‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 318 sur 439 · RABA · texte numérisé non relu

RABA

de sainte Thérèse, de saint, Jean de la Croix, de saint François de Sales ; et le livre des Maximes des saints, composé par Fénelon dans le but méconnu de réprimer tous les excès, témoigne que lorsque cette doctrine attira sur lui )a persécution, elle n'était pas nouvelle.

Un t'ait digne de remarque , et qui prouve que la doctrine du quiétisme n'est pas uniquement chrétienne, et qu'avant tout elle se rattache à une origine orientale, c'est qu'elle est presque inconnue, du moins avec son caractère exclusif, aux premiers siècles de l'Église, tandis que, dès le troisième, elle s'exprime de la manière la plus précise dans l'école d'Alexandrie : « L'âme, dit Plotin, en arrivant à Dieu, fait comme le visiteur qui, après avoir considéré les ornements d'une maison, ne la regarde plus dès qu'il en aperçoit le maître. Ici le maître n'est pas un homme, mais un dieu ; et ce dieu ne se contente pas d'apparaître au spectateur, il le pénètre et le remplit tout entier. Le Lien n'est pas, comme la beauté, comme l'intelligence, un objet de contemplation, mais d'amour. L'âme, tout entière à cet amour, se dépouille de toute forme, même intelligible ; car toute forme est un obstacle qu'il lui faut écarter, si elle veut enfin se trouver en présence du bien, seul à seul avec lui. C'est donc dans ce recueillement absolu qu'elle voit tout à coup en elle-même paraître le dieu ; elle le voit l'ace à face, elle ne fait plus qu'un avec lui. Telle est l'intimité de cette union, que Yâme ne se sent plus distincte de l'objet de son amour : car c'est le propre de l'amour de fondre en une seule ut même nature celui qui aime et celui qui est aimé. Elle ne sent plus son corps, ni qu'elle est dans un corps ; elle ne s'affirme plus comme vivante, comme humaine, comme essence pure ; elle perd jusqu'à la conscience. En cet état, l'illusion n'est pius possible, car il n'y a rien de plus vrai que la vérité même. L'âme est tout ce qu'elle dit, elle l'est même avant de le dire ; elle le témoigne, non par la parole, mais par un sentiment muet et infaillible d'ineffable félicité. » (Vacherot, Histoire critique de V école d'Alexandrie, t. I, p. 584.)

Ce résumé, composé de phrases extraites de la sixième Ennèade de Plotin, exprime le fond même du quiétisme. Nous en trouverions facilement la confirmation dans les autres philosophes de l'école d'Alexandrie, disciples et successeurs de Plotin, Porphyre, Jamblique et Proclus. Nous en pourrions même suivre la trace, jamais aussi claire il est vrai, ré«lle cependant, à travers les aberrations théologiques de quelques esprits aventureux du moyen âge, et dans quelques-uns des systèmes philosophiques qui se sont succédé jusqu'à nos jours. On peut dire d'une manière générale que le quiétisme se trouve au fond de tout système qui incline fortement au panthéisme.

Les dangers du quiétisme sont-ils aussi réels qu'on l'a dit? Que les conséquences exprimées dans la condamnation de Molinos et dans celle de Mme Guyon soient, en réalité, parmi celles qu'on peut légitimement tirer du quiétisme, c'est ce dont on ne saurait douter; que ces conséquences favorisent les illusions et les écarts des sens, cela n'est pas moins certain ; mais de ces conséquences, simplement possibles, est-il nécessaire de conclure que les personnes arrivées en effet à ce degré de spiritualité et d'abnégation, ou exaltées jusqu'à s'y croire parvenues, céderont inévitablement à ces appétits grossiers, à ces désirs voluptueux, et ne trouveront pas, dans la situation même de leur esprit et de leur cœur, de; motifs d'agir plus élevés que les

motifs vulgaires et des raisons de se respecter elles-mêmes? c'est ce qu'il est impossible de soutenir. On voit tous les jours des hommes qui valent mieux que leurs doctrines, et dont les heureux instincts n'ont point de peine à les soustraire à des passions que leur esprit ne désapprouve pas assez. A plus forte raison doitil en être ainsi lorsqu'une doctrine, élevée et pure en elle-même, suppose dans l'âme qui l'accepte des sentiments incompatibles avec la pratique du mal. Sans doute, l'homme qui ne craint point la justice de Dieu a un motif de moins de • résister aux entraînements coupables; mais si cette crainte n'existe pas, précisément par l'exagération qu'a prise en lui l'amour du bien, cette exagération même écarte plus puissamment de lui les mauvais désirs et les actes coupables. L'extrême délicatesse de ces âmes, qui leur inspire une sorte d'indifférence pour tout ce qui n'est pas de l'ordre le plus élevé, comporte pour le mal une aversion bien plus rassurante que les résolutions les plus courageuses et les terreurs les plus salutaires. Le danger est surtout pour celui qui emprunte à la doctrine du quiétisme ce qui peut favoriser ses passions sans s'être élevé dans la région où l'on supposait qu'elles n'existent plus. Mais alors ce n'est pas le quiétisme qui serait dangereux, c'est le mélange coupable d'une doctrine élevée avec de • grossiers instincts.

Disons, en nous résumant, que le quiétisme est moins une doctrine qu'un état de certaines âmes auquel doit se mêler facilement l'erreur, et qui, par cela même qu'il échappe à la raison, est difficile à contenir dans de justes bornes.

Les écrits qui ont paru sur le quiétisme, indépendamment des œuvres de Maie Guyon, des Instructions, et des Maximes des saints de Fénelon, sont presque innombrables. Nous nous contenterons d'indiquer les ouvrages suivants : Bonnel. de la Controverse de Bossuel et de Fénelon sur le quiétisme, in-8, Màcon, 1850; — Matter, Fénelon et son temps, Paris, in-12. Un trouvera dans ces deux ouvrages les renseignements les plus abondants et les plus exacts. Voy. l'article Mysticisme. H. B.

RABAN-MAUR, disciple d'Alcuin à l'école de Tours, fut ensuite écolâtre à l'abbaye de Fuîde, puis archevêque de Mayence. Il mourut en 856, âgé de quatre-vingts ans. C'est par lui que l'étude des lettres profanes fut introduite dans la Germanie, et il forma de nombreux élèves. Il existe un recueil de ses œuvres, en 6 volumes in-f", publié en 1627, à Cologne, par les soins d'Antoine de Hénin, évêque d'Ypres. Nous y trouvons un immense traité ayant pour titre de Universo, qui contient des renseignements pleins d'intérêt sur l'état des connaissances au ix" siècle. Cependant, il y a dans ce traité peu de philosophie. Les auteurs de l'Histoire littéraire de la France mentionnent, parmi les ouvrages perdus ou supposés de Raban, un traité de Naturis re um, dont le titre semble annoncer quelque chose d'analogue au traité de Jean Scot Érigène, de Divisione naturœ; nais c'est un indice trompeur : le Ue Naturis rerum, dont la Bibliothèque nationale possède un m mus -rit. n'est pas autre chose que le de Universo. C'est M. Cousin qui nous a fiil connaître les opusules philosophiques de R iban-Maur : une glose sur Vlsagoge r de Porphyre, et une autre sur VHermeneia d'Aristote, qui se trouvent l'une et l'autre à la Bibliothèque • ^ous le n° 1310 du fonds de Saint-Germain. Aux extraits de ces gloses par M. Caisin dans ses Fragments de philosophie scolastique, il faut joindre d'autres extraits par nous donnés : Hist. de la philos.

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