HK.N
Souabe et le dueUlrick, Reuchlin allait prendre possession d'une chaire de grec et d'hébreu, que lui offrait l'université de Tubingue, lorsqu'il mourut à Stuttgart, le 30 juin 1522, avec la réputation d'un des plus grands hommes de son siècle.
Des nombreux ouvrages de Reuchlin, deux seulement rnéri tent de nous occuper ici : de Verbo mirifico, in-f°, Bâle, 1494; Tubingue, 1514; Lvon, 1522, et ailleurs; — de Arte cabalislica, in-f°, Haguenau, 1517 et 1530. Voici un résumé fidèle du premier de ces ouvrages, qui est, sans contredit, le plus original et le plus intéressant. 11 a la lorme d'un dialogue entre un philosophe épicurien appelé Sidonius, le juif Baruch et Capmon, c'est-à-dire l'auteur lui-même. On y distingue autant de parties que de personnages. La première partie, consacrée à la réfutation de la philosophie épicurienne, ne contient rien qui appelle particulièrement l'attention. La seconde partie a pour but d'établir que toute sagesse et toute vraie philosophie vient des Hébreux; que Platon, Pythagore, Zoroastre ont puisé leurs idées religieuses duns la Bible, dont la langue et les croyances ont laissé des traces dans les livres sacrés de tous les peuples. Puis vient une explication métaphysique des différents noms de Dieu. Le premier et le plus célèbre de ces noms, le ego sum qui sum, est traduit, dans la philosophie de Platon, par les mots to <mw; wv. Le second, que nous rendons par ha", et qui exprime l'immutabilité de Dieu, son éternelle identité, est également, conservé par Platon, dans le même (tooito/), opposé au divers (9rrepov). Dieu, dans l'Ecriture suinte, est aussi appelé le feu, et il en prend souvent la forme dans les visions des prophètes. En effet, c'est lui qui éclaire et qui anime tous les êtres; il est la lumière et la vie du monde. Ce feu n'est pas autre chose que Véther des stoïciens et des hymnes d'Orphée. Ces trois noms nous désignent l'essence de Dieu sous trois aspects différents; il y en a d'autres qui expriment ses attributs. Mais lorsque, pénétrant au delà de tout attribut et de tout point de vue déterminé, on veut concevoir la substance divine telle qu'elle est en elle-même, dans son unité absolue, alors on l'appelle par le nom qu'il est défendu dé prononcer, par le tétragramme sacré, par le mot Jéhovah.
Nul doute, pour Reuchlin, que le tetractys de Pythagore ne soit un souvenir du tétragramme hébreu, et que le culte de la décade n'ait été imaginé en l'honneur des dix sephirolh de la kabbale. On se ferait difficilement une idée de toutes les merveilles qu'il sait découvrir ensuite dans les quatre lettres dont se compose, en hébreu, le mot Jéhovah : ce sont les quatre éléments, les quatre qualités essentielles des corps, les quatre principes géométriques, etc.; et chacune de ces lettres, considérée à part, ne nous offre bas une signification inoins mystérieuse.
Enfin, dans la troisième partie, on démontre, par des procèdes semblable s. que les textes de l'Ancien Testament contiennent, sous une forme mystique, tous les dogmes chrétiens. Ainsi, dans le premier verset de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, » nous trouvons le mystère de la Trinité; car les trois lettres dont se compose, en hébreu, le mot créer (/""'/), peuvent être considérées comme les initiales des termes qui expriment, dans la même langue, les trois personnes divines. Le nom de Jésus traduit en hébreu, n'est que le nom mémo de Jéhovah, avec une lettre fie plus (le schin), qui, pour les adeptes de !a kabbale, est le. syinçole du l'eu "u de la tatn'rûâj bftrce que le Verbe est la lumière spirituelle, Dieu devenu visible
par son incarnation dans l'humanité. Sans nuu» arrêter plus longtemps à ces détails, nous dirons quelle est la conclusion de ce livre. Toute philosophie qui n'est pas une pure négation de Dieu, comme l'épicurisme et le scepticisme, toute science métaphysique prend sa source dans la révélation. Mais la révélation est un fait continu, qui s'étend de l'origine de l'homme à l'avènement du christianisme. Elle se partage en trois époques, pendant chacune desquelles Dieu se montre sous un aspect différent, et reçoit, par conséquent, de 'l'Ecriture s.iinte, un autre nom. Sous le règne de la nature, il s'appelle le Tout-Puissant (Schadat), ou plutôt le fécondateur, le nourricier des hommes : tel est le Dieu des patriarches. Sous le règne de la loi, ou depuis la révélation de Moïse jusqu'à la mission de Jésus-Christ, il s'appelle le Seigneur (Adonai), parce qu'alors il est le roi et le maître du peuple élu. Sous le règne de la grà:e, il se nomme Jésus, ou le Dieu libérateur.
Le de Arle cubalistica est plutôt un ouvrage historique que dogmatique; c'est une exposition du système des kabbalistes (voy. Kabbale), sur lequel les Thèses de Pic de laMirandole n'avaient encore jeté que de confuses lueurs; mais cette exposition, n'étant pas puisée aux véritables sources, est nécessairement très-incomplète et dépourvue de critique. L'auteur admet toutes le» fables répandues parmi les juifs sur l'origine de la kabbale. 11 y mêle ses propres idées, selon lesquelles la philosophie grecque n'est qu'un souvenir ou une imitation des livres saints; mais, de même qu'il a reconnu la doctrine de Platon dans la Bible, il fait dériver le système de Pythagore des traditions kabbalistiques, avec lesquelles il n'a que des ressemblances extérieures et superficielles, et pas la moindre liaison historique. Le livre est dédié au pape Léon X, sans doute par mesure de prudence, et a, comme le de Verbo, la forme d'un dialogue entre trois personnages : le pythagoricien Philolaûs, le mahométan Marranus, et Simon, descendant du célèbre Simon ben Jochaï, l'auteur présumé du Zohar.
REUSCH (Jean-Pierre), né en 1691, à Almersbach, mort à Iéna, en 1754, avait professé longtemps, dans l'université de cette ville, la philosophie et la théologie. Tout en se rattachant à l'école de Leibniz et de Wolf, il essaya de la modifier et de la perfectionner. 11 se déclara principalement contre la doctrine de l'harmonie préétablie, la considérant comme une hypothèse sans fondement, et propre à nous faire douter de l'existence des corps. Voici la liste de ses écrits philosophiques : Via ad perfccliones intelleclus com/jcndiaria, in-8, Eisenach, 1728; — Systema loyieum, in-%, Iéna, 1734, 1760; — Systetna melaphijsicum anliquiorum alque recaitiorum, in-8, ib., 1735. X.
REYNAUD (Jean-Ernest), né à Lyon en 1806. mort à Pans le 28 juin 1863, appartient à l'histoire de la philosophie par un livre resté célèbre, Terre et Ciel. Pupille du conventionnel Merlin de Thionville, il fit ses études au collège de Thionville, et entra en 1824 à l'École polytechnique. En 1830, il était ingénieur des mines de deuxième classe, lorsque à la suite de la révolution de Juillet il se crut obligé de donner sa démission; mais l'abandon de sa position officielle ne l'empêcha pas, en 1849, d'ouvrir à l'Ecole des mines un cours gratuit de droit administratif. Son activité ne se renferma pas dans cet enseignement volontaire. Ayant adopté les principes OU s linl-simonisme avec plusieurs de ses anciens camarades do l'École polytechnique, il participa successivement à la rédaction de plusieurs ji ui-
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