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sèment de ses principes, et descendant ensuite à la preuve des effets les plus particuliers et les plus rares. Il publia, en 1771, un Traité de physique, dont le succès fut immense, non-seulement en France, mais à l'étranger. « Nos libraires, dit Clerselier, tâchent partout de le contrefaire ; dans les pays étrangers il s'imprime publiquement, et déjà on l'a traduit dans plusieurs langues. » Il fut annoté par Antoine Legrand, et traduit en latin par Samuel Clarke. Jusqu'à Newton le Traité de physique de Rohault fut un ouvrage classique en France et en Angleterre. Il se recommande surtout par la méthode et la clarté.
Rohault est aussi l'auteur d'un petit ouvrage de métaphysique intitulé Entretiens de philosophie. Il s'y applique surtout à repousser toutes les accusations qui pouvaient attirer la censure sur ses principes et sur ceux de son maître Descartes. Dans la première partie, pour calmer les partisans fanatiques d'Aristote, il cherche à établir la similitude de leurs principes avec la physique de Descartes, à quoi il ne parvient qu'en altérant singulièrement le vrai sens du pôripatétisme. Dans la seconde partie il traite de l'automatisme des bêtes, et il tâche de répondre aux objections que provoquait de toute part l'hypothèse de Descartes. De même que Descartes, Clerselier et beaucoup d'autres cartésiens, et non moins malheureusement, il a voulu aussi démontrer l'accord de la philosophie cartésienne avec les principes du concile de Trente, relativement au dogme de l'eucharistie. Suivant cette philosophie, les accidents du pain et du vin. au lieu d'être dans les objets eux-mêmes, sont dans des impressions de nos sens ; ils ne sont pas réellement dans les choses; mais en nous ; ils sont donc non-seulement separables, mais séparés des objets. Or, avons-nous quelque difficulté à concevoir que Dieu puisse faire par luimême, dans nos sens, les mêmes impressions que le pain et le vin y feraient s'ils n'avaient pas été changés ? C'est ainsi que, selon Rohault, le cartésianisme facilite l'explication de l'eucharistie. Malgré tous ces efforts pour concilier le cartésianisme avec la foi, et les principes de la physique avec les décisions du concile de Trente sur la transsubstantiation, Rohault n'en demeura pas moins suspect sous le rapport de la foi, et même quelques persécutions troublèrent la fin de sa vie. En voici le dernier trait, rapporté par Clerselier : « Son curé, qui d'ailleurs était assuré de sa foi pour s'être plusieurs fois entretenu avec lui sur ce mystère, se crut obligé, lorsqu'il lui porta le saint viatique, pour avoir des témoins qui pussent, comme lui, répondre de sa foi, de l'interroger en présence de toute la compagnie qui assistait à cette triste cérémonie, sur les principaux articles de notre croyance. » Il mourut en 1672, et fut enterré à Sainte-Geneviève, à côté de son maître Descartes.
Voir, sur Rohault, la préface de Clerselier, au second volume des Lettres de Descartes, et aux Œuvres posthumes de Rohault, in-4, Paris, 1682. Consultez l'Histoire de la philosophie du dixseptième siècle par M. Damiron; — ['Histoire de la philosophie cartésienne, de F. Bouillier.
ROMAGNOSI (Gian-Domenico), philosophe et jurisconsulte italien, naquit à Salso-Maggiore, près de P'aisance, en 1761. Après avoir fait ses premières études au collège Alberoni, à Plaisance, il suivit, à Parme, les cours de l'Université, et prit le grade de bachelier en droit civil et en droit canon. Il fut successivement préteur de la ville de Trente, en 1793, secrétaire général du ministère de la justice, sous la
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domination française; professeur de droit public à l'université de Parme, ensuite de Milan, et plus tard de Pavie. Destitué de ses fonctions au retour de l'ancien gouvernement, en 1817, il chercha d'abord des ressources dans les cours particuliers qu'il fit, tantôt à Milan, tantôt à Venise ; puis ayant accepté, en 1824. sur l'invitation de lord Guilford, une chaire à l'université de Corfou, il conserva cette position jusqu'à sa mort, arrivée en 1835. Romagnosi a laissé 1rs ouvrages suivants, tous consacrés à la philosophie proprement dite, ou à la philosophie du droit : la Genèse du droit pénal (Gcnesi del diritto pénale), 3 vol. in-8, 1791 et 1823 ; Florence, 1832 ; — Introduction à l'étude du droit public {Introduzione allô studio del diritto publico), 2 vol. in-8, Parme, 1805 ; — la Philosophie morale des anciens (l'Antica morale filosofia), in-12, Milan, 1832; — de l'Enseignement primitif des mathématiques [delV Insegnamento primitivo délie malemaliche), 2 vol. in-8, ib., 1832 ; — Qu'est-ce que le bon sem> (Che cosa e la mente sana)? in-8, ib., 1827 ; — de la Suprême économie du savoir humain [délia Suprema economia deW umauo sapere), in-8, ib., 1828. — On lui attribue encore d'autres petits écrits, et une grande part dans la traduction italienne du Manuel de l'Histoire de la philosophie, de Tennemann (in-8, Milan, 1832), et les notes qui y sont ajoutées. X.
ROMAINS (Philosophie chez les). Le génie politique et militaire des Romains, et leur respect pour la tradition, pour la sagesse des ancêtres, sapienlia majorum, les rendaient peu propres aux pures spéculations de la pensée : aussi n'ont-ils produit aucun philosophe de premier ordre, aucun système ; et quant à la philosophie grecque, elle ne pénétra chez eux qu'assez tard, c'est-à-dire vers le milieu du n° siècle avant l'ère chrétienne. Leur orgueil national, justifié par le succès de leurs armes et la puissance de leurs institutions, ne pouvait pas les disposer à accueillir facilement des idées étrangères ; mais telle est l'attraction qu'exercent sur l'esprit humain ces grandes questions qui s'agitent dans les écoles depuis Thaïes et Pythagore jusqu'à notre temps, qu'elles finissent toujours par triompher des préjugés et des passions de chaque âge, de chaque peuple. Aussi, lorsque Athènes envoya en ambassade près du sénat trois de ses philosophes les plus célèbres, Diogène le stoïcien, le péripatéticien Archélaûs, et Carnéade, le chef de la nouvelle Académie, la jeuaesse romaine accourut en foule à leurs leçons. Elle écouta avec une curiosité ardente ces discussions, tantôt graves, tantôt subtiles, qui dévoilaient à ses yeux un monde tout nouveau. Carnéade, surtout, réussit à la captiver par la souplesse de sa parole et la finesse de sa dialectique. En vain Caton le Censeur fit-il partir au plus vite ces hôtes dangereux, le mal était fait ; la philosophie grecque, par l'éducation de la jeunesse, avait conquis l'élite de la nation: Groscia capta ferum victorem cepit. Déjà, comme nous l'apprenons de Cicéron et de Plutarque, Tiberius Gracchus avait eu pour maîtres Diophane de Mitylène et Blossius de Cumes, élevé dans la philosophie stoïcienne par Antipater de Tarse. Un autre stoïcien beaucoup plus célèbre, Panxtius, réunit à ses leçons Scipion l'Africain, le jurisconsulte Rutilius Rufus, l'augure Mucius Scaevola, Sextus Pompée, Laelius, qui avait également entendu Diogène le Babylonien, et beaucoup d'autres jeunes gens des familles les plus distinguées, et devenus plus tard des hommes illustres, caton lui-même, si nous en croyons Cicéron, le sévère Caton, cédant au torrent se
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mit à étudier, à la fin de ses jours, la langue et la philosophie grecques.
Mais, même en devenant les disciples de la Grèce, les Romains restèrent fidèles à leur caractère. Les doctrines métaphysiques de Platon et d'Aristotc ne rencontrèrent parmi eux qu<- de rares et obscurs partisans. Le scepticisme absolu de Pyrrhon et d'/Enésidème les trouva encore plus rebelles; car on ne voit pas qu'ils lui aient fourni un seul disciple. Ils montrèrent plus de penchant pour le scepticisme mitigé, ou le probabilisme de la nouvelle Académie; mais à celte opinion ils joignaient toujours les enseignements plus élevés et plus mâles du Portique. C'est aux .systèmes qui donnent le plus de place à la morale, qui poursuivent le plus directement le but pratique de la vie, et ne considèrent les autres questions que dans leur rapport avec ce but ; en un mot, c'est au stoïcisme et à l'épicurisme qu'ils s'attachèrent de préférence. A la première de '•es écoles se rattachent, outre les disciples de Panaetius que nous venons de nommer, tout ce que Rome, dans les derniers siècles de son histoire, renfermait encore de cœurs généreux et de véritables citoyens: le second Brutus, le savant Varron, Caton le jeune, celui qui mourut à Utique, pour ne pas survivre à la liberté de son pays, et les derniers soutiens du nom romain sous la tyrannie des empereurs, ceux qu'on peut appeler les martyrs de la philosophie stoïcienne : Canius, Julius, Thraséas Paetus et Helvidius Priscus. Le stoïcisme n'agit pas seulement sur les idées et les sentiments des Romains, il pénétra aussi dans leur législation, il régénéra leur jurisprudence. L'influence de cette doctrine philosophique sur le droit romain, quelques efforts qu'on ait faits dans ces derniers • emps pour la révoquer en doute, demeure un fait incontestable. Tous les principes généraux des jurisconsultes romains, et l'on en peut citer un grand, nombre, sont des maximes stoïciennes fondées sur l'idée que les stoïciens se faisaient de la raison et de l'universalité de ses lois. C'est pour cela même que le droit romain a été défini la raison écrite, ratio scripla. Dès le premier contact de l'esprit romain avec la philosophie grecque, nous voyons Mucius Scœvola, l'élève de Panaetius, fonder une école de jeunes jurisconsultes auxquels il enseigne les principes du stoïcisme, et qui comprend dans son sein Aquilius Gallus et Lucilius Balbus, tous deux contemporains de Cicéron. N'est-ce point cette école, continuée par un autre stoïcien, Servius Sulpicius, le disciple de Posidonius, qui se prolonge jusqu'à Gaïus, à Ulpien et à Paul ?
La philosophie épicurienne semble avoir exercé sur la société romaine une action plus étendue, plus générale, mais beaucoup moins profonde. Son influence attaquait plus les mœurs que les opinions et les institutions. Aussi ne cite-ton qu'un petit nombre de ses partisans avoués et ; éfléchis, ou qui aient fait publiquement profession de ses doctrines: Titus Albucius, que Cicéron appelle un demi-Grec, contemporain du poète Lucilius et une des victimes de sa verve satirique; Pomponius Atticus, l'ami de Cicéron; Cassius, un des meurtriers de César; César luimême, comme nous en pouvons juger par le discours qu'il prononça à l'occasion de la conjuation de Catilina; Lucius Torquatus, le descendant du grand citoyen de ce nom, et Caïus Velleius, que Cicéron, dans son traité de la Nature des dieux, choisit pour interprète de la doctrine d'Kpicure.
Tous les noms que nous avons cités jusqu'à nnenl à des jurisconsultes, à des ers, à des hommes d'État; mais Rome a
aussi produit des ;i n i u a l/res,
qui ont défendu dans leurs écrits les opinions
philosophiques dont leur esprit s'était imbu, la philosophie épicurienne a eu d'abord pour organes Amafaniusou Amalinius, Rabirins et Catius, donl le seul mérite, si nous en croyon {Tuscul., liv. IV, en. ni), est de n'avoir pas eu de devanciers. Les deux premiers se sont attachés surtout à la morale d'Ëpicure et le dernier à sa physique. Il avait écrit, sur la nature des choses, quatre livres dans un style assez ag ble, à ce que Quintilien nous assure, mais dont il n'est resté aucune trace. La Nature des chou* {de Natura rerum), tel est aussi le titre sous lequel Lucrèce a enseigné, dans son immortel poëme, le culte désolant de la matière et du plaisir. Il ne faut pas croire, cependant, que Lucrèce n'ait ajouté aux idées de son maître que les richesses de son imagination et l'éloquence de son langage; il a conservé quelque chose de romain, c'est-à-dire de mâle et d'austère, même en exposant le système d'Épicure. C'est ainsi qu'au lieu de livrer le monde au hasard, il le soumet à des lois invariables, à une marche régulière qui résulte de la nature même et s'étend à la totalité des phénomènes de l'univers. Il reconnaît dans l'homme la puissance qu'il exerce sur ses propres actions, et fait dépendre sa destinée de l'usage qu'il fait de sa volonté. Enfin, au nom de la volupté, il prêche la justice, la frugalité, la modestie, la haine du mal, avec autant d'ardeur et de conviction qu'un stoïcien.
Cicéron se donne lui-même pour un disciple de la nouvelle Académie, et, en effet, c'est vers ce côté qu'il penche par l'indécision de son caractère et de son esprit; mais, lorsqu'on ne tient compte que des opiniono qu'il exprime formellement dans ses ouvrages, on est forcé de reconnaître en lui un philosophe éclectique, dans les limites où l'éclectisme pouvait exister alors et chez un Romain. Il accueille toutes les doctrines qui s'accordent, dans sa pensée, avec l'intérêt de la société et le but pratique de la vie, laissant de côté, et condamnant même chez les autres, les recherches ardues et difficiles qui ne sont pas d'une utilité immédiate dans les relations humaines, res obscuras atque difficiles easdemque non necessarias {de Offic, lib. I, c. vi). Ainsi, il accepte de Platon la foi dans la divine Providence et le dogme de l'immortalité de l'âme, parce que ces deux croyances lui semblent nécessaires pour fortifier les hommes dans le bien et les détourner du mal. Il emprunte aux stoïciens le principe de la justice et du devoir, l'idée d'une loi universelle, immuable, éternelle, conforme à la nature et à la raisor ou plutôt la raison même, qui domine toutes res autres lois et ne peut être abrogée par aucune. Est quidem lex vera, recta ratio, nalurœ congruens, diffusa per omnes, constans, sempiterna, quœ vocet ad officium jubendo, vetando a fraude deterreat, etc. Pour tout le reste, pour les questions de physique, de métaphysique ou de logique, il se renferme dans la méthode de la nouvelle Académie, c'est-à-dire dans un scepticisme prudent et timide, parce qu'il estime qu'il n'est pas nécessaire de savoir ces choses pour vivre en honnête homme et en bon citoyen. Cependant nous serions injustes de ne pas ajouter que, dans le cercle de la morale, où s'exercent principalement ses méditations philosophiques, Cicéron s'est élevé à une plus grande hauteur que les stoïciens et que Platon lui-même. Non-seulement il a compris dans toute sa pureté l'idé<R du devoir et du droit, l'idée de la justice, sur laquelle il fonde la société universelle du genre humain et celle de l'homme avec Dieu, ut jam unira-