PLOU
sus des devoirs de la famille l'orgueil de sa liberté solitaire. Le sage de Plotin, tant qu'il vit réellement, accomplit tous les devoirs de la société. L'extase est une interruption de la vie.
L'extase n'est qu'une immortalité anticipée. Toute la doctrine de Plotin respire la spiritualité et l'immortalité de l'âme. Il n'avait pas à la démontrer, puisqu'elle ressort de tout son système. Il la démontre cependant, et avec une rigueur que ne désavouerait pas la critique moderne. Quelques mots sur la métempsychose i xpriment-ils une croyance sérieuse? Ne sontils qu'un hommage rendu aux mythes de Platon et aux symboles de la théologie? Dans ce courant que remontent les êtres pour retourner à leur source en vertu du principe de concentration, rien n'empêche de placer la migration des âmes. Pourquoi ne remonterait-on pas de sphère en sphère, selon l'efficace des purifications accomplies, jusqu'à ce que l'on ait entièrement triomphé du multiple et de l'individuel? Quoi qu'il en soit, médiate ou immédiate, l'absorption de Dieu est le terme; c'est-à-dire que, pour Plotin, l'immortalité de l'âme n'est pas l'immortalité de la personne.
Éditions des Ennéades. Édition grecque-latine, avec les notes, les arguments et la traduction de Marsile Fiein, in-f°, Bâle, lôSO. — La même, avec la dite de 1615. — Trois éditions de la traduction latine de Ficin, sans le grec ; les arguments seuls, dans le second volume de ses œuvres. — Édition du sixième livre de la première Ennéade {sur le Beau), éd. Fréd. Creuzer, in-8, Heidelberg, 1814. — Traduction du huitième livre de la troisième Ennéade {de la Nature, de la Science et de l'Être), éd. Fréd. Creuzer, dans le premier volume de ses Studien, in-8, Francfort et Heidelberg, 1805. — Traduction de la première Ennéade, d'Engelhardt, 1820. — Édition complète, avec comment die perpétuel et notes, par Creuzer, 3 vol. in-4, Oxford, 1835. — N. Bouillet, les Ennéadcs, traduites pour la première fois (en français), Paris, 1857, 3 vol. in-8.
Consulte/. Porphyre, Vie de Plotin; — Vacherot, Histoire critique de l'école d'Alexandrie, 3 vol. in-8, Paris, 1846; — Jules Simon, Histoire de l'école d'Alexandrie, 2 vol. in-8, iîi., 1845 ; — Daunas, Etudes sur le mysticisme, Plotin el sa doctrine, in-8, Paris, 1848; — Ch. Lévèque, la Science de l'Invisible, 5 vol. in-8, 1865; — le même, la Science du Beau, 2 vol. in-8, 2e édition, 1872. J. S.
PLOUCQUET (Godefroy), né à Stuttgart, en 1716, d'une famille protestante réfugiée de France, mort à Tubingue, en 1790, comme professeur de logique et de métaphysique, s'est fait remarquer singulièrement par ses efforts pour recommander la monadologie et pour perfectionner la logique, en rapprochant la première de l'expérience, la seconde des mathématiques. S'étant formé principalement par l'étude des œuvres de Leibniz et de Wolf, il se proposa de rendre leur doctrine plus complète et plus claire. Il annonça cette intention dans son premier travail : J'rimaria monudologiœ eapita (in-8, 1748), coup d'essai qui le fit recevoir membre de l'Académie de Berlin.
Un autre mérite de cet écrivain, aussi distingué par son érudition que par sa sagacité, c'est le zèle qu'il mit à défendre les doctrines capitales du spiritualisme contre les matérialistes du xvui" siècle. H combattit éiiergiqucment Laineltrie h. l'Homme-Machine dans La dissertation de Matérialisme (in 'i. 1750): Robinet et ses parasur l'équilibre du bien et du mal, sur la physiqu il" e pril . sur l'origine de la n tture
et son expansion, dans diverses autres dissertations également pressantes (1765); ilelvétius et le livre de l'Esprit; enfin, la tendance de la philosophie régnante, dans une série de traités font les plus importants portent les titres suivants : de Cosmogonia Epicuri (in-4, 1755); — Examen meletematum Lockii de personalttale (in-4, 1760 ; — Dinsertatio de lege continualionis seu gradationis (in-4, 1761); — Providentia Dei res singulares curans e nalura Dei et mundi exstrucla (in-4, 1761).
Mais il critiqua aussi Kant, qui, bien avant que de publier la Critique de la raison pure, avait avancé que la preuve cosmologique était la seule preuve possible de l'existence de Dieu. Voy. ses Observationes ad Comment. E. Kant de uno possibili fundamento démonstrations existentiœ Dei (1763).
Ploucquct ne se borna point, d'ailleurs, à juger les systèmes modernes du point de vue propre aux sectateurs de Leibniz ; il tâ;ha de reconstruire et d'apprécier plusieurs théories de l'antiquité, par exemple, celles de Thaïes, d'Anixagore, de Démocrite, de Pyrrhon, de Sextus Empiricus. La plupart de ces essais d'histoire sont restés dignes d'attention, et furent réunis dms les Comment ationes philosophicœ selectiores (in-4, Utrecht, 1781).
En logique, on vit Ploucquet se dévouer à la réalisation d'une idée souvent développée par Leibniz sous le titre de caractéristique universelle. 11 s'attacha à représenter les divers éléments des propositions par des figures géométriques, par des formules mathématiques ; à appliquer la géométrie à l'art de raisonner, au syllogisme. L'auteur du Nouvel Organon et de l'Architectonique, le profond et bizarre Lambert (voy. ce mot), l'avait précédé dans cette voie, déjà ouverte par les docteurs scolastiques. Ploucquet exposa cette entreprise, d'abord dans son Methodus calculandi in togicis (in-8, 1764); puis, avec plus d'étendue et de rigueur, dans ses lnstituliones philosophiœ theorelicœ (1772). Ce calcul logique, destiné à simplifier la théorie, l'emploi des raisonnements et des jugements, mais seulement composé de notations géométriques et algébriques, consiste à représenter par les grandes lettres les propositions universelles, par les petites lettres les propositions particulières; l'affirmation par le signe, — la négation par Z. Ainsi, pour exprimer cette proposition universelle : Toute vertu est louable, on aurait V — L; et celle-ci : Nul vice n'est louable, donnerait V Z L. Ce système de modifications tout extérieures, qui restent étrangères au fond même de la pensée et loin du but qu'elles doivent atteindre, puisqu'elles ne peuvent reproduire des phrases un peu compliquées; ce procédé fut dis uté, tour à tour détendu et blâmé ; personne n'en fit une plus juste critique que celui qui passait pour le maître de Ploucquet, Lambert. Les pièces de cette discussion, qui n'est pas sans importance dans l'histoire de la logique, furent recueillies par Bœck (in-8, 1766-73).
Esprit fertile et varié, Ploucquet a composé plus de vingt volumes, mais n'a jamais ecril qu'en latin. Sa diction, en général pure et nette. esi souvent trop sobre, plus souvent encore trop raffinée. Un incendie qui détruisit sa maison et • res, et dont lui-même ne fut sauvé qu'avec peine, causa la perte de plusieurs manuscrits intéressants. L'étude de la Bible remplit les dernières années de sa vie.
Voy. Ebernstein, Histoire de la logique et de la méta/ilujsiquc, t. I, p. 303 et suiv.' (al) ).