‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 345 sur 439 · SALA · texte numérisé non relu

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milieu du progrèsdesoncspritetde sa réputation: il supporta cette dernière épreuve avec sérénité, suis surprise, comme un homme que la méditation v a préparé, et qui puise la force de bien mourir dans les mêmes pensées qui lui ont appris à bien vivre.

Parmi les ouvrages assez nombreux que Saisset nous a laissés, la plupart ont pour principal, sinon pour unique objet, l'histoire de la philosophie. Dan* une école qui s'est honorée par tant de travaux historiques, il est au premier rang. Il avait au plus haut degré cette sorte de flair philosophique qui sait reconnaître une doctrine sous les développements parasites qui la dissimulent, un besoin de clarté qui souvent profite aux auteurs qu'il expose, et une impartialité qui n'exclut pas de grandes vivacités de critique. Son chef-d'œuvre en ce genre, c'est V Introduction qu'il a mise en tète de sa traduction de Spinoza, telle qu'elle parut en 1842. Cette philosophie si complexe, malgré l'apparente simplicité de sa construction, pleine de recoins et d'enfoncements, où il faut pénétrer, si on ne veut en négliger les aspects les plus saisissants, était pour la première fois dégagée de son appareil géométrique, exposée en une langue précise et nerveuse, malgré quelque prétention à l'éloquence, sondée dans toutes ses profondeurs et interprétée sans fausse indignation. Quelques admirateurs de Spinoza se méprirent même sur les intentions de Saisset, et il racontait que l'un d'eux vint un jour lui proposer de répandre à profusion, dans toutes les langues, et par tous les moyens de publicité, une doctrine si salutaire pour le genre humain. Rien de plus rare et de plus précieux pour un historien que cette faculté de se mettre à la place d'un grand homme, d'entrer en commerce intime avec lui, de repenser ses idées, et de les exprimer sans en altérer le fond, en leur rendant le prestige de la nouveauté. Mais ce talent que Saisset a déployé dans tant d'études consacrées à Leibniz, à Maimonide, à Roger Bacon, à Pascal, etc., etc., on ne peut que le signaler sans en donner les preuves : il n'y a pas d'analyse possible de ces œuvres, qui sont elles-mêmes des analyses. On pourrait pourtant extraire de ses écrits un certain nombre d'idées originales qu'il a introduites dans une doctrine qui est commune avec toute l'école spiritualiste de son temps. On pourrait rappeler ses vues sur la certitude, sa description de la perception extérieure; mais on peut les lire tout au long dans ce dictionnaire, avec tant d'autres articles dont il l'a enrichi (voy. Sens, Scepticisme, etc.). Il ne serait pas non plus sans intérêt de résumer sa philosophie religieuse, l'œuvre de prédilection d'un esprit qui était, comme on l'a dit, « profondément pénétré par la pensée du devoir. » Mais cette doctrine est avant tout une critique du panthéisme, qu'il condamne à nier la personnalité de l'homme ou celle de Dieu, sinon toutes les deux à la fois; on en trouve la substance ici-môme (Panthéisme, Spinoza), etmalgré quelques vues qui sont particulières à M. Saisset, comme l'infinité du monde, elle ne diffère pas sensiblement des idées dont on trouve l'expression à chaque page de ce recueil. Voilà pour quelles raisons on abrège cette notice, dont l'étendue n'est pas proportionnée au rang qui appartient à Saisset parmi les philosophes de ce siècle.

Voici la liste de ses ouvrages : Œnésidème, Paris, 1840; — de Varia S. Anselmi in proslogio argumenti fortuna, Paris, 1840; — Manuel de philosophie, en collaboration avec MM. Jacques et J. Simon. Saisset y a traité de la morale et de la théodicée; — Essai sur la philosophie et la religion au dix-neuvième siècle, Paris, 1843; — Mélanges d'histoire, de morale cl de critique,

Paris, 1859; — Précurseurs cl disciples de Dw carte». Paris, 1862; — l'Ame et lavie. Parie, 1863; — Critique et histoire de ta philo ophie. l' iris, 1863. Outre ces travaux, il faut citer la rraétteimii d'- Spinota publiée d'abord en 1n'i3 bu deux Volumes, avec une introduction, qui est un morceau achevé; rééditée avec beaucoup d'additions et une critique du spinozisme en 1800; — la traduction de (a Cité de Dieu de Bain! Augustin; et des i ditions d'Euler et de Clarke, avec des actes et des préfaces. M. Saisset a aussi été pendant smps l'un des écrivains les plus goAtét de li Revue des Deux-Mondes. Les articles qu'il y a donnés ont été recueillis dans les publications qu'un vient de citer. E. C.

SALABERT (Jean) n'est connu que par un opuscule qui a pour titre : Philosophia uominaliiun vindicata, in-8, Paris, Cramoisy, 1651. Cette apologie ne se distingue par aucune qualité littéraire ; elle ne satisfait pas, d'ailleurs, les esprits curieux, qui veulent aller au fond des choses. Ceux-ci trouvent, en effet, que les graves débats du moyen âge réclamaient un examen plus impartial et plus scrupuleux. On ne saurait cependant contester au petit livre de Salabert le mérite de l'originalité. Il était universellement admis, au xvne siècle, que les docteurs scolastiques avaient ignoré les principes de la philosophie, et qu'il n'y avait aucun profit à faire dans l'immense collection de leurs œuvres. Salabert vint protester contre cet injuste dédain, et démontrer, avec des preuves authentiques, que les nominalistes du xni0 et du xiv' siècle n'avaient ignoré ni tous les principes ni toutes les conclusions de la nouvelle philosophie. C'est une protestation qui resta sans échos. On s'occupait beaucoup moins, au xvir siècle, d'apprendre l'histoire des doctrines philosophiques, que d'assurer le triomphe de la vérité sur l'erreur. Nous croyons, toutefois, qu'Antoine Arnauld connut l'opuscule de Salabert, et s'en servit dms sa polémique avec Malebranche au sujet des vraies et des fausses idées. B. H.

SALAT (Jacques), né en 1766, à Abtsgmùnd, en Bavière, d'abord professeur de morale au lycée de Munich, puis professeur de philosophie à l'université de Landshut, après avoir occupé diverses fonctions ecclésiastiques, appartient à la fois à l'école de Jacobi et à celle de Kant qu'il a essayé de concilier ensemble, en faisant la part du sentiment et de la raison. En même temps qu'il cherchait à fonder sur cette double base son propre système, il dirigeait une polémique très-ardente et contre ceux qui voulaient étouffer toute philosophie, contre les écrivains néo-catholiques de la Bavière, et contre la philosophie naissante de Schelling et de Hegel. Mais ni ses idées ne furent assez arrêtées ni son langage assez clair et assez ferme pour lutter contre le double torrent du mysticisme et du panthéisme. Voici les titres de ses nombreux écrits tous rédigés en allemand : la Morale dërive-t-cllc de la religion, ou la religion de la morale? dans le Journal philosophique de Fichte et de Niethammer, 3e cahier, année 1797 ; — Nouveau Mémoire sur le fondement moral de la religion, même recueil, 3e cahier, année 1798; — Quelques mots sur celte question : « En éclairant les esprits arrive-t-on à la révolution ? » in-8, Munich, 1802; — Indication sur les rapports de la culture intellectuelle et le raffinement des idées avec la culture morale, in-8, ib., 1803; — de l'Esprit de la philosophie, avec des aperçus critiques sur quelques faits nouveaux dam le domaine de la littérature philosophique, in-8. ib., 1803;— la Philosophie aux prises aeec les obscurantistes et les sophistes, in-8,

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Ulm, 1803; — de l'Esprit d'amélioration, en opposition avec l'esprit de destruction, en deux parties, in-8, Munich, 1805 ; — le Mariage envisagé d'un point de vue purement humain, in-8, ib., 1807 ; — Raison et Entendement, in-8, Tubingue; 1808 ; — la Philosophie morale, in-8, Landshut. 1809, 1814 et 1821; un abrégé de cet ouvrage a été publié sous ce titre : Esquisse de la philosophie morale, in-8, Munich, 1827 ; — Des causes d'un refroidissement récent des esprits en Allemagne pour la philosophie, in-8, Landshut, 1810; — D'une belle espérance qui s'annonce en faveur de la philosophie, in-8, ib., 1810; — la Philosophie de la religion, in-8, ib., 1811, et Munich, 1821 ; — Esquisse de la philosophie de la religion, in-8, Sulzbach, 1819 ; — Eclaircissement de quelques points importants de philosophie, avec des observations sur le nouveau débat entre Jacobi, Schelling et Fréd. Schlegel, in-8, Landshut, 1812; — Pour le bien de la critique et de la philosophie allemande, in-8, ib., 1815; — Des rapports de l'histoire avec la philosophie dans la science du droit, ou le Principe protestant en jurisprudence, in-8, Sulzbach, 1817 -; — Esquisse de la philosophie générale, publie aussi sous le titre d'Exposé de la philosophie générale, in-8, Munich, 1820, 1826 et 1827 ; — Socrale, ou de la nouvelle opposition entre le christianisme et la philosophie, in-8, Sulzbach, 1829; — Manuel de psychologie transcendante, ou l'Anthropologie psychique, in-8, Munich, 1820 ; — Esquisse de l'anthropologie psychique, in-8, ib., 1827 ; — Observations importantes sur la marche des sciences et des lumières dans le sud de l'Allemagne, in-8, Landshut, 1823; — Essai sur le supernaturalisme et le mysticisme, in-8, Sulzbach, 1823 ; — Manuel de la science morale considérée au point de vue particulier de l'esprit et des besoins de notre temps, in-8, Munich, 1824; — Trois écrits sur le rationalisme considéré au point de vue des intérêts les plus élevés del'humanité, dans l'Église et dans l'État, in-8, Landshut, 1828; — A f/inité élective entre les soi-disant supernaturalistcs et les philosophes de la nature, in-8, ib., 1829 ; — la Position littéraire du protestant par rapport au catholique, in-8, ib., 1831; — Eclaircissement sur l' ultra-catholicisme, même parmi les protestants, in-8, Munich, 1833; — Des vices capitaux de la philosophie allemande considérée comme science, in-8, Stuttgart, 1834 ; — Mémoire pour l'émancipation de la philosophie, in-8, ib., 1835; — Schelling à Munich, in-8, Fribourg, 1837. — Indépendamment des écrits que nous venons de citer, Salât a fourni plusieurs articles à différents journaux philosophiques. En opposition à quelques-unes de ses doctrines, on a publié l'ouvrage suivant : Sur l'art de payer de mots et de faire illusion; supplément aux écrits philosophiques de Salât, et particulièrement à son Socrate, in-8, Sulzbach, 1821. X.

SALES (Jean-Baptiste-Isoard Delisle de) naquit à Lyon en 1743. Entré fort jeune dans la congrégation de l'Oratoire, il en sortit bientôt, dévoré par l'amour de la célébrité, et vint s'établir à Paris, dans l'espérance de s'y faire un nom par ses ouvrages. Il débuta par le plus important de ses écrits, la Philosophie de la nature, qui, publié depuis sept ans, était demeuré inaperçu , quand la persécution attira sur lui l'attention et l'intérêt du public. Décrété d'accusation, comme auteur d'un livre contraire à la religion et aux mœurs, il fut condamné, en 1777, par arrêt du Châtelet, au bannissement perpétuel. De Sales appela de ce jugement à la cour du Parlement, et le temps qu'il passa en

prison en attendant la décision des seconds juges fut pour lui un perpétuel triomphe. Les personnes les plus distinguées par le talent et par la naissance se succédaient dans sa cellule. On ouvrit en sa faveur une souscription à laquelle Voltaire concourut pour une somme de 5001ivres; mais l'austère écrivain, quoique dépourvu de fortune, ne voulut rien recevoir, et distribua tout cet argent aux prisonniers. L'arrêt du Châtelet ayant été cassé, de Sales, sur les conseils de Voltaire, se rendit à Berlin, espérant y trouver plus de succès et plus de liberté que dans son pays. Son attente fut trompée, à ce qu'il paraît : car, après une courte absence, il revint à Paris, où, malgré des publications multipliées, il passa quinze ans dans une tranquillité profonde. Arrêté, au commencement de 1794, pour quelques allusions peu bienveillantes au gouvernement de la Convention, il fut enfermé à Sainte-Pélagie, d'où il ne sortit que le 9 thermidor. En 1795, lors de la création de l'Institut, il fut nommé membre de la classe des sciences morales et politiques, et, s'il n'y brilla point par ses mémoires, il y donna l'exemple de l'indépendance et du courage. Seul, après le coup d'État du 18 fructidor, il osa défendre quatre de ses confrères, de Fontanes, Pastoret, Carnot et Sicard, exclus de l'Institut par une décision du Directoire. Quoique arrivé à un âge déjà très-avancé, il continua d'écrire, et sa principale passion, après celle de faire des livres, c'était d'en avoir. Il se forma une bibliothèque de trente-six mille volumes, au centre de laquelle on voyait son buste en marbre blanc, avec cette inscription :

Dieu, l'homme, la nature, il a tout expliqué- Une main anonyme, celle de M. Andrieux, dit-on, y ajouta ce vers :

Mais personne avant lui ne l'avait remarqué.

Delisle de Sales mourut à Paris, le 22 septembre

De ses nombreux et volumineux ouvrages, le plus important, comme nous l'avons dit, est la Philosophie de la nature, qui n'a pas eu moins de sept éditions (la première publiée en 1770, la dernière en 1804), et qui, de six volumes in-12. dont elle se composait d'abord, s'est augmentée successivement jusqu'à dix volumes in-8. Rien n'empêchait d'en augmenter le nombre indéfiniment, car il n'y a aucun ordre, aucune méthode, aucune suite, aucune unité de composition dans ce livre. Toutes les questions y sont, non pas traitées, mais remuées pêle-mêle, dans un style boursouflé, ridiculement emphatique, qui semble être la charge de celui de Rousseau ; et l'on passe alternativement d'un sujet et d'un genre à un autre, du roman à la dissertation, de la philosophie à l'histoire ou à la politique, des réflexions générales aux confidences personnelles, sans que l'auteur essaye même de justifier ces changements. Cependant, au milieu de ce chaos, on démêle une sorte de doctrine qui donne à Delisle de Sales une physionomie distincte parmi les philosophes secondaires du xvme siècle %

Il admet, « comme une des premières vérités de la nature, dont il n'est plus permis de douter depuis Locke, » que toutes nos idées prennent leur origine dans les sens; mais, en même temps, il élève à côté de ce principe une théodicee et une psychologie qui le renversent complètement. Sans chercher à démontrer l'existence de Dieu, il l'admet comme une vérité évidente par elle-même. Dieu, pour lui, ce n'est pas le Créateur c'est l'architecte du monde, et la nature en est le machiniste. La nature, par conséquent, est éternelle. Elle n'est pas un principe distinct

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