‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 369 sur 439 · STAN · texte numérisé non relu

STAN

ment philosophique. Ajoutons, pour caractériser cel esprit vraiment français, qu'en admettant la plupart des doctrines de Kant, surtout ses doctrines morales et esthétiques, en reconnai ce qu'il y a d'originalité et de profondeur dans sa métaphysique, Mme de Staël est loin d'approuver sa terminologie barbare. « Kant, ditelle, avec esprit, dans les objets Jes plus clairs par eux-mêmes prend souvent pour guide une métaphysique fort obscure, et ce n'est que dans les ténèbres de la pensée qu'il porte un flambeau lumineux : il rappelle les Israélites, qui avaient pour guide une colonne de feu pendant la nuit, et une colonne nébuleuse pendant le jour. »

Sur les philosophes allemands qui ont suivi ou précédé Kant, Mme de Staël s'exprime avec non moins d'intérêt, quoique, peut-être, avec moins de détail. Ce qu'elle dit de Lessing et d'Hemsterhuys est exact; et si, dans Jacobi, elle approuve une certaine réaction de la foi, du sentiment, de l'imagination, contre ce qu'il y a d'excessif dans l'appareil logique et dans l'esprit mathématique de Kant, elle sait y signaler les écarts d'une philosophie sans règle fixe et précise et la déclamation sentimentale. En louant, dans Ficbte, l'énergie du sentiment moral, et dans Sehelling l'enthousiasme et la contemplation de la nature, l'esprit de synthèse ie plus étendu et le plus fécond, elle pressent vivement le danger de la doctrine de l'identité absolue. Elle préfère le dualisme maintenu par Kant entre l'âme et le monde extérieur. L'uui.tô de principe ne lui semble pas expliquer plus clairement l'univers, et lui paraît contredite par la lutte du physique et du moral. L'influence générale de la philosophie allemande sur les lettres, les arts, la morale, et même les sciences, est appréciée dans cette partie du livre avec une grande élévation d'idées et une rare fermeté de jugement.

La quatrième et dernière partie du livre de L'Allemagne, consacrée à la religion, en est le digne couronnement. Rien de plus philosophique que la manière dont la religion y est conçue et présentée. Les chapitres sur la mysticité, sur l'enthousiasme, sur la puissance vivifiante, régénératrice de la douleur, n'ont rien, dans leur élan admirable, qu'une philosophie saine n'avoue et dont elle ne puisse faire son profit.

Malgré des préférences non dissimulées, on peut dire qu'une haute impartialité forme le caractère essentiel de t Allemagne. Cette comparaison des œuvres littéraires entre elles et des systèmes n'annonce-t-elle pas l'esprit et la méthode de l'éclectisme? Mme de Staël, ici encore, a inauguré avec son éloquence ordinaire et avec une remarquable étendue d'esprit ce que la science, après elle, s'est mise en voie d'accomplir par les moyens qui lui sont propres.

L'inspiration spiritualiste de la plupart de ses écrits est marquée encore dans ses Considérations sur la révolution française. Dans ce livre, écrit en vue d'un système sagement libéral, qui tient compte de la dignité de l'homme, de tous les droits et de tous les devoirs, la politique < isl soumise constamment aux principes de la morale, dont la violation, selon l'auteur, explique tous les grands revers. Mme do Staël dernières années de sa vie à combattre B inald el son école. 1 - titn lui assurent une place dans

l'hisfc i ,; humain e1 môme de la phi

losopl l dite. La liberté de penser,

pour laquelle elle a lutté et souffert l'exil, voit les plus convaincus ; l'intelligence, à plusieurs points de vue, un de

ses promoteurs, et la philosophie de notre temps précurseur incontestable. On comprei.I qu'une longue notice biographique ou bibliogr iphique sur un auteur qui appartient bien plus aux lettres et à la politique qu'à la philosophie, ne serai! point ici à sa place. N"iis indiquerons seulement l'édition complète des Oeuvres de Mme de Staël, publiée par Bon Sis. Paris, 1821, 17 vol. in-8. H. Bt.

STiEUDLIN (Charles-Frédéric), né à Stuttgart en 1761, mort à Oceiiiiigue, professeur de théologie à l'université de cette ville, en 1826, s'est signalé par plusieurs écrits utiles à l'histoire de la philosophie, et quelquBS dissertations philosophiques sur des sujets de morale où, après avoir soutenu d'abord l'autorité absolue de la raisoh. il finit par se déclarer pour le supranaturalisme. Voici les titres de ses ouvrages, tous rédigés en latin ou en allemand : Histoire el esprit du scepticisme, principalement par rapport à la morale el à la religion. 2 vol. in-8, Leipzig. 1794; — Mémoires pour la philosophie et l'histoire de la religion, et de la morale en général, 5 vol. in-8. Lubecfc, 1797-91); — Prolusioqua atteler philosophiez criticœ a suspicione atheismi vindicahrr. in-8, Gœttinguc, 1799; — Apologue pro J. C. Vanino, nolis et accession ibus auctoris, ab ipso auctorc Arpio exarala:, sed nondum in lucem publicam emissœ, in-8, ib.. 180*2; — la Morale philosophique et la morale biblique, in-8, ib., 1803; — Histoire de la morale philosophique et biblique, in-8. Hanovre. 1806; — Dephilosophiveplatènicœ eum doctrina t'èligionts judaiece el chrisliance cognationc. in-4. Gcettingue, 1819: — Histoire de la philosophie morale, in-8, Hanovre, 1822. Il a aussi publié, clans différents recueils, des dissertations sur les spectacles, le suicide, le rationalisme et le suprarationalisme. X.

STAHL (Georges-Ernest), né à Anspach en 1660, s'est rendu célèbre par ses travaux en médecine, et par la doctrine qui a reçu son nom, le stahlianisme. On n'a pas ici à raconter sa vie qui se termina en 1734. ni à énumérer ses découvertes et ses travaux. Il suffit d'indiquer ceux de ses travaux qui sont nécessaires à l'intelligence de sa théorie animiste. Ce sont : Theoria medica vera, Halle, 1707, 1708, 1737; — Vindictes theoriœ verce medicinœ, ib., 1694; — Disquisitio de mechanismi et organismi diversitate. ib., 1697; — Ars sanandi, Offenbach, 1730; — Xegolium otiosum seu seiamachia, etc.. Halle, 1720. C'est le recueil où se trouvent les pièces de sa polémique avec Leibniz. Quant à sa doctrine, elle a été exposée au mot Animisme. On consultera utilement : Lasègne, de Stahl et de sa doctrine médicale, Paris, 1846; — Dictionnaire des sciences médicales, article Stahlianisme; — Fr. Bouillier, du Principe vital et de l'àmc pensante, Paris, 1863; — A. Lcmoine, le Vitalisme et l'animisme de Stahl, Paris. 1863.

STANLET (Thomas), érudit anglais, né en 1625, dans le comté d'Hertford, mort en 1678, a laissé différents ouvrages, dont un seul doit être mentionné : c'est V Histoire de la philosopha-, contenant la vie, les opinions, les actions el les discours des philosoj/hes de toutes les écoles, Londres, 1663-1666. Cette compilation est faite sans méthode et sans critique. Elle est composée de fragments empruntés aux bibliographes anciens, rangés dans l'ordre le plus arbitraire. On : i rd les traditions qui concernent Thaïes et les sept sa^cs; puis, après Socrate et ses dis- , arrivenl l'ythagore, Empédocl . Heraclite, les sceptiques et Epicure, et, pour terminée, la philo léenne, p< rsan .Ce

STAP

STAP

recueil, tout informe qu'il est, a eu trois ou quatre éditions; celle de 1743 a été purgée d'un grand nombre d'erreurs qui s'étaient glis i dans lentes. II a été traduit en latin par

Oléarius (Leipzig, 1721). Il n'y a nul profit à en tiret aujourd'hui. E. C.

STAPFER (Philippe-Albert). Un des hommes qui, les premiers, ont fait connaître en France la philosophie allemande régénérée par Kant, naquit à Berne en 1766. Aux fonctions de ministre protestant il joignait celles de membre du conseil chargé de la direction des écoles et des affaires ecclésiastiques, quand eut lieu l'occupation de la Suisse par les troupes françaises (1798). Délégué près du Directoire avec Luthard et Jenner, il vit leur mission commune aboutir au pacte secret qui stipulait, entre autres articles, la retraite des Français et la neutralité de la Suisse; à son retour, non-seulement il fut nommé ministre de l'instruction publique et des cultes, mais il se mainLint à ce poste en dépit du général français, qui fit tous ses efforts pour amener et sa chute en Suisse, et sa mise en accusation par ordre des autorités françaises. Stapfer signala son passage aux affaires par la faveur dont il environna l'institut Pestalozzi, dont il fut comme le second fondateur. Renvoyé en France après Marengo (1800), il succéda comme plénipotentiaire a Jenner. Sa position était des plus embarras^mtes. L'énergie avec laquelle, sans même attendre les instructions de son gouvernement, il répondit par une note à la note par laquelle Bonaparte demandait l'annexion du Valais à la France, retarda pour huit ans l'absorption de ce pays dans le grand empire. Mais il n'eut pas et il ne pouvait avoir le même bonheur quant à l'organisation générale de son pays sous la pression de l'influence française : unitaire, il eut le chagrin d'avoir à signer, comme membre de la consulte, puis du comité central des dix, l'acte du 20 février 1808, qui consacrait et la forme fédérative et la médiation française; de plus, il vit ses efforts mal compris plus d'une fois par les siens. Il remplit encore divers offices, mais peu importants, et passa plusieurs années à Montfprtl'Amaury, occupé de l'éducation de ses enfants. De retour à Paris en 1817, il y vécut jusqu'en 1840. Outre quelques œuvres très-secondaires (telles qu'une traduction de Faust, une Description de l'Oberland, une Histoire de Berne. etc.), on doit à Stapfer : 1° De philosophia Socratis, 1786; — 2° la Mission divine et la nature sublime de Jésus-Christ déduite de son caractère (ail.), 1787; — 3° De oitœ immortalitate formata per resurrectionem Christi, 1787 : — 4J De natura, conditore et inercmentis reipubUcœ ethicœ, 1797; — 5° Du déveloÀ ment le /dus fécond et le plus raisonnable facultés de l'homme, d'après une méthode dirigéepar l'étude philosophique delamarch la civilisation (ail.), 1792. Les deux derniers ouvrages sont, sans contredit, les plus importants de Stapfer, et le De natura reipubUcœ ethicœ surtout ne manque pas d'une certaine hauteur. Mais, si l'on tient à connaître la nature de l'esprit de l'auteur, il est au moins aussi nécess de connaître ses trois premiers écrits, et les articles Socrate, Kant et Villcrs qu'il a donnés, parmi bien d'autres, à la Biographie universelle. Stapfer ne fut point un génie inventeur, et l'on ne peut dire qu'il ait rien ajouté à la philosophie: niais il mérita bien d'elle en s'y Livrant résolument lorsque le pouvoir la trouvait importune et voulait l'étouffer sous le nom d'idéologie; il en savait l'histoire; il était dou qualités nécessaires pour l'exposer. 11 aimait à suivre toutes les évolutions de la civilisation et

de l'esprit humain; quelques-unes le pa naicnl. Telles furent celles que représentent les noms 'le K mi p irmi les i

du Christ dans le momie. De là son article Kant, en un temps où seuls en France Yillers et Mme de Staël avaient esquissé de ce

philosophe; de là deux autres ouvr plu-, haut, et Partie rante ans à la monograpl

collent, qui conlienl plus d'un aperçu particulier à l'auteur. Quant à la philosophie m peut être qualifié d'éclectique; il a uni, dans sa croyance et d luite, la morale du kan-

tisme et la foi au christianisme. Convaincu que nos facultés intellectuelles par elles-mêmes ne peuvent saisir la vérité en soi, convaincu peutêtre encore plus de ce qu'il appelle « l'impuissance du sens moral », il proclame le besoin de la révélation. « Socrate, dit-il. l'avait pressentie et presque annoncée ; au double point de vue théorique et pratique. Socrate avait porté l'idée de la vertu au plus haut point que l'homme puisse atteindre par ses propres forces; et. grâùé à lui déjà, la philosophie, de cosmologiquc ou physique qu'elle était, devint religieuse. •> Pour compléter son œuvre, il fallait la mission divine du Christ, dont, comme Villers, il admire « l'esprit sérieux, mesuré et ingénu, l'âme calme, transparente et profonde comme l'éther ». Il gémit et il s'étonne que Kant ne voie dans Jésus de Nazareth que le premier des hommes et répugne à l'origine surnaturelle du christianisme 11 s'écarte aussi de Kant, en ce que la métaphysique, à ses yeux, ne doit tenir que peu de placé, quoique la place la plus haute; mais il s'attache surtout à la psychologie et à la morale. Dans cette dernière sphère, il proclame comme principe vivifiant par excellence la philanthropie universelle : et, en psychologie, il se rapproche de l'école écossaise par le caractère de ses observations. Il ne méconnaît aucune faculté, aucun état de l'àme, pas même l'extase; mais il avertit que l'extase est incompatible avec le libre arbitre, car il réduit l'être qui la sent à un état passif entièrement opposé à l'état moral de l'homme qui surveille tous ses sentiments pour leur résister au besoin et pour les régir. Stapfer attache aussi la plus haute importance à l'éducation. Dans sa République éthique comme dans son Développement des facultés de l'homme, il relie sans cesse l'un à l'autre, il éclaire sans cesse l'un par l'autre le développement intellectuel et celui du sens moral, et ce double développement, il le voit se refléter de l'homme pris individuellement dans l'humanité. La République éthique, au reste, n'est pas un ouvrage de politique. Stapfer n'a rien écrit à ce sujet; mais il ressort et de ses ouvrages et de toute sa vie qu'il professait un libéralisme modéré, qu'il voulait la pondération des pouvoirs, qu'il penchait pour l'aristocratie; que, regardant le mécanisme électoi la clef

d'un gouvernement sage, il eût établi ce mécanisme à deux d :grés3 ou qu'il l'eût hérissé de nombreuses complications. En un mot, on peut dire que, san- litique

en France, on doil \ >ir en lui u des promoteurs et en quelque sorte un des fondateurs de la politique doctrinaire. C'est à Stapfer que sont adres- Maine de Biran, qui m « sa-

vant et honorable ami », les Réponses aux arguments contre l'a

liaison causale entre le pouvoir primitil motion. Ces r< i P "• M. Cou-

sin dans le volume intitulé: Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral. ^* •" • P

STEF

Page 1