‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 293 sur 439 · PLAC · texte numérisé non relu

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côté du savant. Ainsi, on géologie, tandis que l'op nion commune expliquait tous les phénomènes par l'action du l'eu, Pmi donna la préférence à celle Je "eau, par ce seul motif, que la Genèse nous montre l'esprit de Dieu flottant sur là surface des eaux. Le seul ouvrage dont nous ayons à nous occuper ici, et qui fit un certain bruit au moment où il parut, a pour titre Protologia, analysim scientiœ sistens rationeprima exhibitam. 3 vol. in-8, Milan, 1803. C'est tout à la fois un traité de logique et de métaphysique, dirigé contre la philosophie régnante, ou ce qu'un appelait alors l'idéologie, mais où la théologie ne tient pas moins de place que la philosophie. On y voit poindre quelques-unes des opinions que de Maistre et de Donald développèrent plus tard, entre autres la fameuse théorie de la révélation divine de la parole. L'auteur se propose de rechercher le premier principe des sciences, et de fonder par ce moyen une science unique, universelle, dans laquelle on puisse faire rentrer toutes les autres. Ce principe, il le trouve dans la nature divine, considérée comme la source de la raison humaine, et nous offrant poui caractère l'unité avec la pluralité de personnes. En effet, il démontre que la raison, dans l'homme, est distincte des sens, qu'elle est une et identique dans tous les actes de la pensée, et que, malgré cette unité, nous sommes tout à la fois le sujet, l'objet de l'intelligence et l'esprit intelligent qui va chercher sa cause, et son modèle en Dieu. Toute lumière et toute vérité viennent donc de Dieu, et la nature divine, c'est-à-dire le dogme de la Trinité, se réfléchit nécessairement dans tous les objets que nous connaissons, devient la base de toutes les sciences, sans excepter la morale. Cette idée, développée avec talent, aurait pu donner lieu à un livre plein d'intérêt et commencer une réaction salutaire contre l'école de Condillac; mais Pini, outre le tort qu'il a eu d'écrire en latin, est un esprit confus, bizarre, qui semble fuir la clarté et qui prend la recherche pour l'élégance. Son ami et son collègue, M. Rovida, lui a consacré une notice biographique sous ce titre : Elogio biograj/hico e brève analysi délie opère di Ermenegilao Pini, in-8, Milan, 1832.

PITTACUS, voy. les sept Sages.

PLACCIUS (Vincent) professa le premier la philosophie morale avec quelque indépendance en Allemagne. Après avoir fait ses études à Helmstaadt, à Leipzig, à Padoue, il enseigna la philosophie à Hambourg, sa ville natale, où il mourut vers la fin du xvile siècle.

On lui doit un grand nombre d'ouvrages d'histoire, de législation, de philologie. Dans tous ces écrits il se propose pour principal objet ia réforme des études, selon lui commencée mais non achevée par Vives et Bacon. En physique, il embrassa le système de Descartes; en morale, sans prétendre abandonner tout à fait Aristote, régnant encore dans les écoles allemandes, il suivit une sorte d'éclectisme.

Son travail le plus distingué sur la morale est intitulé de Morali scienlia augenda (in-8, 1677). 111e présente comme le complément du VIIe livre du de Dignitate et augmentis scieniiarum; mais c'est une réfutation, plutôt qu'un commentaire de Bacon. Ainsi, Placcius blâme d'abord le philosophe anglais d'avoir divisé la murale en exemplaire et en géorgique; ii veut substituer une division correspondante, non pas aux travaux i culture, m. lis à ceux de 1 1 médecine et de l'hygiène. M combat aussi Bacon pour avoir rapporté à la théologie tout ce qui regarde le bien erain : c'est la philosophie qui doit s'en o cuper. il trouve trop subtile el peu utile la

du bien personnel [suilatxs) en bien actif

et bien passif; comme celle du bien passif en bien conscrvalif et bien perfectif. Une partie très-intéressante de ce livre est intitulée la Thérapeutique moraZe (p. 343-362). Une autre se tien

fort instructive présente un abrégé de l'histoire de la morale (p. 19-84), qui paraît avoir servi à Puflendurf et à Barbey rac.

Placcius distingue avec sagacité, avec clarté, la morale d'avec le droit naturel, dans un ouvrage intitulé Accessioncs elhicœ, juris naluralis et rhelorieœ. Dans une autre production, de Fruclu philosophiœ moralis prœripuo, il tenta, non-seulement de concilier la morale naturelle avec la morale religieuse, mais de prouver la nécessité de la révélation au moyen des imperfections de la philosophie morale. Il ne faut pas oublier, non plus, l'ingénieux parallèle tracé par Placcius entre ce qu'il appelle la république de Platon et d'Aristote, et celle de Morus, de Campanella et de Bacon. C. Bs.

PLACE (Pierre de La), jurisconsulte et historien, mérite ici, comme moraliste, un rapide souvenir. Né vers 1520, à Angoulême, d'une famille ancienne, élevé à Poitiers et à Paris, La Plaje remplit, sous Henri II, la charge de président de la cour des aides. Ayant embrassé la doctrine de Calvin, son ancien condisciple à Poitiers, il fut obligé de s'enfuir plusieurs fois de Paris, et eut le malheur d'y être rentré le jour de la Saint-Barthélémy. Il fat assassiné dans la rue de la Verrerie, à l'âge de 52 ans. Il n'avait pas seulement joui de l'estime de Erançois V", de Henri II, de Charles IX, mais des respects de tous les magistrats de France, et particulièrement de l'amitié du chancelier de L'Hospital. — Trois de ses ouvrages touchent par plusieurs points à la philosophie morale, ainsi que Biyle l'a fait voir. Ce sont : Traité de la vocation et manière de vivre à laquelle chacun est appelé, in-4, Paris, 1561, écrit consacré à l'instruction et à l'éducation de l'enfance, appuyé sur les lumières du bon sens et sur l'expérience des anciens, autant que sur une étude réfléchie de l'Écriture sainte ; — Traité du droict usage de la philosophie morale avec la doctrine chrestienne, in-8, Paris, 1562; — Traité de l'excellence de l'homme chrétien, publié peu de semaines avant le massacre du 27 août 1572. C'est dans le Traité du droict usage que La Place expose le mieux ses vues philosophiques; ces vues, qu'il était si fier de partager avec L'Hospital, ne sont autre chose qu'une alliance entre la morale d'Aristote et celle de l'Évangile. La philosophie morale, il la définit une explication de la loi de nature (p. 5). Aussi repousse-t-il l'opinion de ceux qui, dit-il, foulent aux pieds les systèmes des anciens philosophes, comme chose flétrie et de nulle valeur. L'Éthique d'Aristote lui semble identique aux leçons de Platon et de Socrate : elle constitue « ces leçons mêmes, réduites en un corps entier par un grand artifice. » De là vient qu'il fait consister la vertu dans la médiocrité. Rien par excès, dit-il. D'autres fois, sur les traces d'Aristote encore, il nomme la vertu une habitude, laquelle incline à faire selon la droite mison. Ce qui le mène de là au christianisme, c'est la réflexion que la volonté de l'homme n'est pas toujours assez Forte pour faire le bien que sa raison voit et que son cœur désire. La coopération divine vient alors suppléer à L'insuffisance naturelle des hommes. 11 est curieux de remarquer combien ce système ressemble à celui que Mélanchthon lit régner dans les écoles prolestantes du Nord. C. Es.

PLACETTE (Jean de La), né en 1639, à Pontuc, en Béa in, réfugié, après la révocation de

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l'édit de Nantes, à Copenhague, en qualité de r français, mourut à Utrecht. le 28 avril 171 S. Ce maître d'Abbadie eut, au xvne siècle, une réputation extraordinaire qui le fit surnommer le Xicole des protestants. Il publia, en effet, un très-grand nombre de traités de morale, ses à ceux du candide janséniste. Le style de La Placette est simple, facile, plus clair qu'élégant, mais d'une clarté qui dégénère parfois en diffusion. L'ordre, la méthode, une exactitude parfois trop scrupuleuse, sont les qualités qui distinguent ses raisonnements. On regrette que le soin de la popularité dans l'expression l'ait empêché d'approfondir ou d'étendre certaines de ses idées. Quant aux règles et aux préceptes qu'il donne, ils annoncent un esprit juste et sage, modéré et ferme, également éloigné de l'austérité des rigoristes et du relâchement des casuistes. Ne citons que le traité de V Orgueil, celui de la Conscience, celui du Serment, celui de l'Aumône. Le plus intéressant de ces essais. c'est un recueil en quatre volumes, intitule Nouveaux Essais de morale. — Voy. le Père Niceron, au tome II de ses Mémoires des hommes illustres. C. Bs.

PLATNER (Ernest), né à Leipzig, en 1744, et mort dans cette ville, professeur de physiologie et de philosophie, célèbre en son temps, comme tel, mérite encore aujourd'hui un souvenir dans l'histoire de la pensée allemande.

Quoiqu'il fût de vingt années plus jeune que Kant, il ne se laissa pas entraîner sur les pas de ce penseur illustre. Formé à l'école de Wolf et de Leibniz, il demeura fidèle à l'esprit de leur philosophie, dont il reproduisit avec une certaine indépendance les idées principales, les appuyant parfois de considérations nouvelles. Il était d'ailleurs très-versé dans l'histoire des systèmes, ce qui le disposait à une sorte de scepticisme, assez semblable à celui de Kant, quant à la prétention de tout expliquer et de tout démontrer. Très-savant en physiologie et observateur plein de sagacité, il a surtout du mérite comme psychologue et comme moraliste.

Le principal ouvrage de Platner a pour titre : Aphorismes philosophiques (i-eipzig, 1776; nouvelle édit. 1793-1800, 2 vol. in-8). C'est un précis encyclopédique des sciences philosophiques, qui servait de texte à l'enseignement de l'auteur. Il peut être instructif de voir quelle marche suivait à cette époque, avant que se fût accomplie la révolution commencée par Kant, un des professeurs de philosophie les plus renommés de l'Allemagne.

Quelques pages d'introduction sont consacrées à la définition et à la division de la philosophie. Si les hommes ne se livrent pas plus ordinairement à des méditations sur le système du monde, et sur leurs rapports avec lui, c'est parce qu'ils ne naissent pas avec une pleine conscience d'eux-mêmes, et qu'ils s'habituent insensiblement aux merveilles qui les environnent. Si l'homme arrivait à l'existence dans un état de parfaite maturité de corps et d'esprit, la question de l'origine du monde et celle de sa propre destinée auraient pour lui un attrait irrésistible. La réflexion sur l'univers, sur la vie et la mort constitue l'esprit philosophique. Des recherches suivies et méthodiques sur ces grandes questions, sous l'empire des idées souveraines et di;s principes de la raison pure, sont l'objet de la métaphysique, de la philosophie proprement dite.

La métaphysique suppose nécessairement la logique, l'ex imen critique de la faculté de connaître, logique supérieure, dont l'objet est de rechercher si l'homme est capable de reconnaître

la vérité; si l'intelligence humaine est une juste mesure de la ré dite.

Après la métaphysique, la réflexion se porte naturellement sur la destination de la vie présente et sur les moyens de nous procurer la félicité de concourir à celle d'autrui; ces recherches donnent lieu à la philosophie morale. En conséquence, la science philosophique se divise en deux parties : la philosophie théorique qui comprend la logique et la métaphysique^ et la philosophie pratique.

La logique est divisée en trois chapitres, qui traitent, le premier, de la nature de L'âme ; le second, de la faculté de connaître, au moyen des sens ; le troisième, de la raison, comme faculté supérieure de la connaissance.

Le premier chapitre est une sorte de psychologie, selon les principes de Leibniz. L'âme est active ; elle est donc une force, par conséquent un être individuel, c'est-à-dire une substance. La conscience est d'abord le sentiment de l'existence : l'âme sent qu'elle est active, elle se distingue elle-même de ses produits, et distingue ses idées les unes des autres. Elle est ensuite le sentiment de la personnalité : l'une sait ce qu'elle est; elle se distingue de son corps, et a conscience de ce qu'elle pense et de ce qu'elle veut par elle-même, ainsi que du lieu et du temps où elle existe. L'âme est une force pensante, toujours et essentiellement pensante; cette force est le principe de toute son activité, de la connaissance, du sentiment, de la volonté. La raison n'appartient qu'à l'homme, et c'est par elle que le moindre mouvement de l'âme est quelque chose d'humain. Elle suppose le jugement; mais elle est plus qu'une simple faculté logique. Ici l'auteur fait la critique du sensualisme, et lui oppose le système des idées et des principes a priori, qui sont l'essence de la raison pure, et qui se distinguent essentiellement des idées générales et des inductions fondées sur l'expérience. Les idées et les principes purs ne se développent qu'à l'occasion des idées sensibles; toutes les vérités nécessaires dérivent de cette source, et leur ensemble constitue la raison.

Le corps est pour l'âme un organe nécessaire, et forme avec elle l'être humain; mais il n'en est pas l'organe essentiel, et c'est par celui-ci qu'elle est immortelle.

11 y a deux espèces d'idées sensibles : les unes accompagnées du sentiment de la présence de tout objet, les autres présentes à l'esprit en l'absence des choses. De là, la division du second chapitre en deux sections, dont l'une traite de la sensibilité, et l'autre de l'imagination et de la mémoire.

Faisant l'histoire delà représentation sensible, l'auteur distingue entre l'impression externe, effet immédiat de l'action des objets, l'impression interne qui a lieu dans le cerveau, siège de l'âme, et la perception au moyen de V attention. Celle-ci est plus ou moins forte et soutenue, selon que les impressions sont elles-mêmes plus frappantes, plus nouvelles, plus extraordinaires. Comment ensuite la sensation devient représentation, idée, cela est inexplicable. L'impression interne n'est qu'une modification opérée par une cause extérieure dans le système nerveux. Comment devient-elle idée? La science n'a, sur ce point, que des peut-être, des conjectures. L'hypothèse de l'harmonie préétablie ne lève pas toutes les difficultés. Comment sont possibles, dans un être incorporel, des idées de choses matérielles? A cela, on peut répondre que l'idée d'une chose corporelle n'est pas un corps ou son image, mais le produit d'une ac-

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lion par laquelle l'Ame produit l'idée de cette chose, et en a conscience comme d'un objet extérieur. Toute idée sensible suppose dans le sujet le sentiment de sa propre existence, celui de la présence d'un objet correspondant et la comparaison de l'idée avec d'autres idées présentes à la mémoire.

A la suite de cette théorie des idées sont exposées les règles de la critique logique et de l'observation. Les représentations sensibles ne nous l'ont connaître que l'existence des choses et leurs rapports à nous. Elles peuvent donner lieu à des illusions qu'il importe de prévenir par une bonne méthode d'expérimentation. Le but prochain de l'observation est de voir à quel genre appartient un individu ou un phénomène, au moyen de l'analyse de ses parties, de ses qualités, de ses effets et de ses rapports, qui en constituent ensemble 1b caractère. Ceux-ci sont ou théoriques ou empiriques, selon qu'ils sont attribués à une chose en vertu du genre auquel elle est rapportée, ou d'après l'expérience ;actuelle.

Outre cette observation analytique, il y a l'observation philosophique, qui s'applique à saisir partout le nouveau, l'extraordinaire, l'essentiel, la cause, le général, les différences dans les choses semblables, les similitudes dans les choses différentes, et l'observation pratique, qui distingue entre les circonstances les plus identiques, en apparence; qui saisit partout ce qu'il y a de plus individuel dans un cas présent, de plus pressant dans un moment donné; qui apprécie nettement l'effet des moyens à employer, et qui, se traduisant en action, est lente à se décider et résolue dans l'exécution.

Traitant ensuite des idées qui existent dans l'esprit, indépendamment de la présence actuelle de leurs objets, l'auteur se demande où et comment sont conservées les idées? Quelles sont les conditions d'une bonne mémoire ? Dans quelles circonstances les idées se reproduisent-elles, et par quels rapports sont-elles liées entre elles? Comment opère l'imagination? A propos de cette dernière, il caractérise les différents genres d'enthousiasme et de fanatisme ; l'engouement philosophique n'est pas oublié.

Le chapitre in de la Logique est consacré à la théorie de la raison. Il faut distinguer entre ses produits et son essence : ses produits sont les notions abstraites et générales, le langage, le jugement et le raisonnement, les conjectures, la conviction et le doute. Son essence est, d'une part, le système des lois éternelles de la vérité, et, d'autre part, son activité sous l'empire des idées et des principes a priori. Dans une bonne réfutation du scepticisme absolu, l'auteur admet, dans une certaine mesure, l'idéalisme subjectif de K.tnt, mais il soutient que, bien que nos jugements d'expérience n'expriment l'essence des objets que par rapport à nous, néanmoins la connaissance numaine est vraie, d'abord en ce qu'elle représente les rapports véritables des choses à l'homme, et ensuite en ce qu'elle repose sur des idées et des principes rationnels qui sont absolus et de toute vérité.

Quelques paragraphes servent de transition de la logique supérieure à la Métaphysique. La philosophie proprement dite est fondée sur les idées de la raison pure, qui sont supérieures à toute illusion sensible ou psychologique. Elles sont l'expression du possible et du nécessaire, et l'objet de la métaphysique est précisément de rechercher, non ce qu'est la réalité selon l'expérience, mais ce qui est possible et nécessaire selon la raison pure. Le possible est ce qui peut ■C concevoir sans contradiction logique, et le

nécessaire ce qui ne peut pas n'être pas pensé comme tel sans que cela implique contradiction. Or. le contradictoire étant impossible, et l'impossible ne pouvant être conçu, il s'ensuit que tout ce qui est possible est nécessaire. Les principes de la méthode philosophique sont le principe de la contradiction, celui de la raison suffisante et celui de la conséquence nécessaire. Il n'y a pas de chose possible ou de notion qui n'ait sa raison, par laquelle elle est déterminée, et qui ne soit la raison d'une autre. La raison humaine est la mesure de la vérité; ce qu'elle ne comprend pas est impossible. Ce qu'il y a d'incompréhersible dans les choses réelles ne tient pas à la faiblesse de la raison, mais à l'insuffisance de la connaissance physique et historique.

La Métaphysique est divisée en trois chapitres, qui traitent, le premier, de l'essence interne du monde et du fondement vrai de nos idées des choses réelles; le second, de la liaison des êtres simples dans ce système universel ; le troisième, de la perfection du monde et de l'existence du mal.

Quelle est la véritable essence du monde, et quel est le fondement possible de nos idées des choses réelles? Je sens que je suis parce que je me sais actif; en tant que je me sens passif et déterminé par autre chose que moi, j'ai la conscience de l'existence d'un monde réel hors de moi. Exister c'est donc agir; ce qui existe agit et ce qui n'agit point n'existe pas. Existentia est actus essendi. Rien de plus légitime que de douter que le monde soit tel qu'il nous apparaît selon le sens commun. L'auteur passe en revue les divers systèmes qui ont été proposés sur l'essence des choses, et se prononce sur la monadologie de Leibniz. Selon le système de Hume, il n'y a pas de substances réelles, mais seulement des accidents, parce que, si l'on fait abstraction de ceux-ci, il ne reste plus rien, tandis que, selon la raison, une substance est un être permanent, subsistant en soi, une force dont les accidents sont les modes d'action et d'existence. L'univers est un système de substances dont l'activité combinée produit le monde physique et le monde moral. Selon le matérialisme, ou l'homme est une pure machine, ou l'âme qui l'anime est matérielle, ce qui revient à dire que la matière composée peut penser; chose impossible, parce que toute pensée est comparaison. Le dualisme, celui de Descartes par exemple, qui n'admet d'autres êtres simples que les êtres spirituels et compose la matière d'êtres étendus eux-mêmes, ne peut pas se maintenir non plus. Les principes de la matière sont des substances absolument simples. L'idée de l'espace n'a rien de réel, et n'est qu'un produit de l'imagination. La critique du dualisme a conduit au système de Spinoza, qui repose sur UDe idée fausse de la substance et qui révolte le sentiment de notre personnalité. D'autres penseurs, pour échapper aux difficultés du dualisme, se sont réfugiés dans^ Yidèalisme? qui nie la réalité du monde matériel. Les raisons sur lesquelles il se fonde sont invincibles comme critique du dualisme, mais la conclusion qu'il en tire n'est pas admissible. Ces mêmes raisons ont conduit Leibniz à un tout autre résultat : la monadologie résout toutes les difficultés. Cette partie de l'ouvrage de Platnerest d'un grand prix.

Dans le second chapitre^ qui traite de la liaison des êtres simples, d'où résulte l'ordre universel, l'auteur expose les trois systèmes qui ont été imaginés à ce sujet: celui de Vinflucncc physique, qui admet entre les substances un lien 'ii' causalité réciproque, l'occasionalisme, et le système de Vharmonit préétablie. Platner pro-

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pose un moyen terme qui tend à conserver à chaque être sa nature, sa force propre, et à reconnaître néanmoins entre les substances diverses une action réciproque, d'où résulte l'I) irmonie universelle, prédéterminée par l'action providentielle, qui peut se concilier parfaitement avec la liberté des êtres doués de raison.

Le troisième chapitre de la Métaphysique est un essai de théodicée dans le sens de Leibniz. La perfection éclate partout dans le monde. Le théisme seul peut l'expliquer. L'athéisme est absurde, parce qu'il nie les causes finales, les idées oui ont évidemment présidé à la création de Funivers. Il fait violence à la raison en faisant naître tous les mouvements et tous les phénomènes du hasard, de la nécessité, et l'organisation et l'intelligence de la nature inorganique et inintelligente. Mais comment concilier le mal avec la perfection et avec la félicité, qui sont la fin de la Providence ? Le mal n'est qu'une exception. D'ailleurs l'idée de Dieu étant donnée, il s'ensuit que l'univers actuel est le meilleur possible, et le sentiment ni l'expérience ne peuvent rien contre cette déduction a priori. La sagesse divine est en même temps bonté et sainteté. Elle ne peut vouloir que la félicité des êtres animés, et la félicité par la vertu pour les créatures raisonnables. — L'âme étant une substance simple, est par là même ontologiquement impérissable. L'immortalité personnelle n'en résulte pas nécessairement, mais elle est physiquement possible, et moralement probable : elle est surtout garantie par la sagesse et la justice de Dieu.

La seconde partie des Aphorismes est consacrée à la philosophie morale. Nous devons nous borner à en indiquer la marche et l'esprit général. Elle est divisée en quatre chapitres, dont le premier traite de la destination morale de l'homme, le second des facultés morales, le troisième de la volonté et de la liberté, le quatrième, enfin, des caractères moraux.

L'homme est destiné à être heureux, mais la vie présente n'est heureuse qu'autant qu'elle rend digne et capable de la félicité dans la vie à venir. Il y a cette harmonie entre les deux existences, que nulle jouissance qui n'est pas contraire à la destination de la vie actuelle, n'est contraire à celle de la vie future. La fin de l'une et de l'autre est la perfection.

Les facultés morales sont la raison morale, le sentiment moral, la sympathie, la sociabilité et la liberté.

La raison morale est la conscience des perfections divines et des desseins de la Providence quant à notre destination, la conviction qu'il n'y a de dignité et de félicité pour l'homme que dans sa ressemblance morale avec Dieu. Le sentiment moral, c'est la faculté de distinguer entre le bien et le mal sous l'empire des idées morales innées, qui, selon Platon, ne sont autre chose que les idées de la raison appliquées aux objets de la moralité. En traitant de la sociabilité, il discute les opinions de Hobbes et de Rousseau sur ce sujet. Il se prononce, quant au commencement de l'espèce humaine, pour l'hypothèse de L'origine historique ou par création, et les pages qu'il a consacrées à cette grave question sont très-curieuses et bonnes à consulter.

Le troisième chapitre, dans lequel il essaye lier le déterminisme universel avec le sentiment de la liberté, est suivi d'une dissertation sur les tempéraments moraux, qui s'expliquent par la diversité des rapports ou se trouvent dans un sujet la nature intellectuelle et la nature animale. Ils sont de quatre genres: le

tempérament al tique, où prédomine l'esprit: le scijthiquc, où l'emporte l'animalité; le romain, où les deux natures sont également fortes, et le phrygien, où elles sont également faibles.

Le dernier chapitre, celui des caractères moraux, a surtout été fort remarqué, et a fait principalement la fortune littéraire du livre. Nous le recommandons encore aux moralistes et aux psychologues. Outre les Aphorismes philosophiques, Platner a encore publié les ouvrages suivants : Anthropologie à l'usage des médecins et des philosophes, Leipzig, 1772, in-8 ; — Nouvelle anthropologie, inachevée, Leipzig, 1790, t. I, in-8; — Entretiens sur Vathéisme, Leipzig, 1795, in-8; — Quœstiones physiologicœ, et de nombreux programmes concernant la médecine légale, publiés par le docteur Chonrant. à Leipzig, en 1824. Le fils de Platner a publie une notice sur son père dans le Journal littéraire d'Iêna, 1819, n° 38. J. W.

PLATON naquit à Athènes ou dans l'île d'Êgine la troisième année de la lxxxvii" olympiade (430-429), et mourut la première année de la cvine olympiade (347). Sa vie embrasse donc une période de plus de quatre-vingts ans, qui correspond à l'époque laplus malheureuse de l'histoire d'Athènes. Platon vit les désastres de la guerre duPéloponnèse, la prise d'Athènes par Lysandre, la domination des démagogues ou des tyrans, la corruption des mœurs républicaines, l'agrandissement menaçant de l'empire macédonien, et mourut avec le pressentiment de l'esclavage et de la ruine prochaine de sa patrie. Sa jeunesse ne fut pas d'abord consacrée aux études philosophiques, mais aux arts et à la poésie. Ce fut Socrate qui lui révéla sa vocation véritable. Platon avait vingt ans lorsqu'il s'attacha à Socrate ; il lui fut fidèle jusqu'au dernier jour, c'est-à-dire pendant dix années. Avant d'avoir connu Socrate, il avait suivi les leçons de Cratyle, disciple d'Heraclite. A l'école de Socrate, il dut connaître Euclide, disciple de Parménide d'Élée, et Simmias, élève du pythagoricien Philolaûs. Malgré sa préférence pour Socrate, toutes les doctrines le trouvaient attentif et excita ent son intérêt. Lui-même, avant la mort de Socrate, donna carrière à son inspiration personnelle. Il paraît qu'il écrivit le Lysis à cette époque; quelques critiques pensent de même, mais peutêtre à tort, pour le Protagoras et le Phèdre. Socrate étant mort, Platon dut fuir Athènes, et se retira à Mégare, où le même Euclide, qui avait étudié auprès de Parménide et de Socrate, fondait une école nouvelle. De là, il passa à Cyrène, où il fréquenta Théodore le mathématicien; et enfin en Italie et en Sicile: il alla trois fois à la cour de Denys l'Ancien, et deux fois à celle de Denys le Jeune. On peut consulter, à ce sujet, la septième des lettres qui lui sont attribuées, et la Vie de Dion, par Plutarque. Le premier voyage de Platon est de l'année 389, selon le calcul des chronologistes ; le second, de 364, et le troisième de 361 (voy. Barthélémy, Voyage d'Anacharsis, notes xlvi et cxxm). C'est dans l'intervalle du premier au second voyage en Sicile qu'il faut placer la fondation de l'Académie, vers 380. On ne peut guère ajouter foi aux pérégrinations que la légende prête a Platon, en Orient et jusque dans l'Inde; le voyage en Ê"vpte seul, quoique dénué de preuves, n est pas sans vraisemblance. Platon passa les dernières années de sa vie à l'Académie, livré à renseignement et à la composition de ses^ chefsd'œuvre ; il y mourut, nous l'avons dit, à l'âge de quatre-vingt-deux ou trois ans.

Les dialogues de Platon, par un singulier bonheur, nous sont tous parvenus. 11 est difficile

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d'en donner une classification rigoureuse. On l'a dit. chacun des grands dia Platon est

presque une philosophie i oinplète. Le même dialogue peut se ramener avec une égale lité à des points de vue très-différents ; les plus opposés ont de nombreux points de contact. On pourra cependant les ranger, pour la commodité de l'esprit, dans les catégories suivantes :

1° Dialogues métaphysiques et dialectiques : Eutydème, ou de la Sophistique; Théétète. ou de la Science; Cr aigle, ou de^ la Propriété des noms ; le Sojjhisle, ou de VEtre; Parménide, ou de l'Un; Tintée, ou de la Nature. — 2" Dialogues moraux et politiques : Le Premier Alcibiade, ou de la Nature humaine ; Philèbe, ou du Plaisir; Ménon, ou de la Vertu; Prolagoras, ou les Sophistes ; Eutyphron, ou le Sai ,nt : Crilon, ou le Devoir d'un citoyen; Apologie de Socrate; Phédon, ou de l'Immortalité de l'âme; Lysis, ou de l'Amitié; Charmide, ou de la Sagesse; Lâchés, ou du Courage; le Politique, ou de la Royauté; la République, ou de la Justice; les Lois. — 3° Dialogues esthétiques : Le Banquet, ou de l'Amour; Phèdre, ou de la Beauté; Gorgias, ou de la Rhétorique ; Hippias, ou du Beau; Ménexène, ou de l'Oraison funèbre; Ion, ou de la Poésie. Nous négligeons les dialogues, ou de nulle importance, ou certainement inauthentiques.

Il est vrai de dire, en effet, que parmi les dialogues attribués à Platon, quelques-uns ne sont pas de sa main ; les anciens eux-mêmes en convenaient, malgré le peu de sévérité de leur critique ; mais l'érudition moderne a essayé, dans ces derniers temps, de resserrer bien davantage le domaine propre de Platon. C'est en Allemagne qu'ont eu lieu ces tentatives. Trois écrivains, trois savants éminents, ont pris à cœur ce problème de l'authenticité des dialogues de Platon, et ont poussé aussi loin que possible les scrupules et le scepticisme : Schîeiermacher {Introduction à la traduction de Platon), Ast [Vie et écrits de Platon) et Socher [Sur les écrits de Platon). Nous résumerons rapidement les résultats de ces recherches.

Il faut d'abord mettre hors de cause les dialogues unanimement acceptés ou unanimement rejetés. Les premiers sont : la République, le Timée, le Phédon, le Banquet, le Phèdre, le Gorgias; le Protagoras. A ces dialogues d'une authenticité certaine, on peut ajouter le Philèbe, le Théétète et le Cratyle, dont l'authenticité, selon Socher, a le plus haut degré possible de vraisemblance. En opposition à ces dialogues admis par tous les critiques, on peut également mettre hors de cause, par une raison contraire : l'Epinomis, Démodocus, Sisyphe, Erixias, Axiochus, Hi/>parquc, Minos (admis toutefois par Bœck), Glilophon, le Deuxième Alcibiade, les Rivaux, les Dialogues sur la Justice, sur la Vertu, les Ëpigrummcs, les Définitions, le Testament, les Lettres (sauf la septième, dont Bœck soutient l'authenticité).

Entre ces deux extrêmes se placent divers dialogues d'une plus ou moins grande importance, rejetés, pour des raisons diverses, par l'un ou par l'autre de nos trois critiques. Le Premier Alcibiadee\ le Théagès son\ les dialogues qui réunissent contre eux le plus d'opposition. Schîeiermacher et Ast l.-s rejettent tous deux. Soch< considère comme vraisemblablement authentiques. Ritter. en général plus réservé, les exclut ndant. Cette exclusion est importante pour le Premier Alcibiade, auquel les anciens accor daient une si grande valeur, que les meilleurs critiques de l'école d'Alexandrie, Proclus, Olym- P'odoro, D lui i m consacré des i

mentaires. De plus, tout en reconnaissant que quelques-unes de de l'A Icibi aa

pas habituelles à Platon, il faut 'lire que le du dialogue, quoi qu'en dise Hitler, est profondément platonicien ; que l'indépendance el la personnalité de l'âme y sont fortement établies; enfin, que V 'Alcibiade peut être considéré comme, l'introduction du Phéaon. Les dialogues rejetés à moitié par Schîeiermacher, el I par

Ast, sont : i Apologie, le Crilon, le Grand et le petit Hippias, l'Ion et le Ménexène. Selon Ast, on ne retrouve pas dans le Crilon la manière habituelle de Platon, qui est de mêler l'idéal au réel; comme si la prosopopée des lois, dans le l 'riton, n'avait rien d'idéal, c'est-à-dire de poétique; comme si d'ailleurs Platon n'avait pas pu varier une fois sa manière, et déconcerter, par la richesse de ses formes, l'étroite admiration de ses critiques? Schîeiermacher suppose, de son côté, que le Criton est un entretien réel dont Platon n'a été que le rédacteur. N'en peut-on pas dire autant de l'Eutyphron, du Phédon?

Passons sur ces différents dialogues, pour arriver à ceux de plus grande importance que Ast a pris seul la responsabilité de rejeter : ce sont l'Eutyphron, V Eutydème, le Ménon et les Lois. Il faut, à vrai dire, un singulier courage d'érudit pour ôter à Platon le charmant dialogue de l'Eutyphron; le Ménon, si profondément platonicien, les Lois, enfin, qui, malgré leurs imperfections, couronnent admirablement les travaux politiques de Platon. Ast reproche à l'Eutyphron de terminer sans que l'auteur ait défini son objet, la sainteté, et de ne contenir aucune grande vérité spéculative. N'est-ce pas avoir bien mal compris V Eutyphron, que de n'y avoir pas lu cette conclusion voilée, mais certaine, que la sainteté est absolue, qu'elle est indépendante de la volonté des dieux, et supérieure à leurs caprices? L'Eutyphron ruine par la base la mythologie païenne. N'est-ce pas, pour un dialogue si court, une vérité d'une assez grande conséquence? Quant à la forme négative et ironique de l'Eutyphron, c'est faire preuve d'un sentiment bien peu platonicien que d'y voir un témoignage d'inauthenticité.

Ast rejette le Ménon comme VEulydème. Comment croire, selon lui, que Platon a pu définir la vertu une opinion droite (opOri cô^a), c'est-àdire un principe sans raison, une inspiration aveugle, semblable à celle des poètes, des devins et des politiques? Nous laisserons à Socher le soin de lui répondre : « Le Ménon, dit ce critique, se rattache aux autres dialogues authentiques de Platon : par le dogme de la préexistence et de l'éternité des âmes, au Phèdre et au Phédon; par la distinction de la science et de l'opinion, au Théétète; par le jugement sur les grands hommes d'État d'Athènes, au Gorgias; par tout son contenu enfin, au Protagoras. » Il nous reste à citer l'opinion de Ast sur les Lois; elle n'est pas plus sérieuse. Il conteste d'abord le témoignage d'Aristote, qui est formel, puisqu'il consacre un chapitre entier de la Politique à la discussion des Lois de Platon. N'cst-il pas puéril de prétendre qu'Aristotea pu être trompé comme tout le monde en attribuant à Platon l'ûUVl d'un de ses écoliers ? En outre, selon Ast, l'ouvrage n'esl pas platonicien. En effet, les Lois contredisent ta République. La République est la politique vraie de Platon. Les Luis sont une corruption, une extension fausse des principes de la l; publique. Ajoutons que la composition des Lois est bien inférieure à celle des autres dialogues de Platon. Voilà les raisons de Ast contre l'authenticité 'les Lois! Mais quelle étrange i ritique que celle qui veut que Platon ail été absolument à l'abri des imperfections, des défaillan ■■

PLAT

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aces du génie? D'ailleurs, les Loin, où la

de la vieillesse est sensible, contiennent

ibles morceaux. Nous citerons le troi-

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