PERU
ni mémo la matière organisée. La matière a dû être piécédée de la forme formatrice et vivifiante. Lt> principe de toutes les formes est Dieu, l'intelligence première et suprême, et, par conséquent, l'acte absolument par, simple et premier. » {Questions péripatéticiennes, quest. 1 et 3.) Ces pensées sont an bel et pur écho Ao la théodicée d'Aristote.
On le voit : battu en brèche pendant la période de la Renaissance, le péripatétisme conserve encore das sectateurs ardents et convaincus. Au xvii* siècle, il a cessé de régner. Combattu ou délaissé par les grands esprits, troo combattu même et trop délaissé, il est relégué dans l'enseignement sans grandeur et sans attrait des écoles des jésuites. Bacon écrit son Novutn Organum en opposition à YOrganum d'Aristote. Descartes ne reconnaît d'autre maître que l'évidence. Spinoza écrit ces mots qui sont une rupture avec les anciens : « Platon, Aristote, ni Socrate n'ont pas de crédit chez moi. » Malebranche lit peu, quand il lit. Il se réjouit de vivre dans le temps de Descartes et dans un pays assez heureux, dit-il, « pour nous délivrer de la peine d'aller chercher dans les siècles passés parmi les païens, et dans les extrémités de la terre, parmi les barbares et les étrangers, un docteur pour nous instruire de la vérité.... » Seul, Leibniz est plus équitable. Élève du péripatéticien Thomasius, il débute dans les mêmes voies que son maître. Plus tard, il conserve une préférence pour Aristote ; plus tard encore, il tente de concilier Aristote et Platon; mais, quoique éclectique, il est in dépendant et original, il a du génie, il est Leibniz, et il a un système, la Monadologie. Au xvm" siècle, nos philosophes ne s'occupent même plus de combattre le péripatétisme. Ils l'oublient, ou l'ignorent, ou s'en moquent, ou s'en passent. Mais, en Allemagne, Brucker lui fait une place dans son Historia critica philosophiez, et Kant sait lui rendre justice, en attendant Hegel, Brandis, etc., etc.
Dans notre siècle, grâce à la puissante impulsion donnée à l'histoire de la philosophie, la doctrine d'Aristote a conquis toute l'attention à laquelle elle a droit. Depuis plus de cinquante ans, elle est étudiée, publiée, traduite, jugée avec l'esprit critique, l'indépendance, l'équité qui avaient plus ou moins manqué aux péripatéticiens et aux antipéripatéticiens des âges précédents. Aucune des écoles contemporaines n'est péripatéticienne ; aucun des philosophes contemporains n'est, à proprement parler, péripatéticien. On s'efforce de connaître Aristote, mais seulement pour mettre à profit celles de ses idées qui ont résisté à l'épreuve du temps. La philosophie française peut s'honorer d'avoir suivi avec persévérance et succès cette voie que M. Cousin lui a ouverte et où il l'a dirigée en maître, après s'y être lui-même engagé. Il serait trop long et hors de propos d'énumérer ici les écrits spéciaux publies de notre temps sur les points particuliers de la philosophie aristotélique. Nous n'indiquerons que les travaux qui embrassent l'ensemble de la doctrine. Les voici : Histoire universelle de la philosophie, par Henri Hitter (texte allemand), 1829-1835. La partie qui contient la philosophie ancienne a été traduite en français par M. J. Tissot, 4 vol. in-8, 1835- 1837; — Essai sur la Métaphysique d'Aristote, par Félix Ravaisson, 2 vol. in-8. 1845-1846; — la Philosophie des Grecs exposée dans son <i<:veloppement historique (texte allemand), par Edouard Zeller, trois parties, 2" édit., 1856 1868, 2" partie, 2" section; Aristote, par George Grotc, ouvrage posthume (texte anglais), pubué
par MM. Alexandre Bain et G. Croom Roberlson/ 2 voi. grand in-8, 1872. L'auveur du présent article a exposé et apprécié l'ensemble de la métaphysique et de la physique d'Aristote; voy. le travail intitulé : Dieu et la Nature dans le système d'Aristote, compris dans les Éludes de philosophie grecque et latine, 1 vol. in-8, 1864.
PÉRIPATÉTICIENS, VOy. ARI9Ï0TE et SCO- LASTIQUE.
FERNUMIA (Jean-Paul), né à Padoue, médecin et philosophe, a laisse plusieurs ouvrages dont un seul doit nous occuper : Joannis Pauh Pernumia philosophia naturalis ordine definitivo tradita, quod a nullo hactenus factum est; in-f", Padoue, Galigano de Karera, 1570. Quelle est cette nouvelle manière d'enseigner la philosophie naturelle ? La méthode pratiquée par Jean-Paul Pernumia consiste à formuler d'abord les définitions les plus générales, ensuite les définitions qui en dérivent, et à procéder dans cet ordre, de conclusion en conclusion, jusqu'au terme de l'examen des questions naturelles. Notre docteur n'a pas, assurément, inventé cette méthode ; mais il faut lui savoir gré de l'avoir appliquée le premier à la recherche et à la détermination des lois qui régissent ce qu'on appelle le monde physique. Aristote n'avait laissé sur la physique que des traités séparés. Après les commentateurs anciens ou nouveaux d'Aristote, qui avaient scrupuleusement suivi la trace du maître, les libres docteurs de la Renaissance avaient publié de nombreuses dissertations sur les problèmes les plus vivement controversés durant le moyen âge ; mais personne ne s'était inquiété de rédiger un cours de philosophie naturelle : il y avait donc quelque nouveauté dans l'entreprise de Jean-Paul Pernumia. Ajoutons qu'il ne l'a pas trop mal conduite. Son style n'est pas toujours clair ; sa pensée s'arrête souvent à la surface des choses : il y a néanmoins de très-bonnes parties dans son livre, et nous avons lieu de croire que les professeurs du xvic siècle ne l'ont pas consulté sans profit. Pernumia appartient à la secte réaliste. Bien qu'il allègue souvent l'autorité de saint Thomas, il réalise beaucoup plus d'abstractions que le chef de l'école dominicaine; il proteste, toutefois, et avec assez de vigueur, contre l'intempérance dogmatique de Duns-Scot. Ce. qu'il reproche le plus vivement à ce docteur, c'est d'avoir mis au nombre des substances, au nombre des choses réellement douées de l'existence, la matière prise en soi, la matière séparée de la forme. Il y a donc quelque modération dans son réalisme. B. H.
PERRAULT (Charles), écrivain français, père du célèbre architecte, né à Paris en 1628, est plus connu des enfants que des philosophes. On doit pourtant mentionner ici son Parallèle des anciens et des modernes en ce qui regarde les arts et les sciences, Paris, 1688. 11 y soutient que les philosophes modernes sont bien au-dessus de ceux de l'antiquité, et confirme par ce nouvel exemple la loi du progrès qu'il a arbitrairement étendue à des choses qu'elle ne régit pas. Voici comment il établit sa thèse : En logique, on ne peut comparer les indigestes dissertations d'Aristote avec le bel ouvrage de Port-Ruyal, et surtout avec le Cours si excellent de M. Duhamel; en morale, les anciens n'ont rien su, puisqu'ils n'avaient Eas l'idée de la corruption originelle de la nature umaine; leur plus grand homme, Socrate, est un orgueilleux ironique et dédaigneux par caractère, vertueux par orgueil; en physique, Aristote ne vaut pas Descartes, qui pourtant n'est pas sans défauts; les anciens n'ont enfin rien connu
PERS