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genre humain : le panthéisme en religion, \t térialiama ou l'épicurisme en morale^ et le dicsi Lisme en politique. I iiacun de ces trois système rencontre au début de la civilisation, et plus le genre humain s'éclaire et s'améliore, plus il s'en écarte. Ainsi le panthéisme religieux a
luit le brahmanisme et le bouddhisme sanctifioation des passions est dans là inylh
; uc ; et le despotisme est le gouvernement de tous les États barbares. Le saint-simonisme est donc en contradiction avec cette loi du progrès qu'il invoque si souvent, et qui est la seule preuve qu'il allègue en faveur de ses doctrines. Uuant à la fameuse formule, « A chacun suivant sa capacité, et à chaque capacité suivant ses œuvres,» il est vrai qu'elle exprime parfaitement l'idée de la justice : mais cette idée n'est pas nouvelle dans la conscience humaine; le di' c'est de la réaliser. Or, quel homme, quel • vernement peut se charger d'une pareille tache î La justice, autant que le permet notre infirmité, se réalisera d'elle-même, par la liberté et par les progrès de la raison. Laissez chacun développer ses facultés, sans empêcher les autres d'en faire autant; répandez d'une main libérale l'expérience et les lumières qui seront la conséquence de ces efforts, et chacun occupera la place qu'il est à peu près digne d'occuper; et ses services, répondant à un besoin réel, ne manqueront pas de récompense. Il faut dire toutefois que, de tous les systèmes socialistes, le saint-simonisme est le plus complet, le plus franc, le plus conséquent; il attaque dans leur principe commun, sans hésitation ni détour, les trois conditions essentielles de la société. C'est pour cela même qu'il a succombé plus vite; car une erreur ne peut se soutenir et captiver les esprits qu'en dissimulant une partie de ses conséquences.
Ce tableau succinct, mais fidèle, du socialisme, est pour nous une preuve directe, une démonstration par l'absurde, que l'ordre social se confond avec l'ordre moral, et que, sans le respect de ces trois choses, la liberté, la propriété, la famille, la société est impossible. Le socialisme a donc une utilité négative : c'est d'inspirer l'horreur de l'immoralité et du despotisme, sous quelque nom qu'ils puissent se cacher, et de pousser les hommes, par la seule crainte de ces deux choses, vers la liberté et la justice, vers le respect de la personne humaine. Le socialisme a encore un autre usage : en dévoilant avec passion pour le besoin de sa cause, et en peignant sous les plus sombres couleurs les maux de la société telle qu'elle est constituée aujourd'hui, il tire de leur engourdissement et de leur sécurité les heureux de la terre, il les pousse à s'occuper des classes souffrantes, et ce que l'utopie n'a pu faire dans la servitude, la charité, la raison, la prévoyance le feront peu à peu dans la liberté.
On trouvera sur le socialisme tous les renseignements bibliographiques dans les deux ouvrages suivants : Eludes sur les réformateurs, par M. Louis Reybaud, 4e édit., 2 vol. in-8, Paris, 1844; — Histoire du communisme, par M. Alfred Sudre, in 12, ib., 1848. — On pourra consulter aussi le Communisme jugé par ihistoire, 3e édition, in-12, Paris, 1871, par Ad. Franck.
SOCRATE. Il naquit à Athènes la quatrième année de la lxxvii0 olympiade (470 avant J. C); son père, Sophronisqûe, comme on sait, était sculpteur, et sa mère Phénarète était sagefemme. Il étudia certainement la sculpture. Timon, cité par Diogène Laërce, l'appelle >a66?ooç, polisseur de pierres. Diogène même rapporte
3ue l'on montrait de son temps, dans la citadelle 'Athènes, des grâces voilées, dues, disait-on, au
■■. Ce qui est probable, c'est que éducation donna à Socrate le du beau et le sentiment dea ans si parti culierà son école. On no sait rien, du reste de sa jeunesse. Une anecdote intéressante semble prouver que Socrate était né avec do man penchants. Zo^vre, physionomiste célèbre, rencontrant un jour Socrate en ton déclara, après avoir examiné les traits bizarres de sa figure, qu'ils attestaient des penchants vi cieux. Gomme les disciples se mettaient a rire de ce singulier diagnostic, Socrate les arr.'i avoua qu'il était né en effet avec de mauvaises passions, mais qu'il les avait vaincues par la force de sa volonté. Tout nous donne à supposer qu'il passa m jeunesse à s'instruire, soit tout seul, soit à l'école de maîtres célèbres. Son père lui avait appris la sculpture; Damon lui enseigna la musique, qu'il étudia encore plus tard avec Counos. Il suivit aussi vraisemblablement les leçons de Prodicus ; il apprit la géométrie avec Théodore de Cyrène ; il savait enfin l'astronomie et les sciences mathématiques à peu près autant qu'homme de son temps. Quant à la philosophie, il est certain, malgré de fausses traditions, qu'il ne connut la doctrine d'Anaxagore que par ses livres : c'est ce que nous apprend Platon dans le Phédon. Aristoxène, qui le prétend disciple d'Archélaûs, est une trop mauvaise autorité pour mériter aucune confiance. Enfin, Xénophon nous dit positivement qu'il fut son propre maître en philosophie, aÙTO^pyôî tri; «piXoaopîas {Conv., liv. I, ch. v).
Socrate ne partagea pas le goût des philosophes ses prédécesseurs pour les pérégrinations lointaines. Il ne fit jamais aucun voyage, quoi qu'en disent de fausses traditions, et, selon Platon lui-même, une seule fois dans sa vie, il alla à l'isthme de Corinthe. C'est à peine s'il sortait de l'enceinte même de la ville. Platon nous le 1 :iut, dans le Phèdre, entraîné par hasard, et contre sa coutt me, dans les campagnes d'Athènes. Pour Socrate, l'homme était tout : il passait sa vie à s'examiner lui-même et les autres ; il ne lui restait aucune curiosité pour les choses extérieures
La même raison l'éloignait des affaires publiques; il répétait souvent les maximes des anciens sages qui conseillent cet éloignement. Il affectait une grande inhabilité au maniement des affaires humaines, et estimait trop haut la vie morale pour la sacrifier à la vie politique. Il déclarait que celui qui veut se mêler de corriger les hommes ne doit prendre aucune fonction dans l'État, s'il veut vivre quelque temps. Mais, en fuyant les honneurs et les charges, il accomplissait d'une manière inflexible les devoirs du citoyen, et nul ne le surpassait par le courage et la justice, les deux vertus civiques par excellence. Soldat, on le vit souffrir, sans se plaindre, toutes les privations; il marchait pieds nus, à peine couvert, sur la glace; supportait la faim et la fatigue mieux qu'Alcibiade lui-même et les autres soldats ; il combattit à Déîium, à Potidée, à Amphipolis. 11 était à la bataille comme dans les rues d'Athènes, l'allure superbe, le regard dédaigneux. Dans deux de ces combats, il sauva la vie d'Alcibiade et de Xénophon. A Athènes, Socrate ne remplit qu'une seule fois une fonction publique. Il était prytane quand on fit le procès aux dix généraux des Arginuses : il les délendit devant le peuple. Plus tard, sous la domination des Trente, il refusa, malgré les relations qui l'unissaient à quelques-uns d'entre eux de leur amener Léon le Salaminien, qu'ils voulaient mettre à mort. Socrate défendit donc la justice contre tous les pouvoirs; contre le peuple et contre les tyrans.
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Mais, pour êlre étranger à la politique, il n'en vivait pas moins d'une manière publique : sa vie était en quelque sorte tout ouverte, èv tû çavsçôi. Socrate, en effet, n'avait point d'école ; il n'enseignait pas dans un lieu fermé ; il ne publia point de livres. Son enseignement fut une perpétuelle conversation. Socrate était partout, sur les places publiques, dans les gymnases, sous les portiques, partout où il y avait réunion du peuple; il aimait les hommes, et les cherchait. Il causait avec tout le monde et sur toute espèce de sujets. Il parlait à chacun de ses affaires, et savait toujours donner à la conversation un tour moral. Son bon sens, si juste, trouvait en toute circonstance le meilleur conseil : il réconciliait deux frères ; il enseignait à son propre fils le respect d'une mère violente et importune; à un homme ruiné, il présentait la ressource du travail, et lui apprenait à mépriser l'oisiveté comme servile; à un riche, il fournissait un intendant pour le soin de ses affaires; il faisait sentir à un jeune homme présomptueux et ambitieux son ignorance des affaires publiques. Au contraire, il encourageait l'ambition d'un homme capable, mais timide et trop modeste. Enfin, il parlait peinture avec Parrhasius, sculpture avec Cliton le statuaire ; il causait de rhétorique avec Aspasie, et, ce qui est un curieux trait de mœurs, il enseignait à la courtisane Theodota les moyens de plaire.
Socrate aimait passionnément les jeunes gens. C'était un plaisir pour lui de s'entourer d'une jeunesse curieuse et intelligente, qu'il ne corrompait pas, comme le prétendirent ses accusateurs, mais qu'il séduisait à une morale nouvelle, et à une religion plus pure que celle de la république ; il ne leur enseignait pas le mépris de l'autorité paternelle, mais il leur apprenait vraisemblablement à placer la raison et la justice au-dessus de toute autorité humaine, en ayant soin d'ajouter, sans doute, que l'une des parties essentielles de la justice et de la piété est l'obéissance respectueuse aux parents, comme on le voit dans son enseignement avec Lamproclès, son fils aîné. Enfin Socrate, quoiqu'il parlât toujours d'amour, et quoique sensible comme un Grec et un artiste à la beauté physique, aimait surtout la beauté morale, et s'attachait cette jeunesse d'élite par une sympathie extraordinaire. C'est surtout à celte sympathie, nous dit Platon dans le Théagès, que Socrate dut les merveilles de son enseignement. Il est difficile aujourd'hui de se rendre compte des séductions de cette parole évanouie. Xénophon nous en a conservé la grâce, l'élégance et la simplicité : on sent que cette bonhomie mêlée d'ironie devait toucher les jeunes âmes. Mais était-ce assez pour les conquérir? Est-ce assez pour expliquer cet enthousiasme dont parle Alcibiade dans le Banquet? a En l'écoutant, les hommes, les femmes, les jeunes gens étaient saisis et transportés. Pour moi, ajoute-t-il, je sens palpiter mon cœur plus fortement que si j'étais agité de la manie dansante des Corybantes; ses paroles font couler mes larmes. » Faut-il croire que Platon prête ici à Socrate son propre enthousiasme ? Nous ne le pensons pas : il est plus probable que Xénophon n'a pas compris le personnage entier de Socrate, ou encore qu'il a été incapable de le rendre dans toute son originalité. Nous voyons dans Platon deux traits qui paraissent affaiblis dans Xénophon : l'ironie et l'enthousiasme. Alcibiade appelle Socrate un effronté railleur, et le compare au satyre Marsyas. Xénophon a, en général, adouci le caractère de la raillerie socratmue : il est probable que c'est à ses traits mordants que Socrate dut en grande partie ces
inimitiés qui le firent périr. Un de ces traits, rapporté par Xénophon, nous explique la haine deThéramène et de Critias. Socrate ne dut pas ménager davantage les chefs du parti populaire. En même temps, son enthousiasme, tempéré sans doute par la mesure et la grâce, mais engendré par une foi vive dans son génie, et le sentiment ardent d'une mission divine, dut révolter les hommes médiocres et superstitieux, comme le signe d'un orgueil exagéré. Le fond du génie de Socrate est le bon sens, mais un bon sens à la fois aiguisé et passionné, armé de l'ironie, échauffé par l'enthousiasme.
Platon lui prête dans son Apologie des paroles sublimes qui rappellent celles des premiers apôtres chrétiens : « Si vous me disiez : Socrate, nous rejetons l'avis d'Anytus, et nous te renvoyons absous, mais à la condition que tu cesseras tes recherches accoutumées.... je vous répondrais sans balancer : Athéniens, je vous honore et je vous aime, mais j'obéirai plutôt au dieu qu'à vous.... Faites ce que vous demande Anytus ou ne le faites pas , renvoyez-moi ou ne me renvoyez pas, je ne ferai jamais autre chose, quand je devrais mourir mille fois. »
C'est ici le lieu de nous demander s'il croyait aux dieux de sa patrie, et quelles étaient ces divinités^ nouvelles qu'on l'accusait d'introduire. Si nous écoutons Xénophon, Socrate révérait les dieux de l'État. Il sacrifiait ouvertement dans sa propre maison ou sur les autels publics. Xénophon ne nous cite aucune parole injurieuse aux divinités païennes, aucune même qui témoigne d'un seul doute sur leur existence. Le dernier mot de Socrate mourant semble indiquer aussi la fui au paganisme, puisqu'il est douteux que Socrate ait voulu mentir dans la mort même. D'un autre côté, Xénophon ne cite pas davantage une seule parole de Socrate qui implique la croyance aux dieux de l'Olympe. Tout ce que Socrate dit des dieux se peut entendre parfaitement du Dieu immatériel et unique que nous reconnaissons après lui ; sa croyance à la divination et aux oracles s'explique très-bien par la pensée d'une Providence particulière toujours présente. Il sacrifiait aux dieux par respect pour la république, et d'ailleurs, il pouvait dans sa pensée adresser ces honim.iges au Dieu véritable. Il devait ainsi se servir fréquemment du nom des dieux popuiaires, leur laissant leurs attributions, mais toujours avec une légère intention d'ironie dont ses disciples les plus intimes avaient vraisemblablement le secret. Xénophon, dans ses Mémorables, qui étaient une sorte d'apologie, devait éviter tout ce qui pouvait charger la mémoire de Socrate et donner raison à ses accusateurs. Dans les dialogues de Platon, Sojrate parle avec plus de hardiesse. Il dit, dans le Phèdre, à propos d'une fable mythologique, qu'il n'a pas assez de loisir pour en chercher l'explication, qu'il se borne à croire ce que croit le vulgaire, et qu'il s'occupe, non de ces choses indifférentes, mais de lui-même. Ces paroles nous montrent bien comment se comportait Socrate à l'égard de la religion populaire : il en parlait peu ; et s'il en parlait, c'était sans mépris, m:iis avec un demi-sourire et un léger dédain. Dans l'Eutyphron, Platon va plus loin. Est-ce lui-même qui parle, ou le Socrate véritable? il est difficile de le savoir ; mais il est probable que la pensée de ce petit dialogue est tout à fait socratique : c'est l'opposition de la morale et de la mythologie.
On ne peut donc nier qu'il n'y eût quelque chose de plausible dans l'accusation dirigée plus tard contre Socrate. La vérité est qu'il ne croyait guère aux dieux de la république. La manière
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même dont il se défend dans VApologiç justifie l'accusateur, Socrate, et) effet, croyait à Dieu ; mais, par cela même, il ae croyait D'as aux dieux: c'était son crime alors, c'( st aujourd'hui sa gloire, et il est heureux pour lui que ses accusateurs aient eu raison. Mais, quand On lui, reprochait d'introduire de nouveaux dieux dans l'État, ici sa défense était pleine de force et de raison. De quels dieux parlait-on? Ce n'était pas sans doute du Dieu unique et parfait dont il enseignait l'existence : car souvent les poêles et les | sppnes. sans nier les autres dieux, attribuaient cependant la suprématie à Jupiter et le distinguaient entre tous par les attributs de la toutepuissance. D'ailleurs, Socrate, dans sa démonstration de la Providence se servait ordinairement du iangage populaire, et mêlait volontiers Dieu et les dieux, laissant à l'intelligence i cée de ses disciples le soin de comprendre le vrai sens de ses paroles. Enfin Socrate, dans sa défense sur ce point de l'accusation, ne fait jamais allusion à ce dieu nouveau qu'il a introduit sur les ruines du polythéisme, à ce dieu inconnu dont saint Paul rencontra plus tard le temple à Athènes. La divinité nouvelle que l'on reprochait à Socrate, c'était son démon familier. Ici Socrate était très-fort contre l'accusation. La religion païenne reconnaissait des démons, c'est-à-dire des divinités de toutes sortes, nées du commerce des dieux avec les mortels. De plus, la mythologie grecque supposait la communication continuelle des dieux et des hommes : elle faisait parler les dieux par la voix des oiseaux, des sibylles, du tonnerre ; Socrate, en admettant qu'un certain dieu lui parlait directement, lui donnait des conseils, lui révélait l'avenir, n'affirmait rien que de conforme à la religion de l'État.
Qu'était-ce enfin que ce démon familier dont on a tant parlé? Socrate, qui avait, selon Plutarque, délivré la philosophie de toutes les fables et de toutes les visions dont Pythagore et Empédocle l'avaient chargée, est-il tombé à son tour dans une superstition nouvelle? Socrate a-t-il cru à un dieu particulier chargé de veiller sur lui seul, et admettait-il sérieusement l'existence des demi-dieux ou démons, dont il s'autorise pour se défendre dans V Apologie? Socrate était-il un mystique, comme le pensent les uns, un monomane, comme on a osé l'écrire? Était-il enfin un imposteur qui jouait Tilluminisme pour tromper ses adeptes ? Socrate était un personnage très-complexe, dans lequel mille nuances s'unissaient sans se confondre. Ainsi il fut certainement l'adversaire du polythéisme, mais pas assez pour qu'on puisse affirmer sans réserve qu'il n'admettait aucune puissance intermédiaire entre Dieu et l'homme. Sans doute, la raison dominait en lui, mais non sans que l'inspiration y eût aussi son rôle, et une inspiration tellement mesurée, qu'elle était rarement sans un certain mélange de douce ironie. Cette inspiration parait n'être, la plupart du temps, chez Socrate, que la voix vive et pressante de la conscience; mais quelquefois elle était quelque chose de plus : elle prenait un caractère prophétique, et enfin il était des moments où elle devenait presque de l'extase. Platon nous rapporte, dans le Banquet, que l'on vit Socrate se tenir vingt-quatre heures debout dans la. même situation, livré à une méion profonde. Il y avait donc, sans aucun doute, quelque chose de mystique dans l'âme de Socrate. Plutarque nous 'dit qu'il regardait commi arrogants ceux qui prétendaient avoir des visions divines, mais qu'il écoutait volontiers ceux Mln oix, et s'en entre-
tenait avec eux. Le dieu de Socrate était donc
une sorte de voix intérieure qui n'était d'ordinaire que la conscience, plus vive chez lui qu« chez les hommes de son temps, m tvent
deven til un a-, erl is >ement mysti . enir,
et lui paraissait une parole de Dieu fut le se ret de la fon de So xate, I
persévérance dans son dessein, de son courage devant la mort.
Si Socrate a été tel que nous venons de le peindre, c'est-à-dire tel que le représentent tous rivains de son temps : un modèle de patience,'de tempérance, de douceur; s'il joignai' à ces vertus toutes les qualités de L'hommi mable ; s'il fut lié d'amitié avec tout ce q . eut à Athènes de plus distingué, comment expliquer la satire injuste dont les Nuées d'Aristophane nous ont conservé le souvenir? Comment Aristophane, qui connaissait Socrate, qui s'asseyait à côté de lui, à la même table, chez amis, comment put-il travestir sciemment un homme aussi respecté? Comment lui a-t-il prêté les subtilités les plus puériles et les maximes les plus décriées de ces mêmes sophistes que Socrate passait sa vie à .' C'est qu'Aristophane est le partisan des vieilles mœurs, de la vieille Athènes, chaque jour transformée par la démocratie et la philosophie. Il avait accablé de ses traits mordants le représentant de la démocratie athénienne, Cléon- il crut devoir frai en même temps le représentant de la philosophie. En politique, Socrate et Aristophane étaient du même parti, l'un et l'autre partisans du gouvernement aristocratique, ou plutôt de l'ancienne démocratie athénienne, constituée par Solon; mais en philosophie ils se séparaient. Aristophane se rattachait à cette chaîne de poètes qui avait fondé et consacré la religion mythologique de la Grèce : il célébrait Eschyle, et critiquait Euripide, complice de l'affaiblissement des croyances et des moeurs. La philosophie, qui depuis deux siècles minait la religion populaire, dut paraître à Aristophane le principe de la décadence. Sans distinguer entre les différents philosophes, il les considérait tous comme sophistes et leur prêtait à tous, en général, l'incrédulité de quelques-uns.
En outre, le doute socratique, si excellent pour former l'esprit, était évidemment dangereux pour la fidélité aux vieilles moeurs, aux vieilles traditions : Aristophane pouvait le confondre facilement avec le doute sophistique. Enfin, les singularités de la personne de Socrate, son peu de goût pour les poètes, dont hérita son élève Platon, les fautes de quelques-uns de ses plus illustres disciples, purent se réunir à tout le reste pour attirer sur lui les traits perçants de l'auteur des Nuées. Sans doute il n'est pas juste de compter Aristophane parmi les accusateurs de Socrate et les auteurs de sa mort; mais il faut lui laisser la responsabilité qui lui appartient. L'idée qu'il donna de Socrate ne fit que grandir avec le temps. Anytus et Mélitus n'eurent plus tard qu'à traduire dans un acte d'accusation les calomnies d'Aristophane : ils trouvèrent la passion du peuple toute prête à les écouter.
Voici les propres termes de cet acte, tel qu'il était conservé, au temps de Diogène Laërce, au greffe d'Athènes : « Melitus, fils de Mélitus, du bourg de Pittéas , accuse par serment Socrate, fils de Sophronisque, du bourg d'Alopèce. Socrate est coupable en ce qu'il ne reconnaît pas les dieux de la république, et met à leur place des extravagances démoniaques; il est coupable, en ce qu'il corrompt les jeunes gens. Peine de mort. » Ce qui serait plus intéressant que cet acte même, ce serait le développement des motifs qui l'accompagnait. Sur le premier chef, le
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rejet des dieux du polythéisme, l'accusation a dû produire des preuves, des faits, des détails qui seraient pour l'histoire de la plus grande importance, et que naturellement les apologistes se sont gardés de reproduire; sur tout le reste, l'accusation est manifestement calomnieuse.
Le sentiment de l'iniquité qu'ils commettaient fut vraisemblablement dans l'âme des juges; sans quoi on ne s'expliquerait pas que la condamnation ait eu lieu à une aussi faible majorité. Socrate en aurait pu être quitte pour une simple arnende; s'il eût voulu se condamner luimême à cette légère peine et s'humilier ainsi devant la loi. Mais on peut dire qu'il provoqua sa condamnation par sa fierté sublime. Non-seulement il refusa de se condamner; mais, avec plus d'orgueil peut-être qu'il ne convenait, il demanda d'être nourri au Prytanée jusqu'à l'a fin de ses jours aux frais du public. 11 est difficile de nier que dans Y Apologie la fierté de Socrate ne dégénère quelque peu en jactance, et que son ironie n'ait quelque chose de blessant. C'est ce qui explique que la simple condamnation n'ait eu que cinq voix de ma,orité, et que la condamnation à mort en ait réuni plus de quatre-vingts. Il semble , en lisant cette défense, que Socrate ait volontairement cherché la mort. Peut-être y voyait-il un couronnement naturel de sa doctrine, et pensait-il que la vérité avait besoin de la consécration du martyre.
Une fois en prison. Socrate fut aussi simple que sublime. Il se consola de la captivité par la poésie; il composa un hymne en l'honneur d'Apdlon; il traduisit en vers les fables d'Ésope. Ses amis, ses disciples venaient le visiter pendant les heures où la prison était ouverte au public. Ils le supplièrent plusieurs fois de consentir à son évasion. Criton, son plus vieil ami, avait tout préparé pour sa fuite. Socrate refusa : il voulut donner jusqu'au bout l'exemple de l'obéissance aux lois d'Athènes. Après avoir passé les derniers instants de sa vie au milieu de ses disciples en sublimes entretiens, il mourut en prononçant cette dernière parole : « Nous devons un coq à Esculape. » Il devait, en effet, un dernier hommage au dieu de la médecine, qui venait de le guérir de la vie par la morti « Voilà, dit Platon , la fin de notre ami, de l'homme le meilleur des hommes de ce temps, le plus sage et le plus juste de tous les hommes. »
Quelque influence que l'on accorde à la personne de Socrate sur les mœurs et les idées de son temps, il ne faut pas oublier qu'il fut le fondateur d'une grande école et le promoteur de toutes les recherches philosophiques qui se développèrent en Grèce après lui. Non-seulement l'Académie, mais le lycée, rameau détaché de l'Académie, mais l'école stoïcienne et épicurienne, mais le pyrrhonisme même, toutes les écoles grecques, en un mot, prétendirent se rattacher à Socrate, et non sans raison ; car s'il y a dans la doctrine de Socrate des opinions particulières que développa surtout Platon, son plus grand disciple, sa philosophie se signale cependant par un esprit général qui fut à peu près commun à toutes les écules philosophiques de la Grèce.
On peut dire que Socrate a fondé, non tel ou tel système de philosophie, mais la philosophie elle-même, c'est-à-dh \ l'esprit philosophique, l'esprit d'observation et d'analyse qui s'attache à découvrir ce qui est au lieu de supposer ce qui pourrait être. Qu'est-ce qu'était, en effet, la philosophie avant Socrate? une sorte de divination plutôt qu'une recherche patiente et sincère de la vérilé. On adoptait, sur de vagues analogies, quelque principe général qu'on opnliquait cri- i
suite comme on pouvait aux phénomènes de la nature, en appelant au secours de l'hypothèse certains procédés logiques, certains raisonnements particuliers, comme ceux de l'école éléatique ou de l'école atomique. Tel est le caractère général des premiers systèmes de la Grèce, où le Yrai même est sans preuve et sans autorité. La sophistique, sans s'attacher à aucun système, prenait la philosophie non pour une science, mais pour un artifice au moyen duquel on peut tout démontrer et tout renverser, qui peut servir également à soutenir les thèses les plus opposées. Socrate est venu combattre à la fois le sophisme et l'hypothèse. 11 enseignait à ses disciples à aimer la vérité et à la chercher pour ellemême, dans les faits, par une lente et patiente investigation, sans aucun parti pris d'avance.
C'est cet esprit même qui le conduisit à faire de l'homme, de l'homme intellectuel et moral, de l'âme humaine, en un mot, la base de ses observations et de ses recherches; car qu'est-ce que nous pouvons savoir si nous nous ignorons nous-mêmes? Qu'y a-t-il de plus près de nous que nous, de plus immédiatement certain . en même temps de plus digne de notre intérêt, que ce qui touche à notre propre existence et à celle de nos semblables? De là la fameuse maxime : « Connais-toi toi-même, » à laquelle Socrate attachait un sens tout à la fois spéculatif et pratique. 11 voulait que la philosophie fût particulièrement et, disons-le, exclusivement la science de l'homme. Toute autre connaissance, surtout la physique telle qu'on la comprenait avant lui, c'est-à-dire la science universelle de la nature, lui semblait vaine et même dangereuse; mais il voulait que la science de l'homme se confondît avec la sagesse, qu'elle tendit à nous rendre heureux et meilleurs. C'est ce qui résulte clairement de ces paroles citées par Xénophon ( Mémor. , liv. IV, chap. n) : « N'est-il pas évident que les hommes ne sont jamais plus heureux que lorsqu'ils se connaissent eux-mêmes, ni plus malheureux que lorsqu'ils se trompent sur leur propre compte? En effet, ceux qui se connaissent eux-mêmes sont instruits de ce qui leur convient, et distinguent les choses dont ils sont capables ou non. Ils se bornent à faire ce qu'ils savent, cherchent à acquérir ce qui leur manque, et, s'abstenant complètement de ce qui est audessus de leur connaissance, ils évitent las erreurs et les fautes. Mais ceux qui ne se connaissent pas eux-mêmes et se trompent sur leurs propres forces, sont dans la même ignorance par rapport aux autres hommes et aux choses humaines en général; ils ne savent ni ce qui leur manque, ni ce qu'ils sont, ni ce qui leur sert; mais, étant dans l'erreur sur ces choses, ils laissent échapper les biens et ne s'attirent que des maux. » Que l'on étende ces observations à l'homme en général, on aura le vrai caractère de la philosophie de Socrate, une philosophie morale qui s'appuie sur l'observation intérieure.
Sins être aussi exclusifs que leur maître, tous les disciples de Socrate et même tous les philosophes qui sont venus après lui ont vu dans l'homme, dans sa nature, dans son principe, dans sa ni:, l'objet le plus essentiel de la philosophie. Tandis qu'auparavant l'homme n'était, pour ainsi dire, qu'un accident dans la science, parce que la science elle-même cherchait d'abord à embrasser toute la nature, au sein de laquelle nous tenons si peu de place, il devient maintenant le centre de la science et le but de toutes les spéculations. C'est pour lui et par rapport à lui qu'on étudie le reste; c'est parles lois de son intelligence qu'on détermine la nature et les rapports de tous les êtres.
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