‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 338 sur 439 · HOS.M · texte numérisé non relu

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ralioue utuutur niclius hominc. L'éditeur assure que c'est une œuvre remarquable par le style « à la lois correct et brillant » et par «■ la noblesse des pensées; » il considère l'auteur « comme un personnage très- noble et très-sage. » Mais il ne nous apprend rien de sa vie, ni de ses travaux, et ne fournit aucune preuve de l'authenticité du livre. Un écrivain qui manie la langue latine avec cette facilité avait sans doute composé d'autres ouvrages. On lui attribue un discours Pro moribus, publié à Coire en 1548, sans nom d'auteur. L'attribution est incertaine, et l'œuvre de peu de valeur. En tout cas on doit se borner ici à faire connaître ce petit traité souvent cité et probablement peu lu.

Le titre annonce un paradoxe, et rappelle en l'exagérant celui d'un écrit de Plutarque; mais il laisse espérer quelques éclaircissements sur cette question obscure et intéressante de la nature des bêtes. S'il n'est pas vrai qu'elles aient plus de raison que l'homme, il est faux du moins qu'elles soient dépourvues de toute intelligence, et sans prouver sa thèse, Rorario pouvait l'opposer à celle que Pereira soutenait déjà avant Descartes. Malheureusement il ne paraît pas même se douter du problème; ce n'est pas un philosophe, mais un bel esprit; il n'a pas le moindre goût pour la discussion, et il n'y a à vrai dire qu'une seule idée qui rattache ses innombrables anecdotes, à savoir que réellement les hommes sont en tout inférieurs aux animaux. Est-ce un badinage? non; l'auteur est grave dans son langage, et il se propose de donner une leçon de morale. Il veut humilier les hommes, les faire rougir de leur indignité. Il ne présente pas un plaidoyer pour les bêtes, mais un réquisitoire contre l'humanité. Aussi cet ouvrage qui, suivant Bayle, « mérite d'être lu, » semble-t-il un jeu d'esprit, une composition artificielle où l'auteur a cru trouver un cadre ingénieux pour flétrir le vice. Il oppose la brute à l'homme, comme Tacite oppose les Germains à ses compatriotes ; ou les poètes, la pureté des mœurs champêtres à la corruption des villes. C'est dans un accès de misanthropie qu'il conçut l'idée de cette satire détournée. On a soutenu devant lui, nous raconte-t-il, que Charles V, son idole, ne vaut pas les Othon, ni Frédéric Barberousse. Que penser d'un être capable de hasarder cette monstrueuse opinion? Les animaux ne sont-ils pas plus intelligents et ne sont-ils pas meilleurs? Il est facile de deviner le parti qu'un cicéronien peut tirer de cet argument. Voici tout le livre : Les hommes sont féroces, et à vrai dire, Rorario était excusable de le penser dans le temps et dans le pays où il vivait; il a trouvé pour le prouver quelques pages (18 à 25), qu'on ne lit pas sans frémissement, où il rappelle les cruautés des princes, des soldats, des brigands, les victimes empalées, brûlées, éventrées,violées, et où il compare à ces excès la clémence, pour lui bien avérée, des lions et des éléphants. Dès lors l'antithèse va se continuer : non-seulement l'animal est reconnaissant, inoffensif si on ne l'attaque, mais encore il est juste, il est chaste, accessible aux remords. Il sait commander à ses passions, vivre en paix avec les siens; il n'est pas moins industrieux que l'homme, auquel il a appris la médecine, l'usage des simples, la saiet autre chose encore, la navigation, l'économie, etc.; il le dépasse par sa prévoyance, par sa science de l'avenir, par la (inesse de ses sens. Il ne connaît pas Dieu, dira-t-on, mais l'homme en sait-il davantage? Et d'ailleurs il le sent, il frémit sous sa puissance; il a même des instincts religieux, et sait la vertu du baptême d mis les eaux pour purifier de toute souillure. Ces

idées souvent puériles, sont appuyées par uni multitude d'exemples accumulés sans critique. sans ordre, invraisemblables souvent jusqu'à l'absurdité. Le seul plaisir qu'il promette au lecteur, c'est un sentiment de gaieté, dont il ne peut se défendre en apprenant qu'un serpent a, comme Brutus, immolé son fils coupable d'avoir violé l'hospitalité; qu'un perroquet surveillait les mœurs de sa maîtresse, ou qu'un cheval g'esl noyé de désespoir pour avoir été, comme Œdipe. conduit à l'inceste par la fatalité. Concluons donc qu'on fera bien de ne pas chercher des autorités dans cette boutade, et que son principal mérite, c'est d'avoir donné à Bayle un prétexte pour écrire son intéressant article Rorarii'*.

ROSCELIN. L'histoire ne nous fait presque rien connaître de la biographie de ce philosophe; nous savons seulement qu'il était clerc à Compiègne, et l'on suppose qu'il reçut sa doctrine de Jean, surnomme le Sophiste. Il est probable qu'il professa à Paris vers 1080, soit près de Sainte-Geneviève, où Abailard donna plus tard ses leçons, soit dans une école publique ouverte dans l'enceinte du cloître Notre-Dame.

La doctrine philosophique par laquelle Roscelin est devenu célèbre, le nominalisme, serait probablement restée longtemps encore dans l'obscurité, s'il ne l'avait immédiatement appliquée au dogme de la Trinité, de manière à renouveler l'erreur reprochée autrefois à Sabellius. Persuadé que les idées générales ne sont que des mots exprimant des abstractions, il en avait conclu que le Père et le Saint-Esprit. manières d'être diverses de la même substance, s'étaient incarnés comme le Fils, qu'ils avaient souffert comme lui, etc.... Ces aberrations lui attirèrent une verte réponse de saint Anselme, dans un petit écrit polémique ayant pour titre : de Fide Tvinitalis, contra blasphetnias Roscellini.

Sous l'influence d'une pareille origine, et confondu, dès sa naissance, en quelque sorte, avec l'hérésie, le nominalisme, au xie siècle et dans les siècles suivants, dut rencontrer de grands obstacles. Cette circonstance explique les phases très-diverses par lesquelles il passa jusqu'au moment de son triomphe, phases très-diverses, dont nous avons retracé la suite et l'enchaînement dans l'article précité.

Il ne nous reste aucun ouvrage dans lequel Roscelin ait exposé sa doctrine.

Voy. Nominalisme. H. B.

ROSMINI (Antonio), philosophe et théologien italien, né en 1797 à Roveredo près de Trente. Sa première éducation se fit dans sa famille qui appartenait à l'aristocratie; il eut des maîtres habiles, et une riche bibliothèque où de bonne heure il lisait Platon dans la traduction italienne de Dardi Bembo ; puis il passa quelques années au lycée de Trente, et à l'université de Padoue. où il suivit les leçons de Baldinotti, qui parfois eut à répondre à ses objections contre l'empiiisme. Il montrait dès lors une grande activité <J esprit, et une inclination vers le mysticisme qui ne l'empêchait pas de faire des lectures immenses et d'étudier les sciences positives. Il entra dans les ordres en 1821 soit par inclination, soit par suite d'une affection malheureuse. Il s'y signala d'abord par un zèle excessif, et se montra le fougueux adversaire de la science et de la liberté de penser. Mais ce ne fut qu'un court moment dans une vie dévouée au triomphe du catholicisme libéral, et à l'indépendance de l'Italie. 11 y travailla en fondant lui-même un ordre religieux destiné à associer des prêtres instruits et en publiant un grand nombre d'ouvrages qui

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firent de lui un chef d'école. La religion, la philosophie, la politique se partageaient cette vie laborieuse, agitée par les luttes. Ses projets de r<''lbrme ecclésiastique, ses opinions de théologien suscitèrent contre lui la haine des jésuites; d'un autre côté, son opposition à l'école théocratique, ainsi que la sincérité de sa foi, et la noblesse de ses doctrines philosophiques, lui valurent une grande renommée, et des disciples qui introduisirent ses opinions dans l'enseignement des universités. En 1848. le gouvernement de Charles-Albert, alors dirige par Gioberti, le chargea auprès du pape d'une mission que le meurtre de Rossi, la fuite de Pie IX à Gaëte vinrent interrompre brusquement; et la réaction qui suivit ne lui pardonna pas d'avoir prêté son appui aux projets patriotiques du cabinet de Turin. Le pape, qu'il avait suivi à Gaëte, le tint pour suspect, la police napolitaine menaça de l'emprisonner, les jésuites firent condamner ses livres. Il se réfugia à Stresa, sur le lac Majeur, là même où il avait établi le siège de son ordre religieux, et y mourut en 1855 après s'être soumis au jugement de l'Église, et avoir détruit autant que possible les livres qui y avaient donné occasion.

Parmi les ouvrages très-nombreux qu'il a laissés, et dont quelques-uns sont inachevés, on ne doit citer ici que ceux qui intéressent la philosophie, et encore faut-il choisir les livres les plus propres à faire connaître sa doctrine. Ce sont : Nouvel essai sur l'origine des idées, Rome, 1830; Turin, 1855 ; — Rénovation de la philosophie italienne (œuvre de polémique), Milan, 1836; — Principes de la science morale. Milan, 1831; — Anthropologie à Vusage de la morale, Novare, 1838; — Psychologie, Novare, 1846-1850; — Logique, Turin, 1854; — Théosophie, Turin, 1859. Kn exposant brièvement la doctrine exprimée dans ces écrits, il est bon de rappeler que, comme Gioberti et d'autres contemporains, Rosmini fait souvent servir la philosophie à la réforme du catholicisme , et à la rénovation politique de l'Italie : ce sont là deux sujets qui ne manquent pas de grandeur, mais qui ne doivent pas laisser de traces dans cette analyse.

La plus universelle de nos idées c'est celle de l'être : nous la retrouvons sous chaque pensée, du moment que nous l'analysons ; et en même temps c'est le dernier degré que la généralisation puisse atteindre. Quand on a, par abstraction, isolé d'un objet ou d'un fait toutes les qualités, il reste toujours qu'il est, non pas de telle ou telle manière, mais d'une existence indéterminée, toutes ses manières d'être ayant été successivement retranchées. Cette idée est donc antérieure à toute pensée plus composée, et elle subsisterait encore alors que toutes les autres auraient disparu. Elle n'est pas, comme on l'a dit, un pur néant, puisqu'on peut la penser, et qu'elle est même la condition de l'existence de toute chose : elle est l'idée de la possibilité de tout ce qui existe ou est conçu. Ainsi l'être, le possible en général, et l'indéterminé pur, sont une seule et même chose : sous ces trois noms, on aune idée simple, une, identique, universelle, nécessaire, au-dessus du temps et de l'espace. D'où provient-elle? Assurément ce n'est pas de la sensation, qui a tous les caractères opposés à ceux qu'on vient de signaler, et qui réduite par abstraction laisse pour résidu tout au plus le devenir, mais non pas l'être. Ce n'est pas non plus de l'expérience personnelle; quand nous disons : je pense, donc je suis, nous avons déjà l'idée générale de l'être et nous l'appliquons au sujet de la pensée. Rien, en un mot, dans le monde extérieur ni dans le monde intérieur ne peut être l'objet

de celte idée; il n'y a aucune opération qui puisse l'extraire des matériaux de la double expérience, qui elle-même ne peut s'effectuer qu'avec son concours. Elle est donc véritablement innée. Toutes les autres ne sont intelligibles que par elle, ou plus rigoureusement il n'y a qu'une seule idée : tout le reste est sensation, ou sentiment. Voilà la vraie théorie de la connaissance que Kant a inutilement compliquée. Ses deux formes de la sensibilité, ses douze catégories, ses trois idées de la raison, tout cet appareil des éléments subjectifs du jugement se réduisent à une seule idée ; et, ce qui ruine sa critique, cette idée est celle de l'être considéré en soi, d'une manière absolue, sans aucun rapport avec nous-mêmes : elle est objective ; elle est le seul objet de l'entendement. Le sens et la conscience atteignent le réel ; mais le réel n'existe pas en soi : il dépend de l'idéal ; et quand nous croyons le connaître, nous ne faisons que le regarder dans l'idéal. Le jugement n'a pas d'autre fonction que de rapprocher perpétuellement les sensations et l'idée de l'être, et d'en affirmer les rapports. C'est ainsi que l'entendement est comme un œil toujours tourné vers l'être idéal; la raison, mitoyenne entre l'entendement et l'expérience, reçoit du premier cette forme universelle ; et de la seconde la matière variable et particulière, et les unissant, en forme des jugements où l'idéal et le réel sont toujours associés. Toutefois il ne faut pas croire que cette idée d'une possibilité suprême des choses soit Dieu lui-même ; sans doute elle s'y rattache de la façon qu'on marquera tout à l'heure, mais en elle-même elle n'est qu'une pure forme , la forme universelle de l'entendement, et pour tout dire en un mot, elle est une idée au vrai sens platonicien, un principe d'intelligibilité et non une cause d'existence. L'idéalisme est donc la vérité ; mais toute réalité n'est pas dans l'idée : au-dessous d'elle il y a le fini, les corps et les âmes, et au-dessus il y a l'infini déterminé et actif, c'est-à-dire Dieu. Il faut fixer les rapports de l'un et de l'autre avec l'idéal : car l'être se présente sous trois aspects, il est idéal, réel, ou moral.

Parlons d'abord de l'être moral dont le type est la personne humaine. En notre àme s'opère perpétuellement la synthèse du réel et de l'idéal : l'idéal, on l'a vu, nous est donné par l'intuition permanente de. l'être indéterminé ; le réel nous est fourni par le sentiment. L'âme a en elle la faculté de sentir, non pas à l'état de puissance nue, comme on l'entend dans l'école, mais à l'état d'acte immanent, comme Leibniz le soutient. « Elle ne produit pas son acte en vertu des choses extérieures, mais par son activité propre; elle doit toujours être en action par elle-même, autrement elle ne pourrait jamais passer de la puissance à l'acte. » {Psychologie, t. I, p. 75.) L'âme est donc une for.e, et elle accomplit deux fonctions dans lesquelles se sument ses pouvoirs essentiels : l'intuition de l'idéal, et le sentiment du réel. Il y a activité des deux côtés : L'être idéal se manifeste sans doute, mais il ne s'impose pas à l'entendement sans un effort du sujet intelligent; cet eflort même constitue la vie intellectuelle; et d'autre part le sentiment est une réaction de l'âme exercée sur le corps qui lui est uni. L'âme se trouve ainsi comme le lieu où coïncident en un centre commun l'idéal et le réel ; mais e le ne se borne pas à recevoir la lumière ; elle la regarde, et en compte les rayons divergents. Elle n'est ni ange ni bête ; le corps n'est pas pour elle un obstacle : car sans lui elle resterait à jamais vide comme une simple forme sans ma-

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