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n'est pas dupe des illusions, des apparences; il méprise tout charlatanisme. Généralement il voit haut; il est doué à un degré rare pour son temps de la faculté comparative; il a vraiment de l'indépendance et de l'impartialité. Telles sont, du moins, les qualités qui donnent un prix tout particulier à son célèbre Myriobiblon (ou Description et dénombrement des livres lus par nous, etc.), si connu sous le nom de Bibliothèque de Photius. En dépit de ce que semble promettre le titre Myriobiblon (dix mille volumes), l'auteur n'y passe en revue (et il l'annonce luimême) que deux cent soixante-dix-neuf ouvrages. Mais presque tous offrent de l'intérêt, soit sous un rapport, soit sous un autre; et quelquesuns ne nous sont absolument connus que par l'analyse de Photius. Ces ouvrages (tous en prose, sauf trois) appartiennent à peu près à tous les genres de littérature : orateurs, historiens, romanciers, grammairiens, philologues, médecins, théologiens, naturalistes, passent tour à tour, et du reste sans ordre, sous nos yeux. Les philosophes n'ont point été oubliés dans cette vaste galerie; et s'il est vrai qu'on pourrait en désirer un plus grand nombre, il faut avouer que l'auteur aurait dépassé la proportion, en leur accordant une place plus considérable. Parmi les écrits sur lesquels il est à peu près le seul à nous donner des renseignements de quelque valeur ou de quelque étendue, il faut placer au premier rang la Théologie arithmétique de Nicomaque de Gérase ;§ 187), et les Pyrrhonia d'^Enésidème (§ 212). Il est des plus sévères pour le premier; et il ne balance pas à regarder comme temps perdu celui qu'on passe à élaborer, à étudier de semblables théories. Et cependant, il en convient, il faut un savoir profond, il faut l'habitude de la géométrie et de toutes les mathématiques pour suivre les raisonnements de l'écrivain. Sans prétendre en démontrer méthodiquement l'absurdité, il s'attache surtout à en faire voir l'arbitraire et les contraeditions auxquelles se laisse entraîner le philosophe théologien de Gérase au sujet des nombres qu'il augmente ou diminue, qu'il multiplie ou divise, qu'il torture, en un mot, pour les transfigurer en divinités. L'analyse qui suit est vraiment une révélation ; et sans le compte rendu de Photius, ou nous ignorerions absolument, ou nous saurions bien mal à quel point les pythagoriciens des derniers âges prirent au sérieux et au pied de la lettre la parole fort ambiguë, du maître, que l'univers est créé par les nombres, et quel développement ils donnèrent à ce principe. L'article sur jEnésidème n'est pas moins fondamental. Ce n'est pas simplement une table des matières : on y saisit parfaitement et la manière et le fil des raisonnements d'^Eaésidème. On y voit le doute se produire sous toutes ses faces et s'attaquer successivement à la sensation, aux objets de la sensation, ou aux phénomènes du monde extérieur, aux idées morales, à la notion de cause. Il est vrai que vers la fin de l'analyse, ce scepticisme semble prendre une forme dogmatique. Mais il est incontestable que cette apparence tient à la concision de l'écrivain byzantin, qui, après ce qu'il a dit en commençant, ne suppose plus qu'il soit possible de s'y tromper. Nul doute, d'ailleurs, que si jEnésidème avait été infidèle à son principe au point de nier tout simplement au lieu de rester dans l'incertitude, Photius, très-habile dialecticien, et qui se plaît à opposer un auteur à lui-même, n'eût relevé la contradiction. Le compte rendu d'iEnésidème est précédé immédiatement d'un morceau curieux : c'est la table des cinquante ou cent chapitres d'un ouvrage de psychologie
RICT. PHILOS.
et de médecine intitulé Diclyaqucs, et dont l'auteur se nommait Denys d'Egée. Nous mentionnerons encore comme intéressants : 1° l'aperçu malheureusement trop court qu'il nous donne du traité Qu'est-ce que l'univers (lle&l tri; toù TtavTÔç oùuiac), par le prêtre Joseph (ou Caïus?); 2" son extrait d'un anonyme sur Pytbagore et les dogmes des pythagoriciens; 3' ses analyses de la Vie d'Apollonius de Tyane. par Philostrate, et de celle d'Isidore, par Marinus. Quoique nous possédions l'un et l'autre ouvrage, on aime à connaître l'impression de Photius, tant sur les héros que sur les biographes; il caractérise surtout de main de maître le style de Damascius. On voit encore figurer dans le Myriobiblon, Théophraste, dont il cite textuellement divers morceaux d'histoire naturelle ; les Hypotyposes de saint Clément d'Alexandrie, pour lequel il est très-rigoureux, mais dont il nous fait regretter sans le vouloir l'ouvrage perdu ; la Chrestomalhie de Proclus ; les trois ouvrages de Jean Lydus ; les Principes et le Labyrinthe d'Origène. Nous ne parlons pas de Themistius et de Libanus, tous deux sophistes, mais qu'il ne considère que comme orateurs.
Le Myriobiblon a été publié en grec par Hœsschell, in-f", Augsbourg, 1601 ; puis, grec-latin (traduction de Schott), aussi in-f°, à Genève, en 1611, et à Rouen, en 1653; M. Bekker l'a donné de nouveau en grec seulement, 2 vol. in-4, Berlin, 1824. Les autres ouvrages imprimés de Photius sont le Nomocanon ou Protocanon, collection des lois ecclésiastiques comparées aux lois civiles (insérée dans la Collectio canonum, Paris, 1559, grec-lat., trad. de Hervet, et dans la Bibliothèque de droit de Justel, et qui est devenue le manuel de l'Église grecque pour sa jurisprudence);— des Lettres, dont beaucoup très-importantes (Montaigu en a donné deux cent cinquante-trois, grec-lat., Paris, 1651; cinq autres se trouvent éparses dans divers recueils : il en reste beaucoup d'inédites), et deux homélies; — un Glossaire précieux (publié par Hermann, Leipzig, 1808, et par Porson, Londres, 1822); — un opuscule comprenant dix Questions scolastiques (dans les Novœ eruditorum deliciœ de Fontani, t. I. La Bibliotheca Coisliana de Montfaucon offre quelques fragments d'un traité en quatre livres, par Photius, Contre les nouveaux manichéens (ou paulieiens). Val. P.
PHYSIQUE. La.physique, d'après l'étymologie grecque du mot, était la science de la nature, c'està-dire de cet univers visible, dont il s'agissait d'expliquer l'origine, la persistance et les changements perpétuels. C'était dans un traité de la Nature (Ilepi çû<tecoç) qu'en général non-seulement les philosophes de l'école ionienne, y compris l'idéaliste Heraclite et le spiritualiste Anaxagore, mais aussi Empédocle et les éléates, résumaient l'ensemble des doctrines de chacun d'eux sur tout ce qui existe. Pour les ioniens, ce qu'il s'agissait surtout d'expliquer, c'était le monde visible. Les éléates depuis Parménide n'accordèrent dans leur philosophie qu'une petite place aux spéculations sur le monde visible, qui constituait, suivant eux, le domaine des apparences, en dehors de l'être vrai, c'est-à-dire de l'absolu, seul objet de la science. Les pythagoriciens se livrèrentàdesrecherchessurlanatureue l'univers auquel ils donnèrent le nom de monde (xoithoç) à cause de l'ordre qui y règne, mais ils subordonnèrent ces recherches à la théorie des nombres, considérés par eux comme principes des choses. Socrate rejeta la science de la nature, pour s'occuper de celle de l'homme. Platon, qui rendit à la physique une place dans la philosophie, lui accorda un peu plus de créance que
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n'avaient fait les éléates ; mais il pensait qu'elle ne pouvait pas atteindre la certilude et qu'elle devait se contenter de la vraisemblance. Ce fut Aristote qui créa le nom de Physique, pour désigner une partie de la philosophie : la physique fut pour lui la science des principes les plus généraux des phénomènes de la nature. L'essence de ces phénomènes consistait suivant lui dans le mouvement ; mais il étendait le nom de mouvement au changement de quantité et au changement de qualité. Par la nécessité d'un premier moteur immuhile, la physique touchait pour lui à une autre science plus élevée encore, à la science générale de l'être, des causes premières et de la cause suprême, c'est-à-dire à la science qu'il nomme philosophie première et qu'on nomma plus tard métaphysique. Quant aux divers objets que la nature présente à l'observation, le ciel, les astres, les météores, la terre, les éléments, les animaux, les plantes, les minéraux, tous ces êtres observables par les sens furent considérés par Aristote comme objets de sciences spéciales, qui relevaient de l'observation pour la partie descriptive, et qui étaient soumises pour la partie théorique à une application trop souvent malheureuse de la physique générale a priori; mais en zoologie Aristote se montre observateur et classificateur habile. A l'exception de Théophraste et de ses études sur les plantes, les disciples d' Aristote dans l'antiquité firent tpeu pour la science de la nature. Dans le panthéisme matérialiste des stoïciens, la Physique embrasse, outre une théorie du monde, où la superstition tenait une grande place à côté des hypothèses, la théorie de l'âme et de Dieu, et ne laissa en dehors d'elle dans la philosophie que deux sciences, la logique et la morale. La physique embrasse aussi toute la philosophie, à l'exception de ces deux mêmes sciences, dans le matérialisme presque athée des épicuriens, trèsdogmatiques sur la théorie des atomes, sur la matérialité des âmes et sur la négation de la Providence divine, mais sceptiques et prodigues d'hypothèses contradictoires pour l'explication des phénomènes de la nature. Les néo-platoniciens, avec leur panthéisme idéaliste, s'occupèrent peu des sciences naturelles, si ce n'est, comme Proclus, à titre de commentateurs : en vertu de leur doctrine de l'émanation, ils faisaient de la physique comme un appendice de la théorie des premiers principes supérieurs au monde, et dans le monde ils s'occupaient plus de la hiérarchie des âmes que des phénomènes des corps.
La physique du moyen âge fut surtout celle d Aristote, physique générale, en dehors et audessous de laquelle venaient les sciences spé- « iales concernant les divers objets de la nature. lis le xv6 siècle, on vitreparaître les principafes sectes de la philosophie antique, avec la j hysique à peu près telle que chacune d'elles l'avait définie et cultivée ; mais, jusqu'au commencement du xvne siècle, malgré quelques heureux essais d'une méthode nouvelle, ce Fut, i n somme, la physique péripatéticienne qui domina.
Ce fut surtout Gai ihe oui délivra 1rs sciences du joug de la physique générale des péripatétil'iens, et qui, par 1p. précepte et par l'exemple, leur donna leur vraie méthode, fondée sur lob L'expéi Bntation, la mesure, le raiet le c.ileul. Quand il voulut désigner un 1 sciences concerna min d il les .- 1 1 > [ m la
OU luen il les réuni! sous le nom de PI ""'■'■ I par Newton. Suivant
Prançi is Bacon, la Ph une science qui
embrasse : 1° la théorie des principes des choses; 2° la structure du monde; 3° l'étude des différents êtres, et des différentes classes de phénomènes du monde visible. Pour la physique ainsi définie, Bacon préconisa la méthode expérimentale, mais en la mutilant par la suppression do la partie mathématique; qui en fait l'exactitude et la puissance, et par la substitution de la recherche des essences à la recherche des causes et des lois : comprenant mal cette méthode, il sut fort peu la pratiquer. Descartes rejeta aussi la physique d'Aristote, mais pour se faire une autre méthode a priori : Descartes employa les mathématiques en physique ; mais il ne donna à cette application qu'une base ruineuse, en ne commençant pas par l'observation, l'expérimentation et la mesure. Ce fut par cette méthode a priori que Descartes embrassa l'étude de la nature dans ses Principes de la philosophie, dont la lre partie a pour objet les Principes de la connaissance humaine; la 2e, les Principes des choses matérielles ; la 3°, le Monde visible ; et la 4e, la Terre et tous |les objets animés ou inanimés qu'elle présente. Ses disciples, par exemple Rohault et Régis, donnèrent le nom de Physique à des ouvrages du même genre. Les traités dans lesquels on s'efforçait d'embrasser tant de choses soutenaient mal, pour chaque partie, la comparaison avec les traités généraux des imitateurs de Galilée. A mesure que la vraie méthode des sciences physiques devint prédominante, le champ des observations et des théories se divisa de plus en plus. Les principes les plus généraux de ces sciences, de même que de toutes les autres, restèrent à la philosophie; mais ces sciences elles-mêmes cessèrent d'être considérées comme des parties de la philosophie. Elles cessèrent aussi d'être réunies ensemble sous le nom de Physique : l'astronomie, la météorologie, la géographie physique, la géologie, la physiologie animale et végétale, la zoologie, la botanique, la minéralogie, la cristallographie, la chimie, furent autant de sciences distinctes, et la Physique resta seulement la science des propriétés et des phénomènes que les corps présentent en tant qu'ils n'éprouvent pas de changements dans leur composition. Cette science ainsi restreinte se divisa elle-même en plusieurs sciences, qui ont pour objets les mouvements, les sons, la chaleur, la lumière, l'électricité, le magnétisme. Toutes ces sciences, formées ainsi par des démembrements successifs de la physique antique, doivent rester unies entre elles par leur union commune avec la philosophie, qu'elles ont besoin de consulter sur quatre choses essentielles, savoir : sur leurs principes, sur leur méthode, sur leur classification et sur les rapports du monde physique avec le monde intellectuel et moral.
Voy. les articles Science, Nature, Galilée et Ampère. Th. H. M.
PIBRAC (Guy du Faur, seigneur de), un de ces jurisconsultes français qui jouèrent, au xvie siècle, un rôle si brillant et si utile, n'est plus connu qu'en qualité de moraliste, c'est-àdire cou. ne' l' tuteur des Quatrains.
Fils d'un président au parlement de Toulouse, où il naquit en lo29, élève de Cujas et d'André deur au concile de Trente, ministre en Pologne, chancelier de plusieurs princes du san I généra] au parlement de
eiller d'État, Pibrac mourut en 15 d'une de langueur, causée par les trou-
bles ci p r sa haute
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ble ei forl recherché, appartenant à l'école de Ronsard et de Du Bartas, mais fuyant, comme