‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 331 sur 439 · RÉMI · texte numérisé non relu

RÉMI

des individus humains. » 11 dit encore de la substance, que « c'est un tout réel, et que les substances (ou, pour mieux parler, les êtres) sont tous consubstantiels; » ce qui signifie que la personnalité doit être considérée comme une forme adventice, un pur accident, et que le véritable fond de l'être est une nature commune que tous les singuliers possèdent en participation : Cujus purlicipatione consista omne quod est. Cette doctrine est le spinozisme. Disciple de Jean Scot Érigène, Rémi d'Auxerre est le maître d'Anselme de Cantorbéry. B. H.

RÉMINISCENCE (de rursus et de meminisse, se souvenir une seconde fois ; àvap-viTTÛ, en grec, et wiedererrinncrun;/, en allemand, sont composés de la même manière). Il y a une différence entre le souvenir et la réminiscence : le premier est seulement la connaissance du passé ou d'un fait antérieurement i erçu ; la seconde est l'acte par lequel nous lL prenons à ressaisir un souvenir incomplet. Elle n'est donc pas seulement un acte de mémoire ; elle est un effort de notre intelligence pour réunir les fragments de souvenir que nous possédons déjà; et reconstituer le souvenir tout entier. C'est ainsi qu'une seule parole nous rappelle une phrase ou tout un discours que nous avons entendu ; qu'à l'aide de quelques notes nous recomposons dans notre esprit la mélodie qui nous a charmés. C'est ainsi que Platon veut que toutes nos idées soient de simples réminiscences d'une science complète que nous possédions dans une autre vie (voy. Flaton). Aristote explique la réminiscence par une sorte d'habitude qui relierait ensemble dans notre âme nos idées et nos impressions, dans l'ordre même où elles se sont présentées, quand, d'ailleurs, elles ne sont pas liées entre elles par les lois nécessaires de la logique. Aussi, les choses que nous avons le moins de peine à nous rappeler sont celles qui s'enchaînent de cette façon, ou qui composent un ordre nécessaire, comme les mathématiques. Viennent ensuite les choses auxquelles nous pensons le plus souvent, et qui restent unies dans notre pensée par l'habitude, cette seconde nature. La réminiscence mérite ainsi d'être considérée comme une sorte de raisonnement par lequel nous remontons d'une première impression ou d'une première idée à une autre, de celle-ci à une troisième, jusqu'à ce que nous ayons atteint le point de départ et reconstitué le souvenir tout entier. La réminiscence n'est que dans l'esprit, et n'appartient qu'à l'homme ; tandis que la mémoire, susceptible de se modifier par l'âge, et de s'affaiblir, ou même de disparaître par la maladie, est, jusqu'à un certain point, une faculté dépendante du corps et que l'homme partage avec les animaux. Voy. Aristote, de la Mémoire et de la Réminiscence, ch. n.

RÉMUSAT (Charles-François-Marie, comte de), né à Paris le 14 mars 17(J7, mort dans la même ville le 6 juin 1875, a pendant un demi-siècle joué un rôle aussi actif que brillant dans la politique, dans les lettres et dans la philosophie. Son origine ne laissait point prévoir qu'il serait un jour un des plus ardents adversaires du gouvernement impérial. Son père était chambellan de Napoléon 1er et a rempli, sous le premier Empire, les fonctions de préfet dans le déparlement de la Haute-Garonne. Sa mère, Jeanne dnivier de Vergennes, une femme d'esprit, à laquelle on doit l'Essai sur l'éducation des femmes (in-K. Paris, 1824), était l'amie intime de l'impératrice Joséphine. Après avoir terminé Bes études, M. de Kémusat suivit les cours de la Faculté de droit et se fil recevoir avocat. Il commença m carrière d'écrivain en 1820, par

un livre de pure jurisprudence : De la procédure par jurés en matière criminelle, in-8; Paris. Mais il ne tarda pas à suivre une autre direction. C'était le moment où l'esprit libéral, en luttant avec énergie contre les vues rétrogrades du gouvernement de la Restauration, renouvelait en France la philosophie, les lettres, la critique et l'histoire. M. de Rémusat se consacra tout entier à cette œuvre de régénération et de courageuse résistance. Il concourut activement, de 1820 à 1830, à la réduction du Lycée français, des Tablettes universelles, de la Reoue encyc},opèdiqu$} du Globe et du Courrier français. C est dans le Globe, fondé vers la fin de 1824 par Paul Dubois et Pierre Leroux (voy. ce nom), qu'il fit paraître la plupart des articles de philosophie et de critique littéraire qu'il réunit en 1847 sous le titre de Passé et présent (2 volumes, in-18).

Après avoir contribué à préparer la révolution de 1830, que l'aveuglement de la cour rendait inévitable, M. de Rémusat ne contribua pas moins à la faire éclater en signant le manifeste des journalistes contre les Ordonnances de juillet. Depuis ce moment jusqu'à sa mort il ne cessa pas d'appartenir à la politique active. Élu député au mois d'octobre par la ville de Toulouse, il vota constamment pendant six ans toutes les lois conservatrices qui, en consacrant les principes du gouvernement parlementaire, opposaient une barrière à la démocratie et aux passions révolutionnaires. En 1836, il est nommé sous-secrétaire d'État au ministère de l'intérieur; mais peu de temps après, en 1837, on le trouve avec M. Thiers dans les rangs de cette opposition modérée et constitutionnelle qui porta le nom de Centre gauche. En 1840, il entre, comme ministre de l'intérieur, dans le cabinet dont M. Thiers est le président et qui porte le nom de 1er mars. Mais le 29 octobre de la même année, ce cabinet est renversé. M. de Rémusat reprend sa place sur les bancs du Centre gauche, où par ses discours comme par ses votes il se prononce pour des réformes réclamées par le pays et dont le refus obstiné amène la chute de la monarchie de Juillet. A la veille de cette catastrophe, il est appelé par le roi Louis-Philippe à faire partie, avec M. Thiers, d'un nouveau ministère, qui n'a pas le temps de se constituer.

Après la révolution de Février, M. de Rémusat fit partie des deux Assemblées nationales qui exercèrent en France le souverain pouvoir depuis le 4 mai 1848 jusqu'au 2 décembre 1852. Dans l'une et l'autre, il s'associa à toutes les mesures qui avaient pour but de combattre les utopies socialistes et l'anarchie révolutionnaire. 11 soutint le général Cavaignac. nommé chef du pouvoir exécutif après l'insurrection de Juin. Il soutint le gouvernement de Louis-Napoléon, nommé président de la République le 10 décembre 1848, tant que ce gouvernement resta fidèle aux principes de la Constitution et du gouvernement parlementaire. 11 le combattit quand il le vit entrer dans les voies d'une politique personnelle et extra-légale. Emprisonné, puis exilé après le coup d'État du 2 Décembre, M. de Rémusat resta dans la vie privée jusqu'à la réunion de l'Assemblée nationale du 8 février 1871. M. Tbiers ayant été nommé par cette assemblée d'abord chef du pouvoir exécutif, ensuite président de la République, l'appela à prendre part à son gouvernement comme ministre des affaires étrangères, bien qu'il ne fît point partie de i'Assemblée. M. de Rémusat contribua à la libération de la France, et, après avoir échoué à Paris, fut nommé député en 1873 par le département de la Haute-Garonne. 11 sortit du pouvoir

Page 1