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qu'ils sont partis de l'observation, qui est une f des formes de la raison, et qu'ils ont continué par le raisonnement, qui en est une autre? Le I rationalisme se trouve ainsi dans tout système de philosophie, mais ne caractérise pas l'un d'eux plus particulièrement que les autres. On ne peut donc attribuer à aucune classe particulière de philosophes le nom de rationalistes.
Mais s'il en est ainsi aux yeux de la philosophie, | il n'en est pas de même de la part des théologiens contemporains. Ils qualifient de rationalisme tout I système qui leur paraît admettre uniquement la raison comme principe de la connaissance, àl'ex- [ clusion de la tradition et de la révélation. Nous ! livrer ici à une discussion sur le degré d'autorité | de la raison, sur la vérité de la révélation, sur la légitimité de la foi qui l'accepte, ce serait sortir des bornes imposées à cet article, et du cercle des matières réservées à cet ouvrage. Néanmoins, nous pouvons éclairer la question par quelques observations dont on ne contestera pas l'utilité.
Le rationalisme ainsi entendu, c'est-à-dire exclusivement caractérisé par le refus d'admettre une révélation, n'est pas plus un système qu'il n'en est un, considéré comme nous l'avons fait plus haut, dans sa plus stricte étymologie. Dans le premier cas, il est tout entier dans une question déterminée, question importante, difficile, complexe, mais enfin dans une seule question, le refus d'admettre des vérités révélées; dans l'autre cas, il s'applique, sous quelque point de vue qu'on le traite, à toutes les parties de la philosophie, dont plusieurs, telles que la psychologie, la logique, n'ont rien à demander à la révélation. Même dans la métaphysique, dans la théodicée, dans la morale, que de problèmes qui lui sont étrangers, et à la solution desquels, dans le but qu'elle doit atteindre, la révélation n'apporte aucun élément : la nature du temps et de l'espace, l'existence de Dieu uniquement considéré comme cause première, la loi naturelle, l'essence et les propriétés de la matière et de l'esprit, enfin, il faut le reconnaître, la philosophie à peu près tout entière. Reste donc cette question : L'homme peut-il, sans le secours d'une révélation, atteindre, par la raison seule, jusqu'aux vérités qui intéressent son avenir après la mort? Nous ne préjugeons pas la réponse, nous demanderons seulement : A l'aide de quelle faculté traitera-t-on la question? Sera-t-il possible de la résoudre autrement qu'avec le secours du raisonnement? Qu'on cherche tant que l'on voudra, la faiblesse de la raison ne pourra être constatée que par la raison elle-même ; la supériorité, la divinité de la révélation ne sera démontrée que par l'emploi de cette faculté, se jugeant elle-même dans ses rapports avec Dieu.
Ainsi partout, pour les théologiens comme pour les philosophes, excepté dans un certain nombre de dogmes, nombre circonscrit, défini, qui laisse encore à la raison un vaste champ, le rationalisme n'est pas autre chose que l'emploi de la raison, et ne peut être renfermé dans aucun système particulier de philosophie.
Néanmoins, ce mot de rationalisme, adressé comme un reproche à la philosophie, a dû prendre de nos jours une extension plus grande. Jusqu'à Bossuet et à Fénelon, et même jusqu'à la fin du xvme siècle, les théologiens catholiques ont uniformément admis qu'en dehors de la révélation, l'homme, par les lumières naturelles, arrive à la croyance en Dieu (religion naturelle) et à la connaissance des principes généraux de la morale (loi naturelle). De nos jours, quelques écoles théologiques ont cru donner plus d'importance à la révélation, et en démontrer plus efficacement la nécessité, en soutenant que l'homme, livré à luimême, ne peut connaître Dieu ni le moindre
principe moral. Il n'appartient pas, à notre sujet, de faire remarquer ici les confusions singulières auxquelles ont donné lieu ces exagérations systématiques ; mais on comprend que, dès lors, l'attaque a été portée, non plus contre certaines parties, certains résultats de la philosophie, mais contre la conscience elle-même, et que le rationalisme est devenu la désignation de la philosophie tout entière.
Comment le mot rationalisme a-t-il reçu de l'autorité des théologiens l'acception que nous venons de faire connaître?... Il est d'abord juste d'admettre qu'il se prête naturellement à ce sens, surtout quand on en exagère la portée; mais cette acception a aussi, et principalement, un antécédent historique que nous devons expliquer en peu de mots.
Spinoza a imprimé à l'exégèse biblique, par son ouvrage intitulé Traclatus theologico-politicus, une impulsion qui a été continuée par une suite de théologiens allemands, tous appartenant à la réforme, qui ont tenté, à l'aide d'interprétations très-diverses, d'expliquer, par la raison, le supernaturalisme sur lequel se fonde la révélation chrétienne, et dont il est impossible d'altérer le caractère sans ébranler, du même coup, cette révélation elle-même. Telle fut la première intervention notable du raisonnement et de la critique dans les questions religieuses qui naissaient du christianisme; elle se fortifia par l'examen philologique du texte des livres saints, et de la recherche littéraire de leur authenticité. Ce droit, ou même cette nécessité, ne pouvaient être contestés; car plus on avait de respect pour les livres saints, plus on devait éprouver le besoin de les lire dans toute leur intégrité. Érasme s'était livré à cette étude avec la science, et surtout avec la juste mesure qui marqua si heureusement sa conduite à cette époque difficile ; mais ceux qui le suivirent dans cette carrière ne se crurent pas obligés à tant de modération. Combien de faits, de la plus grande importance pour la foi, ne peut-on pas soumettre aux décisions de la raison, sous prétexte de critique philologique?... D'un autre côté, et malgré cette tendance, l'union de la philosophie et de la religion se resserra chez les théologiens réformés de l'Allemagne, sous l'empire de la philosophie de Leibniz, coordonnée et propagée par Wolf, et constitua alors une sorte de scolastique protestante. Mais les subtilités auxquelles elle ne tarda pas à descendre ne tinrent pas longtemps contre l'invasion du déisme français et du naturalisme anglais. Sous cette influence, les faits miraculeux sur lesquels se fonde le christianisme, ou furent niés, ou reçurent des interprétations équivalentes a une négation ; et telle était alors la disposition des esprits en Allemagne, que des hommes sincères dans leur foi crurent devoir sacrifier une partie des croyances pour sauver l'autre. Ce fut donc dans une intention chrétienne et pour protéger la religion que ruinaient les nouvelles doctrines, que de savants et pieux écrivains crurent devoir chercher, entre la révélation et la raison, un rapport plus étroit, et rendre acceptables à des esprits assez mal disposés, des dogmes et des faits que leur état présent les portait à rejeter : tels furent Ernesti et Semler. On comprend que cet emploi de la raison, hardi déjà dans les plus sages et les premiers, déborda dans leurs successeurs, et ne laissa bientôt plus au christianisme rien qui le distinguât d'un système de philosophie. Ce mouvement, qui a surtout pour objet l'interprétation critique des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, a été, en Allemagne; qualifié de rationalisme, quoique ici l'emploi de la raison ne
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sorte pas du cercle des saintes Écritures. Mais comme il a toujours poussé de plus en plus à nier la révélation, jusqu'à ce qu'il ait abouti à la Vie de Jésus, par Strauss, il n'est pas étonnant que ce nom se soit étendu à tous les écrivains, théologiens ou philosophes, dont la doctrine naturalisait la révélation, ou prétendait marcher sans elle.
Telle est la définition, pour ainsi dire historique, du rationalisme. Nous l'acceptons comme un fait, à la désignation duquel il ne faut pas demander une plus grande exactitude étymologique. Mais ici c'est surtout une accusation de théologiens à théologiens. Dans l'ordre philosophique, nous maintenons le sens que nous lui avons assigné au commencement de cet article, c'est-à-dire que nous exprimons par là l'emploi de la raison dans toute question qui se rapporte à la philosophie et à ses parties diverses. H. B.
RAY ou WRAY (John), né à Blacknotley, dans le comté d'Essex, en 1628, mort à Kutley en 1705, est un naturaliste anglaisqui a appliqué la science de la nature à la démonstration de l'existence de Dieu. Au reste, c'était aussi un théologien dans le sens propre du mot; il avait étudié la théologie à l'université de Cam-
pas voulu accepti épiscopale, il quitta les fonctions ecclésiastiques pour se consacrer aux sciences naturelles. Les ouvrages par lesquels il mérite une place dans ce recueil ont pour titres : Trois discours physicothéologiques (Three physico-theological discourses), in-8, Londres, 1721 ; — la Sagesse de Dieu dans les œuvres de là création (the Wisdom ofGod in the xvorksof création), in-8, ib.. 1714 : ce dernier écrit a été traduit en français : V Existence et la sagesse de Dieu, in-8, Utrecht , 1714. X.
RAYMOND, dit Sebon ouSebo.nd, Sebonde, Saronde, Sabunde, et même Sebeyde, naquit à Barcelone vers la fin du xivc siècle, professa, de 1430 à 1432, dans l'université de Toulouse, la théologie , la philosophie et la médecine, et mourut dans cette dernière ville en 1432. On suppose qu'il a laissé plusieurs ouvrages ; mais un seul a vu le jour et est connu des savants : c'est la Théologie naturelle (Theologia naturalis, sive liber creaturarum), écrite originairement en mauvais espagnol, puis traduite en français par Montaigne (in-12, Paris, 1569, 1581, 1611), et en latin, à différentes époques (in-f°, ûeventer, 1487; Strasbourg, 1496; Nuremberg, 1502; Paris, 1509; Venise, 1581; Lyon, 1526, 1540, 1648). Les nombreuses éditions de ce livre nous attestent la vogue qu'il a obtenue jusqu'au milieu du xvne siècle. Nous allons essayer de le faire connaître d'après la traduction de Montaigne, si goûtée des contemporains, qu'elle se ii ruvait dans toutes les mains, et surtout celles des femmes (Essais, liv. II, ch. xn). Nous commençons par la Préface, qui en est certainement Fa partie la plus originale et la plus remarquaile. On y sent comme un souffle avant-coureur de la philosophie moderne ; et ce n'est pas sans "aison que la censure l'a retranchée des deux dernières éditions, celles de 1581 et de 1648.
L';iuteur, en se proposant pour but une démonstration complète de tous les dogmes, nonvmlenientde la religion naturelle, mais de la foi Vtliohquo, ne craint pas de mettre la philosophie, ou la nature dont elle est l'interprète, audessus de l'Écriture sainte. « Dieu, dit-il, nous a donné deux livres, celui de l'universel ordre 'es choses ou de la nature, et celui de la Bible. Cesluy-là nous lut donné premier, et dès l'ori-
gine du monde : car chaque créature n'est que comme une lettre tirée par la main de Dieu; de façon que, d'une grande multitude de créatures( comme d'un nombre de lettres, ce livre a este composé, dans lequel l'homme se treuve et en est la lettre capitale.... Le second livre dessainctes Escritures a esté depuis donné à l'homme; etee, au défaut du premier, auquel, ainsi aveuglé comme il estoit, il ne voyoit rien. Si est ce que le premier est commua à tout le monde, et non pas le second. En outre, le livre de nature ne se peut ni falsifier, ni effacer] ni faussement interpréter. » Venant de Dieu l'un et l'autre, nécessairement ces deux livres s'accordent entre eux sur tous les points; et il n'est pas, selon Raymond de Sebonde, un seul mystère de la religion qui ne puisse et ne doive être expliqué par la philosophie.
La philosophie, comme nous venons de le dire, est l'interprétation de la nature; mais la nature se réfléchit dans l'homme, et ne peut être connue de lui qu'à la condition qu'il se connaisse luimême. Ce sont les qualités et les attributs qu'il trouve en lui qui seuls peuvent lui donner une idée du reste de l'univers. Or, tous les êtres dont l'univers se compose peuvent se ranger en quatre classes : les uns ne possèdent que l'existence : les autres à l'existence joignent la vie ; les autres à la vie ajoutent la sensibilité; enfin d'autres, avec les qualités précédentes, ont reçu en partage la raison et la liberté. De la hiérarchie naturelle que forment ces êtres, et de l'harmonie qui existe entre eux, de leurs limites, de leur insuffisance, on s'élève à l'idée d'une cause première, source de toute existence, de toute vie, de toute sensibilité, de toute libertéet de toute intelligence.
Dieu étant considéré comme un être libre, comme un être raisonnable et plein d'amour, le monde ne peut s'expliquer que par la création . c'est-à-dire par un acte de liberté. D'ailleurs. Dieu n'existe pas s'il n'est pas infini, s'il n'est pas parfait; et l'être parfait se suffit à lui-même. Toute créature doit donc son existence à la bonté divine; l'univers est une œuvre de son amour. Dieu l'a produit pour lui communiquer une partie de ses perfections et de sa béatitude.
Après avoir démontré l'existence de Dieu et le dogme de la création, Raymond de Sebonde entreprend d'expliquer, par les lumières naturelles de la raison, tous les mystères de la foi chrétienne, la trinité, l'incarnation, le péché originel, la grâce, la résurrection des morts, etc. Nous sommes d'autant moins tentés de le suivre sur ce terrain, qu'il n'a fait que résumer, en les défigurant quelquefois par des subtilités de son invention, les pensées de saint Thomas d'Aquin et de saint Augustin, les théories moitié théologiques et moitié philosophiques développées dans la Somme et dans la Cité de Dieu. Cependant nous devons signaler un argument qui lui appartient en propre et auquel les illustres docteurs dont il suit les traces n'ont jamais songé. C'est celui-ci : L'homme étant naturellement porté vers son bien, qui est le but même de sou existence, et le bien de chaque être étant la plus grande satisfaction qu'il puisse concevoir, nous devons nécessairement attacher notre foi aux dogmes qui nous paraissent les plus avantageux. Ainsi, la supposition que Dieu existe, qu'il s'est uni à nous par l'incarnation, que les méchants seront punis et les bons récompensés, que les uns et les autres ressusciteront au jugement dernier; cette supposition, disons-nous, offre plus d'avantage que les suppositions contraires; donc nous devons croire à l'existence de Dieu, à l'incarnation du Verbe, à l'immortalité de l'âme, à
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