‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 299 sur 439 · POLI · texte numérisé non relu

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! es notions qui constituent ce savoir superficiel ne sont que des copies, des reflets, des échos, des formes, de fugitives et trompeuses images; tandis que le savoir solide possède au fond de l'intelligence, au fond du cœur les types vivants des notions, les vérités mêmes, l'être et l'esprit des cli

Il est impossible, continue Poiret, que l'on s'arrête à cette sagesse extérieure: ou elle tournera en science solide, ou elle dégénérera en fausse sagesse. Ce dernier cas aura lieu toutes les fois qu'on se contentera de la simple possession des idées, sans chercher à s'élever à leurs originaux, aux vérités mêmes. On se trompe grossièrement en confondant les idées que la raison se fait de Dieu et des choses divines, avec la lumière par laquelle Dieu nous éclaire. Les idées de notre raison sont à la révélation divine ce que la lune est au soleil. Prendre ces idées pour Dieu même est une idolâtrie manifeste. C'est dans cet excès que donnent facilement les philosophes qui affectionnent les mathématiques, et par conséquent la plupart des cartésiens. Ils exigent en toutes choses une évidence égale et pareille à celle des principes mathématiques. Il est cependant visible que cet ordre d'études ne concerne que les dehors et les limites des choses, mais non dans leur dedans et leur fond. Descartes a donc eu tort de prétendre dériver des mathématiques les éléments de la physique : c'était vouloir altérer et fausser ces éléments ; c'était, en quelque sorte, ériger en lois de l'organisme vivant certains phénomènes observés sur un corps mort. La physique cartésienne ne nous fait connaître que le cadavre de la nature : Sunt observationes.... de cadaverc naturœ (de Erud. falsa, p. 260). En général, cette application des mathématiques a fort nui à la philosophie. En accoutumant les penseurs à rechercher partout quelque chose de nécessaire, d'inanimé, d'inflexible, et à ne pouvoir plus reconnaître nulle part ce qu'il y avait de libre, de spontané, de vraiment vivant, cette tendance géométrique et fataliste conduisit à nier les rapports de dessein et de lin qui éclatent dans la nature et dans toutes les œuvres de Dieu. Descartes dit. il est vrai : « Nous ne pouvons expliquer les fins de la nature, parce que les desseins de Dieu sont impénétrables. » Mais si Descartes avait raison, nous ne pourrions pas davantage saisir les rai- 3 et les desseins dont toutes choses sont sorties. Cette négation des causes finales vient plutôt de ce qu'on n'a pas vu combien la fin se confond avec la cause, et le but avec l'origine. Dieu s'étant proposé de se manifester, de se révéler, et ayant conçu dans ce but le plan de l'univers, .'intention divine ne saurait être inerte et inefficace; mais elle doit être la cause réelle et effective du monde, sous sa forme actuelle, de telle sorte que cette forme et ce monde s'accordent exactement avec le dessein et le plan de

ne il y a une philosophie et une théologie solide, une philosophie et une théologie exlérieure, de même il y a une philosophie et une théologie fausse. Une différence très-notable, toutefois, se présente ici: c'est que la théologie extérieure, véritable reflet de la théologie solide, est une ; tandis qu'il y a un grand nombre de plnlosophies et de théologies fausses.

Un article essentiel du mysticisme de Poiret, et un des sujets particuliers de son (Economie divine (t. 111), ce sont ses vues sur la nature du mal.

Si Dieu existait seul, dit Poiret, s'il n'y avait rien en dehors de lui, il n'y aurait point de ma!. Ni l'essence de Dieu, ni le pur néant ne

som susceptibles de mal. On ne peut pas même dire que la possibilité du mal soit contenue dans les conseils de Dieu. Dans ces conseils, en effet, il ne se trouve que ce qui est réel ; la chute de la créature ne pouvait don:- s'y trouver, la possibilité de cette chute étant un défaut, une absence, un rien. Les choses, séparées de Dieu, ne sont rien de réel, et la non-réalité n'a pas besoin de fondement positif. Mais si l'on ne peut pas dire que Dieu ait voulu le mal, on ne peut pas dire davantage que le mal ait eu lieu contre si volonté, le mal n'étant pas une réalité capable de limiter l'action divine; par conséquent le mai existe seulement sans la volonté divine. Nulle œuvre de Dieu, nul être réel n'est mauvais, pas même lorsqu'il ne participe pas encore de toutes les perfections dont il est capable. Une réalité qui se développe, où, par conséquent, l'être se mêle au non-être, n est pas mauvaise. Qu'est-ce donc que le mal, puisqu'on ne peut en nier l'existence? Il n'est rien de réel, et cependant il n'est pas pur néant. Comme il n'est ni un être réel, ni un pur néant, il doit être le mélange de l'un avec l'autre. Ce mélange, à la vérité, tant qu'il est réglé par Dieu, peut n'être pas mauvais. Mais lorsque dans ce même mélange l'être borné, c'est-à-dire moi, qui en réalité ne suis rien par moi-même, je cherche à prêter de la réalité au néant, je donne naissan.e à une contradiction absurde, laquelle constitue le mal. A mesure que je me connais mieux, je vois plus clairement qu'en moi-même et sans Dieu je ne suis rien et n'ai nulle réalité. Je ne puis pas dire que cette absence de réalité vienne de Dieu, non : je ne suis rien par moi-même. Je deviens mauvais, lorsque je m'efforce de donner l'apparence de l'être à cette non-réalité, lorsque j& me figure être quelque chose par moi-même et pour moi-même.

Aux ouvrages de Poiret déjà cités il faut ajouter : Fides et ratio collatœ ac suo ulraque loco redditœ adversus principia J. Lockii, Amsterdam, 1707, in-8; — Oj>era poslhuma, Amsterdam, 1721, in-4. C. Bs.

POLÉMON, philosophe grec de l'ancienne Académie, né, selon Diogène Laërce, à Oete, bourg de PAttique, et mort à Athènes, vers l'an 272 avant i'ère chrétienne. On le cite comme une preuve du pouvoir que la philosophie peut exercer sur la moralité des hommes. Jeune et maître d'une grande fortune, il menait la vie la plus dissipée, lorsqu'il arriva un jour, au sortir d'une orgie, la tète encore couronnée de fleurs, dans l'enceinte où Xénocrate enseignait à ses disciples les sévères maximes de la morale de Platon. Le philosophe ne fut point déconcerté par cette brusque apparition, et, continuant le discours qu'il avait commencé, il peignit si bien l'abrutissement où nous jette l'intempérance, que Polémon, pour la première fois, rougit de s A partir de ce moment, il s'attacha à Xénocrate, dont il devint, non-seulement le disciple, mais l'ami, et plus tard le successeur. Polémon avait laissé plusieurs écrits, si nous en croyons Diogène Laërce (liv. IV, § 16-20), mais qui ont tous péri, et dont les titres même ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Tout ce que nous savons de l'enseignement de ce philosophe, c'est qu'il cherchait en toutes choses à ressembler a son maître: comme, lui. mettant la pratique au-dessus de la théorie, il taisait surtout consister la philosophie dans la morale, et attachait peu lance à la dialectique, qui joue un si grand rôle dans le système de Platon. C'était ouvrir la voie à l'école stoïcieano; et, en effet, il passe pour avoir été un des maîtres du foule cette école, et on lui attribue celte

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