‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 288 sur 439 · PHOT · texte numérisé non relu

PHOT

d'Eusèbe une réfutation dont l'écho se répéta dans Lactance, saint Cyrille, saint Chrysostomc et Isidore de Péluse. Hiéroclès lui-même était trop instruit pour se tromper sur la valeur réelle du témoignage de Philostrate; mais, adversaire passionné du christianisme, il admettait ce que lui livrait la tradition polythéiste embellie par les soins d'un rhéteur. C'est là ce qu'est Philostrate; il n'est ni philosophe ni historien, si ingénieux qu'il se montre dans l'arrangement des élégances oratoires et dans l'imitation des beautés de Thucydide ou d'Hérodote. Sur ce point, celui d'une constante reproduction de ce que ses lectures lui ont fourni de plus classique, toutes ses pages se ressemblent, mais rien n'y avance la philosophie proprement dite. Ses Vies des sophistes intéressent davantage l'histoire des lettres et celle des mœurs. Eunape a plus tard compris également, sous le titre de sophistes, des hommes qui tenaient réellement aux écoles philosophiques; les sophistes de Philostrate ne sont pas, en majorité, de ce nombre; ce sont d'abord Eudoxe, Carnéade, Philostrate l'Égyptien et Phavorinus d'Arles ; ce sont ensuite les fameux dialecticiens de l'ancienne époque, celle de Socrate et les orateurs attiques, moins Démosthène, et enfin des rhéteurs de l'ère romaine. On voit par cette énumération ce qui regarde la philosophie. Les Tableaux (Elxôve;) de Philostrate n'ont d'importance que pour l'histoire de l'art ou l'histoire de l'esthétique des anciens. Ce sont des descriptions (èx<ppà<reiç) faites avec beaucoup d'habileté et d'élégance d'une galerie de tableaux que le sophiste visite dans un faubourg de Naples, avec ses disciples et un enfant de dix ans, celui de son hôte auquel il adresse ces explications. Aujourd'hui, partagée en douze livres, cette composition l'était probablement en quatre autrefois. Écrivain exercé et profond, Philostrate composa encore des Héroïques ou des récits sur les héros du cycle homérique, avec des appréciations morales des caractères admis ou créés par le poète; des Méditations (M^.exai) qui sont perdues, et des Lettres d'amour dont il s'est conservé soixante-quatorze d'une valeur très-médiocre; un grand nombre à'Entretiens (A-.aÀéSeï;) dont certaines parties sont peut-être reproduites dans quelques discours que le biographe d'Apollonius met dans la bouche de ce personnage. Un traité ou un discours sur la Gymnastique (rupv/a'mxôO dont il reste un fragment, et quelques autres morceaux qui méritent moins l'attention. L'auteur de la meilleure édition des Sophistes de Philostrate, M. Kayser, revendique aussi pour cet écrivain le morceau qui figure dans les œuvres de Lucien, sous le titre de Néron, ou du Percement de l'isthme. Aide, Morell et Oléarius ont publié les Œuvres complètes de Philostrate à Venise 1502; à Paris, 1608; à Leipzig, 1709. — M. Boissonade a donné une nouvelle édition des Héroïques et des Lettres. Paris, 1806. — MM. Jacobs et Welcker ont publié à Leipzig, en 1826, une édition avec commentaire, archéologique surtout, des Tableaux de Philostrate et des Statues de Callistrate, ouvrages dont M. Kayser, qui donne in-4 les Œuvres complètes de Philos- Irate, a publié aussi une édition spéciale à Zurich, en 1844. Voy. encore : Chassang, Apollonius de Tyanc, sa vie, ses voyages, ses prodiges, par Philostrate; Paris, 1862, ra-8.

Le dernier des trois Philostrate de l'époque aine, petit-fils du précédent, très-aimé et prononça son premier discours olym- I ' i - ' ' I ' » ' " à lâge de vingt-deux ans, obtint de Caracalla la franchise du tribut deux ans après, et marcha sur les traces de son grand-père ma-

ternel, en professant eu m me lui dans Atbènes et en décrivant ou en écrivant des Tableaux comme lui, mais avec moins de talent.

On truuve dans le cinquième volume de la Bibliothèque grecque de Fabricius-Harlcs les autres personnages du nom de Philostrate, qui sont étrangers à l'objet de notre travail. Ceux même dont nous venons de parler n'ont d'importance que pour l'histoire de la philosophie et celle de l'art. J. M.

PHORMION. Il a existé deux philosophes de ce nom : l'un platonicien, que Platon, dont il était le disciple immédiat envoya. dit-on, à Ëlée, sur la demande de cette ville pour lui donner une constitution conforme aux principes de la R 'publique ; l'autre péripatéticien, qui enseignait la philosophie à Éphèse, où Annibal l'entendit. Mais ayant voulu parler de l'art militaire devant le général africain, celui-ci ne put lui dissimuler son mépris (Cicéron, de Oratore, lib. II, c. xvin). X.

PHOTIUS , patriarche de Constantinople, et d'une des premières familles de cette ville, reçut l'éducation la plus brillante. A l'érudition, au talent de la parole, il joignait la connaissance des affaires, l'ambitioc et l'astuce. Beau-frère d'Irène, sœur de l'impératrice Théodora, il devint capitaine des gardes sous Michel III, et plus tard il fut promu au rang de grand écuyer, en remplacement de Bardas, créé césar. Il remplit avec distinction une mission diplomatique à Baghdad près du calife Mofawakkel. II s'attacha ensuite au césar, alors le vrai maître de l'empire sous son neveu j et quand Ignace fut chassé aveG violence du siège patriarcal de Constantinople, c'est lui qui le remplaça en 857. Il et lit laïque pourtant six jours avant son élection. Reconnu par deux légats de Nicolas Ier au synode de Constantinople de 861, déposé à un autre concile tenu à Rome l'année suivante par le pape même auquel Ignace en avait appelé, il répondit par un contre-concile où il anatbématisa le pontife à son tour, et où l'Église romaine fut accusée d'hérésie ; et il se maintint aussi longtemps que dura le pouvoir de Michel III. Mais l'avènement de Basile Ier, le chef de la dynastie macédonienne, lui fut fatal (867). Il fut jeté en prison, et le huitième concile œcuménique (ou quatrième concile de Constantinople en 869) prononça sa déposition. Il fut rétabli néanmoins à la mort d'Ignace, en 871, et deux légats de Jean VIII adhérèrent à sa réinstallation; mais Jean VIII les désavoua, et derechef excommunia Photius, peut-être parce que le patriarche ne se montra plus disposé, ainsi qu'il l'avait fait espérer, à céder au saint-siége la juridiction sur l'Église de Bulgarie. Photius pourtant ne tomba pour la seconde fois du trône primatial que quand Léon VI fut empereur à la place de son père, en 886. Il est probable que le patriarche avait noué une trame pour donner l'empire à un de ses parents. Cinq ans après, Photius mourait dans un monastère. Le schisme dont son retour au patriarcat avait été l'occasion, ne s'éteignit pas lurs de sa chute : l'on voulait à Rome que tous les évêques et tou3 les prêtres dont le sacre remontait à Photius se reconnussent illégitimes; et plus tird, la querelle, de personnelle qu'elle était d'abord, devint une question de dogme. — Photius passait pour l'homme le plus savant de son siècle. Sa riche mémoire, son esprit étendu et souple, le mirent de bonne heure en possession de connaissances aussi variées que profondes. Lettres, sciences, jurisprudence, philosophie, théologie, il avait tout abordé. Mais c'est peut-être encore plus par le jugement qu'il brille. Son esprit est net, solide, positif. Il va droit au fait, à l'utile; il

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