‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 363 sur 439 · SNEL · texte numérisé non relu

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français : une première fois, en 1764, sous le titre de Métaphysique de C<hne, 2 vol. in-12, l'.iiis: une seconde fois par Blavet, et une troisième fois par Mme Groucliy. veuve de Condorcel; 2 vol. in-8, Paris, 1798. Cette dernière traduction a été rééditée par M. Baudrillart en 1 vol. in-12, Paris, 1860. — Les Recherches sur la nature et les causes de la richesse ont été aussi plusieurs fois traduites en français : la première fois par l'abbé Blavet, 3 vol. in-12, Paris, 1781 ; une seconde fois par M. G. Garnier. Cette traduction a été publiée avec des notes de tous les commentateurs par M.BIanqui et J. Garnier, Paris, 1859, 3 vol. in-12.

On peut consulter Jouffroy, Cours de droit naturel; — Cousin, Philosophie écossaise; — Baudrillart, Publicisles modernes, Paris, 1862, in-8. A. B.

SNELL (Christian-Guillaume), né en 1755 à Dachsenhausen. dans le duché de Hesse-Darmstadt, mort à"Wiesbadèn en 1834, après avoir passé toute sa vie dans diverses fonctions de l'enseignement, a 1. lissé les écrits suivants, la plupart inspirés par la philosophie de Kant, et tous rédigés en allemand : Sophroa et Néophil, dialogue philosophique, in-8, Giessen, 1785 ; — du Déterminisme et de la liberté morale, in-8, Offenbach, 1789; — la Moralité, dans ses rapports avec le bonheur des individus et des États, in-8, Franefort-sur-le- Mein, 1790: — Lectures philosophiques recueillies dans Cicéron, accompagnées d'une rapide histoire de la philosophie chez les Grecs et les Romains, in-8, ib., 1792; — Manuel de la critique du goût, in-8,' Leipzig, 1795; — Trois Dissertations philosophiques, in-8, ib., 1796; — De quelques points essentiels de la théorie philosophique et morale de la religion, in-8, ib., 1798 ;

— Essai sur le désir de l'honneur, in-8, Francfort-sur-le-Mein, 1800, public en 1808, sous le titre de Philolime. — Avec ia collaboration de son frère (voy. plus bas) : Manuel de la philosophie à l'usage des amateurs, 8vol. in-8, Giessen, 1802-1819. X.

SNELL (Frédéric-Guillaume-Daniel), frère du précédent, naquit en 1761; dans la même ville, passa presque toute sa vie, comme professeur de philosophie, à l'université de Giessen, et mourut dans cette ville vers 1830. Ainsi que son aîné, mais avec plus de succès et de talent, il se consacra à expliquer et à développer la philosophie de Kant. Ses ouvrages, tous rédigés en allemand, sont : Mélanges, in-8, Giessen, 1788 ;

— Menon, ou Essai en dialogue, pour éclaircir les principaux points de la Critique de la raison pratique de Kant, in-8, Manheim, 1789- 1796; — Exposition et éclaircissement de la Critique du jugement de Kant, 2 vol. in-8. ib., 1791-1792; — Manuel pour le premier degré des études philosophiques, 2 vol. in-8, Giessen, 1794, et sept autres éditions jusqu'en 1832; — du Criticisme philosophique, comparé au dogmatisme et au scepticisme, in-8, ib., 1802; — Premiers Linéaments de la logique, in-8, ib., 1804, 1810, 1828; — Psychologie empirique, in-8, ib., 1802 et 1833. — Il a publié, avec la collaboration de son frère, un Manuel de philosophie pour des amateurs (voy. l'article précédent) ; — avec celle de Schmid. un Journal philosophique /mur la

i • religion et te bonheur des hommes, in 8, ib., 1793; — Avec Jean-Ernest-Chrétien Schniidt, des Eclaircissements sur la philoso Vhie tran cendantale, in-8, ib., 1800; — avec le ir Grolman, un Journal pour l'expli-

cation des droits et des devoirs de l'homme et du citoyen, in-8, Herborn et Hadamar, 1799.— i Snell, Ris du premier, se sont fait connaître par une traduction allemande de Dio-

gène Laërce, in-8, Giessen, 1806; et une courte Esquisse de L'histoire de lu philo ophie, 2 vol in-X. ib., 1813. 1819 et 1821 X.

SOCHER. Il a existé deux philosophes de ce nom. Georges Socher, né en 1747, à Strasswalchen, mort dans la même ville, en 1807, après avoir professé la philosophie à S ilzbourg, appartient à l'école de Leibniz et de Wolf, et a laissé les écrits suivants : Positiones ex prolegomenis philosophiez et instilutionibus logicœ, in-4,Salzbourg, 1775; — Positiones ex institutionibus ontologicis, in-4, ib., 1775 ;. — Positiones ex psychologia theologia nalurali et physica gênera li , in-4,ib., 1776. — Joseph Socher, né en 1755 à Peutingen, en Bavière, mort vers 1821, membre de l'Académie des sciences de Munich et député du clergé au parlement bavarois, est un disciple de Kant. Ses écrits philosophiques sont : Appréciation des nouveaux systèmes en philoso}>hie, in-8, Ingolstadt, 1800; — Esquisse dune histoire des systèmes philosophiques depuis les Grecs jusqu'à Kant, in-8, Munich, 1802; — des Écrits de Platon , in-8, Munich, 1820. Ce dernier ouvrage, sur lequel on trouvera des renseignements à l'article Platon, a le plus contribué à sa renommée. Tous les écrits de Socher sont en allemand. X.

SOCIÉTÉ, SOCIALISME. On s'est donné beaucoup de peine pour prouver que l'homme est un être sociable. Ces efforts sont parfaitement superflus : l'homme est un être sociable, puisqu'il vit et a toujours vécu en société. Les sauvages mêmes forment un commencement de société, et n'ont rien de commun avec l'état de nature tel que Hobbes, Spinoza. J. J. Bousseau l'ont rêvé. D'ailleurs, si cette condition chimérique avait existé, pourquoi, comment en serionsnous sortis pour devenir le contraire de ce que nous devions et, par conséquent, de ce que nous pouvions être ? Si l'on veut chercher, non la preuve, mais la raison, l'explication de l'état social, on la trouvera immédiatement dans toutes les facultés de l'homme, dans ses facultés physiques, morales et intellectuelles, dans ses besoins, dans ses sentiments et dans son intelligence. Physiquement, il est impossible à l'homme de vivre, de se conserver, de se défendre contre les rigueurs de la nature et les attaques des bêtes féroces sans le concours de ses semblables Moralement, la solitude lui est aussi redoutable que la mort; son cœur est plein de sentiments, d'affections naturelles qui ne peuvent trouver leur satisfaction que dans la société, et qui, refoulés en lui-même lorsqu'ils ont eu le temps de naître, se changent en supplice ou en folie. Enfin, l'homme est tout à la fois un être pensant et un être parlant. La pensée a besoin, pour atteindre tout son développement, du secours de la parole, et la parole suppose nécessairement les relations humaines. Aussi cette proposition célèbre ■ « L'homme qui médite est un animal dépravé, » n'est-elle qu'un simple corollaire du paradoxe que la société est un état contre nature.

Au lieu de démontrer un fait aussi évident que la sociabilité humaine, il serait plus utile de rechercher quelle est la fin et quelles sont les conditions de la société; quel est le but suprême qu'elle doit avoir sous les yeux, et par quels moyens il lui est donné d'y atteindre. Mais nous avons déjà traité cette question à sa place naturelle, quand nous nous sommes occupés de la murale cl de l'État. En nous enseignant quelle est la fin de l'homme, la morale nous apprend néci ssai rement quelle est la fin de la société, car la société n'a aucun pouvoir sur les lois de la conscience: elle ne peut ni les changer ni les abroger; elle doit seulement nous fournir le moyen de les accomplir Si elle devait

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changer notre fin. elle devrait aussi changer nos facilités; et l'on serait obligé de la considérer cornue une institution contre nature. L'État, ce n'est que la société constituée d'une certaine manière, ayant sa vie et, pour ainsi dire, ses orgapes propres. Or, il est évident que les constitutions particulières de la société , ou les différentes formes politiques, ne sont pas moins subordonnées que la société elle-même aux lois supérieures de la morale. Ces deux points importants étant traités, comme nous venons de le dire, chacun à sa place, que nous reste-t-il donc à faire ici? 11 nous reste à les confirmer par la critique, en montrant à quels déplorables résultats l'on est arrivé en invoquant d'autres principes ; il nous reste à donner une idée des principaux systèmes qui, sous le nom de socialisme, ont proposé, surtout au commencement de ce siècle, de changer non-seulement la forme, mais les bases mêmes de la société , ses conditions les plus essentielles, et qui, passant de la théorie à l'action, ont failli plusieurs fois la détruire. Si ce que nous avons dit est vrai, et cela est vrai si la vérité est dans l'évidence; si la fin de la société est nécessairement la même que celle de l'homme ; si les lois de la société ne peuvent pas être contraires aux lois de la conscience et de la morale, c'est-à-dire aux lois qui découlent de notre raison, de notre nature, et qui déterminent l'usage que nous devons faire de nos facultés et les relations que nous devons avoir avec nos semblables, la société repose sur ces trois conditions : 1° la liberté, et, par conséquent, la responsabilité individuelle de chaque personne arrivée à l'âge de raison, dans les choses qui ne portent pas atteinte à la liberté des autres et ne compromettent pas l'existence de l'ordre social ; 2° la propriété, considérée comme le droit nonseulement de posséder, mais de donner et de transmettre les fruits de son travail, sous la restriction de ne pas blesser le droit d'autrui et de contribuer aux charges communes de la société, par laquelle ce droit est garanti ; 3U la famille, avec tous les devoirs que ce mot renferme; avec le contrat qui élève la femme au rang d'une personne morale; avec l'obligation pour les parents d'élever les enfants à qui ils ont donné le jour. Il est évident, en effet, que .sans la liberté individuelle, dans les limites où nous venons de la circonscrire, il n'y a pas de responsabilité, ni, par conséquent, de moralité; l'homme proprement dit a cessé d'exister, et la société a perdu sa raison d'être. Sans la propriété, il n'y a pas de liberté; car la propriété n'est que la liberté même considérée dans ses effets extérieurs. Si mes facultés et mes forces, mon esprit et mon corps m'appartiennent, il est clair que l'œuvre à laquelle je les ai consacrés ou les résultats de mon travail m'appartiennent au même titre. Enfin, sans la famille, il n'y a ni liberté ni propriété : la femme dépouillée de ses titres de fille, d'épouse et de mère, devient l'esclave de l'homme, et l'enfant celui de l'État, si sa destinée n'est pire encore. L'homme, de son côté, sans frein dans ses dés'rs, sans attachement durable, sans responsabilité pour lui-même et encore moins pour les autres, ne songera pas au lendemain. Aussi voyons-nous que les progrès de la société consistent précisément à accorder de plus en plus de respect, à faire de plus en plus de place à ces trois choses. Ainsi la femme, d'abord achetée par le mari et vendue par le père, soumise au régime hideux de la polygamie, acquiert peu à peu la place qui lui est due au foyer domestique. L'homme, en général, s'affraneni: par degrés de l'esclavage politique et de la servitude privée, secouant les chaînes qui l'atta-

chaient tantôt à uno caste, tantôt au sol, tantôt à un individu, est devenu'dans l'ordre civil ce qu'il est (luis l'ordre moral, un être qui s'appartient, une personne libre et responsable. La propriété s'est établie partmii m même temps, <-t par les mêmes moyens que la liberté; et cela se conçoit aisément, puisque l'esclave né peut rien posséder. Dans la servitude privée, tous les biens appartiennent au maître; dms la servitude politique, ils appartiennent à l'État, au prince ou à la caste dominante.

Lorsqu'on parle des fondements nécessaires de l'ordre social, on donne ordinairement, et avec beaucoup de raison, la première place a. la religion. Mais la religion, considérée dans ses rapports avec la société, ne peut être que la plus haute consécration de la propriété, de la famille et de la liberté individuelle; car toutes ces choses, comme nous venons de le prouver, découlent directement de la nature morale de l'homme, sur laquelle se fonde sa responsabilité Or, la nature morale de l'homme est inséparable de sa nature spirituelle, qui suppose, à son tour, les dogmes religieux de la Providence et de la vie future. Avec l'idée d'un Dieu qui nous a créés pour lui et à son image, c'est-à-dire avec la liberté et pour une fin éternelle, le despotisme n'est pas seulement un attentat contre les hommes, c'est un véritable blasphème.

Ce qu'on appelle du nom de socialisme, ce sont les systèmes qui, voulant changer non la forme ou l'organisation politique de la société, mais ses fondements et son essence même, rejettent avec plus ou moins de franchise, tantôt directement, tantôt par un détour, les trois conditions que nous venons de désigner : la propriété, la famille, la liberté individuelle. Tel est, qu'on le sache bien, le caractère distinctif, le but commun du socialisme. Tous les systèmes socialistes ont également pour devise le mot solidarité. Tous également, malgré les différences qui les divisent, malgré la guerre acharnée qu'ils se livrent entre eux, se proposent de délivrer l'homme de sa responsabilité, en substituant à sa prévoyance, à son industrie, à son activité, celles de la société tout entière, comme si la société était en dehors des individus dont elle est formée, ou comme si chacun de ses membres, travaillant uniquement pour elle, pouvait lui donner plus qu'il ne donne à sa famille et à lui-même. Or, il est évident que l'homme ne peut être déchargé de sa responsabilité qu'au prix de sa liberté, et qu'il ne peut perdre sa liberté qu'en perdant le droit de disposer de luimême et des fruits de son travail, dans le cercle de la vie domestique, en faveur des objets de son affection : car, si la société, c'est-à-dire l'État, doit répondre de 't'ait, il faut aussi que. tout lui appartienne, les personnes et les choses. Le seul point par lequel les adeptes du socialisme diffèrent entre eux, c'est que les uns s'attaquent plus particulièrement à la propriété : ce sont les communistes; les autres à la famille et à toute discipline morale : ce sont les phalanstèriens ou fouriéristes ; d'autres à l'individu tout entier, en lui ôtant jusqu'à la conscience de lui-même, en faisant du panthéisme une religion , en conlondant dans un même culte la matière et 1 et en essayant d'organiser, au profit d'un seul homme, à la fois prêtre et roi, le despotisme universel : ce sont les sa et ceux

qui, de nos jours, continuent leurs traditions sous le nom de philosophes humanitaires, Ces diverses sectes se confondent, car la suppression de l'un des principes entre lesquels se partage leur œuvre de destruction amène fatalement la ruine des deux autres

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1° 1] faut distinguer deux espèces de communisme : le communisme ascétique, pratiqué par les esséniens, les thérapeutes et les ordres monastiques ou les associations religieuses issues du christianisme; et le communisme civil, qui a existé autrefois chez certains peuples, et qui a osé de nos jours se proposer à l'humanité tout entière. Nous n'avons rien à dire du premier : car il n'a jamais eu et n'aura jamais la prétention de fonder un ordre social ou de renverser la société qui existe actuellement pour se mettre à sa place. Les esséniens, les thérapeutes, les moines du catholicisme et certains sectaires protestants, ne sont pas autre chose que des solitaires qui vivent en commun entre eux, mais en dehors de la société et dans le but, précisément, de renoncer à ses jouissances et à ses bienfaits : de là les vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Comment donc songeraient-ils à réformer la société, puisqu'ils ne pensent qu'à la fuir pour se réformer eux-mêmes, et se préparer au ciel par la contemplation et la prière? Comment songeraient-ils à faire l'humanité à leur image, puisque sans la société extérieure, constituée comme elle est, il n'y aurait point de bras pour les nourrir et pour les défendre, ni de postérité pour les continuer?

Le communisme civil, le seul véritablement qui mérite le nom de communisme, ne renonce pas à la propriété, il la transporte de l'individu à l'État. Il n'attend point qu'on l'abandonne, il en dépouille ses détenteurs actuels et la rend inaccessible dans l'avenir : car tout ce qui sert à la production, la terre, les capitaux, les instruments d'industrie, il l'attribue, d'une manière indivise, à la société tout entière, et tout ce qui sert à la consommation il le partage en parties égales entre tous ses membres. Il repose donc, non sur la volonté ou la libre adhésion de l'individu, mais sur la contrainte. Aussi, rien de plus absurde que de présenter le communisme, ainsi que le font un grand nombre do ses partisans, comme l'application la plrs éten due du principe évangélique de la cha ité. La charité est un libre élan du cœur, qui ue peut exister avec la contrainte de la loi civile. La charité s'exerce par le sacrifice, et le sacrifice suppose la propriété; car on ne peut donner que ce qu'on a. Ce que je ne donne pas moi-même, ce qu'un autre donne à ma place , en le prenant . malgré moi, sur les fruits de mon industrie et de mon labeur, ce n'est pas de la charité, c'est de la spoliation et de la servitude.

On conçoit le régime de la communauté avec la vie sauvage, où il existe, en effet, le plus ordinairement, et où il fut rencontré, il y a trois siècles, lors de la découverte de l'Amérique; car lorsque l'homme ne doit rien ou presque rien à son génie, à son travail propre, que pourrait-il réclamer comme" sa propriété personnelle? Quand chacun puise immédiatement dans la nature ce qui suffit à ses besoins, la nature est par le fait un fonds commun, dont il n'y a que des usufruitiers et point de propriétaires; et la conquête même de ces modestes biens; la chasse et la pèche, semble plutôt un plaisir qui réunit les -mes qu'un titre qui les sépare.

On conçoit encore la communauté des biens dans une société partagée en deux fractions éternelb ces, dont l'une a pour attributions

de jouir et de commander, l'autre de travailler et de servir; dans une société, enfin, où règne, soit par le droit de la guerre, soit au nom des croy gieuses, l'esclavage politique :

que li situation pour ceux qui commandent et qui jouit g que dans l'état

sauvage, il estfacilede partager ou de consom-

mer en commun auxquels personne

n'a plus de droits que les autres, pu biens sont le fruit de la servitude, que

les maîtres sont intéressés à rester unis poux contenir les esclaves, et se consolent par la domination du sacrifice de leur liberté. Cette co munauté, fondée sur l'oppression et l'esclav n'est pas une vaine hypothèse : elle a existé de fait, dans l'antiquité, chez plusieurs nation l'Orient, où une caste dominante, celle de> prêtres, possédait seule en commun la terre et vivait du travail des cistes inférieures; elle a existé chez les Grecs, dans les républiques guerrières de Sparte et de la Crète, où les races vaincues des ilotes et des périéciens étaient possédées en commun, ainsi que la terre, par les races victorieuses exclusivement vouées à la guerre. Les républiques imaginaires de Platon et de Thomas Morus s'appuient exactement sur le même principe; car nous apercevons dans l'une le régime des castes, et la communauté restreinte aux guerriers; dans l'autre, l'institution de l'esclavage public, entretenue par les criminels et des achats d' esclaves faits à l'étranger.

Mais transportons-nous à une époque où ces odieuses distinctions ont disparu, et où la société tout entière, en l'absence de la guerre et de l'esclavage, ne peut subsister que par l'industrie et le travail. Comment appliquer alors les principes du communisme? Il n'en est pas, de ce que nous avons produit nous-mêmes avec effort et dont la conscience nous déclare propriétaires légitimes (voy. le mot Propriété), comme de ce que nous arrachons aux autres ou de ce que nous puisons sans peine dans le vaste sein de la nature. Chacun revendique la création de se.mains ou de son esprit, chacun s'identifie avec son œuvre, et se croit le droit d'en disposer selon les lumières de sa raison ou les affections de son cœur, sous la condition de ne pas faire tort aux autres. Veut-on faire violence à ce sentiment naturel et forcer tous les hommes à traîner le même char, à travailler chacun pour tous, autant qu'il est nécessaire aux besoins et même aux passions de tous; on aura de nouveau l'esclavage politique, qui pèsera, cette fois, non sur une partie de la société, sur une race maudite ou vaincue, mais sur la société ou la communauté tout entière. Il est vrai que les défenseurs du communisme comptent beaucoup sur le dévouement dans une société soumise à leur régime. Mais ce dévouement pour tous, pour l'État, pour le genre humain, puisque le genre humain ne doit plus former qu'une nation, peut bien trouver place dans quelques âmes d'élite et les soutenir dans quelques occupations élevées, comme la science, l'administration et la guerre : il ne saurait être le mobile de tous les hommes, dans les plus humbles et souvent les plus repoussants métiers. Le communisme, lorsqu'il veut passer de la théorie dans la pratique, et se substituer aux institutions régnantes, comme la forme définitive ou comme la seule forme légitime de la société, a donc besoin de la contrainte, tant pour subsister que pour s'établir; la servitude lui est nécessaire au même degré que la spoliation, comme le prouvent surabondamment les essais communistes qui ont été tentés dans la société européenne, depuis les anabaptistes du xvic siècle jusqu'à nos jours. On devine quoi sera et de ce régime dans l'ordre économique : envers lui-même et envers les autres, n'ayant que sa tâche quotidienne à fournir, l'individu descendra au rang d'automate: toutes les facultés s'engourdiront, toute énergie s'éteindra, et à la servitude viendra indre le besoin. Au.s.si un célèbre écrivain

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