ROMA
RORA
sus hic mundus una civitas communis deorum atque hominum existimanda (de Legibus, lib.I, c. vu) ; mais il a aperçu un autre principe qu'il appelle de son véritable nom, la charité ou l'amour, caritas. Lorsque l'âme, dit-il [ubi supra, liv. I, ch. xiv-xxm), après avoir compris et pratiqué toutes les vertus, se sera dégagée de la servitude du corps, et aura regardé comme des membres de sa famille tous les êtres semblables à elle, elle formera avec eux une société de charité, societalem caritatis coiret cum suis. Nous sommes naturellement portés à aimer nos semblables, et ce sentiment, aussi bien que la raison, est le fondement du droit : natura propensi sumus ad diligendos homines, quod fundamentumjuris est. Nous devons nous regarder non comme les habitants d'une enceinte fermée par des murailles, mais comme les citoyens du monde, considéré lui-même comme une seule ville.
A Cicéron nous voyons succéder Quintus Sextius, qui vivait à Rome, simple citoyen, au temps de Jules César et d'Auguste, et qui, ayant écrit tous ses ouvrages en grec, a été défini par Sénèque en ces termes: « Grec par la langue, Romain par les mœurs : Grœcis verbis, romanis moribus jihUosophatur. » En effet, obéissant au génie de sa nation, il ne cherche, dans la philosophie, qu'un moyen de régénérer les mœurs et de régler les actions. Fondateur d'une nouvelle secte, appelée, de son nom, les sextiens (sextiorum nova et romani roboris secta), et à laquelle appartenait son propre fils, ainsi que Sotion, un des maîtres de Sénèque, il essaya d'unir ensemble la morale du stoïcisme avec l'ascétisme de Pythagore. 11 regardait la vertu comme le but de la vie, et l'abstinence comme le moyen d'y atteindre, en rendant l'âme tout à fait maîtresse du corps. Cette école, après avoir commencé avec un certain éclat, disparut sans laisser aucune trace ; et des œuvres de Sextius il n'est resté que quelques maximes d'une authenticité plus que douteuse.
De même que la morale pythagoricienne, celle des cyniques est unie au stoïcisme par trop de rapports pour n'avoir pas cherché à se relever avec lui et à la faveur du respect qu'il inspirait. La morale cynique a été professée à Rome par Démétrius, l'ami de Thraséas Paetus et de Sénèque, et qui vivait, entouré d'une grande considération, au temps de Néron et de Vespasien. On considère comme un de ses disciples Musonius Rufus (voy. ce nom), dont il nous est resté quelques fragments. Mais, les cyniques, à cette époque, et surtout ceux qu'on a cru rencontrer chez les Romains, diffèrent trop peu des stoïciens pour qu'il y ait lieu de s'y arrêter. Nous arrivons donc au stoïcisme proprement dit, enseigné par Sénèque, Épictète et Marc-Aurèle.
Sénèque, sauf la différence des deux hommes et des deux époques, est à l'école stoïcienne ce que Cicéron est à la nouvelle Académie ou à la philosophie grecque en général. Il nous représente l'avènement du stoïcisme dans la langue, dans la littérature des Romains, bien plus que dans leur esprit et dans leurs mœurs. En effet, Sénèque est avant tout un écrivain ; et c'est comme écrivain, non comme philosophe, qu'il a excité, dans un temps de décadence, l'admiration de ses compatriotes. Son style, à la fois subtil et boursouflé, sentencieux, contraint, chargé d'antithèses, s'accommode merveilleusement aux contrastes, aux exagérations et aux sophismes de l'école dont il est l'interprète. Nulle part les vices du stoïcisme ne sont aussi visibles que dans Sénèque ; parce que, à défaut de la raison, le woût nous aide à les reconnaître. Comme Cicé-
ron, il écarte de la philosophie les recherches purement spéculatives, les questions relatives à l'origine et à la nature des choses, regardant la dialectique comme une science superflue, et la physique comme un auxiliaire de la morale. «C'est une intempérance, dit-il (lettre lxxxviii), de vouloir savoir plus qu'il n'est nécessaire : Plus scrire velle quam salis est, intemperantiœ genus est. » Sans doute, cela ne l'a pas empêché d'écrire sept livres sur la physique, et de soutenir, dans un autre moment, quand la déclamation l'entraîne dans un courant opposé, que la vertu même n'est qu'une préparation à la science ; mais c'est à la morale que le ramènent toutes ses pensées et que se rapportent toutes les qualités de son esprit.
Avec Épictète et Marc-Aurèle le stoïcisme arrive à sa dernière perfection. Ce n'est plus seulement par des paroles et des raisonnements qu'ils l'enseignent tous deux, mais par les actions de toute leur vie, l'un dans l'esclavage et l'autre sur le trône. Si nous comptons Épictète parmi les stoïciens romains, c'est que c'est à Rome que s'est passée la plus grande partie de sa vie, à Rome que s'est exercée son influence, à Rome qu'il a été initié à la philosophie par Musonius, et qu'il a trouvé dans Marc-Aurèle son principal disciple. Marc-Aurèle considère comme un des plus grands bienfaits qu'il ait reçus dans sa vie d'avoir connu, par son maître Rusticus, la doctrine d'Épictète. En effet, il y a peu de différence entre les principes qu'ils professent. Chez tous deux, même éloignement de la spéculation et des discussions stériles de l'école ; même conviction que la philosophie doit être moins une science qu'une école de sagesse et de pratique de toutes les vertus- mêmes efforts pour associer à la morale l'idée religieuse, pour transformer l'apathie stoïque en résignation à la volonté divine, et pour adoucir l'anathème prononcé contre les passions, en joignant à la raison l'influence de l'amour ou du sentiment.
Nous nous contenterons de mentionner ici le platonicien Atticus, dont quelques fragments nous ont été conservés par Eusèbe, ainsi que Favorinus, d'abord platonicien, puis partisan de Carnéade, et nous terminerons en disant qu'il y a eu des philosophes romains, mais non une philosophie romaine. Rome, comme le remarque très-bien Cicéron, a laissé à la Grèce la puissance de la parole et de la pensée ; elle a gardé pour elle des institutions et des lois. Illi verbis et artibus multum valuerunt, nos instilutis et legibus.
On peut consulter, sur l'histoire de la philosophie chez les Romains, outre les histoires générales de la philosophie, les écrits suivants : Levezow, de Carnéade, Diogene et Crilolao, et de causis neglecti sludii philosophiez apud antiquiores Romanos, in-8, Stettin, 1775; — Paganinus Gaudentius, de Philosophiœ apud Romanos orlu et progressu, in-4, Pise, 1643 ; — Blessig, de Origine philosophiœ apua Romanos, in-4, Strasbourg, 1770 ; — Ad. Stahr. Aristote chez les Romains, in-8, Leipzig, 1834 (ail.).
RORARIO (Girolamo), en latin Rorarius, n'est guère connu que par un petit traité sur l'intelligence des animaux. On croit qu'il a vécu de 1485 à 1556; on sait par son livre qu'il étudia le droit à Padoue, qu'il fut légat des papes Clément VII et Paul III, après avoir été marié, et avoir eu des enfants, et qu'il écrivait à Pordenone, dans le Frioul, en 1544. Son opuscule longtemps oublié, fut publié un siècle après (Paris, 1645), par Gabriel Naudé, qui raconte l'avoir trouvé manuscrit en Italie : Hieronymi Rorarii, ex legali Pontijlcii. quodanimalia bruta
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