SAUF
faut distinguer l'esprit et Vâmc , qui forment ensemble une même vie. L'âme est le principe
de la vie de l'homme, considéré comme homme; et l'esprit est le principe de la vie en Dieu. L'àim1, par ses trois facultés supérieures et ses trois qualités essentielles, est le miroir de la Trinité divine. Tous les hommes sont un dans leur type éternel, qui est le Fils. Malgré ce lien intime, cette consubstantialité établie entre le Créateur et la créature, Ruysbroek accorde une grande influence à la volonté. « Tu n'as qu'à vouloir être quelque chose, dit-il, et tu le seras. » Éclairée par la grâce, la volonté peut tout; abandonnée à son état naturel, elle n'a que le pouvoir de haïr le péché et de désirer la grâce.
Dans le chemin que l'homme doit parcourir pour arriver à la perfection, Ruysbroek distingue trois degrés, ou, pour parler comme lui, trois vies : la vie active, la vie inlime ou affective et la vie contemplative. La première consiste dans les œuvres de pénitence, bonnes actions, bonnes mœurs; la seconde, dans le renoncement volontaire et absolu à toute affection pour la créature, dans la dênudation du cœur ou l abstraction intérieure ; enfin, dans la troisième, l'âme n'a plus même la conscience de son abnégation et de son union avec Dieu : elle est audessus de l'espérance, de la foi et de toutes les vertus; elle est au-dessus même de la grâce; elle demeure éternellement dans le Père, émane de lui avec le Fils, et se réfléchit dans le Saint- Esprit ; en un mot, elle devient déiforme, mais elle ne devient pas Dieu. Dieu et l'âme sont unis par l'amour ; ils ne sont pas un en substance et en nature. C'est par cette distinction que Ruysbroek s'efforce d'échapper au panthéisme; malheureusement, il n'y est pas toujours fidèle ; ses expressions, surtout dans les Noces spirituelles, vont souvent au delà de la limite tracée par sa pensée ; aussi a-t-il été accusé par Gerson (voy. ses Œuvres, édit. Dupin, t. II, 2e partie, p. 59) de renouveler la doctrine d'Amaury de Bène, depuis longtemps condamnée par l'université de Paris, et d'être attaché à la secte des beghards.
La doctrine de Ruysbroek est renfermée principalement dans les ouvrages suivants : Spéculum œternœ salutis; — de Calculo, sive de Perfectione filiorum Dei ; — Samuel, sive de alla contemplatione apologia. Les autres, au nombre de neuf, ne sont que des répétitions de ceuxci. Tous, comme nous l'avons dit, ont été composés en flamand, puis traduits en latin et réunis par Surius, in-f°, Cologne, 1552, 1609 et 1692. On peut consulter sur Ruysbroek les Études sur le mysticisme allemand au quatorzième siècle, par M. Schmidt, dans les Mémoires de VAcadémie <!<■< sciences morales et politiques, recueil des savants étrangers, t. II, p. 437 et suivantes.
saadia. voy. Ji us (Philosophie chez les).
SABÉENS, SABÉISME OU SABAISME. Les savants sont loin d'être d'accord sur l'étyniologie de ce mot. Les uns le font venir du syriaque tsaba, qui signifie adorer, c'est-à-dire les adorateurs, les idolâtres; les autres fle Saba, fila de Chus et petit-fils de Seth: d'autres l'appliquent aux Orientaux en général, comme ayant été longtemps confondus dans une même croyance; d'autres le dérivent de l'hél a ou zaba,
armée céleste ; d'où cette expression : Dominus Sabaolh, le maître des astres, le dieu des sphè-
Quoi qu'il en soit, on entend généralement par le aabeisme le i istres, longtemps
adu dans l'Orient, principalement dans la
Byrie, dans l'Arabie, dans la ChtJdée, dans la
Perse. Considéré sous ce seul point de vue, le
. plus le droit de nous occuper
ici yuu tant d'autres cultes superstitieux e.l b ir-
barcs, nés pendant l'enfance de l'esprit humain ; mais il présente aussi des ôlémi nature et se lie à des questions historiqaes qui mt pas indignes de l'intérêt du philosophe.
Les Sabéens, complètement ignores des écrivains grecs et romains,, ne nous sont connus que par les écrivains arabes, qui leur donnent de préférence le nom de Nabatéens. Sous ce nom, ils sont déjà mentionnés par saint Jérôme, qui, les considérant, non comme une secte, mais comme un peuple distinct, les fait descendre de Nabaïot, fils d'Ismaël. Quant aux doctrines des Sabéens, il résulte des recherches mêmes les plus récentes, qu'elles ont été fidèlement résumées par Moïse Maimonide, dans la 3a partie (ch. xxix et xxx) du More Nebouchim.
Selon Maimonide, il faudrait distinguer chez les Sabéens ou Nabatéens deux croyances : l'une populaire et l'autre philosophique. La première n'est pas autre chose que le culte des astres, d'après lequel le soleil, dieu suprême, étendrait sa domination sur l'univers tout entier, non-seulement sur le ciel, mais sur notre monde sublunaire; et les autres astres ne seraient que les ministres de sa volonté. Abraham, après avoir été élevé dans cette idolâtrie, aurait cherché à la détruire pour élever à sa place le culte du Créateur; et c'est pour cela que, persécuté par Nemrod, il aurait été obligé de quitter son pays. Mais les philosophes sabéens distinguaient dans les astres deux choses : l'àme et le corps. Ce n'est pas le corps qui est Dieu ou la matière céleste répandue dans l'espace; mais l'esprit qui l'anime, c'est-à-dire l'àme universelle, l'âme du monde. Toutes deux, l'àme du monde et la matière ont toujours existé, existeront toujours, car elles ne peuvent se passer l'une de l'autre ; par conséquent le monde est éternel.
A ces dogmes fondamentaux, les Sabéens joignaient une foule de superstitions astronomiques, magiques, liturgiques, instituées dans le but de se rendre favorables les astres ou les esprits qui les dirigent, de les évoquer, de les conjurer, de leur arracher le secret de l'avenir. Une foule de légendes avaient cours parmi eux, dont la plupart se rapportaient aux personnages de la Bible. Ainsi Adam passait pour un prophète qui a enseigné aux hommes le culte de la lune. Noé, au contraire, aurait propagé le culte de la terre et institué en son honneur l'agriculture. Un autre prophète du nom de Tamouz, pour lequel ils professaient une dévotion particulière, serait l'auteur du culte du soleil, des sept planètes et des douze signes du zodiaque. Le caractère dominant de cette religion, si nous en croyons Maimonide, c'était d'encourager l'agriculture et de consacrer, en quelque sorte, chacune des opérations de cet art en les plaçant sous la protection d'un des corps célestes.
Les Sabéens possédaient aussi plusieurs livres que Maimonide a eus sous les yeux. L'un de ces livres était attribué à Adam, un autre à Seth, un troisième à Hermès, un quatrième à Aristote ; mais le plus important de tous, ayant pour titre : Agriculture nubateenne, Abodah, hanebotith, est aujourd'hui en partie dans nos mains. Composé originairement en syriaque, il a été traduit en arabe, l'an 291 de l'hégire; et c'est cette traduction que l'on trouve parmi les manuscrits arabes (n° 913) de la Bibliothèque nationale. Elle se composait de neuf parties, dont il ne nous reste que la deuxième et la troisième. La Bibliothèque nationale possède, sous le même numéro, une traduction arabe des aventures de Tamouz.
Il est évident que le culte des astres, sous quelque nom qu'on le désigne, remonte à la plus