‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 284 sur 439 · PETR · texte numérisé non relu

PETR

PÊTR

mères réfléchissent plus purement, plus complètement l'amour de la beauté incréée et absolue, de la vérité idéale et parfaite, le vertueux et austère amour du vrai Dieu.

Nous allons rapidement indiquer le contenu de ces écrits, en commençant par ceux où l'adoration de Laure est encore étroitement unie à l'adoration de la sagesse invisible.

1° Les Six Triomphes, qui sont restés inachevés et qui ne furent publiés qu'après la mort de Pétrarque. Le premier de ces Triomphes représente l'amour comme le maître de tous les mortels; le second montre Laure victorieuse de l'amour; le troisième, la mort victorieuse de Laure ; le quatrième, la gloire triomphant de la mort; le cinquième, le temps l'emportant sur la gloire; le sixième, la Divinité maîtresse du temps, et par conséquent de toutes choses.

2" La Vie solitaire {de Vila solitaria) est un traité en deux livres adressé à un fidèle ami de Pétrarque, Philippe de Cabassoles, évêque de Cavaillon. C'est la retraite de Vaucluse qui inspire cet éloge de la solitude ; c'est l'antiquité qui en fournit les principaux éléments, les exemples des sages. Dans le premier livre, l'auteur s'abandonne aux élans de son imagination éloquente, pour montrer que l'homme est né pour la vertu; que les villes et les cours ne permettent pas de cultiver la vertu ; qu'il faut donc vivre loin de la société. Le second livre est tout historique et plein d'érudition.

3° Le traité de Otio religiosomm, adressé au frère de Pétrarque, chartreux de Montrieu, est plus théologique que philosophique; il contient cependant des parties intéressantes sur la méditation et la contemplation, sur la philosophie religieuse, sur celle des Pères, etc.

4° Les deux livres intitulés Remèdes contre Vune et l'autre fortune {de Remediis utriusque fortunœ), adressés au proscrit de Vérone, Azon de Gorége, autrefois maître de Parme, sont une imitation de l'ouvrage de Boëce. Ils se composent, le premier, de cent vingt-deux dialogues ; le second, de cent trente-deux, et doivent établir comme maxime, que tous les biens terrestres sont bornés et périssables, et qu'il n'est point de maux sans remèdes. Pétrarque envisage successivement tout ce qui semble assurer le bonheur ici-bas, et conclut que toutes les félicités mondaines ne sont que des biens dangereux pour la vertu, parce qu'elles nous asservissent aux passions. Puis il énumère les peines et les souffrances des hommes, auxquelles le sage se dérobe, en considérant l'adversité comme une école bienfaisante pour le cœur et pour la volonté.

5° Le De sua ipsius et midtorum ignorantia, composé dans la retraite d' Arqua, est un écrit très-important pour connaître l'état de la philosophie italienne au xive siècle. C'est une réponse savante et véhémente aux péripatéticiens, qui avaient déclaré Pétrarque un homme sans lettres, parce qu'il avait refusé de jurer, sur la foi d'Aristote, dei Aristotelis. Il soutient contre eux que le vrai penseur se range du côté de Platon et de Cicéron, à l'exemple des Pères mêmes, qui trouvaient les académiciens, non-seulement plus riches et plus agréables, mais plus conformes au christianisme.

6° Dans les deux opuscules politiques de Republica oplime administranda et de Offtcio et mrtutibus imperatoris, Pétrarque rassemble les principales maximes de Platon et de Cicéron sur la politique et le Oouvernernent, sur les droits et les devoirs des peuples comme des princes. Ce double cadre offre le tableau de l'indépendance et de la liberté, du patriotisme et de

la félicité publique, tels que pouvait les concevoir un platonicien du xive siècle, ami dévoué de tout progrès populaire : c'est une production fort supérieure au de Monarchia de Dante.

7° Les trois colloques de Conlemptu mundi forment une sorte d'autobiographie dans le genre des Confessions. Saint Augustin y est l'interlocuteur de Pétrarque en présence de la Vérité. Ces trois dialogues remplissent trois jours. Le premier prépare la conversion de Pétrarque, dont la vie avait été si orageuse. Le second représente Augustin passant en revue tous les vices dont l'âme de Pétrarque est dominée, et que Pétrarque avoue. Le troisième et le plus intéressant rend compte des amours de Pétrarque; explique la cause du changement qui va s'opérer dans sa vie comme dans ses études, et assigne à ses soupirs, pour unique objet, la beauté infinie, la sagesse divine.

8° C'est cette divine sagesse qui fait le sujet des dialogues De vera sapientia, tenus sur la place de Rome entre un sophiste, rhéteur et érudit, orator, et un ignorant, humble et pieux, idiota. Dans le premier dialogue, l'ignorant essaye de montrer au savant que la sagesse ne s'apprend pas dans les livres ni dans les écoles, mais au fond de la conscience. Se connaître soimême, voilà l'origine de la sagesse. Mais on ne se peut connaître qu'en déposant toute présomption et en revêtant l'humilité, la modestie et la modération. Alors on reconnaît que si Vhomme est un animal raisonnable et mortel, la raison est viciée par l'orgueil, et son orgueil susceptible d'être humilié par la pensée de la mort. Ainsi se trouve, à côté du mal, un sûr remède. Par la révélation, d'ailleurs. Dieu nous offre non-seulement le moyen de chasser le désespoir, mais la force de relever et de purifier la raison. Dieu nous offre, à la place de l'imparfaite sagesse du monde, la parfaite et sainte sagesse du ciel. C'est cette admirable sagesse que l'auteur décrit dans le second dialogue, essayant de la rendre sensible et agréable sous mille formes poétiques, comme l'original de toute beauté. L'effet de cette sagesse véritable est d'inspirer l'amour de la perfection, le sapere inlernum, par lequel l'homme intérieur est puissamment attiré vers la Divinité, son principe, son milieu et sa fin. Cet amour se manifeste en particulier de deux manières, par la science et par la charité, deux degrés d'initiation et d'épuration, où notre âme se libère de ses ' mauvais penchants et se fortifie dans son instinctive sympathie pour la source de tout bien, pour l'Être infini.... Voilà ce que Pétrarque entendait par la vraie sagesse; voilà pourquoi Boccace, son ami, l'appelait un homme céleste, cœlestis homo.

En réunissant les idées qui servent de fondement à ces ouvrages, on voit que la morale de Pétrarque ne contenait rien de neuf. Elle était une nouvelle application des anciennes doctrines, de celles de Platon et des Pères; mais, dans le siècle où elle parut, elle devait sembler une puissante, une séduisante nouveauté. La forme sous laquelle Pétrarque la produisit, la forme du dialogue et de l'ironie socratique ; la méthode qu'il employa, un mélange .ibre et vaiié de l'analyse et de la synthèse, de Anduction et de la divination, de la psychologie et de la preuve a priori, tout cela fait également de Pétrarque un disciple de l'Académie et des plus profonds docteurs de l'Église. Il l'est plus encore par cette tendance éminemment morale qui le distingue entre tous les esprits célèbres de son I s, et que ne lui ont pas empruntée la plupart de ses imitateurs modernes.

Voyez, sur Pétrarque, l'abbé de Sade, Mémoire*

Page 1