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de notre temps, celui-là même qui s'est élevé le plus de violence contre la propriété, at il parfaitement défini le communisme en l'appelant la religion de lu misère.
Le communisme n'est pas plus supportable dans son principe que dans ses efFets : car le prii qu'invoquent les communistes, les uns, connue certains sectaires, au nom de la religion; les autres, comme Rousseau, Mably, Morelly, Babeuf et leurs modernes successeurs, au nom de la roison, c'est l'égalité naturelle de tous les hommes. En sortant des mains de Dieu et de la nature, les hommes, disent-ils, se sont trouvés tous égaux; ils avaient les mêmes organes, les mêmes besoins, le même degré d'intelligence, et ils jouissaient en commun des mêmes biens; la propriété seule les a faits inégaux, et, avec la propriété, l'éducation, nécessairement différente pour chaque classe de la société. Qu'on supprime donc la cause, et l'on supprimera l'effet;; qu'on rentre dans la communauté, et l'on rentrera dans l'égalité. Mais c'est bien mal comprendre l'égalité que de la définir ainsi ; l'égalité est dans la liberté morale, car nous sommes également libres, également responsables de nos actions. L'égalité est dans le droit que nous avons d'user de cette liberté pour accomplir les mêmes devoirs; elle n'est pas ailleurs. Les hommes, quoique semblables, naissent et demeurent inégaux pour toutes leurs facultés, par celles de l'esprit comme par celles du corps; et, en voulant les assujettir au même niveau, on leur inllige la plus dure servitude; on viole, pour une chimère, le plus sacré de tous les droits; on donne pour mesure à l'humanité le dernier degré de l'abaissement et de la faiblesse.
2° Le communisme, en dispensant les parents de pourvoir à l'éducation et au sort de leurs enfants, et en rendant ce devoir impossible par la destruction de la propriété, aboutit, par un chemin détourné, à la ruine de la famille; mais il ne l'attaque pas directement, comme le fouriérisme. En effet, le trait caractéristique de ce dernier système, son principe avoué, c'est d'affranchir, de justifier et d'exalter toutes les passions en les considérant comme notre seul mobile, notre seule règle, et en nous proposant le plaisir comme notre seule fin. La passion est, pour Fourier, la même force, la même impulsion qui joue un si grand rôle dans la nature physique sous le nom d'attraction , et dans la nature animale sous le nom d'instinct. Elle est la seule forme sous laquelle la volonté divine se manifeste dans la conscience ou dans la nature humaine , et lui résister n'est pas seulement une folie, mais une impiété. Aussi le rôle de la raison n'est-il pas de la combattre, mais de lui aider à se satisfaire en variant, en multipliant ses jouissances et en combinant entre eux nos différents penchants, de manière à les assouvir tous; car, ce qui nous a fait penser que nos passions sont mauvaises et qu'elles ont besoin d'être réprimées, c'est qu'au lieu de les associer et de les coordonner entre elles, on les a constamment opposées les unes aux autres. Le devoir est donc une pure chimère, née de l'ignorance des lois de la nature; il n'a aucune place dans une société bien organisée.
Nous avons montré aille lus (voy. le mot Passions) quelles sont, d'après Fourier, les trois classes de passions sur lesquelles roule toute la vie humaine, el qui sont dans notre conscience comme les organes de l'attraction universelle. Ici, nous n'avons pas d'autre but que de montrer les conséquences que Fourier lui-même a tirées de son principe par rapport à l'ordre social.
La première et la plus directe de ces consé-
quences, c'est la suppression <]o. la rî meeura, c'est la destruction complète de la famille.
Sur quoi repose la famille? sur le m les devoirs de la paternilé. Eh bi<
qu'est le mariage pour le fond phalanstérienne. Le mariage, dans uni bien organisée, n'est que le libre essor 'le l'amour, et doit être constitué de telle sorte .. que chacun des hommes puisse avoir toutes les femmes et chacune des femmes tous les hommes ». Ce sont les propres expressions de Fourier dans sa Théorie de l'association universelle (t. IV, p. 461). La polygamie sera donc de droit; elle sera en quelque sorte l'essence du mariage ; mais elle existera au profit des femmes comme au profit des hommes; et dans celte double | mie seront établis plusieurs degrés qui répondront aux diverses dispositions de la nature nui ou aux différentes espèces d'amour : au premier degré, l'on admettra les amours de passage ou les simples caprices, pour le service desquels il y aura dans l'État diverses classes de fonctionnaires, appelés des noms significatifs de bayadères, bacchantes, faquiresses, etc.; au de p degré figureront les favoris et les favorites, c'està-dire lés passions d'une certaine durée, mais restées stériles; au troisième degré, les géniteurs et génitrices, ou les amours temporaires qui n'ont produit qu'un enfant; au quatndernier degré, les époux et épouses, qui s'accorderont ce titre réciproquement et volontairement, après une union éprouvée par les années ou cimentée par la naissance de plusieurs enfants. Du reste, aucune de ces liaisons ne portera préjudice aux trois autres; car elles pourront être contractées simultanément par la même personne avec des personnes différentes. C'est dire, en d'autres formes que le mariage sera aboli et remplacé par le libertinage le plus effréné. Encore Fourier ne reste l-il point dans ces termes, et ce que son impure imagination promet à l'avenir, notre plume se refuse à le retracer. Quanta la paternité, que Fourier admet sous le nom de familisme parmi les douze passions radicales du cœur humain, elle n'est et ne peut être, dans son s; qu'une affection grossière à laquelle aucun devoir, aucun droit n'est attaché, un instinct physique plutôt qu'un sentiment moral, comme l'instinct de la brute pour ses petits. D'ailleurs, comment le père reconnaîtra-t-il ses enfants dans cette promiscuité hideuse? et s'il les reconnaît, quels devoirs aura-t-il à remplir envers eux, puisque l'État les prend dès leur naissance pour les élever à ses frais et les initier aux fonctions pour lesquelles il les juge propres? Vainement quelques écrivains plus récents de la secte phalanstérienne ont-ils dissimulé ou repoussé celte doctrine; elle est, on peut le dire, la partie la plus positive du système de Fourier, la conséquence la plu de son principe, et celle qui entrerait la première dans la pratique, si la pratique pouvait cire essayée sans entrave.
Il est vrai cependant que Fourier poursuivait un but plus général. Ce n'est pas seulement la famille, c'est la société tout entière, c'est la civilisation elle-même, objet de ses ; et de sa colère, qu'il voulait remplacer pu- une société nouvelle, exclusivement fondée sur l'attraction, et où les passions humaines, affranchies de toute contrainte, concourraient par leur accord et leur liberté môme à la félicilé commune, une félicité telle que l'imagination la plus hardie ne pourrait l'égaler. Le nom de cette société, c'est Yharmonie; et le fait qui la représente le plus immédiatement, il faut 'lue aussi le plus complètement le phalanstère. On appelle phalanstère un bâtiment, ou plutôt un palais d'une
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forme particulière, contenant um phalange, c'està-dire une association de seize cents à deux mille personnes) el entouré d'un terrain suffisant pour l'industrie el la subsistance de cette population. Le phalanstère a été souvent considère comme la commune de la société harmonienne; mais, en réalité, il forme un État indépendant et souverain : car la hiérarchie politique que Fourier veut établir entre les trois millions de phalanstères promis à notre globe, n'est appuyée d'aucun pouvoir; les divisions qu'il imagine sous les noms d'unarrhic, duarchie, triarchie, etc.,
fiour faire de la terre une seule république dont a capitale serait Constantinople, ne sont qu< divisions géométriques et des mots vides de - Nous connaîtrons donc le système entier de Fourier, si nous arrivons à nous faire, une idée exacte du phalanstère.
Les points capitaux de celte association, après tout ce que noua avons dit de son état moral, sont la constitution de la propriété et l'organisation du travail. La propriété doit être également éloignée de la division et de la communauté; car la division, c'est l'ordre actuel des choses, c'est le contraire de l'association; et la communauté absolue, c'est l'égalité, c'est-à-dire la contrainte, la réduction de toutes les passions à une même mesure. Le travail doit avoir pour unique moteur l'attraction et se confondre ave : le plaisir, en sorte qu'il n'y ait pas une fonction dans la société, si pénible ou si rebutante qu'elle nous paraisse aujourd'hui, qui ne puisse être recherchée et accomplie avec passion. V • i d'abord comment Fourier a cru résoudre le premier de ces deux problèmes.
Toute propriété ressemblera à celle des travaux publics que nous voyons aujourd'hui aux mains des compagnies. Il ne viendrait à l'esprit de personne de réclamer, pour les fonds qu'il a placés dans ce genre d'entreprises, un morceau de chemin de fer ou de canal ; mais la valeur totale du canal ou du chemin de fer est estimée en numéraire, et l'on remet à chacun un titre, une ou plusieurs actions représentant la part qui lui revient de cette valeur. C'est ainsi qu'au phalanstère toutes les propriétés, meubles ou immeubles, capitaux et instruments de travail, seront réunies en un fonds social qui ne pourra pas être divisé, mais sur lequel chaque sociétaire possédera, en raison de ses apports, des actions portant intérêt et transmissibles à volonté.
La même inégalité que nous voyons consacrée dans la propriété est consacrée dans la répartition du revenu ou du bénéfice social. Après le prélèvement des dépenses communes, des frais de construction, des approvisionnements, des réserves, etc.. ce qui restera à la société de bénéfice annuel sera divisé en trois parts inégales : -iV seront réservés au travail, ^ aux intérêts du capital, et -^ au talent; en sorte que tous les droits auront satisfaction : ceux de la propriété, ceux du travail, ceux de l'intelligence. Dans la part même du travail, on établira une différence entre les travaux nécessaires, les travaux utiles et les travaux d'agrément; les premiers seront
eux rétribués que les second:;, et les seconds que les troisièmes.
Mais ce n'est pas tout : il faut aussi penser à ceux qui n'ont rien et qui ne trouveraient pas Uïie 1 1 1 1 lisante dans leur activité ou leur
1 ir ceux-là Fourier réclame, sur les revenus ■oininuns, un minimum assez considéra- 1 'ire vivre commodément, et qui.
il avec les bénéfices de l'association, minimum proportionnel. Cette i inctement à l'oisiveté et au mal-
h-ur. nrdoii pas être considérée comme un bien-
fait, comme un sacrfflce digne de reconnaissance, tution. En effet, l'homme est né avec certains droits donl il jouissait dans ["étal iam âge el qui lui assuraient uni tranquille et heureuse : les droil : de pêche, de pâture, de cueillette. d'insouciaric«,'de ligue extérieure, c'est-à-dire de former dtefl attroupements, et enfin de vol. Ces droits naturels d'une nouvelle espèce que Fourier veut substituer à ceux des philosophes, la société nous les a enlevés: elle doit donc les instituer en assurant, sans condition, à chacun dl ses membres un sort non moins heureux que celui donl il jouissait 'état de ri iture.
Quant au travail, qui supportera toutes ces charges, il ne pourra, point faillir, puisqu'il sera une passion; et il deviendra une passion par la manière savante dont on saura l'organiser. D'abord on travaillera en commun, chacun à ce qui lui plaît et avec qui il lui plaît, ce qui donnera à toutes les occupait' '^ le cb irme qu'on trouve aux vendanges et aux moissons. Ensuite le travaiTsera extrêmement divisé, et par là même très-facile. très-propre à satisfaire tous les goûts, à dév per'toutes ! s; il recevra, en outre, de
nouvelles forces de l'esprit d'émulatura que produira cette division entre les différentes séries de travailleurs attachées aux diverses branches de l'industrie et les groupes composant chaque série. Enfin, un dernier attrait naîtra de la variété; car, grâce à la division du travail, une même personne pourra exercer jusqu'à trente professions, et changer plusieurs fois dans un jour de groupe et de série. Ces trois conditions du travail correspondent à un même nombre de passions sur lesquelles reposent, d'après Fourier, la vie et l'harmonie de la société : la papillonne ou l'amour du changement ; la cabaliste, c'est-à-dire l'esprit de rivalité, l'émulation; et la composite, ou l'ivresse qui naît en nous du mélange de plusieurs plaisirs. Mais, indépendamment de ces passions générales, il y en a de particulières qui réclameront certaines fonctions moins attrayantes, en apparence, que les autres. Ainsi, un grand nombre d'enfants ont le goût de la saleté; au lieu de les corriger, comme on fait maladroitement sous le régime de la civilisation, on les enrégimentera sous le nom de petites hordes, et on leur confiera les travaux les plus immondes. D'autres se font remarquer par leur gourmandise, on en fera les cuisiniers, les pâtissiers et les confiseurs du phalanstère. On se rendra réciproquement, par amitié ou par amour, les humbles services abandonnés aujourd'hui à la domesticité.
Si l'àme se soulève de dégoût devant l'immoralité de ce système, l'esprit n'est pas moins choqué des inconséquences et des chimères qu'il renferme. La propriété, telle que Fourier la conçoit, c'est le communisme, et son organisation du travail, une hallucination. Comment, en effet, échapper au communisme, quand on n'est pas maître de son capital, quand on n'est pas libre de le retirer ou de le racheter, quand on n'a pas le droit de l'exploiter ou de le dépenser à sa manière? Comment échapper au communisme, quand la société se reconnaît le devoir de procurer à tous ses membres une vie commode, sans aucune condition de service rendu? Comment échapper au communisme, quand la famille est détruite de fond en comble, et que, personne ne pouvant reconnaître son sang, tous les enfants appartiennent nécessairement à l'État? Comment échapper au communisme, qu md l'attraction est la seule règle de la vie humaine, et qu'ayant obi i tous deux à cette loi, celui qui travaille et celui qui se repose ont exactement les mêmes
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droits? Mais il y a plus : pour être parfaitement fidèle au principe de Fourier, il faut rétribuer chacun, non suivant ses œuvres, mais suivant ses désirs. Sans doute, le travail attrayant serait une réponse à cette objection; ruais le travail attrayant, dans le sens absolu où Fourier le conçoit, le travail changé en passion dans toutes les fonctions possibles, c'est une chimère qu'il suffit d'énoncer pour la détruire. La terre ne devient féconde , le métal ne se transforme sous nos doigts, la pierre ne s'élève en murailles qu'arrosés de nos sueurs. Jamais le plaisir ne prendra la place de la nécessité et du devoir. Jamais l'homme ne pourra s'attacher sérieusement qu'à une seule profession; celui qui en exerce plusieurs à la fois les exerce mal. Et quant à la division du travail, si elle s'applique avec succès à des œuvres purement mécaniques, elle est très-limitée dans les occupations qui demandent le concours de l'intelligence et de l'art.
3° En ruinant la famille et la propriété, Fourier ne laisse rien subsister de l'individu ; mais il croit fermement le respecter et apporter son affranchissement, puisque la liberté, pour lui, n'est pas autre chose que la puissance de satisfaire toutes ses passions (voy. son Traité du libre arbitre). C'est, au contraire, contre l'individu et la liberté individuelle qu'a été imaginé surtout le système saint-simonien.
Le saint-simonisme a succombé dans la tentative qu'il fit, il y a une quarantaine d'années, pour réaliser ses doctrines. Il a succombé par sa propre impuissance encore plus que par les arrêts de la justice, et il n'est pas même resté à l'état de parti, comme le communisme et le fouriérisme; mais ses principes ont profondément perverti les esprits, en y laissant comme une scorie de matérialisme et de panthéisme, de prétentions religieuses et d'égoïsme positif, de licence individuelle et d'aspirations au despotisme; ils se sont fondus dans les autres sectes socialistes, en même temps qu'ils ont conservé, -leur caractère propre dans une certaine philosophie verbeuse, confuse, dithyrambique, algébrique, qui, faute d'autre nom, peut recevoir à bon droit celui de philosophie humanitaire, car l'homme, l'individu, y disparaît complètement devant l'humanité.
Ce qui [distingue particulièrement le saintsimonisme, c'est qu'il est tout à la fois une religion et une institution politique, une ÉgLise et une société temporelle étroitement et sciemment confondues. Le dogme de cette Église, c'est le panthéisme, et le dernier mot de cette organisation sociale, le despotisme, le pouvoir absolu d'un seul homme qui réunit sur sa tête la tiare et la couronne, qui gouverne sans contrôle les personnes et les consciences.
Le panthéisme saint-simonien ne s'est jamais dissimulé ; aspirant à détrôner, dans l'esprit des masses, le dogme chrétien, il était forcé de parler un langage aussi clair que son propre principe pouvait le permettre. Aussi voici la définition qu'il donnait de Dieu, en tête de ses publications : « Dieu est un, Dieu est tout ce qui est; tout est en lui. tout est par lui, tout est lui. Dieu, l'être infini, universel, exprimé dans son unité vivante et active, c'est l'amour infini et universel qui se manifeste à nous sous ses deux aspects principaux, comme esprit et comme matière, ou comme intelligence et comme force, comme sagesse et comme beauté. L'homme, représentation finie de l'être infini, est, comme lui, dans son unité active. amour,'et dans les modes, dans les aspects de sa manifestation, esprit et matière, intelligence et force, sagesse et beauté. »
La morale qui soit de ce dogme se devine aisément. Si l'esprit et la matière sont également
divins et aussi essentiels l'un que l'autre suit à la nature de Dieu, soit à celle de l'homme, pourquoi les subordonner l'un à l'autre? pourquoi la sagesse et l'intelligence seraient-elles préférées à la beauté et à la force? pourquoi l'âme commanderait-elle au corps et la raison aux passions? C'est ce qu'a compris le saint-simonisme quand il a proclamé la réhabilitation delà chair, et la légitimité ou plutôt la sainteté des passions. « Sanctifiez-vous dans le travail et dans le plaisir. » Telle était sa règle suprême, ou, pour parler son langage, sa formule morale. « Les législateurs anciens, disaient-ils, s'étaient exclusivement occupés de la matière : Jésus-Christ a émancipé l'esprit; après lui, Saint-Simon est venu unir et réconcilier ces deux moitiés inséparables de notre être. »
Dans une doctrine semblable, il n'y a pas de place pour la liberté; car la liberté n'existe qu'avec le devoir et la conscience de notre personnalité, qui elle-même est inconciliable avec l'unité de substance. Aussi le saint-simonisme était-il conséquent avec lui-même en proposant un ordre social où l'individu disparaissait dans l'État, confondu lui-même avec l'humanité et personnifié dans un seul homme. L'homme, dans la société saint-simonienne, emprunte toute sa valeur à la fonction qu'il remplit. Il y a trois fonctions principales : le sacerdoce, la science, l'industrie; par conséquent, il y a trois ordres de fonctionnaires, les prêtres, les savants, les industriels. Chacun de ces trois ordres est représenté par ses chefs dans un conseil suprême appelé collège; et au-dessus du collège est le père, c'est-à-dire un chef à la fois spirituel et temporel, dont la volonté est la loi suprême, la loi vivante de la société. C'est ainsi que le'saint-simonisme voulait échapper à l'antagonisme qui existe, sous le régime actuel, entre l'Église et i'État.
La principale tâche du père, c'est de mettre en pratique cette règle de justice : « Chacun doit être classé selon sa capacité et rétribué suivant ses œuvres. » En conséquence, il dispose à la fois des personnes et des biens de l'association. Il dispose des personnes, puisqu'il assigne à chacun les fonctions qu'il doit remplir, et que tout citoyen est élevé au rang de fonctionnaire public. Il dispose également de tous les biens, puisque toute rémunération émane de lui, et que personne ne doit rien posséder qui ne soit une rémunération légitime de ses œuvres personnelles. Aussi le saint-simonisme a-t-il demandé l'abolition de l'hérédité, ce qui est la même chose que l'abolition de la propriété. D'ailleurs, pour être entièrement fidèle au principe de la rémunération selon les œuvres, il faudrait aussi supprimer les donations et les présents entre-vifs, car la générosité et l'affection ne sont pas toujours d'accord avec le mérite.
L'abolition de la propriété, d'une part, et de l'autre la réhabilitation de la chair, la sanctification des passions, ont conduit le saint-simonisme, sur la fin de sa carrière, à demander la suppression de la famille; car ce n'est point la transformer, comme il le prétendait, c'est véritablement la supprimer que de ne reconnaître d'a-olre règle que la passion dans les relations mutuelles de l'homme et de la femme. Le code de ces relations devait être promulgué par la femme ellemême, appelée pour la première fois à une complète émancipation, par la femme-messie, par la femme libre, dont le trône était déjà dressé à côté de celui du père.
Le saint-simonisme porte avec lui sa propre réfutation; car il n'est qu'une juxtaposition d'erreurs, dont chacune à part a été mille fois repoussée par la raison et par la conscience du