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principalement ceux de la famille. 11 faut aussi moins de vague et d'uniformité dans l'éducation intellectuelle. Si; après les éléments généraux «lui sont la base de toute moralité et de toute culture, on donnait à chacun les connaissances les mieux appropriées à ses facultés et à la carrière qu'il parcourra probablement, à celle que sa famille elle-même a choisie pour lui, les âmes ne seraient point troublées aussi souvent par une ambition sans règle, une agitation sans but, et des espérances sans fondement, au bout desquelles se trouvent le suicide ou la révolte. Il faut e: fin poursuivre sans relâche, soit par la raison, soit par les armes du ridicule, cette littératuie fiévreuse, délirante, dévergondée, qui, mêlant la sensualité avec la rêverie, énerve et pervertit les mœurs, se raille de toute règle, insulte toute affection honnête, toute ambition légitime, et ne laisse subsister que l'égoïsme épris de l'absurde et à la poursuite de l'impossible.
Il serait difficile de mentionner ici tous les écrits qui ont été publiés pour et contre le suicide Nous nous contenterons d'indiquer quelques dissertations historiques où la plupart de ces écrits sont cités : Buonafede, Isloria critica e filosofica ciel suicido, in-8, Lucques, 1761; — Hermann, Dissertalio de autochiria el philosophiez ci e.r legibus romanis considerata, in-4, Leipzig, 1809 ; — Staseudlin, Histoire des opinions ei des doctrines sur le suicide, in-8, Gcettingue, 1824. — Sur la question elle-même, on pourra' lire les deux lettres de J. J. Rousseau [Nouvelle Hcloïse, 3° partie, lettres 21e et 22e), et le Werther de Gœthe. Enfin, l'on consultera avec fruit : Tissot, de la Manie du suicide el de l'esprit de récolle, in-8, Paris, 1840; — Brierre de Boismont, du Suicide cl de la folie suicide, Paris, 18Ô6, in-8.
SULZER (Jean-Georges), né à Wintherthur, en 1720, élevé au collège de Zurich, en même temps que l'illustre naturaliste Jean Gessner, vicaire d'un village d'Argovie, où il publia, en 174'i, son premier ouvrage, Considérations morales sur les Œuvres de la nature; puis précepteur dans une famille de Magdebourg, où il connut Euler et Maupertuis, fut appelé par Frédéric II à Berlin, et y fut reçu membre de l'Académie dès 1750. Au sein de cette compagnie, Sulzer exerça autant d'influence que Diderot en avait à Paris sur les artistes et les libres penseurs. C'est à Diderot, en effet, qu'on se plaisait à le comparer, bien qu'il le surpassât par la vigueur du caractère. Il devint successivement directeur de la classe de philosophie et inspecteur des lycées de Berlin. Atteint, malgré sa constitution robuste, d'une phthisic causée par un refroidissement subit au milieu d'un voyage en Suisse, cet homme de cœur et d'action mourut le 25 février 1789. Sa mort fut un deuil universel, non-seulement parmi ses compatriotes, mais en Allemagne.
Comme critique littéraire, Sulzer n'est plus connu que par sa Théorie générale des beauxarla, ouvrage concis, fruit de vingt années d'observations et de méditations, qui depuis s'étendit jusqu'à huit volumes in-8, et dont les meilleurs articles servirent utilement à Marmontel et à Millin. Dans cette Théorie, Sulzer traite les beaux-arts en philosopbe plus qu'en artiste, et ne s'arrête à leur partie, technique qu'autant qu'il en a besoin pour faire comprendre leur i. C'est leur côté intérieur et spirituel qu'il se propose de mieux éclairer. Si les arts mécaniques, les sciences et lss lois naissent de la n, dit-il, les beaux-arts ont juin- origine le sentiment moral, celte source commune du bon
et du beau. Le sentiment moral existe dans tous les êtres intelligents, mais il a besoin d'être fécondé et nourri : de là le but où les arts doivent tendre, et les principes qui leur doivent servir de fondement. L'objet de sa Théorie consiste donc : 1° à fixer ce but, qui réside dans la perfection de l'homme, et qui se confond avec son bonheur suprême ; 2" à déterminer ces principes, et à diriger les artistes dans l'application qu'il convient d'en faire, relativement à la grande fin proposée aux arts. L'objet de l'art, selon Sulzer, c'est V embellissement des choses ou l'idéalisation de la nature; le but de l'art, c'est le perfectionnement moral. Cette définition élevée, mais incomplète, devait provoquer les réclamations diverses de Lessing. admirateur de Shakspeare, de Winckelman, élève des anciens, de Gœthe le naturaliste, de l'orientaliste Herder, et même du froid et sévère Kant. Néanmoins, Sulzer eut le mérite de faire entrer dans le courant de l'esprit public une multitude d'aperçus justes et ingénieux, puisés dans une saine psychologie.
C'est la psychologie, en effet, qui constitue, à ses yeux, le fondement de la philosophie, et comme cette science se divisait, d'après lui, en deux parties, déterminées par les deux facultés qu'il accordait à l'âme, on pourrait diviser ses nombreux travaux en deux ordres : ceux qui concernent la faculté de connaître, d'apercevoir le vrai ; ceux qui portent sur la faculté de sentir, ou sur le bien et le beau. 11 est curieux, en effet, que Sulzer, cet esprit si jaloux d'action et de pouvoir, ait sacrifié dans son système la faculté de vouloir à la faculté de sentir.
La plupart de ses études psychologiques sont consignées dans les Mémoires de V Académie de Berlin, et ont été reproduites en langue allemande dans ses Mélanges, Leipzig, 1773-85, 2 vol. in-8 (ail.). Les mérites littéraires qui les distinguent, la simplicité, la clarté, l'élégance; se retrouvent aussi dans sa courte Encyclopédie des sciences et dans ses Exercices pour réveiller la réflexion, 3 vol. in-8. On y retrouve également ses principes, sa méthode et son esprit. Cet esprit est celui du spiritualisme expérimental, sorte de conciliation entre les procédés de Locke et ceux de Leibniz. C'est Yhistoire naturelle de lame que Sulzer voulait faire avancer, et c'est l'observation intérieure qu'il considérait comme l'unique moyen de ce progrès. En face du matérialisme contemporain, ses efforts étaient aussi louables que solides et utiles. 11 est un de ces esprits sensés, et un peu timides encore, qui forment une sorte de transition entre l'école écossaise et la nouvelle philosophie allemande.
Voy., pour avoir de plus amples détails, VHisloirc philosophique de l'Académie de Prusse, par M. Christian Bartholmess, t. II, p. 77 à 112