‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 304 sur 439 · IM>TA · texte numérisé non relu

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arguments par lesquels un prince, zélé pour le triomphe de la vérité, pourrait amener les idolâtres, les mahométans et les autres infidèles à croire en la religion de Jésus-Christ.

Dans la partie de son ouvrage où il a traité des principes fondamentaux et des sources du droit. Postel s'est surtout inspiré des ouvrages moraux de Cicéron. C'est un rapprochement que l'on peut faire également à l'occasion de la doctrine de Grotius. Ce sera la gloire éternelle du grand orateur de Rome, d'avoir popularisé, par la beauté de son style et la richesse des développements qu'il leur a donnés, les principes de In morale antique. Quiconque voudra constater d'une manière certaine l'état de la science morale à la venue de Jésus-Christ, devra le chercher dans le de Officiis, dans le de Finibus bonorum et rnalorum, dans la République, les Lois et les autres ouvrages philosophiques de Cicéron. C'est à cette source que Postel, comme la plupart des érudits de son siècle, a puisé la part de philosophie qu'il a introduite dans ses ouvrages. S'il en est résulté que le fond n'est pas neuf, l'auteur a fait néanmoins, dans l'exposition de ses idées, preuve de sagacité et d'originalité.

Une des bonnes éditions de l'ouvrage de Postel ayant pour titre : De orbis terra concordia libri quatuor, est une édition sans date et sans nom d'imprimeur, petit in-f°. On en cite encore une autre également in-f°, Bâle, Oporin, 1544. On peut consulter, sur les détails de la vie de Postel, un ouvrage curieux du P. Desbillon, intitulé : Nouveaux éclaircissements sur la vie et les ouvrages de G. Postel, Liège, 1773, in-8; — Th. Ittig, Excrcitatio historico-philosophica de G. Postello, Leipzig, 1704, in-4; — A. Péricaud, F. "Wilson, G. Postel et L. Castelvetro, Extrait d'un supplément à Vhistoire littéraire de Lyon, du père Dominique de Colonia, Lyon, 1850^ in-8. H. B.

POSTULAT (de postulatum, traduction littérale du grec aixr^oi : ce qui est demandé). On appelle ainsi, d'après Aristote {Derniers Analytiques, liv. I, ch. x), une proposition qui n'a pas encore été démontrée et qui, peut-être, ne le sera jamais, mais qu'on est cependant prié d'accorder pour le besoin de la discussion, ou qui se présente comme un complément nécessaire d'un certain ordre d'idées, quoique nous ne puissions pas en donner une preuve directe. C'est conformément à cette signification, que l'immortalité de l'âme paraît être à Kant un postulat de la raison pure; c'est-à-dire qu'il ne croit pas ce dogme susceptible de démonstration, mais qu'il le considère comme une conséquence nécessaire à l'ordre universel, qui nous appelle au bonheur par les lois de la sensibilité, et nous impose des sacrifices au nom du devoir. 11 existe, comme on voit, une différence entre un postulat et une hypothèse. Toutes les fois, dit Aristote [ubi supra), qu'on pose, sans les avoir soi-même démontrées, des choses qui pourraient être, et qu'on les admet avec l'assentiment de celui à qui on les apprend, c'est une hypothèse que l'on fait. » Le postulat, au contraire, n'étant pas de pure invention, quoique nous soyons souvent hors d'état d'en donner une démonstration directe, peut être contesté dans la discussion et ne s'établit que par l'ensemble des idées.

POTAMON d'Alexandrie. « 11 y a peu de tcmps, dit Diogènc Laërcc (liv. I, § 21), une école éclectique (èxXextty^ u; aîpemc) lut fondée par Potamon d'Alexandrie, lequel choisissait les doctrines qui lui avaient convenu dans chaque école. » C'est sur ce témoignage principalement que Potamon a été considéré comme le fonda-

teur de la grande école qui compte dans son seinPlotin, Porphyre, Procïus, et qui a proie

son existence jusqu'au milieu du vi° siècle de notre ère. Quel est donc ce Potamon? A quelle époque a-t-il vécu, et que savons-nous de sa du trine? Telles sont les deux questions auxquelles nous devons répondre avant d'examiner si l'honneur qu'on lui a fait est mérité. Quant au temps où il faut placer la vie de Potamon, nous sommes condamnés aux plus vagues suppositions. Ii n'y a rien à tirer des paroles de Diogène Laërce, puisque nous nesommespasen état de fixer d'une manière précise l'âge de cet historien. On lit dans Porphyre [Vie de Plotin, ch. ix) que les pères, en mourant, recommandaient leurs enfants à Plotin, et que, de ce nombre, èv tovtoiç, était Potamon. Évidemment, c'est dans le nombre des pères et non des enfants qu'il faut le compter : car Porphyre ajoute que Plotin se plaisait à entendre Potamon disserter sur une philosophie nouvelle dont il jetait les fondements. Dans ce cas, Potamon serait plus âgé que Plotin et appartiendrait à la fin du ne et au commencement du me siècle de notre ère.

Mais voici une troisième version qui contredit absolument les deux précédentes. D'après Suidas (aux mots Aïpeffiç et ÏIoTàjjLwv). Potamon aurait vécu sous Auguste et serait né quelque temps» avant ce prince. Quelques critiques, substituant arbitrairement au nom d'Auguste celui d'Alexandre, ont placé Potamon les uns sous le règne d'Alexandre Sévère, les autres sous celui d'Alexandre le Grand. De ces assertions opposées, la plus probable est, sans contredit, celle de Porphyre. Mais si Potamon, par le temps et le lieu où il a vécu, a pu être en relation avec Plotin. en devons-nous conclure qu'il a été son maître, et que c'est à lui qu'appartient la gloire d'avoir fondé l'école d'Alexandrie? D'abord l'idée de l'éclectisme, la pensée que la vérité est partout mêlée à l'erreur, qu'elle est divisée en quelque sorte entre tous les systèmes, et qu'il s'agit seulement pour le sage, pour le vrai philosophe, de recueillir ses membres épars ; cette pensée n'était pas nouvelle à l'époque dont nous parlons : on la rencontre chez Philon, chez les Pères de l'Eglise, chez Plutarque, Galien, Cicéron : elle était, pour ainsi dire, le fond de tous les esprits en dehors de l'école sceptique. Ensuite, quelle était la doctrine de Potamon? Nous ne la connaissons aujourd'hui que par un très-court passage de Diogène Laërce, ainsi conçu : « Il lui parut que le critérium de la vérité comprend, d'une part, le principe même qui dirige le jugement, c'est-à-dire la raison (to i,yiao-ny.c\); et, de l'autre, le moyen dont se sert la faculté de juger, à savoir la représentation fidèle des objets (xfjV âxptëeffxar^v çavtacrîav). Quant aux principes de toutes choses, il en distinguait quatre : la matière, la qualité, l'action [noir.crw) et le lieu (xÔ7rov) ; car tout ce qui est a été l'ait de quelque chose et par quelqu'un, existe d'une certaine manière et quelque part. La fin à laquelle il veut que tout soit rapporté, c'est une vie parfaite qui renferme toute vertu, et d'où ne sont pas exclus les biens corporels et extérieurs. » Nous voyons, par ces lignes, que Potamon n'a touché qu'à trois points : la logique, la morale et la physique. Sur les deux premiers, il a essayé de concilier ensemble le stoïcisme et 1 épicurisme. Sur ce dernier, il s'en lient aux quatre principes d' Aristote. On n'imagine rien de plus incomplet, de plus grossièrementsuperficiel. surtout de plus contraire tanl à l'esprit qu'à la lettre de la philosophie ] I i inicienne; comment une telle doctrine aurait elle pu devenir le germe du néo-platonisme alex indrin?

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Potainon avait composé deux ouvrages, dont l'un, entièrement perdu, était un commentaire sur le Timée de Platon; de l'autre, intitulé Traité éléments (Stoi/eiu><7iç), il ne nous reste que le fragment cité par Diogene Laërce. — On peut consulter sur Potamon : Glœckner, Disscrtalio de Potamonis Alexandrin! philosophia, in-4, Leipzig, 1745; — E. Vacherot, Histoire critique de ie d'Alexandrie, Paris, 1846-1851, 3 vol. in-S; — J. Simon, Histoire de l'école d'Alexandrie.

POUILLY (Louis-Jean Levesque de), né àReims en 1691, y mourut le 4 mars 1750. De bonne heure, le goût des sciences et de la méditation s'annonça en lui. A vingt-deux ans, il essaya une exposition des principes, fort nouveaux alors, de la philosophie naturelle de Newton. Il renonça ensuite aux mathématiques pour se livrer entièrement à des études philosophiques et littéraires, et fut reçu membre de l'Académie des inscriptions et; belles-lettres en 1722. Mais déjà le travail avait fatigué sa santé. Pour la refaire, il parcourut le midi de la France, puis l'Angleterre où il visita, entre autres personnages, lord Bolingbroke et Newton. Nommé, à son retour en France, lieutenant général de Reims, il signala son administration par des améli '.ations et des embellissements dont les habitants de cette ville gardent encore aujourd'hui le souvenir.

Cet écrivain, contemporain de Vauvenargues, mais peu célèbre comme philosophe, mérite pourtant une place dans l'histoire de la philosophie par la précision, la netteté de ses idées, par la douceur même des théories qu'il essaya de répandre, par la clarté de ses écrits, et surtout par la pensée qui domine dans le seul ouvrage de lui dont nous avons à nous occuper ici. Ce livre fut publié d'abord sous la forme d'une Lettre à lord Bolingbroke, dans un recueil de divers écrits sur l'amour, l'amitié, la politesse, la volupté, les sentiments agréables, l'esprit et le cœur, m-12, Paris, 1730.

La Lettre à Bolingbroke eut du succès, et les amis de l'auteur l'engagèrent à en reprendre les idées sous une forme plus sérieuse et plus suivie. 11 refit donc ce livre, et, avec des additions nombreuses, le publia de nouveau sous le titre qu'il a conservé depuis, Théorie des sentiments agréables, Genève, 1747 ; Paris. 1748 et 1749, in-8. Une autre édition fut publiée en 1774, vingtquatre ans après la mort de l'auteur. Dans cette dernière, le fond est toujours le même ; seulement les pensées y ont plus de développement ; le style est aussi plus régulier, plus châtié; mais, en revanche, il a perdu un peu de sa vivacité.

L'ouvrage se divise en six chapitres :

1° La théorie des sentiments est du même genre que les sciences physico-mathématiques ;

2° Du plaisir attaché à l'exercice des facultés ;

3° Des objets qui sont agréables par euxmêmes, soit aux sens, soit à l'esprit;

4° De l'agrément des biens utiles ;

5° De l'auteur des sentiments agréables ;

6° Du plaisir attaché à la vertu.

Le titre de ces chapitres indique à lui seul l'ensemble de la pensée de l'auteur, le milieu d'idées, pour ainsi dire, où son esprit se meut, le caractère de sa philosophie. Comme la plupart des philosophes de cette époque, Levesque de Pouilly ne cherche qu'une chose dans la vie : la rendre aussi facile, aussi douce que possible. Et c'est dans ce but qu'il interroge la nature humaine, qu'il observe les divers mouvements, les diverses conditions, les diverses nuances de la passion. 11 était persuadé que le seul tort d'Ëpicure est d'avoir borné l'ambition humaine à une sphère grossière, et de n'avoir pas insisté

suffisamment sur le prix et l'étendue des plaisirs de l'esprit. Il voulait mettre en lumière le plaisir attaché à la vertu, et, par cet accord du bien et du bonheur, fonder les principes d'une morale exacte et douce à la fois.

Tout ceci n'est pas nouveau ; et si Levesque de Pouilly n'avait eu que cette pensée, on l'eût facilement oublié comme tant d'autres. Mais, en creusant son idée, il rencontre une veine originale qui, vu sa date surtout, n'est pas sans mérite. C'était l'époque où l'esprit d'observation commençaitd'êtreappliquéavec succès aux sciences naturelles. Le grand nom de Newton sortait déjà de la foule avec éclat. Levesque de Pouilly conçut l'idée formelle d'abandonner cet esprit systématique, qui jusqu'alors avait dominé dans les recherches des philosophes, et de soumettre ces recherches à la pure observation des faits. Son idée, qu'il expose explicitement, est que, dans cette voie, la théorie du sentiment (et par ce mot il entendait tous les phénomènes internes) est susceptible d'une certitude pareille à celle des sciences naturelles, qu'il appelle physicomathématiques.

Or, c'est la première fois au xvme siècle que nous rencontrons cette idée exprimée d'une manière aussi formelle; car, si elle est en germe dans Buffier ce nouveau genre d'observation n'est pas proposé par lui comme capable d'une certitude analogue à celle des sciences naturelles. Les Ecossais seuls ont repris cette pensée.

Quant à l'exécution de son idée, Levesque de Pouilly montre une science psychologique bien imparfaite. Son observation est souvent superficielle. Mais ce qui est remarquable, c'est qu'il essaye de temps en temps des descriptions psychologiques telles que les entendait Jouffroy. Il expose les faits avec clarté, avec simplicité ; il s'efforce de les analyser, et rencontre de la sorte des vues souvent intéressantes.

Là est le vrai mérite du livre de Levesque de Pouilly, qui fut un bon exemple plutôt qu'un livre savant et profond.

J. S. Levesque de Pouilly, fils du précédent, né à Reims en 1734 et mort en 1820, membre de l'Académie des inscriptions comme son père, a écrit, outre une Vie de l'Hôpital, une Théorie de l'Imagination, 1803.

Levesque de Burigny (voy. Bl-rigny) était frère de Levesque de Pouilly. F. R.

PRÉDESTINATION. Le mot prédestination appartient à la langue théologique plutôt qu'au vocabulaire de la philosophie; mais comme il a une acception distincte, et qu'il désigne un ordre d'idées voisines de certaines questions philosophiques, il est utile de déterminer cette acception. Ce mot a un sens analogue à celui de fatalisme, mais plus restreint : c'est une sorte de fatalisme appliqué à l'individu. Cependant, lorsque l'on considère que le fatalisme est surtout la négation du libre arbitre, et que le libre arbitre n'appartient qu'à l'homme, qu'ainsi le fatalisme semble aussi ne se rapporter qu'à lui, on est tenté de ne voir dans la prédestination qu'un mot différent pour exprimer la même chose. Néanmoins on se tromperait en ne tenant point compte de la nuance qui les distingue.

Le mot fatalisme entraine en effet l'idée de l'absence de toute liberté dans les actes de l'homme; mais, en même temps, il suppose que ces actes, accomplis nécessairement, entrent dans un système général de faits préordonnés qui constituent le développement inévitable de la destinée de l'individu et de celle du monde. Le fatalisme est l'affirmation générale, a priori, que tous les faits qui se produisent dans l'univers, à quelque ordre qu'ils appartiennent, arrivent né-

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ccssairement ; la prédestination ne concerne que lits relatifs à l'individu : elle est donc contenue dans le fatalisme, comme une idée particulière dans une idée générale, et en même temps la prédestination une fois admise, conduit, par une induction rigoureuse, au fatalisme. Il y a donc d'abord entre le fatalisme et la prédestination une première différence, qui est celle du général au particulier; celte différence n'est pas la seule. Le fatalisme s'applique à la fois à l'ensemble et aux détails, quels qu'ils soient, des faits qui se produisent dans l'universalité des choses ; la prédestination ne s'applique habituellement qu'à l'ensemble résultant de la vie de l'individu : on le dit prédestiné à la gloire, à l'obscurité, à la richesse, à la misère, etc.... On ne dit pas que les détails de sa vie sont prédestinés, que tel ou tel de ses actes est prédestiné ; le mot de prédestination s'applique à l'homme et ne s'applique point aux faits. Il est vrai qu'il y a ici une sorte d'inconséquence : car plusieurs des résultats généraux de la vie d'un homme ont été nécessairement amenés par des faits qui devraient être dits prédestinés aussi bien que lui ; et si la gloire a dû nécessairement couronner la vie de tel ou tel homme, les travaux et les actes par lesquels il l'a méritée ont dû être prédestinés avec la même nécessité que cette gloire. Nous signalons cette inconséquence; mais quelle qu'elle soit, il n'en reste pas moins vrai que tel est le sens restreint du mot prédestination.

La prédestination est entrée dans le domaine de la théologie et de la religion chrétienne par ce passage de saint Paul dans son Épître aux Romains (ch. vin, t 29 et 30) : « Ceux qu'il a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés, pour être conformes à l'image de son fils, afin qu'il fût l'aîné entre plusieurs frères. Et ceux qu'il a'prédestinés, il les a aussi appelés, il les a aussi justifiés, et ceux qu'il a justifies, il les a aussi glorifiés. » L'Église, dans sa sagesse pratique, a toujours pris soin d'adoucir ce qu'il y a d'exclusif et d'absolu dans ces paroles; mais les sectes sorties de son sein n'ont pas imité cette prudence, et souvent, par un esprit d'opposition difficile à justifier, elles ont défendu le dogme de la prédestination avec un zèle qui ne laissait guère à la liberté morale que ce qu'il lui fallait de vie pour s'abdiquer elle-même. Il est vrai que saint Augustin, pressé par les pélasgiens ses adversaires, n'avait pas toujours suffisamment ménagé le libre arbitre, et on ne pouvait s'attendre à ce que ceux qui se disaient exclusivement les défenseurs de la grâce ne missent pas en avant, dans tout ce qu'elle avait de favorable pour eux, une semblable autorité. La réforme du xvie siècle se montra surtout fidèle au dogme de la prédestination : Luther en fut le défenseur fanatique, et Calvin le surpassa encore dans le zèle de sa polémique. Les mêmes inspirations de prudence, qui avaient dirigé la conduite de l'Église catholique,|se firent apercevoir sur quelques points de la communion protestante; mus comme l'Église catholique avait rencontré les disciples de saint Augustin, et, plus tard, Jansénius et ses partisans, les théologiens modérés de la réforme se heurtèrent contre les méthodistes, qui déclarèrent que les élus sont prédestinés au salut, que cette prédestination est gratuite, c'està-dire qu'elle ne peut être méritée par l'homme, et qu'elle sauve sans que les bonnes œuvres y aident, sans que les mauvaises en empêchent l'effet. Tel est le dernier mot de la doctrine de la prédestination où l'on voit clairement que la prédestination se rapportait au terme final de la vie de l'homme, et non au détail de ses actions, puisqu'elles sont indifférentes.

La question dégagée de l'élément théolopiquo, se pose dans les termes suivants de la raison conduisent-elles à admettre que l'homme est prédestiné par un décret de Dieu à la récompense ou au châtiment dans une autre vie?»

La réponse affirmative serait tout simplement l'affirmation du fatalisme : car on ne peut comprendre la prédestination à la récompense ou au châtiment, sans admettre au préalable la préordination fatale des actes qui les ont amenés. Les arguments par lesquels on prouve l'erreur des fatalistes étant les mêmes que ceux que nous pourrions opposer à la doctrine de la prédestination, nous renvoyons le lecteur aux articles Fatalisme et Liberté.

Mais nous avons vu que le dernier mot de la doctrine de la prédestination dans les sectes les plus exclusives, ce qui la distingue véritablement de la fatalité, c'est la prédestination au bonheur ou au malheur dans l'autre vie, sans considération aucune des actes accomplis dans celle-ci. Le fatalisme est du moins, dans son erreur, conséquent avec lui-même. S'il admet le honneur ou le malheur comme inévitable pour l'individu après sa mort, il admet pendant sa vie une égale nécessité pour les actes dont le bonheur ou le malheur seront les suites inévitables. Mais que dire de l'inconséquence d'une doctrine qui, sans nier la liberté, et par conséquent le mérite et le démérite dans les actes moraux de la vie de l'homme, le prédestine arbitrairement à la récompense ou au châtiment éternels, sans égard pour ses vertus et pour ses vices?... Voici l'explication de cette singularité.

11 n'y a guère que l'Église catholique dont la sagesse ait ôté au dogme de la prédestination ce qu'il a d'exclusif et de choquant. Plusieurs des sectes issues de son sein ont, à l'exemple de Luther dans son livre de Scrvo arbilrio, prêché sans ménagement la prédestination; elle appartient également aux religions de l'antiquité, a celles de l'Asie, et l'islamisme en particulier l'admet sans atténuation. Elles fondent ce dogme sur le dogme universel d'une chute primitive par laquelle l'homme a entraîné dans un malheur mérité sa postérité tout entière, et voici comment leurs docteurs raisonnent : tous les hommes sont criminels, et, comme tels, justement et éternellement condamnés. Si la miséricorde de Dieu veut bien arracher quelques-uns à cette proscription méritée, c'est à elle qu'il appartient de les choisir, et ceux qui demeurent dans la proscription n'ont point à se plaindre de cette préférence, ni à en chercher les motifs, car elle ne serait point une grâce (gratia gratis data), disent-ils, si elle prenait en considération les mérites personnels des élus.

Nous ne rappelons ces détails que pour bien caractériser la doctrine de la prédestination, telle qu'elle a été admise par ses défenseurs exclusifs.

On ne peut connaître en détail la doctrine de la prédestination sans prendre connaissance des nombreuses controverses sur la grâce; cependant l'article du Dictionnaire théologique de Bergier, faisant partie de V Encyclopédie méthodique, au mot Prédestination, fournira sur ce point des lumières suffisantes. II. B.

PRÉDÈTERMINATION, voy. FATALISME et.

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PRÉDICAMENT {Pnrdicamcnlum). C'est le nom sous lequel on désignait autrefois les catégories (voy. ce mot).

PRÉDICAT {Prœdicatum, de prœdicare, dire> ou affirmer une chose d'une autre; en grec, xirr.- YOpoOjxevov ou xaTriYÔpr.na). On appelle ainsi toute idéCj soit qu'elle représente une substance ou une

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qualité, qui peut être niée ou affirmée d'une autre; en un mot, toute idée générale. Par exemple, dans ces deux propositions : Pierre est un homme; l'homme est un animal; homme, animal sont des prédicats. Par conséquent, le même mot, qui est prédicat dans un cas, peut devenir sujet dans un autre. Aux termes de la définition de l'école, le prédicat, «c'est ce qui peut être dit de plusieurs choses, soit que l'on comprenne toutes ces choses sous un même nom, soit qu'on les considère séparément. » Unum aplum preedicari de mullis, univoce el divisim. Ainsi l'idée d'animal, ou d'animal raisonnable, s'applique aussi bien à tous les hommes réunis sous une même dénomination, qu'à Pierre et à Paul, pris individuellement. On voit qu'il y a une différence entre un prédicat et un attribut. Le premier de ces deux termes n'a qu'un sens purement logique (imivcrsale logicum), déterminé par la place qu'il occupe dans la proposition; voilà pourquoi il s'applique indifféremment à une substance ou à une qualité. Le second, au contraire, a un sens métaphysique et invariable; il exprime toujours une qualité, et même une qualité d'un certain ordre (voy. Attributs). — On trouve aussi chez les anciens logiciens le mot prédicable (prœdicabilc) pour désigner toute idée susceptible de servir de prédicat; mais c'est exactement la même chose : il s'agit toujours d'une idée générale servant à déterminer une idée particulière. Ce sont ces idées générales que Porphyre, dans son Introduction aux Catégories, a rapportées à cinq chefs : le genre, l'espèce, la différence, les qualités propres, l'accident.

PRÉEXISTENCE, VOy. MÉTEMPSYCHOSE et

Platon.

PRÉJUGÉ (de prœ, d'avance, et de judicarc, juger, juger d'avance; en allemand, Vorurlheil est composé de la même manière). Ce terme, sans synonyme dans les langues anciennes,' a appartenu d'abord à la jurisprudence : il servait à désigner soit une cause jugée d'avance par la nature des faits produits au jour, soit par un arrêt rendu auparavant dans une question semblable à celle qu'on avait à décider. Transporté ensuite par analogie dans la langue philosophique, il a conservé depuis le xvne siècle la même signification : celle d'un jugement que nous prononçons, ou plutôt que nous acceptons sans examen, et considéré par cela même comme erroné; celle d'une opinion à la fois irréfléchie et fausse, à laquelle nous sommes aussi attachés qu'aux vérités les plus évidentes. Il y a, en effet, un double caractère à considérer dans les préjugés : l'irréflexion et l'erreur. Un grand nombre de nos jugements sont irréfléchis sans être faux, et d'autres parfaitement convaincus de fausseté ont été précédés d'un examen approfondi. Toute erreur n'est donc pas un préjugé; le champ de la première est plus vaste que celui du second, «et c'est à tort que plusieurs philosophes les ont confondus. Mais toujours est-il qu'un préjugé est un jugement, c'est-à-dire qu'il repose sur certains principes, sur certaines notions personnelles qu'on désigne sous le nom de préventions.

Est-il vrai, est-il possible même, comme le prétend Bacon, qu'il y ait des préjugés naturels, ou, pour nous servir de ses expressions, des idoles de la tribu, c'est-à-dire des erreurs nées avec nous et inséparables de notre espèce? Si des erreurs de ce genre existaient, nous n'aurions certainement aucun moyen de les reconnaître, puisqu'elles seraient conformes aux lois de notre intelligence, et que plus nous les considérerions, plus nous serions forcés de nous y attacher comme a la vérité même. Ce qui distingue, en effet, 'erreur de la vérité, c'est uniquement que celle-

ci est d'accord et celle-là en opposition avec les lois générales et invariables de notre nature; l'une nous représente la santé et l'autre la maladie de l'esprit.

Mais s'il n'y a pas d'erreurs naturelles dans le sens propre du mot, il y a des dispositions naturelles qui, détournées de leur but ou développées avec excès, et maintenues dans cette direction vicieuse par la force de l'habitude, peuvent nous conduire à accepter sans examen les opinions les plus fausses ou à nous y arrêter comme à des vérités premières. Ce sont ces dispositions qui engendrent tous nos préjugés, et, pour être juste, c'est à elles qu'il faut rapporter tout ce que dit Bacon des erreurs inséparables de notre existence. On peut les ramener à deux principes : la confiance que nous avons dans nos semblables, et celle que nous avons en nous-mêmes; le sentiment de l'autorité et celui de l'amour-propre, une prédilection ardente pour tout ce qui nous touche de près ; enfin, sous quelque forme qu'elles se manifestent, l'abnégation cl la personnalité. Retenez ces deux principes dans de justes limites, ils seront également précieux à l'homme; iis contribueront dans une même mesure à son perfectionnement intellectuel et moral. Le sentiment de l'autorité, l'abnégation deviendront la base de toute éducation, de toute discipline, de toute tradition, de tout gouvernement et, par conséquent, de tout lien social. L'amour-propre, le sentiment personnel, la confiance en soi compléteront l'œuvre de l'éducation, feront sortir de nouveaux effets des forces qu'elle a éveillées en nous et nous feront vivre de notre propre vie sans nous isoler des autres. Laissez, au contraire, es mêmes principes se développer sans résistance et sans contrôle; ajoutez-y, comme nous le disions tout à l'heure, la puissance de l'habitude, vous verrez se déchaîner aussitôt tous les préjugés qui obscurcissent l'esprit humain : préjugés de secte, de nationalité, de profession, de caste, d'école, et ceux qui naissent dans la solitude du cabinet. En effet, dans chacune de ces maladies de notre pauvre espèce, on reconnaîtra sans peine ou un excès d'abnégation ou un excès de présomption, et le plus souvent, si étrange que cela paraisse, tous les deux ensemble. Ainsi, dans les préjugés de secte, qu'il faut bien distinguer des vérités religieuses, puisque la religion élève el unit les âmes, tandis que le fanatisme les abaisse et les divise; dans les préjugés de secte, nous apercevons bien au premier rang l'influence de l'éducation et de l'autorité bien ou mal comprise; mais l'amour-propre et même l'orgueil y tient aussi sa place. Nous ne souffrons pas volontiers qu'on pense autrement que nous sur des sujets aussi graves, et si nous ne pouvons tirer aucune vengeance matérielle de ceuxqui prennent cette liberté, nous nous dédommageons par la persuasion qu'ils n'ont aucune de nos vertus, de nos qualités, de nos puissances intérieures, sans compter les tourments qui les attendent dans une autre vie. La même remarque s'applique aux préjugés politiques et sociaux, avec cette différence que l'amour-propre y joue le principal rôle, et que l'éducation, l'habitude, les idées reçues n'y viennent qu'en sous-ordre. Comment se refuser à cette douce croyance, que la nation à laquelle on appartient est la première du monde ; que la classe où l'on est né, que la profession qu'on exerce, pourvu qu'on y trouve beaucoup d'avantages, est la plus belle, la plus glorieuse, la plus utile de toutes? Ces vanités en commun sont habituellement les plus enivrantes, parce qu'elles ont un certain air d'intérêt public, et, loin d'en rougir, on les érige en vertus.

Les préjugés d'école ne sont que des préoccupa-

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