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fin; elle est le développement progressif d'un même principe, bien que, dans son cours, ce développement offre des aspects et des produits divers. Or, ce principe, par une réminiscence de Leibniz peut-être, Reinhold le plaça dans la faculté représentative. La représentation dans l'esprit en général peut être considérée en soi, indépendamment des catégories, et précède la connaisance, puisque celle-ci en résulte. De la représentation il faut distinguer le sujet où elle a lieu et l'objet qu'elle représente : elle est l'unité ou la synthèse du sujet et de l'objet dans la conscience. Aussi, par la faculté représentative Reinhold entendait la conscience elle-même, non l'aperception ou la conscience de soi pure, mais la conscience que le sujet a de lui-même dans l'intuition d'un objet, par là même qu'il le conçoit comme tel et qu'il s'en distingue. La représentation en soi est ce qui, dans la conscience, est rapporté à l'objet et au sujet, et ce qui se distingue de l'un et de l'autre.

La représentation, ainsi définie, suppose une faculté qui en est la cause et qui la précède dans le sujet ; et, de même que le nom générique de représentation comprend l'intuition sensible, le concept et toute espèce d'idées ; de même la sensibilité, l'entendement et la raison sont compris sous le nom général de faculté représentative, racine commune de toutes les autres facultés. L'idt e de cette faculté première ne peut être déduite que du seul fait de la représentation elle-même comme principe de la conscience. Ce principe est aussi le point de départ de la théorie de la connaissance et de toute philosophie. De cette manière, ce qui n'était qu'une hypothèse de la Critique de Kant, qui supposait que la connaissance des objets réels dépendait, d'une part, des formes subjectives de l'entendement, et, d'un autre côté, de la matière objective qui vient affecter la sensibilité, se trouve déduit et établi.

Cette théorie élémentaire, comme l'appelait son auteur, rencontra de nombreux adversaires, les uns la trouvant inutile, les autres insuffisante. Reinhold lui-même se rangea à ce dernier avis, quand parut Fichte, qui remonta jusqu'au principe suprême de la conscience elle-même. Avec une sincérité qui l'honore, Reinhold se déclara ouvertement pour la nouvelle théorie de la science, et il ne lui restait que la gloire d'avoir le premier senti l'insuffisance delà Critique de Kant et cherché à la compléter.

Cependant, ayant fait la connaissance personnelle de Jacobi, qui était venu s'établir dans le Holstein, il ne tarda pas à entrer dans ses vues. Si d'abord Fichte lui avait mieux fait comprendre la philosophie de Kant, maintenant il se persuada que Jacobi complétait Fichte. Il essaya de concilier ensemble l'idéalisme de l'un et le réalisme de l'autre. C'est à cette époque qu'il publia ses Paradoxes de la dernière philosophie et ses deux Lettres à Lavater et à Fichte (1799), sur la loi en Dieu. Il ne considérait pas Fichte comme un athée ; mais il regrettait que Dieu ne pût être logiquement reconnu dans son système. D'un autre côté, la philosophie de Jacobi, la philosophie de la foi et du sentiment, ne put le satisfaire à la longue. Il admettait avec Jacobi que Dieu se révèle dans la conscience humai e , et par là même il renonçait à l'ancien idéalisme qui faisait de toute connaissance un savoir purement subjectif, et il aspirait à une sorte d'idéalisme absolu et objectif, ou plutôt de réalisme rationnel.

La Logique de Bardili, qui parut en 1799, le confirma dans ces dispositions. Selon Bardili, la pensée n'est pas une faculté purement subjec-

tive ou humaine, mais une activité productive de l'ordre universel, imprimant ses formes et ses bas à la matière; elle est la pure possibilité dynamique, la force qui crée le monde, le principe de toute réalité. Il s'ensuivait que la Inique n'était plus seulement le système des formes de la pensée humaine, mais identique avec l'ontologie, la science des principes éternels et de l'essence des choses. Cette doctrine, qui n'était nouvelle que dans la forme, Reinhold s'empressa de l'adopter, et s'efforça de l'établir à sa manière en la combinant avec les idées de Jacobi. Il soutint que la raison prise en soi, distinguée de l'entendement comme simple faculté logique ainsi que de l'expérience sensible, et considérée comme pensée absolue et universelle, était la manifestation de Dieu, le principe de toute réalité et de tout savoir; que les lois de la raison étaient aussi celles des choses, et que l'ordre idéal, ou ce qui, dans notre pensée, s'annonce avec les caractères de l'absolu, du nécessaire, de l'universel, correspondait parfaitement au monde réel, au système éternel de l'être véritable : de là, pour la métaphysique, le problème de rechercher, par l'analyse des idées et des lois de la raison pure, les propriétés et les rapports universels et immuables de la pensée et de la réalité. C'est dans ce sens qu'il publia divers écrits qui furent peu remarqués.

Il considérait avec raison comme une des causes principales du désaccord des opinions la confusion qui régnait dans le langage philosophique, et qui provenait surtout de ce que souvent le même mot est pris dans des acceptions différentes. Il chercha vainement à remédier à cette confusion dans sa Synonymie/ ue à l'usage des sciences philosophiques (1812). Il termina sa carrière par un écrit intitulé Qu'est-ce que lu vérité (1820)? Là, il se résume en quelque sorte, en cherchant à concilier l'autorité de la raison avec la foi positive, la révélation de Dieu dans l'intelligence et le cœur de l'homme avec les révélations historiques.

Les variations philosophiques de Reinhold sont celles mêmes de la pensée allemande jusqu'à Schelling. L'enthousiasme avec lequel il accueillait une philosophie nouvelle et la facilité avec laquelle il y renonçait, non sans en retenir une bonne part, avaient une même source : un ardent amour de la vérité, et l'esprit critique joint à un vif désir de conciliation. Il aurait voulu embrasser toutes les doctrines, concilier tous les systèmes raisonnables.

Reinhold a laissé un fils, qui est professeur à Iéna, et qui a publié en 1825 une Vie de son père avec sa Correspondance. M. Reinhold fils est lui-même auteur de plusieurs ouvrages trèsestimables, entre autres, d'une bonne Histoire de la philosophie, dont la 3e édition a paru à Iéna en 1845, en 2 vol. gr. in-8. J. W.

REMI d'Auxerre est le plus célèbre régent qu'aient eu les écoles publiques de Paris durant le ixe siècle. On a lieu de croire qu'il enseignait tous les arts libéraux; mais les objets principaux de son cours étaient la musique, la grammaire et la dialectique II a laissé deux ouvrages, l'un et l'autre inédits, où l'on rencontre quelques renseignements sur ses opinions philosophiques. L'une est une Ex/iositio» sur lu Grammaire de Donat, qui se trouve à la Bibliothèque nationale, ancien fonds latin, nn712; l'autre, un Commentaire sur le Satyricon de Martianus Capella, commentaire dont on possède de nombreux manuscrits. Rémi d'Auxerre doit être compté parmi les réalistes, et même parmi les plus intempérants. On lui doit cette définition de l'humanité : « C'est l'unité substantielle

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