‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 323 sur 439 · RAPI · texte numérisé non relu

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sites où ils enseignaient, nous .itérons seulement quelques-uns des savants du xvr et du xvir siècle qui adhérèrent à la réforme logique de Ramus. Les plus remarquables sont : en France, Orner Talon, Arnauld d'Ossat, Scévolede Sainte-Marthe, Ant. Loysel, Ant. Foquelin; en Suisse, Jacques Arminius, l'auteur de la secte des arminiens; en Allemagne, François Fabricius. Théod. Zuinger, J. Sturm, Chytrseus, J. Th. Freigius, Beurhusius, Scribonius, PfafTradius, .T. Cramer, Keckermann, etc.; en Danemark, André Kragius; en Hollande, Rod. Snellius. En Angleterre, je ne citerai qu'un nom, mais bien considérable : Milton, qui publia, en 1670, une logique suivant la méthode de Ramus. En Espagne, le ramisme eut pour interprète, à l'université de Salamanque, le savant grammairien Sanctius, dont on peut voir l'éloge dans les préfaces de la Méthode grecque et de la Méthode latine de Port-Royal.

Ramus a laissé un grand nombre d'écrits, mais qui n'ont jamais été recueillis en un seul corps. On en trouve le catalogue dans l'écrit intitulé : Ramus (P. de la Ramée), sa vie, ses écrits, ses opinions, par l'auteur de cet article, in-8, Paris. 1855. Ch. W.

RANULFE DE HUMBLIÉRES [Ranulphus de Humblcnoria, de Humblelonia, Ranulphus Normannus) enseignait à Paris, au xnie siècle. Il quitta sa chaire pour devenir curé de Saint- Gervais, chanoine de Notre-Dame, et enfin évéque de Paris. Ce Ranulfe de Humblières nous a laissé, comme monument de sa doctrine, une Somme de théologie, qui contient de très-utiles renseignements sur les questions disputées vers l'année 1275. Elle est inédite; mais la Bibliothèque nationale en possède un exemplaire manuscrit.

RAOUL LE BRETON {Radulphus Rrito), philosophe du xiv" siècle, est auteur de diverses gloses encore inédites. L'une apour objet le Traité de l'Ame. La Bibliothèque nationale en conserve deux exemplaires sous le n° 889 de Saint-Germain, et sous le n° 120 de Saint-Victor. Le même numéro de Saint-Victor contient une autre glose de Raoul le Breton ; celle-ci apour matière les Premiers Analytiques. Enfin, deux numéros du Supplément latin de la Bibliothèque nationale, nos204 et 251, nous offrent deux exemplaires d'une glose sur les Topiques.

Lorsque M. Daunou publiait, dans le tome XVIII de l'Histoire littéraire de la France, une courte notice sur Raoul le Breton, il ne connaissait qu'une de ces gloses, et supposait, sans aucune preuve, que Raoul le Breton avait dû mourir vers le milieu du xin" siècle. Vexplicit de la glose sur les Topiques, que contient le n° 251 du Supplément latin, nous apprend que ce docteur enseignait encore en 1320. Raoul le Breton ne lut pas un des moins dignes adversaires de Duns- Scot. Sa doctrine sur les universaux est celle de saint Thomas : il soutient qu'ils sont, non pas des substances, mais des prédicats substantiels; en d autres termes, des formes inhérentes aux sujets individuels, formes dont la manière d'être est déterminée par la nature de ces sujets. Genus non est aliquid unum in re; tels sont les termes de sa conclusion sur le problème des universaux physiques ou naiurels. L'analyse des universaux conceptuels occupe d'ailleurs une place considérable dans son système.

Quelques fragments des gloses de Raoul le Breton ont été publiés par nous, pour la première fois, de la Philosophie scolastique, t. II.

RAPIN (René), né à Tours en 1621, mort à

bre 1687, entra dans la Compagnie

de Jésus en 1639. Les succès qu'il obtint dans ses

études engagèrent ses supérieurs à le destiner à l'enseignement. Il occupa la chaire pendant neuf années, et forma d'excellents élèves: les adversaires les plus ardents de la Société de Jésus ont eux-mêmes loué son humeur tolérante et son savoir. Les connaissances du P. Rapin étaient moins profondes que variées. Nous ne parlerons ici ni de ses poèmes, ni de ses ouvrages de critique littéraire, ni de ses opuscules théologiques; nous ne nous occuperons que du philosophe.

Le premier en date et le principal des ouvrages philosophiques du P. Rapin a pour titre : la Comparaison de Platon et (VA rislote, avec les sentiments des Pères sur leur doctrine, in-12, Paris, Barbin, 1671 ; imprimé de nouveau chez Muguet, en 1684, dans le tome I du recueil intitulé : les Comparaisons des grands hommes de V antiquité. Le dessein de l'auteur est exposé dans un court avertissement. Une philosophie nouvelle, ne tenant compte que de ses procédés, témoignait un orgueilleux dédain pour la méthode et pour la science traditionnelles. Quel avait été le sentiment de Platon ou celui d'Aristote sur les éternels problèmes de l'intelligence? Elle s'inquiétait peu de le savoir. L'unique objet de son étude étant la physique, elle réduisait toute la philosophie à la connaissance et à l'usage de certaines règles établies par Descartes; et le reste, c'est-à-dire la logique, la métaphysique, la morale, n'était pour elle que le frivole passetemps des esprits désœuvrés. C'est ainsi que se comportent toutes les réactions : violentes par leur nature, et poussées à l'injustice par la véhémence des passions qui les inspirent, elles considèrent tout examen des choses comme une formalité vaine, et prononcent des arrêts sans les motiver. Le P. Rapin s'élève contre cet abus de la réaction cartésienne. Pour prouver que la recherche de la vérité par les voies naturelles n'est pas circonscrite dans les étroites limites de la physique, il prétend exposer quelle fut la philosophie de Platon, d'Aristote, des Pères, des Arabes, de saint Thomas, des principaux docteurs du xvie siècle, et montrer que, malgré leur ignorance des lois qui régissent les corps mobiles, ils ont été, les uns et les autres, d'éminents philosophes. Cette démonstration est excellente; elle a été employée de nos jours avec un grand succès. Pour ébranler le crédit d'une secte qui faisait consister toute l'enquête philosophique dans l'analyse de quelques phénomènes psychologiques, il a suffi de convier la jeunesse à lire les anciens maîtres; excitée par cette lecture, l'intelligence n'a plus voulu se confiner dans les barrières élevées contre l'esprit d'examen par une logique trop circonspecte; et c'est ainsi que la propagande de l'éclectisme a vaincu la coalition du sensualisme philosophique et du scepticisme théologique. Le plan du P. Rapin était donc bien conçu; mais il n'a pas été aussi bien exécuté. La Comparaison de Platon et d'Aristote se divise en quatre parties. Dans la première, l'auteur raconte la vie do Platon et d'Aristote, et compare leurs mérites divers. Cette comparaison peut être acceptée comme exacte, mais elle est trop superficielle. La deuxième partie a pour objet l'examen des méthodes: c'était une question bien plus délicate, et cependant le P. Rapin l'a beaucoup mieux traitée. Il ne faut guère s'arrêter à la troisième partie : il s'agit de la doctrine de Platon et de celle d'Aristote, et le P. Rapin n'avait pas même assez d'expérience en ces matières pour mettre à profit les dissertations faites au xvi* siècle sur l'antagonisme constant du platonisme et du péripatétisme. Quant à la quatrième partie, c'est un résumé peu substantiel de l'opuscule composé par le chanoine de Launoy sur les vicissitudes

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de la philosophie d'Aristote. En résumé, la Cornparaison de Platon et d'Aristote appartient aux pièces du procès instruit pour les anciens contre les modernes. Si elle n'a pas les allures et le ton d'un factura, il faut toutefois reconnaître qu'elle a les mérites et les défauts des écrits de ce genre : mérites qui ne fondent pas un succès durable, défauts qu'on a trop vite reconnus et signalés.

Le second volume des Comparaisons du P. Rapin se compose de Réflexions sur différents sujets. Nous mentionnerons ici celles qui ont pour objet la philosophie en général, la logique, la morale, la physique et l'usage de la philosophie. Les Réflexions sur la philosophie en général sont, pour la plupart, judicieuses; mais, n'ayant qu'une connaissance imparfaite des systèmes, routeur applique mal les règlesqu'il prescrit. Si, d'ailleurs, il reproche à bon droit aux cartésiens leurs invectives contre la philosophie d'Aristote, il tombe lui-même dans l'excès contraire lorsqu'il recommande de laisser de côté les philosophes modernes, pour n'étudier que les anciens. Combien il eût mieux fait valoir sa thèse, en prouvant aux fauteurs les plus ardents de la doctrine cartésienne que les plus belles parties de cette doctrine ne contredisent pas, mais développent, en les expliquant, les systèmes anciens! Les Réflexions sur la logique sont une histoire et non pas une théorie de cet art. Le P. Rapin avait déjà déclaré plusieurs fois que la philosophie est la matière d'un enseignement spécial, que cette étude exige un apprentissage laborieux, et que, pour avoir fait quelques expériences dans le laboratoire d'un physicien, on n'est pas autorisé à prendre le titre de philosophe. Ses Réflexions sur la logique sont le développement de celte déclaration et l'on doit approuver tout ce qu'il dit à cet égard. Les Réflexions sur la morale sont trop courtes, et ne peuvent avoir une conclusion rigoureuse. Admirateur passionné des anciens, et surtout d'Aristote. le P. Rapin ne pouvait cependant placer l'Éthique du philosophe grec au-dessus de l'Evangile. On sait d'ailleurs qu'il appartenait à la Société de Jésus, société trop féconde en théologiens moralistes, tous modernes, et tous plus ou moins suspects ou convaincus d'inclination pour la nouveauté. Il n'y a rien à retenir des Réflexions sur la physique et sur la métaphysique. La dissertation qui a pour objet ï Usage de ta philosophie tend à prouver que, la raison devant toujours être d'accord avec la foi, l'unique fin de toute science humaine est la confirmation des croyances révélées ou promulguées par les pouvoirs canoniques. C'est une définition depuis longtemps rejetée.

Telles sont les œuvres philosophiques du P. Rapin. Doué d'un esprit délicat, élégant, plein de bon sens et de finesse, il n'avait pas assez étudié les archives de la philosophie pour bien plaider la cause qu'il estimait la meilleure : la cause d'Aristote. Il faut toutefois lui savoir gré d'avoir fait entendre une énergique protestation contre la jactance des physiciens. On sait, d'ailleurs, que le P. Rapin est un écrivain ferme, vif, ingénieux, agréable, qui a du goût et du trait, et s'exprime dans le beau langage avec la plus irréprochable correction. B. H.

RAPPORT ou Relation (du latin referre, reporter une chose sur une autre; en grec rcpôç xi, ce qui est tourné ou regarde vers quelque chose; en allemand, beziehung a la même signification). Cette idée est une des plus simples et des plus générales qui appartiennent à notre esprit; aussi rien n'est plus difficile que de la définir. La plupart des philosophes y ont échoué, et quelques-uns y ont renoncé complètement. La relation, telle qu'Aristote l'entend dans son traité des Catégories

(ch. vu, édit. Casaubon; ch. v, édit. Buhle), ne comprend pas toute espèce de rapports, puisqu'il la distingue de la substance, de* l'action, de la passion, de la situation; mais seulement Hs rapports qui se fondent sur la réciprocité, ou qui existent entre deux termes corrélatifs, comme !e double et la moitié, le plus ou le moins, les égaux, les semblables, ie père et le fils, le maître et l'esclave, etc. Même dans ces limites, Aristote ne considère pas le rapport lui-môme ou la relation abstraite, mais les relatifs, c'est-à-dire les choses entre lesquelles la relation existe, et qu'elle associe dans notre esprit. « Les relatifs, dit-il, sont des choses dont l'existence se confond avec leurs rapports à une autre chose. » Kant, en admettant, comme Aristote, l'idée de relation au nombre des catégories, s'abstient de la définir. Il se contente de reconnaître sous cette dénomination trois sortes de rapports : celui de la substance aux phénomènes, celui de la cause à l'effet, celui de la réciprocité ou de deux causes agissant et réagissant l'une sur l'autre. Il est évident que cette enumération est aussi incomplète que ia définition d'Aristote : elle ne comprend qu'une seule espèce de rapports, ceux qu'on peut appeler métaphysiques; il n'y est pas question des autres. Locke (Essai sur l'entendement humain, liv. H, ch. m, § 7) prétend les renfermer dans la définition suivante : «La relation consiste dans la comparaison d'une idée avec une autre; comparaison qui fait que la considération d'une chose enfer::, ; en elle-même la considération d'une autre. » Mais rien de plus inexact que cette proposition, qui, du reste, est un simple corollaire du système général de Locke. D'abord, tout rapport n'est pas ie résultat d'une comparaison. Dès que je perçois un phénomène, je l'ai tri bue à une substance, je lui suppose une cause, sans avoir besoin de comparer entre eux ces deux termes, et bien avant que j'aie songé à les isoler l'un de l'autre, avant que mon esprit ait pu les concevoir séparément. C'est par un seul acte de mon esprit que je saisis à la fois les deux termes et la relation nécessaire qui les unit. Ensuite, il y a une différence, même dans les jugements comparatifs, entre la comparaison elle-même et le rapport qu'elle met en lumière; la relation ne consiste pas dans la comparaison, comme le prétend Locke. La première existe non-seulement dans l'esprit, mais dans les choses, à moins de prétendre qu'il n'y a rien de vrai dans la pensée humaine, que la plupart de nos jugements et tous nos raisonnements ne sont que des illusions. La seconde appartient exclusivement à l'esprit; elle est un acte volontaire de notre attention, toujours la même, lorsque les rapports qu'il éclaire varient à l'infini.

Nous n'essayerons pas de donner, à notre tour, une définition nouvelle de la nature du rapport; nous indiquerons seulement le moyen de la reconnaître par la manière dont elle se présente a notre esprit, et en quelque sorte par la plac qu'elle occupe entre nos idées. Or, il est certain qu'aucune de nos idées n'est absolument isolée et conçue par elle-même; mais toutes s'appellent les unes les autres, soit pour se lier entre elles, soit pour se repousser. Toutes les fois que deux idées se présentent simultanément à notre pensée, nous en apercevons entre elles une troisième qui les lie ou les sépare : celle-ci est ce que nous désignons sous le nom de rapport. Le rapport de deux idées devient la base d'un jugement] mais il y a aussi entre nos jugements des rapports sur lesquels se fonde le raisonnement ; et, enfin, entre nos raisonnements commencent de nouveaux rapports qui forment la suite et l'unité de la pensée.

Les rapports tiennent donc une grande place

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