SAIN
saient les autres, voulait dire qu'il fallait à tout prix se défaire des hommes éminents, »
Personne assurément ne s'avisera de faire l'apologie des crimes et des cruautés de Périandre. Néanmoins, on trouve dans Héraclide certains faits à son avantage. Ainsi, il n'imposa janiais aucune taxe aux citoyens; il se contentait des revenus de quelques droits de péage sur l'entrée et la sortie des marchandises. Il paraît avoir veillé avec sollicitude sur les mœurs publiques, et il punissait très-rigoureusement les entremetteuses. Il établit un sénat et régla la dépense de ceux qui le composaient par des lois somptuaires. La tradition lui attribue, comme aux autres sages, des maximes et des sentences, qui ont été recueillies par Diogène Laërce et par Stobée. Il disait que pour régner en sûreté, il faut se faire un rempart, non pas des armes, mais de la bienveillance publique. On lui demandait pourquoi il conservait la tyrannie. « C'est, dit-il, qu'il est aussi dangereux de la quitter volontairement, que d'en être violemment dépossédé. — Le gain honteux est un trésor bien lourd. — Soyez modeste dans la prospérité ; soyez ferme dans le malheur. — Soyez toujours le même avec vos amis, qu'ils soient heureux ou malheureux. — Punissez non-seulement le crime accompli, mais même l'intention. »
Périandre paraît avoir gouverné avec modération, pendant un long règne de quarante ou quarante-quatre années. A sa mort, les Corinthiens inscrivirent sur son tombeau une épitaphe dans laquelle ils lui donnaient le nom de sage.
Chilon, de Lacédémone, se rendit célèbre parmi les Grecs, surtout par la prédiction qu'il fit au sujet de l'île de Cythère, sur les côtes de la Laconie. Faisant allusion à la situation de cette île, il s'écria : « Plût aux dieux qu'elle neut jamais existé, ou qu'elle fût abîmée dans la mer? » 11 prévoyait qu'un jour cette île deviendrait fatale à ses compatriotes, et il redoutait une expédition entreprise sur ce point par les ennemis de Lacédémone. La prédiction fut justifiée par l'événement : car lorsque Déniarate, fugitif de Sparte, eut trouvé un asile auprès de Xerxès, qui venait d'envahir la Grèce, il conseilla au roi de Perse d'envoyer trois cents vaisseaux s'emparer de l'île de Cythère : et si Xerxes eut suivi ce conseil, la Grèce était perdue. Plus tard, Nicias en fit la conquête sur les Lacedemoniens, y mit une garnison athénienne, et fit de là beaucoup de mal à Sparte. — On peut von- dans le VIIe livre d'Hérodote le discours ou Demarate, ouvrant cet avis, fait l'éloge de Chilon. Celui-ci fut nommé éphore vers la Lve olympiade. On prétend qu'il fut le premier à qui cette dignité lut conférée: on ajoute même que ce fut lui qui donna les éphores pour adjoints aux rois de Lacédémone, quoique Satyrus lasse remonter cette institution à Lycurgue. On lui attribue la fameuse sentence : « Connais-toi toi-même, . qui est devenue la devise de la pbilosophie d'observation. Parmi celles qui nous restent sous son nom citons-en quelques-unes • « Etes-vous puissant? soyez bienveillant, afin d'inspirer plus de respect que de crainte. — Plutôt une perte qu'un gain honteux : l'un n'afflige qu'une fois, l'autre est une source éternelle (le regrets. — Que le malheur d'un ami vous trouve plus empressé que sa bonne fortune. — Uue ta langue ne devance pas ta pensée. »
On a conservé l'inscription qui fut gravée
sous sa statue : « Sparte, terrible par sa lance,
JM le jour à Chilon, le plus grand des sept
Cléobulc, le dernier dont il nous reste à par-
ler, riait de Linde, ville de L'île de EU] nommée dans Vliiade, liv. II, v. 656. Il cherché l'instruction en voyageant loin de sa patrie, et s'était fait initier aux doctrim prêtres. Sa maxime favorite, (léxpov âptatov la mesure (ou le juste milieu) est ce qu'il y meilleur, devint la base de la morale d'Aristote Presque toutes celles qu'on cite de lui sont de principes de conduite, et annoncent l'expérience de la vie : « Ne sois ni fier dans la prospérité, ni humble dans l'adversité. — Marietoi parmi tes égaux, car si tu prends femme dans un rang plus élevé, tu auras des maîtres et non des parents. » Il pensait qu'on devait donner un soin particulier à l'éducation des filles. Il composé un assez grand nombre de chants lyriques et d'énigmes en vers.
Bien que les traditions aient varié sur le nombre et même sur les noms des sages de la Grèce, sans admettre qu'ils aient jamais formé une institution spéciale, une espèce d'académie qui s'occupât à rédiger des maximes, le genre sentencieux qui distingue leurs pensées caractérise une époque de réveil pour l'esprit humain ; ces hommes nés dans les diverses parties de la Grèce, durent aux situations à peu près semblables des petites cités où ils vivaient, une certaine communauté d'idées, et rendirent également des services à leur patrie, quelques-uns comme chefs de l'État, et d'autres comme législateurs.
Consultez, outre les auteurs cités dans le cours de cet article et les articles spéciaux consacrés aux hommes comptés au nombre des sept sages, la Morale clans l'antiquité, par Ad. Garnier, Paris, 1865, in-12 ; — la Morale avant la philosophie, par L. Ménard, Paris, 1860, in-8 ; — Cerquand, Qucesliones de sapientibus VIL 1853 m"8- A....D.
SAINT-LAMBERT (Jean-François de), né à Affracourt, près Nancy, en 1716, mort en 1803, auteur du poëme des Saisons et de petits vers qui ne brillent pas par la gravité, faisait pourtant profession de philosophie. Il croyait sincèrement en avoir mis beaucoup dans ses poésies, et ses amis, les encyclopédistes, le confirmèrent par leurs éloges dans cette illusion. Condorcet luimême voyait en lui « le seul poète français qui ait réuni l'âme et l'esprit d'un philosophe » Pour soutenir cette réputation, il s'avisa de satisfaire le vœu de d'Alembert qui, à la fin de ses Eléments de philosophie, souhaite qu'on rédige un catéchisme de morale à l'usage des enfants. Il avait été militaire, bel esprit, homme du monde, un peu libertin dans tous les sens du mot; il voulut se faire l'instituteur des faibles et se signaler dans cet art que saint Augustin a mis à si haut prix dans son traité de Catechisandis rudibus. Son livre, terminé eu 1786 parut en 1796, en pleine révolution. On peut deviner quelle sorte de philosophie y est enseignée, mais on ne croirait jamais qu'il ait pu être destiné aux enfants. C'est une composition volumineuse, semée d'épisodes, de dissertations ambitieuses, mortellement ennuyeuse en définitive, quoique parfois peu édifiante. Les lecteurs que Saint-Lambert veut catéchiser ne comprendraient pas ses leçons, et on doit s'en féliciter; elles leur apprendraient des choses qu'il vaut mieux ignorer, et il n'y aurait pas grand profit pour eux à entendre l'épicurien Bernier et la courtisane Ninon s'entretenir, à leur intention, de fa nature et de la destinée de la femme. Quant aux juges plus éclairés, ils regreU feraient le temps perdu à feuilleter ces pages, où se retrouvent les lieux communs de la 'doctrine sensualisle, les principes d'flelvétius et de