‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 314 sur 439 · PP.OP · texte numérisé non relu

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C'est précisément pour cela que la métaphysique, comme nous l'avons démontré ailleurs, ne peut prétendre à une carrière aussi étendue que les autres sciences; car elle ne s'occupe que des premiers principes de la raison. Aussi fautil remarquer que les systèmes qu'elle a mis au jour n'ont pas beaucoup varié et ne sont pas très-nombreux; qu'il n'y a plus en présence l'une de l'autre qu'une bonne et une mauvaise métaphysique, qui semblent également avoir dit leur dernier mot. 11 ne paraît pas, non plus, que le progrès soit illimité dans le domaine des beaux-arts. Nous ne voyons pas que la sculpture, l'architecture, et même la poésie moderne, soient supérieures à la sculpture, à l'architecture, à la poésie antiques. La raison en est facile à concevoir : l'imagination une fois arrivée au point de pouvoir imiter par la parole ou par le travail des mains ce qu'elle conçoit clairement, semble d'autant mieux réfléchir la nature, source et modèle du beau, qu'elle en est plus près et qu'elle a moins senti l'action personnelle de l'homme. 11 y a aussi dans l'ordre industriel et dans le domaine des arts utiles des lois qu'on ne peut supprimer, des limites qu'on ne peut franchir, parce qu'elles sont dans la nature des choses. Ainsi, la vie de l'homme ayant un terme, qui suppose, à son tour, une altération successive de nos organes et à cette altération fatale venant se joindre l'action directe des objets extérieurs, quiconque viendrait nous promettre l'immortalité dans ce monde, ou ran moyen de nous soustraire à la maladie et à l'infirmité, peut être hardiment traité d'utopiste. Pourquoi donc en serait-il autrement dans l'ordre social ? Pourquoi serait-il permis d'espérer an ordre de choses où l'homme échapperait complètement aux conséquences de sa liberté, ou il n'y aurait plus ni vices, ni passions, ni crimes, ni souffrances, ni misères ; où le bien et le mal, l'activité et la paresse, l'incurie et la prudence, l'égoïsme et le dévouement, cesseront de produire des résultats tout opposés : où tous, fatalement élevés au même degré d'intelligence, de moralité, de santé, de force, seront confondus dans le même bonheur? C'est à de pareils traits qu'on distingue l'utopie : le progrès ue sort pas de la réalité ; il ne change rien aux lois et aux facultés que la nature nous a données, il n'en promet que le développement dans les limites qu'elles apportent avec elles.

M. Javary a publie un traité sous ce titre : t'e l'Idée du progrès, 1851, in-8.

PROPOSITION. Aristote est le premier qui ait défini la proposition : c'est, dit-il, un discours où une chose est affirmée ou niée dune autre, ).6yo; xaTaçattr.o; r, ànûepat'.xo; ttvoç xaxâ tivoç. C'est, en un langage plus psychologique, l'expression d'un jugement. 11 s'agit donc ici, non du jugement lui-même et de la pensée, mais de la parole et de l'expression : et toute- Ibis ce n'est pas de grammaire qu'il est question, mais de logique.

Pour se rendre compte de ce que doit comprendre une théorie logique de la proposition; il suffit de se rappeler qu'elle esl placée par Aristote et par tous les logiciens sans exception après l'analyse des idées el des termes que la proposition unit ou sépare, et avant une autre théorie dont elle est la préparation, celle du onn< ment el du sj llogisme qui combine et eu oeuvre plusieurs propositions. Cela suffit, , pour taire voir pourquoi et en quelle me »ure m convient d'étudier la proposition en logile r tomber m il ma les pi

■ métaphysique ainlntini.se.

m dan.s [i ms oiseuses d'une logique

verbale et sans profit pour la conduite de l'esprit. En effet, puisque le logicien étudie la proposition en vue du raisonnement et des méthodes de raisonnement, il est clair que tout ce qui peut servir à l'analyse et à l'emploi régulier de ce procédé, et cela seul, doit faire partie d'une théorie logique de la proposition. Telle est la règle très-simple à observer dans celte étude, pour en définir exactement l'objet et la portée essentielle.

Le raisonnement proprement dit recherche ou établit un rapport entre deux termes à l'aide d'un troisième qui leur a été comparé successivement. Tout raisonnement présuppose donc au moins deux propositions déterminant un double rapport d'où sera déduit le rapport cherché. 11 est donc nécessaire, pour bien raisonner, de connaître exactement la nature et le sens, l'étendue, la mesure et la portée des affirmations ou des négations exprimées dans les propositions qui servent de principes. En second lieu, comme le syllogisme, ou le raisonnement considéré dans son expression adéquate, a besoin de trois termes au moins pour tirer de deux propositions ce qui y est contenu, s'il est possible en certains cas de faire sortir une proposition d'une autre sans recourir à un troisième terme, ces inférences immédiates n'étant que des formes variées d'un même jugement, appartiennent évidemment à la théorie logique de la proposition. Cette théorie comprend donc deux parties : d'abord l'analyse de la proposition dans sa relation intime avec la pensée, l'étude des rapports que nous pouvons concevoir entre deux idées ou deux objets, des différentes manières dont nous les pensons et des formes que peut recevoir notre pensée ; puis l'examen du contenu de chacune de ces expressions et les conséquences que l'esprit en déduit immédiatement, de manière à passer de l'une à l'autre par une conclusion directe.

Le logicien doit évidemment procéder ici du simple au composé. Il étudie donc avant tout la proposition simple, c'est-à-dire celle qui n'a que deux termes, savoir : un sujet et un attribut, et la première chose qu'il y considère est la qualité ou le rapport de convenance ou de disconvenance qui existe entre ces deux termes. S'ils conviennent entre eux, il y a affirmation, et la proposition est dite affirmative, tandis qu'elle est négative quand elle exprime leur différence ou disconvenance. Cette distinction est fondamentale ; c'est pourquoi Aristote et la plupart des logiciens veulent qu'on s'habitue tout d'abord à reconnaître la nature et le vrai caractère d'une proposition sous ce premier point de vue. L'emploi de termes négatifs dans le discours pouvant induire en erreur à cet égard, il importe de se souvenir que c'est proprement le verbe qui exprime l'affirmation et la négation, et que c'est de l'usage qu'on en fait que dépend la qualité de la proposition soit affirmative, soit négative. 11 n'y a, d'ailleurs, qu'un verbe en logique, le verbe cire employé, non pour exprimer l'existence comme attribut, mais seulement pour unir ou séparer certain sujet et cei tain attribut ou prédicat.

En second lieu, les propositions sont distinguées communément, en vertu de leur quantité, universelles el particulières. On entend par quantité d'une proposition l'extension suivant laquelle esl employé son sujet: si donc ce sujet

esl employé dans toute s extension ou dans sa

tolali lorsqu'on dit : « Tout plaisir esl

un bien. » la proposition esl dite universelle : s'il n'esl pns que partiellement ou dans une partie de son extension, la proposition esl dite par-

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ticulière, comme dans cet exemple : «Quelque plaisir est un bien. » Si les mots : tout, quelque font défaut et qu'on dise : « Le plaisir est un bien, • la proposition est indéterminée, àôpiiToi:. et Aristote l'exclut du raisonnement comme équivoque, ou il ne l'y admet que comme particulière, ou plutôt comme partielle : car, si l'on veut parler exactement, les mots xaâo>ou et àv- Ijupei. par lesquels ce philosophe désigne la quantité, des propositions, seraient mieux traduits par les mois total et partiel que par ceux d'«niversel et de particulier, qui ont quelque chose d'équivoque et qui ont donné lieu à plusieurs logiciens modernes de croire qu'ils complotaient la division aristotélique en y ajoutant des propositions individuelles, c'est-à-dire qui ont pour sujet un individu, tandis que, dins la terminologie des Premiers Analytiques, les propositions ne diffèrent pas en quantité parce que leur sujet est un individu, une espèce, ou un genre, mais uniquement parce que ce sujet, quel qu'il soit, est pris tout entier ou en partie. Les propositions propres, singulières ou individuelles des logiciens modernes, rentrent donc, aussi bien que les propositions dites générales et spéciales, dans l'une des deux divisions tracées avec tant de netteté par Aristote ; et c'est ce que reconnaissent eux-mêmes les logiciens de Port-Royal: « Quoique la proposition singulière, disent-ils (2* partie, ch. m), soit différente de l'universelle, en ce que son sujet n'est pas commun, elle doit néanmoins plutôt s'y rapporter que la particulière;... car il importe peu, pour l'universilité d'une proposition, que l'étendue de son sujet soit grande ou petite, pourvu que, telle qu'elle soit, on la prenne tout entière; et c'est pourquoi les propositions singulières tiennent lieu d'universelles dans l'argumentation. »

En combinant la division des propositions, suivant leur quantité, en universelles et particulières avec leur précédente division en affirmatives et négatives, Aristote et tous les logiciens à sa suite, jusqu'à sir William Hamilton. distinguent en tout quatre espèces de propositions simples, savoir : 1° la proposition universelle affirmative. Ex.: « Tout plaisir est un bien »; 2° la proposition universelle négative : « Aucun plaisir n'est un bien» ; 3" la proposition particulière affirmative : « Quelque plaisir est un bien » ; 4° la proposition particulière négative : «Quelque plaisir n'est pas un bien ».

Voici maintenant comment, pour le besoin de l'argumentation, ces quatre propositions peuvent se renverser dans leurs termes, le sujet devenant attribut et l'attribut sujet, comme lorsqu'on tire de cette proposition : « Aucun plaisir n'est un bien, •> cette autre proposition de même qualité et de même quantité, qui lui est à la fois réciproque et identique : « Aucun bien n'est un plaisir.» C'est le procédé logique qu'on appelle conversion des propositions, et voici les règles qu'en donnait Aristote : 1° la proposition universelle négative se convertit, comme on vient de le voir, totalement dans ses propres termes, c'est-à-dire en une autre proposition universelle et négative. 2° La proposition universelle affirmative se convertit partiellement, c'est-à-dire en une particulière affirmative. Ex. : « Tout homme est animal; » convertissez : <« Quelque animal est homme, » et non pas : « Tout anima] est homme; » car, en affirmant que l'homme est animal, on a entendu dire seulement qu'il est une espèce du genre animal. 3° A plus forte raison la proposition particulière affirmative ne se pourra-t-elle convertir qu'en une particulière affirmative. Ex. : « Quelques plaisirs sont des biens; » convertissez: « Quelques biens sont des

plaisirs. » 4* Quant à la proposition particulière négative, elle ne se convertit nullement. Ex. : « Quelques hommes ne sont pas grammairiens. » Vous ne sauriez convertir cette proposition ni en celle-ci : « Aucun grammairien n'est homme,» ni en cette autre: « Quelques grammairiens ne sont pas hommes; » car il se peut qu'il n'y ait de grammairiens que dans l'espèce humaine. Donc il n'y a point de conversion légitime de la proposition particulière négative, puisqu'on n'en saurait tirer rigoureusement ni une universelle ni une particulière. On doit ajouter à ces règles une exception d'assez grande importance et dont il est très-souvent question dans les Premiers et les Derniers Analytiques : je veux parler de cette espèce de propositions universelles affirmatives dans lesquelles le sujet et l'attribut, étant de même extension, peuvent être pris l'un pour l'autre. Telles sont les définitions que l'on reconnaît précisément à ce signe, que leurs termes sont réciproques, la définition pouvant, comme on dit, se prendre pour le défini. Ex : « Tout triangle est un polygone de trois côtés;» convertissez : « Tout polygone de trois côtés est un triangle. » Les propositions de cette sorte se convertissent en gardant leur caractère d'universalité, contrairement à la seconde règle générale.

En résumé, les propositions étant de quatre espèces, il y en a qui se convertissent simplement dans leurs propres termes : ce sont les universelles négatives, les particulières affirmatives et un certain nombre d'universelles affirmatives. Il y en a ensuite qui se convertissent partiellement, savoir: la plupart des universelles affirmatives. Troisièmement enfin, il y en a qui ne se convertissent en aucune façon, et ce sont les particulières négatives. Voilà, dans ce qu'elle a de plus saillant, la doctrine aristotélique touchant les propositions simples et les règles de leur conversion. C'est sur cette doctrine réputée exacte que reposait depuis vingt-deux siècles toute la théorie des modes du syllogisme, lorsqu'un savant logicien écossais, William Hamilton, est venu lui en substituer une autre qui distingue huit espèces de propositions simples au lieu de quatre, et qui réduit à une règle unique les anciennes règles de la conversion. Cette réforme, ce progrès d'analyse, devrais-je dire, est de trop grande importance en logique pour qu'on ne doive pas en donner au moins une explication succincte.

M. Hamilton invoque d'abord un principe qu'il considère comme un axiome et qu'il est en effet imnçssiiie de lui contester: c'est que « le logicien doit exprimer d'une manière explicite dans le langage ce qui est implicitement dans la pensée.» C'est en vertu do ce principe qu'Aristote veuf qu'on dise : Tout A est B, ou quelque A est B, et non pas seulement A est B. afin que l'on sache jusqu'à quel point l'esprit applique au sujet A ['attribut B. Eh bien, dit à son tour Hamilton, ce n'est pas seulement le sujet qui a une ceitaine extension dans notre pensée, c'est aussi l'attribut ou prédicat. Un jugement dais l'esprit n'est autre chose qu'une équation entre le sujet et le prédicat, et ces deux objets de la pensée sont également déterminés : il doit en être de même de la proposition, puisqu'elle est dans le langage ce qu'est le jugement dans la pensée.

Cela posé, lorsqu'un dit : «Tout triangle est un polygone de trois côtés, » on laisse à deviner s'il le tous les polygones de trois côtés ou de quelques-uns seulement. Avez-VOUfl conçu ce prédicat comme égal et réciproque au sujet en extension et en compréhension, pourquoi ne diriez vous pas, comme en effet vous le pensez ;

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« Toitl triangle est tout polygone de trois côtés?» De cette manière vous supprimez l'équivoque, et l'on comprend que vous ayez le droit, comme l'enseigne Aristote, de prendre la définition pour le défini et de dire : «Tout polygone de trois côtés est triangle,» savoir: tout triangle; car il est évident que, sous cette autre forme? vous n'affirmez que ce que vous aviez affirme d'abord, rien de nouveau, rien de moins, rien de plus. Mais vuici une autre proposition dont le sujet est encore pris dans sa totalité : « Tout homme est animal.» Qu'est-ce à dire? s'agit-il de tout animal? Non, mais de quelque animal. Donc, encore une fois, l'attribut a une certaine quantité dans l'esprit, et cette quantité est équivalente à celle du sujet. On doit donc dire, puisqu'on le pense : « Tout homme est quelque animal, » et l'on peut convertir cette proposition dans ses propres termes, puisque les quelques animaux désignés par le prédicat sont précisément les hommes. On a donc, par conversion simple, cette proposition équivalente à la première : « Quelques animaux sont hommes.» Cette proposition, à son tour, comment l'énoncer si l'on veut qu'elle exprime la quantité du prédicat aussi bien que du sujet? Il est évident qu'elle doit être ainsi formulée : « Quelques animaux sont tous les hommes, » ou : « Quelque animal est tout homme;» car l'espèce du genre animal que l'on pense comme sujet de cette expression : quelque animal, est l'espèce humaine tout entière et sans restriction. 11 n'est pis moins évident que la conversion légitime de cette proposition nous rendra notre proposition de tout à l'heure : « Tout homme et quelque animal. » Dans ce dernier exemple, je sujet et l'attribut sont opposés par la quantité; il n'en est pas ainsi de cette proposition : « Quelques hommes sont vertueux; » qu'il faut traduire : « Quelques hommes sont quelques vertueux ; » car il ne s'agit pas ici de tout le genre vertueux, mais d'une partie de ce genre. La conversion légitime donne une proposition de même sorte : « Quelques êtres vertueux sont quelques hommes (ou des hommes). » Voilà donc jusqu'ici quatre espèces de propositions affirmatives : la première que M. Hamilton appelle tototolale et dont les termes sont tous les deux employés sans restriction; la deuxième qu'il nomme tulo-pvrtielle, pour marquer que le sujet y est pris tout entier, et l'attribut en partie, èv [lépei, comme disait Aristote; la troisième est parlilolale, c'est-à-dire que le sujet y est pris partiellement et l'attribut totalement • dans la quatrième enfin, qui est dite parti-partielle, les deux termes sont pris avec restriction ou partiellement. Toutes ces propositions se convertissent simplement en leurs propres termes.

Il en est de même, suivant M. Hamilton, des propositions négatives, dont il distingue aussi quatre espèces, savoir: 1" La proposition totototale, qui se convertit en une toto-tolale. E\. : « Aucun être libre n'est aucun être inintelligent;» convertissez : * Aucun être inintelligent n'est aucun être libre. » 2° La proposition partielle qui se convertit en une parti-totale. Ex. : » Aucun homme n'est quelque savant,» c'eslà dire savant d'une certaine manière: convertirez : « Quelque savant n'est aucun home c'est-à-dire que certaine science ne se rené chez aucun homme. 3" La proposition parti-totale, qui se convertit en une tolo-parliclle. V.\. : « Quelque homme n'est aucun vertueux, » i à-dire nullementvertueux; convertissez- «A ucun Être vertueux n'esl quelque homme, » c'est-à-dire p uni cerl uns hommes.

En ré umi au lieu de quatre propositions, M. Hamilton en compte huit; mais, par contre, an

lieu des trois règles de conversion qu'enseignaient avant lui tous les logiciens, et dont la dernière concernant les particulières négatives laissait des doutes aux meilleurs esprits, il n'en admet qu'une seule très-claire et très-évidente, savoir: que toute proposition formulée suivant ses prescriptions se convertit en ses propres termes, le sujet et le prédicat conservant toujours la quantité qui leur a été une fois assignée par l'esprit. Ces deux modifications ont subi avec succès depuis trente ans l'épreuve de la discussion, et l'on peut dire qu'elles demeurent acquises à la science. Il convient seulement de n'en pas exagérer l'originalité et la nouveauté, et de ne pas accepter les yeux fermés toutes les autres innovations que le philosophe d'Edimbourg et ses disciples ont présentées co"mme des conséquences rigoureuses de leur réforme. Il est certain d'abord qu'Aristote avait lui-même indiqué les développements que pou va i t recevoir sa théorie des propositions simples; et il n'avait rien laissé à faire pour les propositions universelles affirmatives à termes réciproques. que M. Hamilton appelle toto-lotales, et qui sont assurément les plus importantes parmi celles qu'il prétend ajouter au domaine de la logique. Ici. comme pour la quatrième figure du syllogisme. Aristote avait laissé quelque chose à faire : mais ici encore, il avait fait le premier pis et le plusdécisii dans la voie des perfectionnements possibles. 1! avait même connu et appliqué la règle qui a guidé M. Hamilton dans toutes ses recherches, et qui consiste à reproduire explicitement dans le discours tout ce qui est dans la pensée d'une manière implicite. 11 est donc tout à fait injuste, pour ne pas dire davantage, après avoir emprunté à Aristote ce principe et le précédent, d'ajouter « qu'il faut bien les admettre, malgré Aristote et ceux qui le répètent (Discussions on philosophy, p. 614) ».

D'un autre côté, en voulant aller plus loin qu'Aristote, M. Hamilton a commis plus d'une erreur. Je n'en relèverai qu'une, parce qu'elle tuuche à l'un des points les plus essentiels en cette matière, qui est la nature de l'affirmation et de la négation, soit dans la pensée, soit dans le langage.

« Toute proposition, dit M. Hamilton, exprime une équation entre son sujet et son prédicat. » Le logicien écossais exagère ici une vérité, comme il arrive souvent aux esprits les plus pénétrants. Dans toutepropositionaffirmative.enerfet, l'esprit établit une sorte d'équation entré la quantité du sujet et celle de l'attribut, celui-ci étant affirmé du sujet dans la mesure et suivant l'extension où ce sujet a été pensé. Mais il y a loin de là à une équation absolue entre les deux termes que le jugement unit ou sépare. Une telle équation. prise à la lettre, serait inconciliable avec le progrès de la pensée. L'esprit qui observe ou qui réfléchit ne va pas ainsi toujours du même au même : soit qu'il aperçoive un attribut dans un sujet, soit qu'il découvre un sujet sous un attribut . ces deux notions sont toujours distinctes, quoique, pour entrer dansun mêmejugement, elles doivent être ramenées en quelque sorte à une commune mesure, àsavoir :une même quanti té ou extension. Par là elles sont semblables et même égales, mais par là, seulement; et si, par hasard, M. Hamilton a entendu quelque chose de plus; si, comme on peut le croire, il a voulu indiquer une équation ibsolueou une identité véritable entre les termes du jugement et de la proposition, il est tombé à son tour dans l'erreur, eu substituant à la marche naturelle et possible de l'esprit humain, qui va sans cesse du connu à lin :onnu, je ne s lis quel exercice stérile qui co sisterail à aller toujours du même au m< toute la rigueur de

cette expressi m, et conformément à cette

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chimérique d'identité que certains logiciens lui ne règle unique et comme loi faillie de son développement. Est-il besoin d'ailleurs df taire remarquer ce que cette idée d'équation absolue el d'identité a de bizarre et d'incohérent, appliquée aux propositions négatives, c'est-à-dire les qui affirment précisément la différence, ite, l'opposition, la non-identité?

On a beaucoup disserté, depuis que la logique ei ste, sur la nature de l'affirmation et de la né- :i. et cette question est trop intimement liée à la théorie logique de la proposition pour qu'il île de 1 i passer sous silence. Or, il y a ici deux vérités de l'ait dont l'évidence s'impose à tout hommeayant réfléchi sur sa propre pensée. icnt que, là où le langage, par l'opposition qu'il marque entre la forme affirmative et la forme négative, semble indiquer deux opérations différentes de l'entendement, l'une qui Consiste à affirmer, l'autre à nier, il n'y a en réalité qu'une seule opération, le jugement, lequel est tout entier dans l'adhésion intime et fatale de l'esprit à ce qu'il sait ou croit être la vérité. C'est ensuite que cette adhésion, qui est le principe de toute affirmation, est tantôt immédiate, intuitive et directe, tantôt médiate, résultant de l'attention et de la comparaison, et que, dans le second cas. elie porte sur deux sortes de rapports, savoir: les rapports de convenance qui s'expriment dans le lang ge au moyen de la forme affirmative, et les rapports de disconvenance qui ont donné lieu à la forme négative, toujours réductible elle-même à une ou à plusieurs affirmations. Si l'on prend par exemple cette proposition : «Dieu n'est pas injuste, » il est aisé de comprendre qu'elle n'exprime pas un jugement primitif, mais qu'elle en suppose et en résume au moins trois, tous les trois affirmatifs dans l'esprit, savoir que Dieu est parfait, que sa perfection enveloppe la justice et que la justice est autre chose que l'injustice qui s'observe dans des êtres imparfaits. Or, les deux premiers jugements affirment un rapport de convenance et, s'ils étaient seuls, ils se traduiraient na'urellement en propositions affirmatives. Ils n'aboutissent ici à une proposition négative qu'à c ;use du troisième et dernier jugement affirmant la différence qui existe entre la justice conçue par la raison et l'injustice comme par l'expérience. Il résulte de là que la proposition affirmative est proprement celle qui exprime un rapport de. convenance entre ses deux termes. Ces simples notions, empruntées à l'observation psychologique et à l'analyse la plus élémentaire de la pensée, suffisent pour réfuter le système qui suppose l'identité ou l'équation absolue du sujet et du prédicat de la proposition, et pour définir les significations essentielles des mots oui et non et de ce mot eut, qui a tant exercé la subtilité des

- iens anciens et modernes.

Le verbe représente dans la proposition l'affirmation du rapport que l'esprit conçoit entre le sujet et le prédicat. Est-ce un rapport de convenance, le verbe est employé sous une forme directement affirmative. S'agit-il d'un rapport de disconvenance, le verbe est mis sous une forme dite négative, et qui au fond est indirectement affirmative, ainsi qu'on l'a vu dans l'exemple cité plus haut.

Ce n'est pas tout, et l'on se tromperait étrangement si l'on croyait que le verbe être a en logique une signification unique, précise et toujours la même. C'est précisément l'erreur de ceux qui lui font exprimer soit l'identité, soit une équation absolue entre les termes qu'il unit. Ce qui est vrai, c'est que la fonction logique du verbe est de servir de lien ou de copule deux termes, dont il indique la convenan

la disconvenan-e d'une manière vague et générale, sans en marquer expressément ni le degré ni même la nature. Quelquefois sans doute la convenance va jusqu'à l'identité, comme dans la définition, ou jusqu'à l'égalité ou l'équivalence; comme dans un grand nombre de propositions mathématiques et dans les calculs d'arithmé tique ou d'algèbre. Mais ce n'est souvent qu'une ressemblante, une analogie ou une proportion; souvent aussi nous unissons la cause et l'effet, la substance et la qualité, la fin et le moyen, le tout et la partie, le genre et l'espèce. Dans tous ces cas si divers, la proposition est affirmative.

La disconvenance affirmée dans la proposition dite négative comporte les mêmes différences : elle peut signifier la contrariété, l'opposition absolue ou relative, l'inégalité, la dissemblance, la disproportion, etc. Toutes ces nuances de la pensée modifient plus ou moins le sens du verbe être, et si l'on reproduisait explicitement dans le langage ce qui est implicitement dans l'esprit, la copule des logiciens, sortant de son abstraction calculée, perdrait ce sens neutre pour ainsi dire, cette insignifiance, cette banalité qui permet de lui faire exprimer tour à tour des rapports si multiples et si divers entre les objets de nos idées et de nos jugements.

La différence de ces rapports et en général des objets de la pensée n'est pas la seule chose à considérer, quand on veut définir exactement, la signification du verbe dans une proposition donnée. Il est indispensable en outre de tenir compte du degré d'énergie de l'affirmation et de la mesure de confiance qu'on lui accorde. Ce qui est affirmé ou nié dans cette proposition est il connu avec certitude ou comme nécessaire, suivant l'expression d'Aristote, ou bien n'est-ce qu'une chose d'opinion, quelque chose de probable ou de contingent? C'est à cette question que répond l'auteur de VOrganon par sa fameuse théorie des modales, si justement critiquée pour ce qu'elle a de compliqué, de subtil et même d'erroné dans le détail, mais en général si mal comprise par ceux qui, comme M. Hamilton, la déclarent étrangère et nuisible à la logique. Si le logicien a le droit de dire ce que c'est qu'une démonstration et en quoi elle diffère d'un argument probable ou dialectique, comment pourrait-il faire abstraction de la modalité des propositions, c'est-à-dire de leur certitude ou de leur plus ou moins grande vraisembl ince? A\rc des propositions certaines ou nécessaires, la démonstration et la science démonstrative sont possibles. Avec des propositions probables ou cont ngentes, on est réduit à la dialectique et à la probabilité.

Comme il y a des propositions qui expriment les unes la certitude, les autres la croyance ou l'opinion, on peut se. demander s'il n'y en a pas pour exprimer le doute. Ce serait non la proposition douteuse, c'est-à-dire dont on aurait droit de douter, mais la proposition dubitative c'esl à-dire l'expression d'une question et non d'un jugement : car la question proprement difi' suppose la possibilité du oui et du non: elle n'admet et elle n'exclul ni l'affirmation ni la négation ; elle, omprend donc les deux alternatives el laisse l'esprit en suspens devanl une contradiction dont une partie détruit l'autre. Toute proposition vraiment dubitative, alors même qu'elle n'exprime qu'une solution, renferme implici tement une "soin ie. il n'en esl pas

même de la proposition douteuse, c'est-à-dire ou négative, mus illégitime, équivoque ou fausse, qu'Aristote appelle sophistique el qu'il oppose, sous ce nom, à la proposition

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démonstrative ou analytique cl à la proposition dialectique.

Il n'y a don,- pas d'autres propositions simples que celles que l'on a délinies plus haut et dont il nous reste à dire qu'elles se produisent dans le discours avec plus ou moins de complexité, mais sans qu'il soit utile en logique de s'arrêter à des tours et à des manières de parler dont l'analyse appartient à la rhétorique ou à la grammaire.

La proposition simple, à laquelle nous nous sommes borné jusqu'il i. doil être distinguée ave : soin de la proposition composée, qui a plus d'un sujet ou plus d'un attribut, ou plusieurs sujets et plusieurs attributs, comme quand on dit : « La science et la vertu sont aimables, » ou : « Le paresseux est lâche et imprudent, » ou bien : « Les ambitieux et les avares sont aveugles et injustes. » De ces trois propositions, la première exprime en réalité deux jugements faciles à distinguer l'un de l'autre, puisque l'attri but peut n'être pas affirmé des deux sujets dans la même mesure et avec la même signifkation. Il en faut dire autant de la seconde, ou les deux attributs peuvent n'être pas affirmés au même degré du même sujet. La troisième enfin résume quatre jugements et peut se décomposer en quatre propositions distinctes, et en général une proposition composée contient autant de propositions simples qu'on y peut compter de sujels distincts ou d'attributs différents.

On range d'ordinaire parmi les propositions composées les propositions hypothétiques ou conditionnées, mais à tort : car ces formes de langage n'expriment pas des propositions, mais des raisonnements, savoir : tantôt un raisonnement simple ou inférence immédiate, comme le : « Je pense, donc je suis, » qui peut s'énoncer de cette manière : « Si je pense, je suis, » sans qu'il y ait lieu de sous-entendre ce que Descartes appelle énergiquement une majeure ridicule : « Tout ce qui pense existe, » tantôt un enthymème énoncé d'abord sous forme dubitative : « Si Dieu est juste, il y a une Providence, » puis sous forme absolue ou catégorique : « Dieu est juste, donc il y a une Providence. » C'est faute d'avoir compris la vraie nature de ces sortes de propositions ou plutôt d'arguments, que les logiciens ont perdu tant de temps et de peine à analyser les syllogismes hypothétiques, simples ou composés, sans parvenir toujours à se mettre d'accord.

Quelques lignes suffiront pour donner une idée générale de la seconde partie de la théorie de la proposition, concernant les inférences immédiates ou les conséquences que l'on peut tirer d'une proposition, s.ins faire intervenir aucun autre terme que ceux dont elle affirme ou nie la convenance.

Une proposition simple étant donnée, il est toujours possible d'en l'aire sortir une autre, ou plutôt de, la mettre sous une autre forme par le moyen de la conversion, ainsi que cela a été expliqué précédemment.

Un second moyen de tirer des conséquences immédiates d'une proposition donnée est fourni par l'étude des différentes oppositions que l'on remarque entre deux proposition* simples de même sujet et de même attribut. Ces opposilions sont au nombre de quatre, savoir :

1° Entre les subalterne*, c'est-à-dire les propositions de même qualité, mais qui diffèrent entre elles pai la quantité, comme celles-ci : • Tout plaisir est un bien ; » et « quelque plaisir est un bien; „ ou celles-ci: « Aucun plaisir n'est un bien ; „ ,.| „ quelque plaisir n'est pas un bien. » i» h, . ce pi emier cas, l'universelle étant

donnée, la particulière en résulte nécessairement.

2° Entre les contradictoires, c'est-à-dire les propositions qui diffèrent à la. lois en qualité el en quantité. Ex. : «Tout plaisir est lion; •> el « quelque plaisir est bon; » ou bien : « Aucun plaisir n'est bon » et « quelque plaisir n'est pas lion. » Dans ce second cas, l'une des deux contradictoires étant vraie, la. lausseté île l'ail Ire e I

démontrée par cela même, et réciproquement.

3" Entre les contraires , c'est-à dire euh' deux propositions universelles, l'une affirmative, l'autre négative. Ex. : « Tout plaisir est bon, •> i i « aucun plaisir n'est bon. » Si l'une des deux est vraie, l'autre est fausse, mais non réciproquement : car les deux propositions contraires peuvent être fausses toutes les deux.

4° Entre les subcontraires, c'est-à-dire entre deux propositions particulières, l'une affirmative, l'autre négative, comme : « Quelque plaisir est bon , » et « quelque plaisir n'est pas bon. » Ces deux propositions peuvent être vraies toutes les deux et alors les deux propositions contraires sont fausses; mais elles ne peuvent être fausses l'une et l'autre, puisque autrement les contradictoires seraient toutes deux fausses, ce qui est impossible.

Enfin, si une proposition est mise en avant avec son mode d'affirmation nécessaire ou contingente, on passe légitimement et sans intermédiaire de cette proposition à celles qui lui sont cquipollcnles. Si, par exemple, il est nécessaire que Dieu ait la toute-science, il est impossible (ou non contingent) qu'il en soit ainsi ; ou bien s'il est contingent (ou possible) que tel événement se produise demain, cela n'est pas nécessaire, etc. Outre la célèbre consécution des modales, à laquelle sont empruntés ces exemples, l'étude attentive des axiomes peut aussi conduire à des cas remarquables d'équipollence donnant lieu aussi à des inférences immédiates. Soit par exemple l'axiome d'identité : « Ce qui est, est. » Cette proposition peut évidemment être remplacée par celle-ci, qui n'a pas une autre signification : « Le même est le même. » Celle-ci à son tour étant admise, comment refuser d'admettre que « le même n'est pas autre? » ou bien « la même chose ne peut pas à la fois être et n'être pas, » ou que « les deux contradictoires ne peuvent être ni vraies ni fausses en même temps, » ou encore « qu'il faut choisir entre les deux contradictoires, » ou « qu'en toute question il faut affirmer ou nier?» On peut faire le même travail d'analyse sur tous les autres axiomes et en particulier sur le principe de causalité.

Pour la théorie logique de la proposition, on lira toujours avec fruit, dans YOrganon d'Aris tote, le Ttspi ép|j.r,veia; et le Ie' livre des Premiers Analyliijues ; la IIe partie de la Logique de Port-Royal; le 2e livre de la Logique de Bossuet ; les Discussio7is on Philosophy de W. Ilamilton. On peut aussi consulter la Nouvelle Analytique de M. Baynes et les Essais de logique de l'auteur de cet article. Ch. W.

PROPRIÉTÉ. L'usage a attaché à ce mot deux sens très différents : un sens métaphysique et un sens moral. Selon le sens métaphysique, propriété esta peu près synonyme de qualité. Mais on distingue deux sortes de qualités: celles iiui constituent l'essence même de chaque Chose, et dont il est impossible de faire abstraction en pensant à cette chose; et celles qui dérivent de celles-ci, ou qui du moins la supposent.

C'est aux qualités de celle dernière espère qu'on donne le nom de propriétés, tandis que les premières s'appellent des a-Llributs. Ainsi, l'éten-

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due dans les corps, l'unité dans l'esprit, sont des attributs; la divisibilité, la dilatabilité, etc., sont des propriétés. Une propriété se distingue aussi d'une faculté, en ce que ceile-ci, supposant l'intervention de la volonté et de l'intelligence, ne peut se dire que de l'esprit. La raison, la liberté, la sensibilité même, sont des facultés, non des propriétés. Pris dans son acception morale, le mot propriété s'applique à un objet dont nous pouvons jouir et disposer à notre gré, et suppose, par conséquent, dans l'homme en général, un droit d'user de cette façon de certaines choses, c'est-à-dire le droit de propriété. C'est ce droit, si vivement contesté par certaines sectes et certains partis politiques, que nous allons essayer de démontrer, au nom des lois éternelles de la justice et de la raison.

Du droit de propriété. Toutes les r. lisons qu'on peut alléguer en faveur de ce droit sont rigoureusement contenues dans les trois propositions suivantes : 1° La propriété est une conséquence nécessaire de la liberté, ou plutôt elle est la liberté même considérée sous une de ses formes et dans une de ses conditions les plus essentielles; 2" la propriété est une conséquence nécessaire et une condition de la famille; 3° la propriété est une condition de la civilisation et de la société en général. Nous insisterons plus particulièrement sur la première de ces propositions, parce qu'elle renferme le fondement de la propriété, considérée comme un droit de la nature humaine, tandis que les deux autres n'en expriment que les conséquences.

1° Nous ne sommes nullement opposés à ceux qui pensent que le droit de propriété se fonde sur le travail. Mais le travail lui-même, qu'estce qui le rend sacré ? qu'est-ce qui lui donne cette vertu d'assimiler, en quelque sorte, l'œuvre à l'ouvrier, et de rendre inviolable aux autres tout ce qui a été produit par mes mains ? Pas autre chose que la liberté, ou le droit absolu que j'ai sur ma personne. Disons donc surle-champ que la propriété dérive de la liberté. En effet, être libre, c'est avoir la possession de soi-même; c'est avoir l'usage de ses facultés et de ses forces, de son âme et de son corps, de son intelligence et de ses organes ; c'est avoir le droit d'employer, comme on veut, à telle œuvre que l'on préfère, les diverses parties de son être, sous la seule condition de ne pas blesser le droit d'autrui. Or, si mes facultés, mes forces, mon esprit, mes organes sont à moi, il est évident que l'œuvre à laquelle je les ai consacrés, que les résultats qu'ils ont produits et créés en quelque sorte m'appartiennent au même titre : car ces résultats ne sont, en vérité, qu'un prolongement, qu'une extension de moi-même. J'ai ajouté à ma personne tout ce qui est la conquête de mon activité, de mon industrie, de ma prévoyance, de mon courage. «Te me retrouve moi-même, avec le droit inhérent à mon être dans tout ce qui est sorti de mon intelligence et de mes mains. Me refusez-vous en fait -cette faculté de disposer des fruits de mon travail? Vous les empêcherez par là même de naître, vous m'empêcherez de les produire: car je ne voudrai pas me consumer à un labeur dont il ne me sera pas permis de jouir; vous m'empêcherez d'user de mes facultés comme je l'entends. Ou bien, vous forez pis encore en me forçant à m'en servir malgré moi, pour d'autres que pour moi, au delà de mes forces et de mes moyens naturels. D ms les deux cas. j'ai perdu ma liberté, je suis esclave, je ne m'appartiens pas. parce que rien ne m'appartient.

Mais contre cet argument une objection est élevée par tous les systèmes hostiles à la pro-

priété, et à laquelle il faut que nous répondions tout d'abord: car toute la difficulté est là. On dit qu'il n'y a aucune exactitude dans l'assimilation que nous voulons établir entre la liberté et la propriété, entre le droit que nous avonsur notre personne ou les diverses facultés dont cile est douée et celui que nous revendiquons sur les choses qui ont subi l'action de ces facultés. Nuire personne, nos facultés, nos organes sont complètement à nous: mais, dans la propriété, si subtile, si spirituelle qu'on la suppose, et en admettant qu'elle n'ait pas d'autre source que celle que nous reconnaissons pour légitime. il y a toujours deux choses à considérer : la matière première, et le travail ou la façon. Par exemple, pour faire une statue, un tableau, un livre (à plus forte raison, des ouvrages plus vulgaires), ce n'est pas assez du travail de l'artiste et de l'auteur : il faut aussi une matière qui en puisse recevoir l'empreinte, et qui, sous la forme première, est un pur don de la nature. Si le travail est à nous, la matière est tirée du domaine commun; elle appartient également à tous, comme l'air que nous respirons, comme la lumière qui nous éclaire, et personne n'a le droit de s'en approprier exclusivement la moindre parcelle. Ce même principe, adopté comme un axiome par toutes les sectes communistes, on l'applique particulièrement à la propriété du sol. de la terre qui nous nourrit, et d'où nous tirons les autres matières à notre usage. La terre, dit-on, est le patrimoine commun du genre humain; elle nous a été donnée à tous avec la vie. et nous appartient au même titre ; elle est notre mère, notre nourrice, notre habitation à tous: il est donc absolument contraire aux lois de la justice et de la nature que quelques-uns la possèdent à l'exclusion de leurs semblables.

Cette objection, pour être très-ancienne, car elle remonte jusqu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, et a été reproduite depuis ce temps sous toutes les formes, n'en est pas plus solide. Sans doute, il n'est pas permis d'enlever à la jouissance commune un bien naturel dont l'usage ne demande ni préparation ni travail, et qui se prête à cette communauté : par exemple, une source d'eau, un bois qu'une tribu sauvage aurait rencontré sur un sol vierge. Mais il n'y a aucune usurpation à s'attribuer des objets qui, tant qu'ils restent dans le domaine commun et n'ont pas été transformés par le travail, ne sont utiles à personne. Ainsi, à quoi aurait servi ce morceau de bois dont je me suis l'ait un bâton. ou bien un arc et des flèches, et que personne avant moi n'avait songé à employer? A quoi auraient servi ces plumes d'oiseau dont je me suis fait un vêtement, ce tronc d'arbre que j'ai creusé en canot? A quoi serviraient-ils encore si mon industrie ne s'en était emparée? De même, celui qui a réussi à dompter un cheval sauvage, à apprivoiser un bœuf abandonné à l'état de nature, et qui. en ayant fait sa propriété, a fini par élever des troupeaux, peut-on dire qu'il ait rien enlevé à ses semblables'.' foui au contraire, il les a enrichis en leur apprenant l'usage de ces pré:ieux serviteurs, et en versant sur eux le suj erflu des biens qu'il en a retirés. Il n'en est pas autrement de la terre. Sans doute, la terre n'est pas une matière inerte, qui emprunte toute sa valeur au travail de l'homme on ne peut pas compter pour rien les fruits qu'elle produit spontanément, le gibier qui peuple les forêts vierges, le poisson des lacs et des rivières; mais nous connaissons aujourd'hui les misères du sauvage qui tire toute sa subsistance de ces biens naturels: nous savons ce

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qu'il faut penser de ces prétendus droits de chasse, de pêche, de cueillette, de pâture, qu'un accuse la propriété d'avoir usurpés sur l'espèce humaine. Il n'est pas un homme civilisé, si malheureux qu'un le suppose, qui, mis en demeure de choisir, avec une parfaite connaissance des deux états, ne préférât mille fois sa condition à cette abondance tant vantée, à cette commun m té dans les bois. Nous dirons donc de la terre ce que nous avons dit du marbre, du bois et de ti ns les matériaux qu'elle porte dans son sein ou à sa surface : celui qui s'en attribue une partie pour la cultiver ne fait aucun tort à ses semblables; il a droit non-seulement aux fruits qu'il a tirés du sol. niais au sol même qu'il a fécondé, et qui a acquis entre ses mains, sous le soc de sa charrue, arrosé de ses sueurs, une valeur intrinsèque qu'il n'avait pas, ou ce qu'on appelle, dms le langage économique, une plusealue ; enfin ce qu'il a pris à la vie sauvage et à ses épouvantables misères, il le rend au centuple à la civilisation. On a fait cette remarque, qu'il faut une lieue carrée environ pour nourrir un sauvage des produits de la chasse, tandis que le même espace de terrain convenablement cultivé suffit à la subsistance de mille habitants.

Ain*i, toute espèce de propriété, soit celle des choses inanimées, soit celle des êtres vivants. soit la propriété mobilière, soit la propriété foncière, se justifie également par la liberté, ou, comme on dit plus communément, par le travail. Le travail, c'est la liberté ; la liberté, c'est l'homme lui-même; et il ne saurait venir à l'esprit d'aucun homme sensé de contester ce droit, ainsi présenté dans son caractère absolu. Mais qui veut la fin, veut les moyens; qui veut les prémisses, veut les conséquences. Comme le travail ne peut s'exercer que sur une matière, parce que l'homme n'a qu'une puissance de transformation, non de création, il est impossible de lui a corder ou de lui refuser l'une de ces deux choses sans l'autre; il est impossible d'admettre la liberté s ms la propriété.

Mainten mt est-il vrai que la propriété a encore une autre base que le principe si évident, si incontestib'e et si incontesté dont nous avons fait usage? Faut-il admettre, avec un certain nombre de jurisconsultes et de philosophes, ce qu'un a appelé le droit de premier occupant? Nous sommes loin de le penser; nous croyons, au contraire, que ce prétendu droit, loin de servir la propriété, ne fait que l'ébranler et l'obscurcir. F.n effet, ou le droit de premier occupant n'a absolument aucun sens, ou il signifie ceci : qu'il n'y a pas encore de droit établi, de droit acquis par nos semblables sur un objet dont nous prenons possession pour la première fois. Mais cette idée, toute négative ne peut rien fonder. L'abdu droil d'autrui ne suffit pas à établir le mien. Il faut donc quelque chose de plus; il me faut un titre réel, et ce titre n'est pas ailleurs que dans ma liberté. L'usage de ma liberté, relativement aux choses, se manifeste de deux niamères : ou par le travail, ou par l'occupation. Dans le premier cas, mon droit est manifeste. comme nous venons de le démontrer; dans le second, il ne l'est pas moins: car, si j'ai jugé à propos de me fixer ici plutôt qu'ailleurs, de ramasser ce morceau de bois et de le garder d.itis ma main, qui peut me forcer à changer de place "H d'attitude, sans porter atteinte à ma liberté individuelle ? Ce qu'on nomme le droit de premier occupanl n'eal donc absolument rien la liberté, et, .ivec la liberté, il devient Inutile : car le même droil que je réclame pour moi, l.i même liberté dont je fais usage, je suis

obligé de l'accorder aux autres; ce qui revient à dire que personne ne peut être force à abandonner la place qu'il occupe. Quant à ces pa Cicéron {de Finibus, lib. III, c. xx) : que le monde est comme un théâtre public dont les pla:es appartiennent à ceux qui les ont prises : Quemadmodum theatrum, quutn commune, ait, recle (amen dici polest ejus esse eum locum quem quisque occuparit ; il faut les prendre pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire pour une figure de rhétorique. Encore celte comparaison manquet-elle totalement de justesse : car on ne peut pis disposer pour l'avenir d'un siège au théâtre, comme on dispose de son bien; et l'on ne permettrait à personne d'y oc uper deux ou trois places à la fois, tandis que nos propriétés ne sont pas toujours proportionnées à nos besoins. C'est ce que n'a pas manqué de remarquer l'auteur du mémoire Qu'est-ce que la propriété ?

La propriété et la liberté sont si étroitement unies entre elles, qu'elles ont toujours eu les mêmes destinées, qu'elles ont toujours été reconnues et sacrifiées ensemble et dans les mêmes proportions.^ Ainsi, dans la plupart des États de l'Orient, où l'esclavage politique existe dans toute sa force, il n'y a pas d'autre propriétaire que le prince ou la caste dominante. <■ Le brahmane, disent les Lois de Manou, est le seigneur de tout ce qui existe ; tout ce que le monde renferme est la propriété du brahmane; c'est par la générosité du brahmane que les autres hommes jouissent des biens de ce monde. » Le même droit que nous voyons ici attribué au prêtre se trouve encore aujourd'hui entre les mains de la plupart des souverains de l'Asie. En Grèce ce n'est ni le roi, ni le corps sacerdotal, mais l'État qui a un pouvoir souverain sur la propriété, comme sur la famille et sur l'individu. On voit les philosophes grecs parfaitement d'accord sur ce point avec les législateurs. Platon, qui demande la communauté, Aristote, qui préfère la propriété individuelle, reconnaissent tous deux à l'État le droit d'établir l'un ou l'autre de ces systèmes. A Rome, où dominent les grandes familles, le chef de chique famille, le pater farailias, est le seul propriétaire, et réunit à ce titre le droit de disposer des siens, de la vie de sa femme, de ses enfants et de ses petits-enfants. Plus tard, sous les empereurs, la propriété, sans échapper complètement à l'État, s'individualise davantage et approche de plus en plus du droit naturel. Le même rapport entre l'état des personnes et celui des biens s'observe dans l'histoire moderne. Sous le règne de la féodalité, la propriété, comme la liberté, est un privilège uttaclnà la naissance. Elle dérive de la conquête et sj trouve tout entière entre les mains du seigneur, le descendant des conquérants. En principe de droit féodal, le seigneur est propriétaire originaire de tous les biens situés dans le ressort de sa souveraineté; les sujets ne les tiennent que de sa libéralité, sous la réserve de lui en faire hommage et de recevoir à chaque mutation une institution nouvelle. Avec la monarchie absolue renaît la doctrine orientale, « que le roi est le. seigneur universel de toutes les terres qui sont dans le royaume. » — « Les rois, dit Louis XIV (t. II, p. 93 de ses Œuvres), sont seigneurs absolus, et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés, aussi lnen par les gens d'Église que par le séculiers, pour en user en tout comme de sages économes. » Enfin, la révolution française et les institutions

3iii l'uni suivie, en fondant la liberté dans l'orrc civil et politique, ont aussi fondé la propriété sur ses véritables bases. De toutes les constitutions qui se sont succédé en France, c'est

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peut-être celle de 1793 qui l'a le mieux définie par ces mots : « Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie. »

Nous venons d'établir par le raisonnement et par l'histoire que la propriété est une conséquence nécessaire de la liberté ; nous n'aurons pas de peine à démontrer qu'elle n'est pas moins nécessaire à la famille.

2° La famille, comme nous l'avons fait voir dans un article spécial (voy. Famille), est formée de deux liens principaux : le lien conjugal et celui qui unit les parents avec les enfants. Eh bien, que l'on supprime la propriété, ces deux liens sont détruits l'un et l'autre. Ce qui donne, indépendamment des enfants qui en sont issus, le plus de force et de durée à l'union des époux, c'est sans contredit leur dévouement mutuel, les sacrifices qu'ils se font, par devoir ou par tendresse, à chaque instant de leur commune existence; le souci que chacun des deux porte au bonheur de l'autre, dans l'avenir comme dans le présent. Le mari travaille à acquérir de la fortune, la femme à la conserver et à en régler l'usage, afin de s'affranchir mutuellement du besoin, afin d'étendre au delà de la mort les fruits de la sollicitude qu'ils se portent l'un à l'autre. Rien de tout cela n'est possible sans la propriété, car on ne peut sacrifier que ce que l'on a, et le dévouement vit surtout de sacrifices, tant chez celui qui les fait que chez celui qui en est l'objet. « Qui ne sait, a dit un grand moraliste, que les hommes s'attachent autant par le bien qu'ils font que par celui qu'ils reçoivent? » Cela est surtout vrai au foyer domestique, où l'on s'intéresse d'autant plus l'un à l'autre qu'on a plus besoin l'un de l'autre. Ce n'est pas dans les plus brillantes conditions de fortune qu'on trouve les ménages les plus heureux, parce qu'on y a moins besoin, et par suite qu'on y est moins occupé l'un de l'autre. Qu'arriverait-il donc dans un ordre social où le sort des personnes resterait entièrement, avec la disposition des choses, au pouvoir de la communauté? où l'État, possédant tout et chargé de pourvoir à tout, ne laisserait à la société conjugale d'autre garantie ni d'autre raison d'être qu'un amour capricieux, qu'un goût fugitif, incapable de résister au moindre souffle des passions humaines ?

Ces observations s'appliquent encore bien mieux au fondement le plus essentiel de la famille, aux sentiments, aux devoirs réciproques des parents et des enfants. Ce qui fait de la paternité un des caractères les plus sacrés dont l'homme puisse être revêtu, ce n'est pas l'action d'appeler au jour un être semblable à soi et de continuer l'espèce ; cette action nous est commune avec la brute : ce sont les obligations, les sentiments et la situation purement morale qu'elle apporte avec elle. Les parents doivent à leurs enfants de veiller à leur existence, de pourvoir à tous leurs besoins, de développer toutes leurs facultés, de les soutenir, de les conduire, de les diriger dans cette vie à laquelle ils les ont appelés, et de les pourvoir de tous les moyens et des connaissances nécessaires pour s'y conduire eux-mêmes, pour s'y plaire autant que possible. Ce que le devoir et la raison commandent, le cœur humain, tel que la nature l'a fait, l'exige et y ajoute encore. Non contents de nous continuer dans nos enfants, nous voulons qu'ils soient plus que nous. Sur eux se concentrent toutes nos espéranceSj toute notre ambition, tous nos soucis et toutes nos craintes : c'est pour eux que nous désirons les honneurs, la puissance, la fortune ; pour eux

que nous travaillons, que nous luttons, que nous affrontons les privations et les périls. L'amour qu'ils nous inspirent l'ut la meilleure partie de notre volonté et de nos œuvres. Mais de toutes ces affections et de tous ces devoirs, que nous reste-t-il, une fois la communauté substituée à la propriété? Ce n'est plus nous, c'est la société qui dispose de ceux à qui nous avons donné le jour; c'est elle qui se charge nécessairement de leur entretien, de leur éducation, de leur avenir. Elle nous enlève toutes nos obligations en nous ôtant personnellement les moyens de les remplir ; et le même acte par lequel elle nous enlève nos obligations détruit aussi tous les sentiments de la famille, tant chez les parents que chez les enfants : car, sans la propriété, plus de bienfaits, plus de sacrifices, plus de dévouement, partant, plus de reconnaissance. Sans la propriété, point de responsabilité morale ; pas d'autorité d'une part, pas de respect de l'autre, pas d'éducation à donner ni à recevoir, pas de commerce entre les âmes, pas de foyer domestique.

En rattachant la propriété à la famille, nous nous prononçons par là même sur l'étendue et la portée de ce droit; nous distinguons la propriété, jus in re, comme disent les jurisconsultes, de la simple possession. En effet, l'une, c'est le droit ; l'autre, c'est le fait. Or, c'est du droit que nous parlons; et ce droit n'existe pas, ou il comprend la faculté de disposer à notre gré des choses qui nous appartiennent, la faculté de les donner, de les aliéner, de les transmettre. Aussi, rien de plus juste que cette définition qu'en a donnée le droit romain : Jus utendi et abutendi re sua quatenus juris ratio patitur ; « le droit d'user et d'abuser de son bien autant que le comporte la nature du droit. » Si l'on admet le droit de donation et de transmission, qui est la plus noble manière de jouir des choses, il faut nécessairement admettre l'hérédité, non comme un droit dans la personne qui hérite, mais dans celle qui transmet.

3° La propriété ainsi comprise, c'est-à-dire reconnue tout entière, n'est pas seulement une des bases de la famille; elle est aussi un des instruments les plus puissants, une des conditions les plus essentielles de la civilisation. Que faut-il entendre, en effet, par civilisation? La civilisation, c'est la société elle-même, à son expression la plus générale et la plus élevée; c'est le développement de toutes les facultés et de toutes les relations humaines, manifesté par le progrès des arts, des sciences, des lettres, de l'industrie, du bien-être. Or, le raisonnement et l'expérience se réunissent pour nous apprendre que, sans la propriété, ce mouvement devient impossible. Qu'on supprime quelque part le droit, non-seulement de consommer, mais de conserver, d'accumult r et de transmettre les fruits de son travail, ei, par conséquent, de créer, de multiplier les richesses; que chacun soit tenu de pourvoir à sa subsistance, sans pouvoir profiter des labeurs de ses pères, voici ce qui arrivera : obligés de songer aux étroites nécessités du moment, courbés sous le poids d'un travail matériel et pénible, n'ayant ni le loisir, ni le droit de songer à l'avenir, tous resteront abaisses au même niveau, toutes les générations tourneront dans le même cercle d'ignorance et de misère, s'épuiseront à nencer sans fin le même sillon. Les arts, les sciences, les lettres n'auront pas le temps de naître ou seront abandonnés; les sources des plus vives el des plus pures jouissances seront immédiatement taries. 11 a fallu la fortune d'un Alexandre le Grand pour recueillir les trésors de science et d'érudition qui ont servi au génie

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