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que chose et comment on le sait, quelle est la méthode de la science.... » Intérim nos ad res examinandas accingentes , an aliquid sciatar et quo modo, iibello alio proponemus, quœ methodum sciendi . quantum fragilitas humana patitur, exponemus. Le scepticisme n'est donc ici que provisoire ou relatif, comme dans le doute méthodique de Descartes ou dans la partie destructive, pars destruens, du Novum Organum de Bacon. C'est un acte d'accusation, non contre la science en elle-même, et encore moins contre l'esprit humain , mais contre la science d'une époque, contre la philosophie péripatéticienne, exclusivement enseignée dans les écoles et défendue par les rigueurs de l'autorité. Il est vrai que la seconde partie de la doctrine de Sanchez, celle où il promet de faire connaître les véritables fondements de la science et de la méthode, n'a jamais paru, et vraisemblablement n'a pas même été rédigée; mais la pensée se montre suffisamment dans la première. En effet, la philosophie d'Aristote et la logique scolastique, la méthode d'argumentation sont les principaux objets de ses attaques. Il considère le Stagirite comme un des esprits les plus éminents qui aient jamais existé et un des plus profonds observateurs de la nature, mais comme un homme semblable à nous, qui s'est trompé sur certaines choses, qui en a ignoré un plus grand nombre, qui a hésité souvent, qui est tombé quelquefois dans la confusion, ou n'a saisi que la surface, ou a gardé prudemment le silence [Préface, p. 8). Il reproche aux savants contemporains , quand ils ne se bornent pas à être l'écho des temps passés, de ne tirer leur prétendue science que de l'imagination, sans s'inquiéter jamais de la vérité. La logique , telle qu'on la concevait alors, n'est à ses yeux qu'une pure logomachie, qui. par des définitions de mots et des prémisses arbitraires, dont on tire des conséquences à l'infini, accoutume l'esprit à se payer de mots. Il s'attaque au syllogisme lui-même, qu'il accuse de tourner dans un cercle, sans faire avancer l'esprit humain d'un seul pas. Ce sont précisément les objections que nous rencontrons plus tard dans la bouche de Bacon. La science, selon lui, n'a rien de commun avec ces artifices de langage; il ne faut pas la chercher dans l'argumentation syllogistique, mais dans la connaissance parfaite des choses, Scientia est rei perfecta cognitio. Car toute argumentation repose sur une définition; et la définition elle-même, toujours plus obscure que la chose définie, ne repose sur rien, est une proposition arbitraire. Sans doute, il ne dissimule pas les difficultés de la science telle qu'il la comprend; le nombre infini des objets, leur dépendance réciproque qui nous empêche de les connaître isolément, le rapport de nos idées avec les choses, les bornes naturelles de notre intelligence, et surtout les obscurités qu'on rencontre dans l'âme humaine quand on veut l'étudier comme le principe même de nos connaissances et de nos facultés intellectuelles; mais s'il veut rendre la philosophie circonspecte, jamais il ne conclut à l'impuissance de la raison, nulle part il ne fait profession de scepticisme. Ajoutons que le livre de Sanchez est d'une lecture très-agréable, écrit dans un style vif et animé, où la finesse se mêle à une vaste érudition; il respire partout cet esprit de liberté qui annonce à l'esprit humain une ère nouvelle. On éprouve d'autant plus de regret que l'auteur se soit arrêté à la moitié de sa tâche, et que les « éclairs de son esprit, comme dit Tennemann (Hist. de la philosophie, t. IX, p. 508), au lieu de dissiper les ténèbres, n'aient servi qu'à les rendre visibles. »
Outre le traité que nous venons d'analyser, Sanchez a laissé d'autres écrits philosophiques qui ont pour titres : De divinalionc per somnum, ad Arislolelem; — In librum Aristolelis physiognomicum commentantes; — De longitudine et brevilate vilœ. Ils ont été réunis dans l'édition de Rotterdam, in-12, 1649. On a joint ses ouvrages philosophiques à ses compositions médicales dans une édition complète de ses œuvres, publiée sous ce titre : Opéra medica; his juncti sunt tractatus quidam philosophici non insubtiles; in-4°, Toulouse, 1636. Une réfutation du prétendu scepticisme de Sanchez a été publiée par Ulrich "Wild : Quod aliquid scitur ; in-4, Leipzig, 1664. Une autre réfutation, sous forme de notes, a été publiée avec l'ouvrage même de Sanchez, par Daniel Gartmarck : Sanchez aliquid sciens, additœ sunt lexluinolœ refit ta toriœ, etc.: in-12, Stettin, 1665.
SANCHONIATHON. Que ce mot désigne un personnage historique, un personnage symbolique et mythologique, ou le recueil complet des pages sacrées de l'ancienne Phénicie, ou l'auteur, c'est-à-dire le collecteur de ce recueil, toujours est-il qu'il joue dans l'histoire des doctrines et des lettres philosophiques un rôle considérable.
Les Grecs Phylon de Biblos, Athénée, Suidas, et les écrivains ecclésiastiques des premiers siècles qui parlent de Sanchoniathon d'après eux, prennent Sanchoniathon pour un personnage historique, né à Tyr ou à Sidon, vers l'époque de la guerre de Troie ou celle de Sémiramis. Ils le qualifient de philosophe et lui attribuent les ouvrages suivants, écrits en langue phénicienne : de la Physiologie d'Hermès; — des Coutumes ou des lois des Tyriens ; — une Théologie égyptienne, et d'autres écrits.
Cette existence historique et ce rôle d'écrivain ou de philosophe sont contestés à Sanchoniathon par celui des historiens modernes qui s'est le plus occupé de l'ancienne Phénicie. Le mot San-chon-iâth, dit M. Movers (Die Religion der Phœnizier, p. 99), signifie en phénicien la loi entière de Chon. Chon est le dieu révélateur, Bel ou Hercule philosophe. Ce nom d'un recueil, Philon, trompé par la tradition phénicienne, l'a pris pour un nom d'auteur ; de là, c'est-à-dire de la tradition phénicienne et de la tradition grecque, est né pour nous le personnage de Sanchoniathon. Des analogies frappantes se présentent ailleurs, chez plusieurs nations, au sujet de leurs livres sacrés : ainsi, dans l'Inde, Vyasa passe également pour avoir recueilli les védas; chez les Babyloniens, les noms des sept livres sacrés et celui du recueil complet ont et é transportés également sur des êtres mythologiques.
Cette hypothèse n'a rien d'illégitime, mais elle soulève de grandes objections. D'abord l'interprétation du mot sanchoniathon est un peu forcée, et l'invocation du dieu Chon arbitraire. En second lieu, on n'a rien gagné, et Ton a manqué aux règles d'une saine critique lorsque, de deux personnages que les mêmes autorités nous donnent pour historiques, contemporains et écrivains du même genre, nous entendons Mochus et Sanchoniathon, on a fait disparaître l'un par voie étymologique tout en conservant l'autre.
Nous maintiendrons donc Sanchoniathon comme personnage historique, en même temps que nous nous efforcerons de rétablir son caractère phénicien contre les assimilations helléniques de son interprète Philon. Ce dernier dit que, voulant donner la théologie primitive de la Phénicie, il a cherché ce qui n'avait pas été altéré par les interprétations des prêtres et qu'il était parvenu, à la suite de longues recherches, à trouver l'an-
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