‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 335 sur 439 · HUMA · texte numérisé non relu

HUMA

animiux, ou un sens d'un autre ordre ; <• sens intérieur qu'on ne peut mieux comparer qu'au goût du doux et de l'amer, et qui nous détermine à juger du juste et de l'injuste, comme nous jugeons dos saveurs, avant toute réflexion. » Il agit aussi à la manière de la vue, lorsqu'il nous rend sensibles à la beauté et à la difformité des actions, comme nous le sommes à la beauté et à la laideur des choses visibles. 11 agit à la manière de l'ouïe, en nous faisant concevoir les bonnes et les mauvaises actions comme des accords et des discords ; à la manière de l'odorat, en nous représentant la vertu comme un parfum ; enfin, à la manière du tact. Le sens moral est donc un véritable sens comme un autre, et il a aussi son organe, mais caché dans les profondeurs de notre organisation.

De la théorie de l'instinct moral, nous sommes naturellement conduits à celle de f'àme en général, ou ce que Robinet appelle la physique des esprits. Partant de ce principe, emprunté à Leibniz, que l'univers est un certai n développement de semences préexistantes, notre philosophe suppose que tous les esprits, dès l'instant de la création, ont existé en germe ou en raccourci, unis à des germes d'organisation. Ainsi, point d'àme sans corps, ni de corps sans âme. Ces deux natures ne dérivent pas l'une de l'autre ; mais elles ne peuvent ni exister, ni se concevoir l'une sans l'autre. A chacune des fonctions de l'esprit, aux sensations, aux idées, aux volontés, correspondent certains organes intérieurs, certaines fibres du cerveau ; en sorte que le corps n'est animé que par l'esprit, et que l'esprit ne pense que par le corps. Si ce n'est pas là le matérialisme, c'est du moins une doctnne qui lui est très-favorable.

Quant à la nature et aux attributs de Dieu, Robinet pense que l'idée qu'on s'en fait ordinairement n'est que l'idée même de l'homme, élevée à des proportions chimériques. Par conséquent, il se propose de purifier la notion du premier être de tout alliage d'anthropomorphisme; et, dans ce but, il s'applique à démontrer qu'aucun des attributs de la nature humaine ne convient à Dieu, puisque l'homme est un être fini, divers, successif; tandis que Dieu est infini, un, indivisible. Cependant, comme il nous est impossible de donner à Dieu des attributs inférieurs à ceux que nous apercevons en nous, et que les qualités des créatures sont le seul moyen que nous ayons de nous représenter le Créateur, il faut nous résigner à cette conclusion, que la nature divine nous est absolument incompréhensible. Nous savons que Dieu existe ; nous le connaissons comme créateur : car l'effet nous atteste la cause, et le fini l'infini ; mais entre ces deux ordres d'existence, et, par conséquent^ entre Dieu et l'homme, il n'y a aucune analogie possible : ils diffèrent à la fois de degré et de nature. La cause première habite une gloire inaccessible, et tout ce que nous pouvons faire, c'est de la distinguer de ce qui n'est pas elle. Après avoir parlé du Créateur, Robinet, dans une dernière partie de son livre, qui a pour titre de l'Origine, de Vantiquilé et des bornes de la nature, s'explique aussi sur la création. Il veut que la création soit éternelle, mais non le monde, non les objets créés. Il croit que Dieu, de toute éternité, donne à la nature une existence temporaire, la seule qui lui convienne ; et, par cette proposition, il pense échapper à la fois à deux opinions extrêmes : celle qui considère le monde comme éternel, et celle qui suppose qu'il a été créé après une éternité. Cette même hypothèse le sauve du spinozisme, qui confond le monic avec Dieu : car l'existence du monde

ne complète pas celle de Dieu; f t la nature D'ajouté rien à la nature iacn 'i elle est la doctrine philosophique, nous ne

dirons pas le système de Robinet, plus ambitieuse de nouveauté que de vérité, plus \

que conséquente, plus aventureuse qu'originale. Elle n'appartient, a proprement parler, à aucune école; mais elle emprunte à plusieurs leurs principes les plus importants, sans trop s'occuper de leurs rapports : à Locke la théorie de la connaissance par les sens: à Leibniz, li loi de continuité, l'idée d'une vie répandue dans toute la nature et d'un certain équilibre du bien et du mal ; à Hutcheson l'hypothèse de l'instinct moral.

Au livre de la Nature se rattachent les Coniidératioru philosophiques sur la graduation naturelle des formes de lêlre, ou Essais de la nature qui apprend à former l'homme, in-8. Amst., 17t 8. Ce volume ne renferme guère que des extraits de divers naturalistes, qui devaient servir de matériaux à un autre ouvrage, que Robinet n'a pas composé. — M. Damiron a consacré à Robinet un mémoire étendu, dont des fragments ont été publiés dans le Compte rendu des séances de l'Académie des sciences morales cl politiques, t. VI et VII, 2e série.

ROEL ou ROELL (Hermann-Alexandre), théologien hollandais, mort à Utrecht, en 1718: grand partisan de la philosophie cartésienne, il la défendait contre les adversaires qu'elle avait en Hollande, et essayait de l'appliquer à la théologie. On a de lui deux écrits : Roelii Dissertalio de religione naturali, in-f°, Franecker, 1686 ; — Disputationes philosophicœ de Iheologia naturali duœ, deideis innatis una, Ger. de Vries diatribœ oppositœ, in-8, ib., 1700. et Utrecht, 1713. X. '

ROHAULT fut un des premiers et des plus zélés propagateurs du cartésianisme en France. Voyant en lui un des plus fermes appuis de la philosophie nouvelle, Clerselier lui donna sa fille en mariage, sans tenir compte de l'infériorité de sa naissance et de sa fortune. Rohault ne trompa pas les espérances de son beau-père.

En reprochant, non sans quelque injustice, aux disciples de Descartes leur stérilité et leur servile attachement à la doctrine du maître, Leibniz fait une exception honorable en faveur' de Rohault. II s'attacha, surtout, à la physique, où son goût naturel le portait : « La nature, par un avantage tout singulier, lui avait donné un esprit tout à l'ait mécanique fort propre à inventer et à imaginer toutes sortes d'arts et de machines, et, avec cela, des mains artistes et adroites pour exécuter tout ce que son imagination pouvait lui représenter. » Il inventait et il faisait une foule d'expériences par où bientôt il s'acquit une grande réputation. Les jeunes gens de première qualité venaient lui demander des leçons. Des professeurs eux-mêmes, dit Clerselier, n'ont point eu honte d'abandonner leurs chaires pour devenir ses disciples. Bien plus, sa réputation s'étant étendue en pays étranger, il lui en venait de toute part, et en si grand nombre, qu'il ne pouvait plus suffire à tous. Toutefois il a tiré sa plus grande gloire des conférences publiques qu'il faisait à Paris tous les mercredis. On y voyait accourir des personnes de toute sorte de qualités et conditions, des prélats, des abbés, des courtisans, des médecins, des philosophes, des écoliers et des régents, des provinciaux, des étrangers, et des dames qui étaient placées au premier rang. Clerselier nous apprend aussi la méthode qu'il suivait dans ses conférences. Il expliquait, l'une après l'autre, toutes les questions de physique, en commençant par l'établis-

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