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dans notre intelligence; mais il ne faudrait pas dire, avec certains philosophes, qu'ils forment toute notre Intelligence, ou que nos idées, nos jugements et nos raisonnements n'ont qu'une valeur purement relative, car l'idée même du relatif n'est que l'un des termes d'un rapport dont l'autre terme est l'absolu. Ces deux tenues. je ne les conçois pas plus l'un sans l'autre que le jour et la nuit, que l'affirmation et la négation, que la circonférence et le centre d'un cercle. Qu'on prolonge tant qu'on veut la chaîne des relations, qu'on la divise à l'infini, il faudra toujours lui trouver un commencement, il faudra toujours la suspendre à un premier anneau, sans lequel tout disparaît dans la confusion.
Si nombreux et si variés que soient les rapports, on a essayé de les réduire à un certain nombre de classes ou de types généraux. Selon les uns, il n'y a que trois espèces de rapports : des rapports d'origine, comme ceux de père et de fils, de cause et d'effet; des rapports de négation, dont la place est entre deux choses qui s'excluent réciproquement, comme le vrai et le faux, le jour et la nuit, etc.; enfin des rapport d'affirmation qui établissent entre les objets un lien positif, comme la convenance, la parité, la dépendance, etc. D'autres, avec un peu plus de précision dans leurs idées, font entrer tous les rapports dans ces quatre classes : des rapports d'origine, de convenance, de diversité et d'ordre. Locke est encore plus net et plus méthodique, sans avoir, d"ailleurs, la prétention d'être complet. Il reconnaît d'abord les rapports de temps, de lieu et de causalité; puis il distingue parmi les autres les espèces suivantes : 1° les rapports proportionnels, qui dépendent de l'égalité ou de l'excès d'une même idée simple, d"une même qualité en plusieurs objets, comme plus, moins, autant, plus doux, plus gros, etc.; 2° les rapports naturels, fondés sur l'origine des choses, sur les liens que la nature a établis entre elles, comme ceux qui unissent le père et le fils ou les enfants du même père; 3° les rapports d'institution, qui naissent de la volonté ou de l'accord des hommes entre eux, qui ont leur principe dans les lois civiles et politiques, comme les rapports de roi et de sujet, de concitoyens, de général et de soldat, etc.; 4° les rapports moraux, consistant dans i'accord ou le desaccord des actions volontaires de l'homme avec une certaine règle d'après laquelle on les juge.
Nous croyons que la division des rapports doit avoir pour base la division même de nos idées, d'après leur origine et leurs caractères essentiels. En conséquence, nous les comprendrons tous dans ces deux catégories : des rapports contingents et des rapports nécessaires; des rapports fondés sur l'expérience et d'autres fondés sur la raison. Nous n'essayerons pas de donner une classification des premiers, car ils sont véritablement infinis, comme Locke l'a très-bien remarqué. 11 nous suffit de savoir qu'il faut ranger dans ce nombre la plupart des qualités physiques. Sous les noms de grand et de petit, de jeune et de vieux, de chaud, de froid, de pesant, de léger, de doux, d'amer, etc., nous ne désignons, en effet, que les relations que les choses extérieures ont avec nous ou les unes avec les autres. Au contraire, on peut diviser méthodiquement les rapports nécessaires en trois classes : rapports métajihysiques, rapports mathématiques, rapports logiques, rapports moraux. Les premiers appartiennent aux êtres en général, et nous représentent tout à la fois les conditions de l'existence et les lois les plus universelles de la raison, oomme le rapport de la cause à l'effet, de la substance au phénomène, de la succession au temps, de la matière à l'espace. Les seconds se
renferment dans les nombres et dans retendue, et sont aussi nécessaires que Les premiers; mais, au lieu d'être l'objet d'une aperception Lm diate. ils réclament l'intervention de la réflei et plus particulièrement de la compara Aussi sont-ils justement définis le résultat de la comparaison de deux quantités. Les rapports logiques sont ceux qui déterminent, non le fond, mais la forme et l'ordre nécessaire de nos peu secs : ils interviennent entre le sujet et l'attribut, l'affirmation et la négation, le général et le particulier, les prémisses et la conclusion, etc. Enfin, la relation que nous apercevons entre toute action libre et une loi universelle, un ordre immuable commandé par la raison; celle qui associe à un bien accompli l'idée de récompense, et au mal fait avec intention l'idée d'un châtiment : voilà les fondements sur lesquels reposent tous les rapports moraux.
On conçoit qu'en raison de sa généralité et de sa simplicité, la notion de rapport ait été comptée, par Kant aussi bien que par Aristote, au nombre des catégories. Cependant cette opinion n'est pas fondée, si par catégorie l'on entend une notion universelle et nécessaire de la raison. En effet, comme nous venons de nous en convaincre, il y a une foule de rapports que nous ne connaissons que par expérience, et qui ont toute l'inconstance et la mobilité des autres idées de cet ordre. Quant aux rapports véritablement nécessaires, ils sont déjà comptés parmi les catégories sous d'autres titres, comme ceux de substance, de cause, d'infini, de temps, d'espace; car aucune de ces idées ne peut se montrer à notre esprit complètement isolée, mais elle est toujours accompagnée du rapport qui la distingue et la caractérise.
RATIONALISME, RATIONALISTES. Le mot rationalisme n'est pas le nom d'un système particulier de philosophie, il ne désigne pas même une méthode ; il exprime d'une manière trèsgénérale l'emploi du raisonnement et de la raison dans l'étude des questions religieuses, morales et logiques. Un homme, sans être exclusivement philosophe, peut faire du rationalisme, être, par conséquent, rationaliste dans certains moments, dans certaines recherches. Les plus grands théologiens, sans cesser d'être théologiens, ont eu leurs jours de rationalisme. Saint Thomas, avant lui Pierre Lombard, Pierre d'Ailly et presque tous les philosophes scolastiques du moyen âge, ont emprunté à la raison une partie de leur doctrine et de leurs arguments. Lorsque saint Anselme de Cantorbéry exprimait l'intention qui lui fit composer le Monologium et le Proslogium, par ces mots de la préface : Fides quœrens intellectum (la foi cherchant à comprendre), il avait uniquement recours à l'emploi de la raison : en ce point il faisait du rationalisme et se montrait rationaliste. La théologie s'est empreinte elle-même de ce caractère, puisqu'elle tire de la raison, et de la raison seule, une partie de ses arguments. On ne saurait ouvrir un traité de cette science sans y lire ces mots ou les équivalents: Argumenta exratione sumpta.
Le philosophe pour lequel l'expérience s'est résumée dans un système sensualiste, comme celui qui a fait sortir de l'observation les principes du spiritualisme le plus exclusif, sont tous deux, malgré ces résultats contraires, rationalistes au même titre, parce qu'ils ont procédé par déduction, par induction, par toutes les formes, enfin, qui appartiennent à la raison. Peuton renfermer sous une même dénomination Condillac et Reid, Locke et Roycr-Collard?... Et néanmoins, tous n'ont-ils pas cela de commun,