‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 317 sur 439 · QUIR · texte numérisé non relu

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l;i célèbre discussion élevée entre Mme Guyon, Fénelon et Bossuct, à la fin du XVIIe siècle.

On peut résumer le quiétisme de Fénelon en l'extrayant de son livre des Maximes des sai?its, condamné par Innocent XII, de la manière suivante :

« 1° Il est dans cette vie un état de perfection dans lequel le désir de la récompense et la crainte des peines n'ont plus lieu;

« 2" Il est des âmes tellement embrasées de l'amour de Dieu, et tellement résignées à la volonté de Dieu, que si, dans un état de tentation, elles venaient à croire que Dieu les a condamnées à la peine éternelle, elles feraient le sacrifice absolu de leur salut. » (Vie de Fénelon, par M. le cardinal de Bausset, t. I, p. 268.)

Mme Guyon allait plus loin : elle croyait avoir trouvé une méthode sûre, « par laquelle on pouvait conduire les âmes les plus communes à cet état de perfection où un acte continuel et immuable de contemplation et d'amour les dispensait pour toujours de tous les autres actes de religion, ainsi que des pratiques de piété les plus indispensables selon la doctrine de l'Église catholique. » (Ubi supra.)

Ces pieuses exagérations, ces aberrations, si l'on veut, de l'amour mystique, avaient-elles assez d'importance pour qu'elles dussent agiter la cour de Louis XIV, faire jeter en prison Mme Guyon, élever entre les deux prélats les plus illustres de cette époque une lutte qui ne l'ut pas toujours exempte d'aigreur, et ou l'un d'eux oublia plus d'une l'ois les devoirs de la charité?... Nous ne le pensons pas. S'il est facile d'apercevoir dans cette doctrine certaines conséquences dangereuses, qui se sont explicitement produites dans les ouvrages de Molinos, ces conséquences n'entrent pas nécessairement dans la pratique de la vie et appartiennent plutôt à la nature vicieuse de l'individu qui s'y abandonne, qu'aux principes mêmes : elles n'étaient surtout point à craindre dans Mme Guyon, dont la vie a été reconnue pure par ses adversaires comme par ses amis.

Mme Guyon croyait pouvoir conduire indistinctement toutes les âmes à la contemplation la plus sublime : elle se trompait sans doute; mais plusieurs saints, plusieurs chefs d'ordre n'avaientils pas eu, avec l'approbation de l'Église, des prétentions à peu près analogues?

Fénelon effaçait la crainte des peines de l'état de perfection;... mais l'Évangile, les Pères, les écrivains mystiques les plus accrédités n'ont-ils pas professé la même doctrine ? Et quant au sacrifice absolu du salut, la contradiction qui ressort des termes mêmes de cette singulière affirmation ne prouve-t-elle pas suffisamment

3ue c'est là une de ces expressions exagérées, e ces poétiques hyperboles dnnt on pourrait signaler encore d'autres exemples dans le langage des écrivains ecclésiastiques, et qui ne sauraient être prises à la lettre?

Quoi qu'il en soit, Mme Guyon, devenue veuve à vingt-huit ans, avait vu ses dispositions pieuses approuvées par l'évêque de Genève et secondées par le P. Lacombe. burnabite, qui fut plus tard entraîné dans sa disgrâce et enfermé à la Bastille par les ordres de M. de Harlay, archevêque de Paris. Mme Guyon n'échappa point •■II'' même à la captivité L'année suivante, 1688, '•• fui enfermée aux religieuses de Sainte-Marie de la iin: Saint-Antoine. Mais M. de Harlay, inl rien trouvé dans la procédure de son officia] qui inculpât sérieusement Mme Guyon, et sollicité d'ailleurs par Mine do Maintenon, exigea d'elle une soumission conforme à ses déclarations, et lui rendit la liberté.

Ce fut à cette époque de sa vie que la reconnaissance conduisit Mme Guyon aux pieds de Mme de Maintenon, et que le hasard lui fit connaître Fénelon à Saint-Cyr. Elle jouit alors de l'estime et de l'affection de ces deux personnes, dont la seconde seule devait lui rester fidèle.

En effeL sous l'influence des conseils prudents de l'abbé Godet Desmarêts, évêque de Chartres, son directeur, Mme de Maintenon ne tarda pas d'abord à se refroidir pour Mme Guyon, bientôt à l'abandonner tout à fait. Son bon sens n'eut pas de peine à lui persuader qu'elle ne pouvait maintenir la règle pour les dames de Saint-Cyr, en leur prêchant la liberté des enfants de Dieu, attendu, dit-elle dans une de ses lettres, que « beaucoup se servent de cette liberté pour ne s'assujettir à rien ». C'est là, en effet, qu'est le danger de ces doctrines.

Bossuet ne tarda pas à intervenir dans cette curieuse controverse, et l'on doit reconnaître qu'il se conduisit prudemment, chrétiennement dans ses premiers rapports avec Mme Guyon, qu'il lui montra une bienveillance toute paternelle et ne lui épargna pas les plus sages conseils; mais l'esprit inquiet de cette femme exaltée né lui permit point de les suivre. Blessée des bruits injurieux qui venaient la troubler dans sa solitude, elle demanda des juges de ses mœurs et de sa doctrine. On lui désigna pour commissaires Bossuet, M. de Noailles, évêque de Chàlons-sur- Marne, M. Tronson, supérieur de Saint-Sulpice. Ils tinrent leurs conférences à Issy, pendant que Mme Guyon vivait retirée dans le couvent de la Visitation de Meaux.

Nous n'entrerons point dans le détail des conférences d'Issy ; nous les résumerons seulement, après avoir fait remarquer quelle place tint une question de spiritualité, à une époque (1695) où le goût des grandeurs humaines et des gloires périssables animait encore la cour de Louis XIV et ce prince lui-même. Les ouvrages de Mme Guyon tendaient à faire croire que l'âme pouvait se trouver dans un état tel, qu'absorbée dans l'amour de Dieu, elle ne vivait plus de sa vie propre, et ne voulait plus que par la volonté divine. Ces principes, qui s'étaient montrés tels dans les ouvrages de Molinos qu'on pouvait en tirer des conséquences funestes, furent réfutés avec soin par les prélats, et ils y opposèrent une déclaration en trente-quatre articles, dans laquelle ils rendirent à l'âme sa spontanéité propre, la responsabilité de ses actes, et l'obligation d'accomplir explicitement les devoirs que l'Eglise impose à ses enfants. Après une controverse animée entre Bossuet et Fénelon, le livre des Maximes des saints, composé par l'archevêque de Cambrai pour rendre compte au public de sa doctrine sur les matières contestées, ayant été condamné par un bref d'Innocent XII, en 1699, Fénelon prit le parti de se soumettre.

Personne n'ignore que les esprits les plus disposés à la vie mystigue, dans les premiers siècles de l'Église, rattachèrent leur doctrine à saint Jean, opposant ces mouvements d'amour exalté à la vie active et militante dont ils voyaient dans saint Pierre le symbole et le premier apôtre. 11 n'était donc pas possible qu'un jour ou l'autre, sur tel ou tel point, le quiétisme n'apparût pas dans la société chrétienne avec le cortège de ses sentiments désintéressés et les dangers de ses excès. Si ce fut à la fin du xvn" siècle qu'il atteignit son plus haut développement, il n'en était pas moins déjà en germe dans les pratiques de quelques hérétiques, et dans les ouvrages de, plusieurs écrivains orthodoxes, dans les écrits de Taulcr, par exemple.

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