nouveautés. B. II.
PAUL DE VENISE {Paulus Vendus), ne dans la seconde moitié du xiv* siècle, fit pr<
n\re la règle de Saint-Augustin, et mourut en 1429. Il y a des renommées qui sont
bien peu durables. Paul de Venise était ap
de son temps, le docteur des docteurs, le prince
des philosophes, le monarque de l'é<
imua philosophorum monorcha. Ses contrains nous rapportent que, dans l'Italie tout entière, personne n'osait lui disputer cette primauté, et, peu de temps après sa mort, quand l'imprimerie vint répandre en tous lieux les ouvrages réputés les plus utiles, ceux dont on était le plus impatient de posséder de nombreux exemplaires, les écrits de Paul de Venise sortirent à la fois de toutes les presses italiennes. C'est alors que commença la confusion des langues et que finit la période scolastique. La jeunesse courut vers de nouveaux maîtres, et bientôt on oublia même le nom de ceux qui, parmi les anciens, avaient été salués par les applaudissements les plus enthousiastes. Aujourd'hui, quel historien de la philosophie nous parle de Paul de Venise? Si nous interrogeons les biographes italiens, ils ne savent nous dire avec certitude quel fut le lieu natal de cet illustre docteur, les uns nommant Venise, d'autres Udine, quelques autres enfin le confondant avec Paul de Crète : on ne sait pas même s'il enseignait à Venise ou à Padoue. Si ce n'est pas là ce qui nous importe le plus, nous voulons, du moins, dresser un catalogue exact de ses ouvrages philosophiques, et rendre compte de son enseignement. Ainsi, nous réparerons l'injure du temps, et, puisque Paul de Venise jouissait d'une si grande renommée, nous ferons connaître quelle était, à la fin du xive siècle, la méthode dominante dans les écoles de la haute Italie.
Il a laissé deux traités de logique, dont l'un est l'abrégé de l'autre. Le plus considérable, qui a pour titre Logica magna, fut publié à Venise, en 1499, in-f°, aux frais d'Octavien Scot, par les soins de François Macerata et de Jacques de Fossano. Les éditions de la Petite Logique, Logicula, Summulœ logicœ, furent bien plus nombreuses. Hain [Repertorium bibliogr.) n'en désigne pas moins de huit, qui furent publiées avant l'année 1496; on en trouvera l'exacte description dans son Répertoire. A ces deux traités il faut joindre un opuscule sur les universaux. Super universalia Porphyrii, et sur les Catégories d'Aristote, imprimé à Venise, en 1494, in-f°, et un commentaire sur les Derniers Analytiques, six fois édité jusqu'à l'année 1494, à Florence et à Venise. C'est encore à la même section, à la logique, qu'appartiennent les Soj hitmata aurea de Paul de Venise, publiés, pour la première fois, à Pavie, en 1483, in-f°, puis à Venise, en 1493, in-f°. et réimprimes avec un autre ouvrage, Dubia circa philosophiam, à Venise en 1493 et en 1499, et à Paris, par Jean Barbier, en 1514, in-f°, sous le titre de Quadrutura magistri Pauli Veneti logici ac sophisli acutissimi omnes logicalium subtilitates in se eomplectens. La logique est. suivant Paul de Venise, le grand art : il n'a pas, toutefois, négligé les autres parties de la science philosophique. On a de lui : Expositio super octo libros Physicorum Arislolclis, in-f°, Venise, 1499; — Expositio in Aristotelcm de genertUions et corruptione et de mundi composilione, in-f°, Venise, 1498 ; — Scrijjtum in libros Aristotelis de anima, in-f°, Venise, 1481; enfin, il a présenté le résumé de ses commentaires sur les diverses parties de la physique péripati tii ienne dans un ouvrage qui a pour titre : Summa jltilosophiœ naturalis, imprimé à Venise, en 1491, et en 1502, in-1" ; à l'iris, chez Grandjon, en 1512; chei Regnault, en 1513; et chez Josse Bade, en 1521, même format. Tel est ne des œuvres
ophiques de Paul de Venise. Il faut, avec
PENC
PERF
Casimir Oudin, restituer à Paul de Crète, ou à I quelque autre docteur du même temps, les sermons et les opuscules théologiques attribués à notre philosophe, par Fabricius et par Possevin; il faut, en outre, ne pas confondre, comme on l'a fait trop souvent, la Petite Logique de Paul de Venise avec celle de Paul de Pergola : l'une a été manifestement écrite sous l'inspiration de J'autre ; ce sont, néanmoins, deux ouvrages différents.
La méthode de Paul de Venise est très-simple: elle consiste à développer le texte d'Aristote; c'est une paraphrase continue. On sait qu'au moyen âge, l'usage des commentateurs était de prendre le texte d'Aristote pour la matière d'une interprétation excessivement libre : Averroès avait donné cet exemple, et il avait été suivi. Les commentaires d'Albert le Grand sont une suite de digressions ; Duns-Scot ne s'étudie qu'à falsifier le texte : aux mots qui l'embarrassent, il en substitue d'équivalents, et il interprète ensuite ceux-ci pour en proposer d'autres, qui s'éloignent davantage du texte primitif; de telle sorte qu'après une seconde, une troisième, une quatrième substitution, Aristote dit le contraire de ce qu'au premier abord il semblait dire. Paul de Venise procède tout autrement: il suit le texte sans y chercher la matière d'aucune amplification et se contente de l'expliquer; mais les explications qu'il donne sont tellement subtiles, qu'on a souvent beaucoup de peine à les comprendre. C'est le plus délié des logiciens de la Renaissance.
Il ne faut pas trop mépriser les gloses de Paul de Venise : on peut les lire avec quelque profit; ce qu'il n'y faut pas chercher, c'est une doctrine originale. S'il appartient à l'école péripatéticienne, il offre quelquefois des arguments aux adversaires de cette école.
Ce reproche lui a été fait par Jacopo Riccio d'Arezzo, dans un petit livre qui a pour titre'!: Quœdam ohjectiones et annotata super Logica Pauli Veneti, in-4, Venise, 1488. B. H.
PENCHANTS. On nomme ainsi certaines dispositions naturelles différentes à la fois des appétits et des passions.
L'appétit, né du corps et relatif au corps, n'a rien que de sensuel. Les penchants viennent la plupart du cœur et appartiennent à la vie morale. D'ailleurs, les appétits, excités et assouvis tour à tour, intermittents et périodiques de leur nature, représentent mal l'action plus égale, plus lente, mais continue de nos penchants.
D'un autre côté, les penchants peuvent devenir des passions, mais les passions ne sont pas les penchants. Nulle de nos passions ne date de notre naissance, toutes s'allument et s'éteignent durant !e .ours de la vie, tandis que nos penchants sont primitifs, et l'on pourrait dire que, dès le pre i ier jour, notre nature est inclinée du côté ou, a décisive de la volonté, se
porterait la vie tout entière. Vives et impétueuses, ces passions nous précipitent et nous entraînent, souvent elles nous brisent. Les penchants nous font mollement descendre une pente douce et facile au bout de laquelle nous nous endormons dans la volupté, quelquefois dans l'infamie.
C'est une vérité reconnue, que les hommes diffèrent par leurs penchants. Cette différence,
3ui en produit tant d'autres, n'est-elle que de egré, ou implique-l-elle que chaque homme n'a qu'un certain nombre des penchants de la nature humaine, dont la somme serait dans l'espèce entière? Non; la nature humaine est complète en chaque individu. Le penchant le \a décidé à l'indifférence, à la crédulité, ne
produit ni une incrédulité ni une indifférence perpétuelle, ni même une prédominance continue de l'un ou de l'autre de ces penchants. Oubliez ces caractères idéaux que l'artiste expose sur sa scène, consultez l'expérience : l'indifférent se passionne, l'esprit crédule a douté peutêtre de l'évidence; tel ami de la nouveauté se dément un jour en faveur d'un vieil abus. Dans une même âme il y a donc place pour des penchants contraires, et l'on peut dire que l'histoire bien faite d'un seul homme serait en abrégé l'histoire entière de l'humanité.
Non-seulement tous les penchants humains sont en chacun de nous, mais tous sont bons de leur nature, et il n'en est pas un seul qui, sagement dirigé, ne donne de bons résultats.
Il en est de nos penchants comme de la sensibilité tout entière. Il s'agit de les gouverner, non de les abolir; mais tout est perdu si nous ne les dirigeons pas. Aveugles et tyranniques de leur nature, ils grandissent et se fortifient de chacune de nos faiblesses, entament et détruisent par degrés notre liberté, et nous réduisent avec le temps à cet état machinal dans lequel périssent toute énergie, toute dignité personnelle, tout sentiment comme tout amour du bien, et jusqu'au désir même d'un état meilleur. Que dire de certains phrénologues, pour qui les circonvolutions de la masse encéphalique, sièges et organes de nos penchants, sont la suprême raison de toute la conduite humaine? Oracles infaillibles qui ne s'exposent pas à prédire l'avenir ; mais qui absolvent, après coup, comme autant de victimes d'une fatalité invincible, les assassins et les parricides ! On trouvera ailleurs (voy. Gall) ce qu'il faut penser des hypothèses phrénologiques ; contentons-nous de rappeler ici que nul penchant primitif n'est invincible. Au début de tous les criminels que trouve-t-on ? Une première faiblesse, un funeste engagement que l'on pouvait éviter et qui a tout perdu. Socrate, le plus vertueux des hommes, était né avec les penchants les plus vicieux, et lorsque, au sortir d'une expiation salutaire, quelqu'une de ces prétendues victimes de la fatalité se réhabilite par une conduite honorable, ne dément-elle pas la théorie qui l'absout, et ne prouve-t-elle pas qu'une volonté énergique triomphe des penchants les plus impérieux?
Pourtant ce fatalisme phrénologique nous semble moins révoltant qu'une autre doctrine contemporaine qui prétend établir la légitimité de tous nos penchants : « La morale est un piège, dit Charles Fourier ; suivez l'attrait du plaisir, obéissez au penchant qui vous mène, le devoir vient des hommes, nos penchants viennent de Dieu. » Rien de plus connu que cette morale phalanstérienne : voilà plus de vingt-deux siècles qu'Aristippe, le courtisan décrié des tyrans de Sicile, l'annonçait à la Grèce païenne qui la répudia. Voy. Cybénaïques, Socialisme.
On trouvera dans les ouvrages de Platon et principalement dans le Phèdre et dans la République, des vues profondes sur la nature de nos penchants, et sur leurs rapports avec nos facultés intellectuelles et morales. On consultera encore avec fruit la Recherche de la vérité de lebranche. Les Écossais ont connu les penchants sans les énumérer, sans les classer. Les médecins de l'école phrénologique en ont donné des classifications arbitraires ou hypothétiques, qui sont à refaire en grande partie. D. IL
PENSÉE, voy. Intelligence.
PERCEPTION, voy. Sens.
PERFECTIBILITÉ, voy. DESTINÉE HUMAINE.
PERFECTION. Être parfait, c'est ne manquer de rien. Telle est la signification la plus générale