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de la matière; elle esl la matière même en mouvement, et ce qui produit le mouvement
c'est le l'en élémentaire, le l'eu dans toni pureté, sans aucun mélange d'autres substances.
Ce feu primitif communique à l'univers le mouvement et la vie. Il remplit le même rôle que l'àme du monde chez quelques anciens. Il est l'instrument de Dieu, l'agent universel de la nature.
En psychologie, Delisle de Sales s'est plus inspiré de Descartes que de Locke. 11 veut que cette science, fondement de la morale et du droit naturel, au lieu de procéder par hypothèses, comme dans les systèmes de Condillac et de i;onnet; au lieu de créer l'homme, en quelque sorte, dans une statue, l'observe tel qu'il est, à la lumière de la conscience. Mais-il ne lui permet pas de dépasser les bornes de l'expérience, de joindre à l'observation le raisonnement, et de s'élever des faits au principe d'où ils découlent; en un mot, la psychologie doit être une science expérimentale et non rationnelle. L'intelligence, la volonté, la sensibilité, l'unité, la simplicité, l'activité, sont des attributs incontestables de la nature humaine, parce que la conscience les atteste. Si nous voulons aller au delà de ces qualités et affirmer quelque chose de la substance même de notre être, nous sortons aussitôt des limites naturelles de nos facultés , nous nous trouvons sur le domaine de l'hypothèse. Cette circonspection s'accorde assez peu avec les aventureuses hypothèses que nous avons exposées tout à l'heure. Au reste, de Sales cherche à suppléer par le sentiment à l'insuffisance de l'observation. C'est au nom du sentiment, non de la science, qu'il croit à la spiritualité et à l'immortalité de l'âme.
Nouveau changement de doctrine dans la morale. La morale de Delisle de Sales, comme celle d'Helvétius, a pour unique fondement l'amour de soi : car toutes les vertus, ou du moins les qualités que nous appelons ainsi, les affections de la famille, le patriotisme, l'amour de l'humanité, ne nous représentent que les différents degrés d'extension dont ce sentiment est susceptible. C'est nous-mêmes que nous aimons dans les autres, dans notre femme et dans nos enfants, dans nos concitoyens , dans nos semblables. D'ailleurs, comment l'homme n'aurait-il point pour ses semblables le même amour qu'il a pour lui-même, puisqu'il ne peut pas vivre sans eux? L'état de nature, tel que l'ont rêvé certains philosophes, n'a jamais existé, selon Delisle de Sales; l'homme est né pour la société, et toutes les lois sur lesquelles repose l'ordre social se confondent avec celles dont dépend notre propre bonheur. Quant à la manière dont ces lois doivent être rendues et exécutées; quant à la forme du gouvernement, dont Delisle de Sales a longuement traité dans son Éponine, elle doit être également éloignée du despotisme et de l'anarchie ; elle doit être une monarchie tempérée par les lois et garantie par la distinction des rangs. Le gouvernement chinois paraît être son idéal. Il se déclare fortement contre la peine de mort,
3u'il accuse non-seulement de cruauté, mais 'impuissance. 11 l'assimile à la loi du talion ; il la regarde comme un attentat à l'inviolabilité de la vie humaine, et ne lui reconnaît pas d'autre résultat que l'endurcissement des âmes et la férocité des mœurs.
Delisle de Sales a été d'une fécondité inépuisable. Ceux de ses écrits qui, après la Philosophie delà nature, ont le plus d'intérêt pour ce recueil, sont les suivants : Essai sur la tragédie, par un philosophe, in-8, Paris, 177Ï; — liramen paciji'liic, et paradoxes dan cckUrc astronome en
faveur des athées, in s, 1804;— Philosophie <i" bonheur, Lt roi. m B, 1798: une analyse de cet oupar l'auteur lui-même, a été insérée dans des Mémoirx
de I l" titut; — Mémoire ,■,, faveur de Dieu, in-8, 1802; — Histoire philosophique du monde primitif t 1 vol. in-8, 1793: cVm un système sur la formation du globe, qui devu- d'introduction à VHistoire de homn iY>i -à-dire une histoire universelle en 62 volumes, don4 ■ 1 * - Sales a écrit les M premiers] — \ta fk publique, a iton, éditeur .). de Sales,
13 vol. in-12, 1791 : réimprimé sous le titre à' Éponine, 6 roi. in-K. 179.5.
SALISBURY OU SARISBÉRY (Jean PETIT, Johannet Parvus, plus cnnnu sous le nom de) était ainsi appelé de sa ville natale, la capital': du YViltshire. Comme cette province s'appelait autrefois Severia, en souvenir de l'empereur Sévère, conquérant de la Grande-Bretagne, il n'est pas rare que l'écrivain dont nous nous occupons soit aussi désigné sous le nom de Severianus. 11 nous apprend lui-même qu'il était très-jeune encore, adolescens admodum, quand il vint étudier en France, un an après la mort de Henri I", roi d'Angleterre, c'est-à-dire en 11*36. Il suivit d'abord les leçons d'Abailard. pour qui il conserva toute sa vie la plus vive admiration, et dont la doctrine semble avoir laissé le plus de traces dans son esprit. Lorsque Abailard eut cessé d'enseigner, il eut successivement pour maîtres de dialectique Albéric de Reims, Robert de Melun, Guillaume de Conches, Adam du Petit-Pont, qui fut aussi son protecteur, Guillaume de Soissons, Gilbert de la Porrée, Robert Pullus et Simon de Poissy. L'évêque Richard le fit surtout avancer dans le quadrivium, c'est-à-dire l'arithmétique, l'astronomie, la géométrie et la musique, et il étudia la rhétorique sous Théodoric et Pierre Hélie. Son extrême pauvreté l'ayant chassé de Paris, il alla chercher un asile à l'abbaye de Moûtier-la-Celle, dans le diocèse de Troyes. Il y fut reçu en qualité de chapelain de l'abbé Pierre de Celle, avec qui il se lia d'une étroite amitié, et qui devint son successeur comme évêque de Chartres. Au bout de trois ans, il retourna en Angleterre, où il arriva rapidement à une position très-élevée. Recommande à Thibaut, archevêque de Cantorbéry, et introduit par ce prélat près de Thomas Becket, alors chancelier d'Angleterre, il fut chargé de plusieurs missions importantes près des papes Eugène III, Anastase IV, Adrien IV, et se concilia la faveur de ces trois pontifes, particulièrement d'Adrien, qui était Anglais d'origine. Plus tard, dans la lutte qui éclata entre Henri II et Thomas Becket, récemment élevé au siège de Cantorbéry, Jean prit parti pour son protecteur, fut enveloppé dans sa disgrâce et obligé de se réfugier à Paris, où il arriva aussi pauvre que dans sa jeunesse. En 1170, le fougueux archevêque ayant paru se réconcilier avec son souverain, Salisbury l'accompagna en Angleterre et faillit tomber comme lui sous le poignard d'un assassin. Enfin, en 1176, après avoir été attaché au successeur de Thomas Becket, il dut à la protection de Guillaume, fils de Thibaut, comte de Champagne, d'être appelé à l'évêché de Chartres, où il mourut en 1180.
Jean Salisbury, esprit critique et sensé, d'une érudition choisie et rare pour son époque, qui a entendu par lui-même les chefs de toutes les écoles, les maîtres les plus célèbres, est une autorité très-précieuse à consulter, non-seulement sur l'histoire de la philosophie, mais sur l'histoire des lettres et des sciences, sur l'état des idées au xnc siècle. Ses deux principaux ouvrages sont le Policratious et le Metalogicus, deux
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titres qu'il serait bien difficile de traduire exactement.
Le Policralicus, également intitulé de Nugis curialium etvestigiis philosoph vum (des Amusements des courtisans et des veiiiges des })hilosophes) . est le plus important des deux pour l'étendue. Il est précédé d'une épitre en vers, consacrée à l'éloge de Thomas Becket, et se divise en huit livres où sont agitées les plus importantes questions de la morale, de la politique et de la philosophie, mais sans ordre et sans aucun plan. C'est un recueil d'observations et de réflexions diverses, où l'on remarque principalement cette doctrine, attribuée à des auteurs plus modernes : « Il est non-seulement permis, mais méritoire de tuer un tyran. Sont réputés tyrans tous les rois que le peuple a déposés, tous ceux qui ne reconnaissent pas la suprématie temporelle du peuple, et refusent de se laisser conduire par ses conseils. Le roi n'est que le ministre des prêtres et leur subalterne. » Il y a tout un chapitre qui a pour titre : Quod princeps minister est sacerdolum et minor eis.
Le Metalogicus a un objet plus précis et plus intéressant pour l'histoire de la scolastique : il est destiné à défendre les belles connaissances contre une secte barbare de charlatans et de sophistes, que l'auteur appelle les cornificiens, du nom de Cornificius, leur chef réel ou supposé. C'est dans ce livre qu'on rencontre les renseignements les plus précis sur l'état des études, et particulièrement sur la philosophie et les philosophes de son siècle. Salisbury ne les flatte pas, tout en exprimant de l'admiration pour quelquesuns d'entre eux. Il leur reproche de ne pas puiser leur science à sa véritable source, de ne pas connaître Aristote par ses œuvres mêmes, au lieu de l'étudier dansdes traductions informes et infidèles. Il se plaint aussi de l'obscurité qu'ils affectent dans leurs leçons et des discussions frivoles, des subtilités puériles dont ils ont embarrassé la dialectique. Partout il se raille des nominalistes; ce qui ne veut pas dire, comme on l'a prétendu, qu'il ait épousé la cause du réalisme. Il est plus probable qu'il est resté attaché au conceptualisme d'Abailard. Du reste, il n'exprime pas la même opinion dans ses deux ouvrages. Le Poiicratiaus nous le montre attaché aux doctrines de Platon, sans qu'il admette la supposition, très-accréditée alors, que Platon a puisé toutes ses idées dans les livres saints. Dans le Metalogicus, au contraire, il se donne expressément pour un disciple d'Aristote.
Les deux ouvrages de Salisbury ont été imprimés plusieurs fois, tantôt séparés et tantôt réunis. Les éditions où ils se trouvent réunis sont celles de Lyon, in-8, 1513; de Leyde, in-8, 1639, et d'Amsterdam, in-8, 1664. Le Policratiquc a été traduit en français par Mézerai, sous ce titre : Variétés de la Cour, par Jean de Sarisbéry, in-4, Paris, 1640.
On a aussi de Salisbury un petit poème, de Membris conspiranlibus ; — une Vie de saint Anselme de Cantorbéry, dans VAnglia sacra de Warthon, t. II, p. 14;— une Vie de Thomas Becket, Vita atque passio sancli Thomœ, dans le Quadrilogus, publié par ordre de Grégoire XI, in-4, Paris, 1495; — un Commentaire sur les Épîtres de saint Paul, in-4, Amst., 1646; — et 339 lettres. Tous ces écrits sont analysés avec le plus grand soin dans YHistoire littéraire de la France, t. XIV, par le marquis da*Pastoret.
SALLUSTE. 11 a existé deux philosophes de ce nom : l'un néo-platonicien, qui florissait au ive siècle de notre ère, et auteur du petit traité des Dieux, et du monde (Hept 0£ùW xaï xotiaoô); l'autre cynique, qui appartient au vie siècle. Nous nous occuperons d'abord du premier.
Secundus Sallustius Promotius, ordinairement appelé Salluste le Philosophe, naquit dans les Gaules, d'une famille patricienne, au commencement du ive siècle après Jésus-Christ. Nommé préfet des Gaules par l'empereur Constance, et chargé de surveiller la conduite de Julien, il ne tarda pas, grâce à son amour pour la philosophie, à se lier d'amitié avec ce prince. Devenu pour cela même suspect à Constance, il fut appelé en Illyrie, au grand chagrin du jeune César, qui nous a laissé dans un discours l'expression de ses regrets. Après la mort de Constance , Julien, devenu empereur, l'emmena en Orient où nous le voyons, en 563, élevé à la dignité de consul. Il suivit l'empereur dans son expédition contre les Perses, dont il avait vainement essayé de le détourner; et lorsque, après la mort de Julien, les soldats lui offrirent la couronne impériale, il la refusa en s'excusant sur ses infirmités et son âge, et contribua de tout son pouvoir à faire nommer Valentinien. Salluste, pendant la durée de sa puissance, rendit de grands services aux chrétiens, en opposant à la rigueur dont ils étaient l'objet et qu'ils devaient bientôt dépasser contre leurs adversaires, le principe philosophique de la tolérance. Ainsi il défendit Marc, évêque d'Aréthuse, contre les habitants de cette ville, qui voulaient le forcer à rebâtir un temple païen. Le temple de Daphné, dans le faubourg d'Antioche, ayant été réduit en cendres, et les chrétiens, sur les ordres de Julien, étant poursuivis comme les auteurs de l'incendie, Salluste, chargé de les juger, prononça l'absolution des accusés. Julien, en lui laissant sa faveur, finit par lui ôter la connaissance des adirés relatives aux chrétiens. Selon la Chroniqwt d'Alexandrie, il vivait encore en 379; mais on ignore l'époque de sa mort.
C'est le Salluste dont nous venons de parler, l'ami de Julien, le disciple de l'école d'Alexandrie, qui est évidemment l'auteur du petit traité des Dieux et du monde, car le fond de cet écrit est purement alexandrin. C'est un sommaire précis, fidèle et très-élégant des doctrines les plus essentielles dont se compose la philosophie néo-platonicienne. Il parle successivement des rapports de la mythologie et de la philosophie, ce sujet si cher aux alexandrins, de la nature divine, du monde, de l'âme et de l'intelligence, do la providence, du destin et du hasard, de la distinction du vice et de la vertu, de la meilleure forme du gouvernement, de l'origine et de la nature du mal, du culte et des sacrifices, de la rémunération des bonnes et des mauvaises actions, de la métempsychose et de l'immortalité de l'âme. 11 n'est pas sans intérêt de voir comment l'auteur résout la première de ces questions. Il croit que les dogmes religieux ont besoin d'être enveloppés dans des symboles, d'être enseignés sous la forme de récils, pour frapper l'esprit du grand nombre et porter le sage à la méditation. Ces symboles, ou ces mythes, comme on les appelle, viennent de deux sources, de la poésie et de la philosophie, de l'inspiration et de la réflexion. Ils se divisent en cinq classes : les uns se rapportent uniquement à la nature de Dieu, et sont appelés théologiques; les autres aux phénomènes de la nature, et sont appelés physiques; les autres aux opérations de l'âme, et sont appelés psychiques; d'autres, sous le nom de mythes matériels, désignent les différents éléments, les différentes parties de l'univers; enfin d'autres, qui réunissent ces différents caractères, forment un genre mixte. Cette théorie est la même que nous voyons développée dans les œuvres d'Olympiodore. On remarquera aussi la manière dont Salluste parle des sacrifices et des cérémonies du culte. La Divinité n'a besoin de rien et ne peut se laisser diriger par nos prières :
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mais l'homme a besoin d'agir sur lui-même et d'élever sa pensée jusqu'à l'auteur de toutes choses pour s'unir à lui et devenir meilleur. L'ouvrage dont nous parlons a été publié, pour la première fois, par Gabriel Naudé, avec une traduction latine de Léon Allatius, in-18; Rome, 1638; réimprimé à Leyde, même format, en 1639. Th. Gale l'a recueilli dans ses Opuscula mythologica, in-8, Cambridge, 1671, et Amst., 1688. Formey Fa traduit en français, in-8, Berlin, 1748, et dans le Philosophe païen, 2 vol. in-12, ib.,
Salluste le Cynique naquit au vie siècle de notre ère, à Emèse, en Syrie. Se préparant d'abord à la carrière du barreau, il prit des leçons d'éloquence près du sophiste Eunoïus qui se trouvait alors à Emèse; mais il comprit que l'étude des modèles valait mieux que toutes les règles, et il se mit à apprendre par cœur les harangues de Démosthène. Il composa lui-même des discours, fort admirés de son temps, mais qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Ayant quitté plus tard l'éloquence et le droit pour la philosophie, il se rendit à Alexandrie pour y suivre sa nouvelle vocation. D'Alexandrie, où il ne rencontra point de maître digne de lui, il alla à Athènes, où il entendit Proclus. Enfin, il quitta Athènes avec Isidore, déserteur comme lui de l'école platonicienne, et retourna à Alexandrie où il adopta la vie et les maximes de l'école cynique, renonçant aux plaisirs et aux simples commodités de la vie, abandonnant sa fortune, se faisant respecter par l'austérité de ses mœurs et redouter par ses sarcasmes. Son enseignement philosophique n'a pas laissé plus de trace que ses compositions littéraires. — On peut consulter sur Salluste le Cynique, Phrtius, Cod. 242, et Suidas, art. Salluste et Athénodore.
SALVIEN, écrivain religieux, né sur les bords du Rhin, on ne sait au juste en quelle ville ni en quelle année, florissait vers 418 à Marseille où il fut honoré comme une des gloires de l'Église. Son nom appartient à l'histoire de la religion; et il serait peu sensé de le compter parmi les philosophes, ou même parmi ceux qui, comme saint Augustin, ont mêlé la philosophie aux démonstrations théologiques. Il a pourtant droit à une courte mention parce qu'il a laissé un livre célèbre sur la Providence : de Gubernatione Dei et de justo Dei prœscnlique judicio. Ce livre, écrit au moment où les chrétiens de la Gaule, foulés par l'invasion des .barbares, désespéraient malgré eux de la justice de Dieu, et devenaient incrédules aux promesses de l'Eglise, n'est pas un traité du genre de celui que Leibniz appela plus tard Essai de Théodicée. Il s'agit bien de soutenir la cause de Dieu : « Causam Dei agimus. » dit Salvien ; mais non pas par des raisonnements abstraits. C'est surtout l'histoire qui est appelée en témoignage de l'intervention divine, et le de Gubernatione ressemble plus au Discours sur l'histoire universelle qu'à un traité de métaphysique.
Le pieux écrivain annonce qu'il va établir ces trois propositions : Dieu est présent partout, et toujours agissant ; il est l'auteur du monde; il le gouverne et le juge; et, en s'appuyant principalement sur les préceptes du christianisme, Silvien ne dédaigne pas non plus les arguments des philosophes; mais la part qu'il leur fait dans sa démonstration est bien insignifiante. Il a du reste des preuves plus frappantes, et d un à propos saisissant : à ces hommes qui se lamentent et accusent Dieu, au milieu des détres, il ordonne de rentrer en eux-mêmes, et de se demander si le mal qu'ils souffrent n'est pas plutôt une marque de la justice de Dieu,
qu'une présomption en faveur d'un destin a\<uglc. Qui sont-ils pour se trouver injustement frappés, ces peuples des Gaules, de l'Italie et surtout de l'Afrique qui ont inventé des vices jusque-là inconnus, se plaisent dans une corruption inouïe, et sont tellement affamés de plaisir, qu'ils sont au théâtre quand leurs murs sont menacés, et demandent des spectacles le lendemain du jour où ils ont été détruits? Ce n'est pas là de la philosophie ; c'est de l'éloquence. Il est du reste difficile de confirmer la foi en l'action tutélaire de Dieu, en s'appuyant sur l'histoire ou sur l'expérience de la vie, qui porterait plutôt à la mettre en doute. La croyance en la Providence est une certitude de la raison que la pratique de la vie semble démentir; et l'on ne doit pas conclure la bonté de Dieu de la perfection du monde; mais au contraire s'obstiner à croire que l'œuvre est bonne, en se fondant sur la bonté de son auteur. Salvien s'aperçoit parfois qu'il entreprend une tâche impossible, et ne pouvant plus justifier des désordres trèsréels, il se défend de les juger : « Je suis homme, dit-il, je ne comprends pas, je n'ose sonder les secrets de Dieu, et même je crains d'y toucher; car c'est une espèce de témérité sacrilège que de vouloir savoir plus qu'il ne nous est permis. »
On peut consulter sur le traité de Gubernatione Dei : Saint-René Taillandier : de Summa providenlia, thèse pour le doctorat, Paris, 1843 ; — Giraud, de Salviano, Montpellier, 1849; — Histoire littéraire de la France, t. II, p. 517.
SANCHEZ (François), Sanctius en latin. 11 naquit à Bracara, d'autres disent à Tuy sur les frontières du Portugal, de parents juifs, à ce que prétend Guy-Patin (Patiniana, in-12, Paris. 1703). Il fit ses premières études à Bordeaux, où son père, forcé de s'exiler, l'amena dans son enfance ; puis il visita plusieurs universités italiennes, et s'arrêta particulièrement à Rome. Ayant choisi pour profession l'exercice de la médecine, il vint, en 1573, se faire immatriculer à la Faculté de Montpellier. Cette date authentique nous montre que Guy-Patin se trompe en plaçant sa naissance en 1562, ou, ce qui revient au même, en ne lui comptant que soixante-dix ans à l'époque de sa mort, en 1632; car il n'est guère possible de supposer qu'un enfant de onze ans ait déjà fait tant de voyages, fréquenté tant d'universités, et soit admis a suivre des cours de médecine. Arrivé au grade de docteur, Sanchez alla s'établir à Toulouse, où il professa pendant vingt-cinq ans la philosophie, et pendant onze ans la médecine, avec un rare succès. Il mourut, comme nous venons de le dire, en 1632.
C'est à tort, ou au moins avec beaucoup de légèreté, qu'on a compté Sanchez parmi les philosophes sceptiques, sur le seul titre de son principal ouvrage de philosophie : Traclatus de mullurn nobili et prima universali scientia quod nihil scitur (in-4, Lyon, 1581 ; in-8, Francfort, 1628; in-12, Rotterdam ; 1649); — Traité de la science très-noble et vraiment universelle, à savoir : qu'on ne sait rien. Dans ce même écrit où l'on a vu un monument du scepticisme, et qui a valu à Sanchez une place à côté de Montaigne et de Charron, on remarque ces mots (édit. Rotterdam, p. 181) : « Mon dessein est de fonder, autant que cela dépend de moi, une science solide et facile, purgée de ces chimères et de ces fictions sans fondement qu'on rassemble dans le but, non de nous instruire, mais de nousmontrer l'esprit de l'auteur. Décidé à porter mon examen sur le fond des choses, je me propose, autant que le permet la faiblesse humaine, de rechercher dans un autre livre si l'on sait quel-