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ou Introduction à VOrganon (en télé de toutes litions complètes d'Aristote); V Exercice par demandes et pur réponses sur les Catégories (in-f°, Venise, 1566), le traité de V Abstinence (in-8, Rome, 1630j ou in-4, Cantorbéry, I avec les Aphormœ, édition moins bonne que celle d'Utrecht, 1769, in-4); la Lettre à Màrceîla, récemment retrouvée par Mai' (in-8, Milan. 1816), la Lettre à Ancbon (dans le Pœmander de Venise, in-f°, 1483). La lettre à Anchnn est réimprimée, avec traduction latine, au commencement de l'édition Jamblique rtEpt MuffinjpCcov par Parthey; Berlin, 1857, in-8.
On peut consulter sur Porphyre : Val. Parisot, de Porphyrio tria themata, in 8, 1845; — E. Vacherot. Histoire critique de V école d'Alexandrie, Paris, 1846-1851, 3 vol. in-8 ; — J. Simon. Uisloirc de V école d'Alexandrie, Paris. 1845, 2 vol. in-8. Val. P.
PORTALIS, Jean-Ëtienne-Marie, né au Bausset (Var) en 1745, mort en 1807, s'est rendu illustre par des mérites d'administrateur et de jurisconsulte qu'il n'y a pas lieu d'apprécier dans ce recueil. Il suffit de rappeler qu'il fut un des rédacteurs du Concordat conclu par Pie VII, et l'un des auteurs du Code civil. Mais il a laissé un ouvrage de philosophie. DeVusageet deVabusde Vesprit philosophique durant le dix-huitième siècle, Paris, 1820, que son fils a publié avec une introduction et une biographie. C'est une œuvre estimable, dont le cadre immense n'a pas été toujours bien rempli, mais qui rachète ses défauts par l'honnêteté des idées et le bon sens de la doctrine. L'auteur se propose de définir l'esprit philosophique et de le suivre à la trace dans ses effets fâcheux ou salutaires, depuis son apparition en France, qu'il fixe au xvie siècle, jusqu'à ses créations les plus récentes. Il en donne une idée assez exacte quoique un peu diffuse : « C'est, dit-il, un esprit de liberté, de recherche et de lumière, qui veut tout voir et ne rien supposer; qui se produit avec méthode, opère avec discernement, qui apprécie chaque chose par les principes propres à chaque chose, indépendamment de l'opinion et de la coutume, qui ne s'arrête point aux effets, qui remonte aux causes, qui dans chaque matière approfondit tous les rap-
{ torts pour découvrir les résultats , combine et ie toutes les parties pour former un tout; enfin, qui marque le but, l'étendue et les limites des différentes connaissances humaines, et qui seul peut les porter au plus haut degré d'utilité, de dignité, de perfection. » L'auteur n'a pu se débarrasser des souvenirs de son éducation ; il est bien le disciple de Condillac, il professe que toutes nos idées proviennent de la sensation, que la métaphysique est purement l'observation des faits, et qu'il n'y a dans l'âme rien qui dépasse l'expérience. C'est au nom de ces principes qu'il critique Descartes, qu'il apprécie Kant, sans le comprendre^ et sans autre texte qu'un livre de Schmidl écrit en latin. Mais la prudence de l'homme d'État, et le respect de l'autorité, naturel à un législateur, viennent tempérer ces principes et en tirer des conséquences qu'ils ne contiennent pas, l'existence de Dieu, la subordination de la morale à la religion, et la certitude d'une vie future. Porlalis admet que la raison soit reçue à gouverner les choses de ce monde; mais il place au-dessus d'elle certaines vérités sans lesquelles la société ne peut subsister. L'homme d'État, qui s'est dévoué au régime le plus absolu, et, qui l'a servi parfois avec trop de trouve un biais pour mettre d'accord la constitution impériale et la souveraineté du peuple. Sans doute c'esl la volonté nal qui doil n. lituer le pouvoir , m lis elle abdique
en choisissant un souverain, et d'ailleurs il est impossible de la consulter; on no peut pas savoir ce que le peuple veut. La raison exige qu'il concoure d'une façon ou d'une autre aux lois qu'il subit, mais le concours n'est pas inquiétant pour le pouvoir le plus ombrageux, et Portalis a tnmvé un signe très-commode pour reconnaître qu'il ne manque pas à la législation de l'Etat : il suffit que le peuple y accorde a une adoption au moins tacite. » Ainsi, le silence de la nation vaut une institution formelle : mais Portalis ne nous dit pas ce qu'il adviendrait d'elle, si elle s'avisait de parler. Il avait gardé des troubles de la période révolutionnaire et des dangers que lui-même y avait courus une sorte de souvenir semblable à l'épouvante : il voyait dans cette crise un exemple des désordres inhérents, suivant lui, à tout gouvernement livré à l'influence philosophique: il aimait mieux l'empire de la force, pourvu toutefois qu'elle ne fût pas étrangère à toute raison. Son livre est sage, ses maximes sont honnêtes, ses opinions modérées; c'est un politique qui écrit pour des hommes politiques, ce n'est pas un penseur qui puisse pleinement satisfaire les philosophes. — Son fils, Joseph- Marie, né en 1778, mort en 1858, hérita des qualités paternelles, et joua un rôle assez considérable sous tous les gouvernements, y compris le dernier empire. Lorsque en 1848, au milieu du trouble des esprits, l'Académie des sciences morales et politiques résolut de publier de petits livres destinés à propager les vérités morales et politiques, il composa dans ce dessein un opuscule intitulé V Homme et la Société, Paris, 1849. Il se proposait d'y prouver que la société reposait en France sur ses véritables bases, et que les réformes sociales dont on la menaçait, devaient la livrer à l'anarchie. Peut-être pourraiton reprendre dans ces quelques pages plus d'une erreur de doctrine : on peut contester, par exemple, des assertions de ce genre : « Les droits naissent des besoins, les devoirs naissent des droits. » Mais on doit louer la vivacité avec laquelle Portalis y défend la liberté de l'individu, et prouve que la société a pour but de la protéger, et non pas de la supprimer au profit d'un être de raison qu'on appelle l'État. É. C.
POSIDONIUS, philosophe stoïcien, naquit à Apamée, en Syrie, la deuxième année de la clxi8 olympiade, c'est-à-dire 135 ans avant J. C, et mourut à Rhodes, âgé de quatre-vingt-cinq ans, 50 ans avant l'ère chrétienne. Le long séjour qu'il fit à Rhodes le fit surnommer le Rhodien.
Ce fut à Rhodes que Posidonius reçut la visite de Pompée, racontée en ces termes par Cicéron dans ses Tusculancs (liv. II, ch. xxv) : « Pompée répétait souvent qu'étant venu à Rhodes, lors de son départ de Syrie, il avait voulu entendre Posidonius; mais que, le sachant très-souffrant de la goutte, il avait voulu au moins voir un philosophe aussi célèbre. Après l'avoir salué, et lui avoir adressé les félicitations dues à sa renommée, il ajouta qu'il regrettait vivement de ne pas pouvoir l'entendre. Tu lepeux, répondit le philosophe, car je ferai en sorte que la douleur corporelle ne soit pas cause qu'un si grand homme soit inutile^ ment venu me voir. Alors, bien que tourmenté par une vive souffrance, il se mit à disserter tranquillement, et avec une grande abondance de langage, sur ce sujet, qu'il n'y a de bon que ce qui est honnête. Et, comme la goutte le faisait cruellement souffrir, il dit à plusieurs reprises : « 0 douleur, tu ne peux rien sur mon âme ; si a vive que tu sois, je ne confesserai jamais que « tu es un mal. »
Cicéron, qui raconte cette entrevue, avait assisté lui-même aux leconsde Posidonius pendant
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un long séjour qu'il fit à Rhodes, lors de son voyage en Grèce et en Asie. Dans le de Natura ~,im (lib. II), il donne à Posidonius le titre d'ami, familiaris noster ; et, dans ce même traité (!ib. I), il le mentionne parmi les philosophes dont il a reçu les leçons.
Posidonius eut pour maître Panaetius, et, en l'absence de ses écrits, qui ne sont point arrivés jusqu'à nous, il est permis de supposer qu'il a adopté les doctrines stoïciennes sur Dieu, sur l'âme, sur la nature. Toutefois, à l'exemple de Panaetius et de Zenon de Tarse, nous le voyons se séparer des premiers stoïciens sur la question de savoir comment le monde doit périr. Ceuxci avaient pensé que, de même que le monde a été produit par le feu, alors que se dégagèrent duseinde la matière primitive les quatre éléments avec lesquels Dieu forma toutes choses; de même, c'est par le feu qu'il doit périr un jour. Cette combustion, ou résolution du monde par le feu à l'état de matière primitive, Èjj.7iupwffi; tov xowfioû, a été rejetée par Posidonius.
Les méditations de Posidonius portaient principalement sur la morale et la physique.
Tout ce que nous connaissons de la morale de Posidonius résulte de quelques courts passages de Cicéron, dans ses traités de Fato et de Officiis. Dans le de Fato (lib. III et IV), Cicéron reproche à Posidonius des opinions fatalistes, qu'il accuse d'absurdité. Toutefois, il se rappelle que Posidonius a été l'un de ses maîtres ; et un sentiment de convenance l'empêche d'insister sur ce point. Nous trouvons plus de lumières dans le de Officiis. Il existe deux passages du de Officiis où il est fait mention des doctrines morales de Posidonius. Dans le premier (liv. III, ch. iii)^ Cicéron dit que Posidonius avait composé un écrit fort succinct sur une question très -importante de morale que Panaetius avait oublié de traiter, à savoir, quel parti l'on doit prendre lorsque ce qui paraît honnête se trouve contraire à ce qui est utile. « Panaetius, dit Cicéron, qui, de l'aveu de tout le monde, a traité très-exactement toute la matière des devoirs, et que nous avons particulièrement suivi dans cet ouvrage, bien qu'en rectifiant sur quelques points ce qui nous a paru défectueux dans sa doctrine, pose trois questions sur lesquelles les hommes ont coutume de se consulter en matière de devoir : la première, si la chose dont il s'agit est honnête ou non; la seconde, si elle est utile ou préjudiciable; la troisième, quel parti l'on doit prendre lorsque ce qui paraît honnête est contraire à l'utile. Panaetius traite les deux premières questions dans les trois premiers livres de son ouvrage. Quant à la troisième, il avait annoncé qu'il la traiterait plus tard; mais il ne tint pas ce qu'il avait promis. » Maintenant, quelle solution Posidonius apportaitil à cette question? Cicéron ne le dit pas. Il est à remarquer toutefois qu'en réparant ainsi, bien qu'imparfaitement, l'omission d'une question aussi importante, Posidonius contrevenait à la déférence des disciples de Panaetius envers les doctrines de leur maître. Ce sentiment était porté chez eux à un tel degré, qu'ils n'osaient se permettre de combler les lacunes que Panaetius avait pu laisser dans le Traité des Devoirs. « De même, disaient-ils (Cicéron, ubi supra), qu'il ne s'est trouvé aucun peintre qui ait osé se charger d'achever la Vénus commencée par Appelles pour l'île de Cos, parce que la tête en était si belle, qu'on désespérait de faire un corps qui pût y répondre; de même, ce que Panaetius a écrit est si remarquable que personne ne s'est permis d'achever ce qu'il a laissé d'incomplet. »
Dans le second pass.ige (liv. I, ch. xlv), Cicéron mentionne Posidonius comme ayant donné une
énumérationdes actes contraires à la modération et à la tempérance. « On pourrait peut-être, dit l'auteur du de Officiis, se demander si cette communauté, qui est entièrement conforme à ta nature, doit être préférée à la modération et à la tempérance. Je ne le pense pas; car il y a là des actes tellement honteux et tellement immoraux, que le sage ne se les permettrait jamais, alors même qu'il s'agirait du salut de. la patrie. Posidonius en a fait une longue énumération; mais quelques-uns sont tellement infâmes, tellement obscènes, que je rougirais de les nommer.»
Les autres travaux de Posidionus se rapportent à la météorologie, à l'astronomie, à la physique générale, et se trouvent, au rapport de Cléomède et de Strabon, compris sous les titres suivants : de V Astrologie universelle; — des Choses célestes; — des Choses terrestres; — de la Géographie. Strabon et Cléomède paraissent avoir tiré un assez grand parti de ces travaux.
On sait qu'Épicure et ses disciples avaient dit que la grandeur réelle du soleil n'est pas autre que sa grandeur apparente. Posidonius combattit cette opinion, et Cléomède, au livre II de son traité intitulé Kux).ij«) Bswpîa tûv [terecopicov [Théorie circulaire des phénomènes célestes), lui emprunte les réponses qu'il fait aux épicuriens. En ce qui concerne la grandeur apparente des astres, Posidonius estimait, avec raison, qu'elle dépend du milieu à travers lequel nous les voyons. Il paraît, du reste, d'après le témoignage de Cléomède. que Posidonius avait essayé de calculer la grandeur réelle du soleil. Il avait observé, ou, plus vraisemblablement, il avait entendu dire qu'à Syène, sous le tropique du Cancer, on ne voit à midi, le jour du solstice, aucune ombre dans un diamètre de trois cents stades; d'où il conclut que le diamètre du soleil doit être de trois cents myriades de stades, c'est-à-dire environ cent cinquante mille lieues. Quant au calcul qui l'a conduit à ce résultat, nous avouons ne le comprendre que très-imparfaitement. Remarquons toutefois que, malgré les erreurs de cal cul où est tombé Posidonius, c'était déjà pour son époque un très-grand progrès que de chercher à déterminer mathématiquement la grandeur du soleil.
Posidonius avait cherché également à déter^ miner la grandeur de la terre. Au rapport de Strabon, de toutes les mesures, celle qui fait la terre la plus petite est celle de Posidonius; mais ce que ne dit pas Strabon, c'est qu'elle est en même temps la plus exactc^En effet, Posidonius attribue à la terre un contour de cent quatrevingt mille stades, ce qui équivaut à neuf mille lieues. Or, ce chiffre est précisément celui qui est admis par la cosmographie moderne, comme l'expression véritable de la circonférence terrestre. Comment Posidonius était-il arrivé à un résultat aussi exact? Nous savons très-bien aujourd'hui, d'une part, à l'aide d'un quart de cercle, nous assurer de la quantité dont une étoile s'élève ou s'abaisse par rapport à l'horizon; d'autre part, mesurer sur la terre l'intervalle qu'il a fallu parcourir pour que la position de l'étoile changeât de cette quantité; et nous arrivons ainsi a mesurer exactement le contour du sphéroïde terrestre, attendu qu'il ne faut, pour cela, que multiplier la mesure trouvée par le rapport de la partie mesurée à la circonterence terrestre, envisagée comme se composant de trois cent soixante parties ou degrés. Mais cette méthode pouvait-elle être connue au temps de Posidonius? En l'absence de documents suffisants, la question est destinée à demeurer indécise.
Cléomède avait emprunté à Posidonius ses calculs sur la grandeur du soleil. 11 lui emprunte
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plusieurs autres idées encore, et entre autres celle-ci. que, si Péquateur est habitable, c'est à cause de l'égalité des jours et des nuits, attendu qu'ainsi la chaleur diurne a le temps de se dissiper, et ne s'accumule pas comme aux tropiques. Cette idée n'est exacte qu'à la condition d'y joindre quelques développements, et d'ajouter que cette accumulation de calorique aux tropiques n'est pas constante, et n'a lieu, pour chacun des deux tropiques alternativement, que pendant les trois mois qui précèdent et les trois mois qui suivent immédiatement le solstice.
Posidonius n'a pas émis seulement quelques idées sur certains points particuliers de la science, il paraît avoir été l'auteur de tout un système astronomique, dont on peut se faire une idée d'après un passage du livre II de la Nature des Dieux; car il est très-probable que le système astronomique exposé par Cicéron n'est autre que celui de son maître Posidonius. Voici quelques-uns des principaux éléments de ce système. Cicéron regarde l'année solaire comme composée de trois cent soixante-cinq jours et un quart. Il parle ensuite des phases de la lune; puis des mouvements des cinq étoiles qu'on appelle errantes. De toutes ces périodes diverses se compose une grande révolution qui les comprend toutes, et qui s'appelle la grande année. Combien duret-elle? C'est une grande question, ajoute l'auteur du de Natura Deorum, mais on ne peut douter que cette durée ne soit fixe et déterminée. Et Cicéron ajoute (car chez lui toute description cosmographique aboutit à des conclusions philosophiques) : « Celui qui croirait qu'un ordre aussi admirable et aussi immuable peut subsister sans une àme, ne manquerait-il pas lui-même d'âme et de raison? Cette àme a été nommée par les Grecs Tipovo'la, c'est-à-dire providence.» Et ailleurs, dans le Songede Scipion, Cicéron, probablement encore guidé par son maître, parle en ces termes de la Voie lactée et des étoiles: « C'était ce cercle qui se fait remarquer parmi les étoiles par sa blancheur éclatante et que vous nommez Voie lactée ou de lait, à l'exemple des Grecs. De cette position, je pouvais contempler bien des merveilles, par exemple, des étoiles que vous ne voyez jamais d'ici, et qui sont d'une grandeur que nous n'avions jamais soupçonnée. La plus petite, qui est la dernière du ciel et la plus voisine de la terre, ne brille que d'une lumière empruntée. Quant aux étoiles, ce sont des globes dont la grosseur l'emporte de beaucoup sur celle de la terre. » On voit, parles deux passages, que Posidonius s'était fait des idées assez exactes, pour son temps, de la durée de l'année solaire, des mouvements des astres, de leur distance de la terre, de la distinction entre ceux qui brillent de leur propre lumière et ceux qui ne brillent que d'une lumière empruntée. Les cinq étoiles que Cicéron appelle errantes sont les cinq planètes connues de son temps, et non point des comètes. C'est probablement la lune qui est désignée par ces mots : « La plus petite étoile, qui est la dernière du ciel et la plus voisine de la terre; » et Cicéron a soin d'ajouter qu'elle ne brille que d'une lumière empruntée. Enfin on rencontre, dans le dernier de ces deux passages, quelques mots qui semblent faire entendre que Cicéri n. ou plutôt Posidonius, avait soupçonné la précession des équinoxes. On sait, en effet, que les noints de l'équinoxe ne sont pas fixes sur l'écliptique, qu'ils se meuvent en sens inverse du soleil, et que le point d'équinoxe parcourt un degré en soixante-douze ans et l'écliptique en deux mille six cents ans. Cette période de deux mille six Bile pas ce que Posidonius ..urait plus ou moins distinctement conçu, quand,
L'organe de sond' le de la grande
révolution qui comprend toutes les autres?
C'est à l'action des astres que Posidonius, au rapport de Strabon, attribue le phénomène des marées. Il dit que les mouvements de l'Océan suivent les mouvements du ciel, et qu'ils ont, comme la lune, une période diurne, mensuelle et annuelle.
Posidonius avait construit une sphère céleste à l'imitation de celle d'Archimède. Cicéron en fait la description au livre II du tra'té de Natura Deorum : « Cette sphère, dit-il, que Posidonius a construite, reproduit fidèlement par ses mouvements ceux qu'opèrent chaque jour, dans le ciel, le soleil, la lune et les cinq planètes. »
On peut consulter sur Posidonius : Delambro, Histoire de l'astronomie ancienne, aux articles I l -mède, Strabon, Posidonius, Cicéron; — James Dike, Posidonii hhodii reliqviœ; accedit W'jttenbachii annotatio, in-8, Leyde, 1810. C. M.
POSITIVISME. Ce mot, aujourd'hui si souvent répété, n'a paru dans la langue philosophique que pendant la première moitié de ce siècle : il a été inventé par A. Comte pour désigner une doctrine qui, se donnant pour nouvelle et prétendant rompre avec toutes celles que le \< nous avait léguées, voulait marquer son avènement par une dénomination inusitée. Le système est-il aussi neuf que son titre? on en doutera peut-être après avoir lu l'exposé sommaire que nous allons en faire. Le mot a fait fortune : il désigne aujourd'hui des choses assez diverses, une méthode à l'usage des savants qui n'admettent que l'expérience et le calcul, une inclination de l'esprit à s'interdire toute préoccupation de l'idéal, un parti pris contre la métaphysique et la religion, et enfin un système de philosophie dont les adeptes, sans s'astreindre à une même profession de foi, se reconnaissent moins à l'uniformité de leurs doctrines qu'à l'unanimité de leurs négations Depuis le jour où A. Comte, alors inconnu, écrivait en tête de ses livres sans lecteurs ce titre : Cours de philosophie positive, plusieurs de ses idées, parmi les plus originales, semblent avoir été abandonnées : ceux qui se donnent pour ses disciples n'ont accepté qu'une partie de son héritage, et non toujours la même, et le positivisme, comme toute école vivace, a poussé plus d'un rameau. On l'exposera ici à peu près tel que son fondateur l'avait conçu, quoique lui-même ne soit pas toujours resté fidèle à sa première pensée, et l'on marquera brièvement les corrections que lui ont fait subir les j lus éminents de ses successeurs.
Le positivisme, éclos dans l'esprit d'un mathématicien, n'est pourtant pas une conception formée a priori; il se présente comme une révolution, mais il reconnaît des antécédents, et il en a même de plus anciens et de plus nombreux que son grand maître ne l'imagine. A. Comte se déclare le successeur de Descaries et de Leibniz ; il pourrait plutôt se réclamer de Bacon et de Hobbes et de toute l'école empirique. Il appelle David Hume <• son principal précurseur en philosophie », et il est alors bien près de la vérité ; il pourrait citer à d'autres titres Saint-Simon, auquel il emprunte beaucoup, tout en le contredisant, et Broussais qu'il ne contredit pas assez. D'ailleurs, c'est moins un système qu'il a la prétention de nous offrir, qu'un résultat du développement de la civilisation, une des phases par où l'humanité passe nécessairement, ou plutôt celle où elle doit à jamais se fixer, et que les autres n'ont fait que préparer. Toute l'histoire, à l'en croire, aboutit au positivisme, qui est « li propr - île du six* siècle ». Aussi, la duc-
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trine de cette école qui doit absorber toutes les autres, sa méthode, son but, son origine ne s'expliquent pas sans une certaine interprétation de l'histoire. Le positivisme s'appuie sur une loi de l'évolution de la pensée ; il la confirme à son tour; il est fait pour la justifier, comme elle est laite pour lui donner un caractère de nécessité. C'est un cercle. L'histoire et la philosophie s'y enchevêtrent, et au premier abord il serait difficile de décider si A. Comte a tiré l'idée dB positivisme de ses réflexions sur l'histoire, ou s'il a essayé de plier les événements historiques à une formule préconçue, sans se faire scrupule de les fausser, Cette seconde hypothèse paraît pourtant plus vraisemblable. Sans doute, au dire des positivistes les plus considérés, la grande découverte de Comte est celle de « la lof des trois époques », et c'est elle, en effet, qui peut servir d'introduction à tout le reste. Mais il est permis de croire qu'il ne l'eût pas conçue, s'il n'avait déjà arrêté dans son esprit l'idée des conditions de la science, de sa méthode et de si n but; cette idée est le trait de lumière qui • claire à ses regards les profondeurs du passé, lui révèle à travers le pêle-mêle des faits les règles des événements, et parmi les écarts incessants d'une route mal i tracée la direction constante de la marche des sociétés et leur progrès vers un état définitif.
Cette idée, vraie ou fausse, n'est pas originale, et tous ceux qui connaissent sommairement l'histoire de la philosophie savent combien elle est ancienne. C'est la vieille théorie empirique, tant de fois proposée, tant de fois réfutée : Le réel est le seul objet de la science, parce que seul il est positif; mais il n'y a qu'une seule réalité : des faits actuels, tels que les sens les perçoivent, relatifs à nos seuls moyens de connaître, relatifs les uns aux autres. » 11 n'y a qu'une seule maxime absolue, c'est qu'il n'y a rien d'absolu. » Cette doctrine de « l'universelle relativité », dont l'expression déjà nette se trouve chez Heraclite, est un des points cardinaux du positivisme. Non-seulement les faits ne peuvent être connus que s'ils sont distingués les uns des autres; non-seulement ils ne peuvent être perçus en eux-mêmes, et ne s'expriment à nous que suivant les lois de notre organisation ; mais encore ils dépendent les uns des autres ; ceux-ci sont des conditions par rapport à ceux-là, et ces conditions elles-mêmes sont relatives à d'autres faits, et ainsi de suite à l'infini, sans que jamais on puisse atteindre ou seulement concevoir un premier terme au-dessus ou en dehors de la série. Quand l'esprit s'arrête, il est encore en face d'une condition; il ne peut dire qu'elle soit première ou dernière : elle est « impénétrée », et il se trouve au bord de l'inintelligible. L'objet de la science est donc d e saisir des successions et des similitudes entre des phénomènes, de démêler les ressemblances et les successions constantes. Ces phénomènes, il faut bien le remarquer, sont tous extérieurs: ceux que les philosophes appellent internes ne sont pas observables; si on prétend les distinguer de leurs éléments externes il n'en reste rien, si ce n'est l'effort qu'on fait pour les saisir. La science de l'homme est donc la science du monde : la méthode subjective est stérile, et l'un des principes les plus féconds de la philosophie nouvelle, c'est qu'il faut aller de l'univers à l'homme qui le réfléchit et n'existe, comme sujet d'étude, qu'autant qu'il le réfléchit. Voilà le point de départ du positivisme : c'est l'axiome fondamental qu'il faut adopter avant d'entrer dans l'école. Ainsi se trouve tranchée presque sans discussion la vieille querelle de l'empirisme et du spiritualisme. La solution ne
dépend pas de recherches oiseuses sur la nature humaine ou sur l'essence des choses ; elle est imposée par l'histoire, et par la critique des sciences qui n'ont fait de progrès qu'en s'attachant à l'observation des faits et qu'en s'astreignant à la recherche d'autres faits, observables comme les premiers, et qui les déterminent. Quant au but que les sciences se proposent, on peut l'indiquer d'un seul mot : elles nous donnent la faculté de prévoir les faits, de nous rendre maîtres de ceux qui peuvent être déterminés par nous et de savoir éviter ou détourner à notre profit ceux qu'il ne nous est pas possible de modifier.
Cette conception de la science implique l'exclusion de la recherche des causes efficientes et des causes finales. On s'explique que l'esprit humain se soit acharné à les découvrir ou plutôt à les imaginer. Les phénomènes sont mobiles, et les sensations qu'ils produisent en nous ne sont que des mouvements fugitifs : cette réalité qui commence et finit à chaque instant peut-elle servir de base à la science? La connaissance ne se dissipera-t-elle pas à la poursuite de cet objet insaisissable, et la vérité ne sera-t-elle pas condamnée à se faire et à se défaire perpétuellement comme les faits eux-mêmes? Les anciens philosophes ont compris cette difficulté et ils ont cru la résoudre en inventant de prétendues substances ou causes qui résistent à l'écoulement de toutes choses : ils ont rêvé un monde invisible qui lût Ja raison et la cause de tout ce que nous voyons, et ils ont défini la philosophie la recherche des causes et des fins, la science de l'invisible. Mais leur entreprise était à la fois impossible et inutile : son impossibilité est démontrée par les résultats contradictoires et toujours hypothétiques où ils sont arrivés, et par l'immobilité de la métaphysique qui répète à travers les âges les mêmes erreurs successivement reprises et abandonnées ; son inutilité se découvre par un examen plus attentif de la vraie nature des phénomènes. Les faits ne sont pas ce que pense le vulgaire des philosophes; ils ne sont pas cette essence ondoyante dont parle Platon : ils ont en eux quelque chose de constant, d'universel, à savoir, leurs relations réciproques qui subsistent à travers tous les changements. La science peut donc être stable et cependant positive ; elle peut trouver ces points fixes qu'elle réclame pour y asseoir des vérités définitives : ce ne sont pas des causes, mais des lois de succession. Cette résolution de s'abstenir du nom et de l'idée de cause, cette proscription de toute recherche concernant l'origine et la fin des choses est plus nettement prononcée encore chez Comte que chez ses disciples, qui pourtant souscrivent, parfois avec quelques timides réserves, à cette sentence contre la métaphysique.
La science est-elle donc matérialiste? Elle s'en garde bien. Le matérialisme est une théorie métaphysique ; c'est un effort pour résoudre des questions insolubles; ceux qui le proposent sont des esprits « antiscientifiques »; ils imaginent une substance active, invariable, qui reste la même sous la diversité des phénomènes, quelque chose d'absolu et d'invisible que nulle expérience n'a jamais atteint : ils sont encore attardés dans l'ère métaphysique. Le positivisme supprime le problème auquel ils ont cru devoir s'attacher; il j est indifférent. Il faut dire pourtant que cette indifférence affectée ne se maintient pas toujours, et sans vouloir imposer le nom de matérialistes à des écrivains qui ne l'acceptent pas, on peut remarquer que s'ils répudient toute métaphysique de la nature, ils réduisent toute réalite à des phénomènes sensibles, et ceux-ci à leurs éléments mécaniques ; que par