‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 376 sur 439 · SYN · texte numérisé non relu

SYN

maticicns habiies el de quelques gens de lettres distingués, le crédit incertain que gardait •ncore la logique s'évanouit peu à peu devant le xviii0 siècle ; la théorie du syllogisme en particulier fut à peu près complètement oubliée. Elle disparut même des livres de logique; et il faut voir avec quel mépris en parlaient, au début de notre siècle, les héritiers de Condillac. Aujourd'hui, et par suite de la rénovation générale des études philosophiques, cette étrange méprise a cessé : mais l'étude de la logique n'est pas encore florissante, bien qu'on en comprenne l'importance et la grandeur. La traduction de YOrganon d'Aristote contribuera sans doute à ranimer parmi nous, non pas le zèle dont fut enflammée jadis la scolastique, mais tout au moins le désir de connaître les grands travaux qui ont exercé tant d'influence sur le passé, et qui tiennent une telle place dans l'histoire de l'esprit, humain.

L'école écossaise, qui, dans le xvme siècle, avait trop imité Bacon, et qui s'était laissée aller, toute prudente qu'elle est, à des invectives qui ne sont permises qu'à l'ignorance, semble s'être ravisée plus tard; et aujourd'hui, grâce aux travaux de son plus célèbre représentant, M. Hamilton, elle estime Aristote à toute sa valeur ; elle a même tenté quelques nouveautés en logique, et la science du syllogisme a été de nouveau approfondie par elle. Mais c'est à l'avenir seul qu'il appartiendra de prononcer sur ces essais, qui sont tout récents et qu'on ne peut encore bien juger. Quant à l'Allemagne, bien qu'elle ait beaucoup pratiqué Aristote, bien qu'elle l'admire avec une sorte de vénération, elle n'a rien produit encore de considérable; mais, du moins, docile aux avertissements de Leibniz, à ceux de Kant et de Hegel, fidèles euxmêmes à toute la tradition protestante, elle n'a. jamais prononcé anathème contre la syllogistique; et, sans l'avoir très-heureusement culti\ce, elle en a toujours gardé l'intelligence et le respect. L'Allemagne s'est souvenue, comme nous devons nous souvenir aussi, de cette grande parole de Leibniz : « L'invention du syllogisme est une des plus belles et des plus importantes de l'esprit humain; et l'on peut dire qu'un art d'infaillibilité y est contenu. » [Nouveaux Essais, liv. IV, ch. xvn § 4.)

Il reste à dire un dernier mot pour finir l'histoire du syllogisme.

On a souvent accusé Aristote de plagiat. Sans parler des Catégories qu'on a fait remonter à Archytas, dont elles étaient empruntées servilement, on a répété, sur la foi d'une tradition incertaine, que le philosophe grec avait reçu sa logique toute faite des brahmanes de l'Inde , à l'époque de l'expédition d'Alexandre. Cette étrange assertion était soutenue de l'autorité de William Jones. Plus tard, Colebrooke vint y ajouter la sienne en déclarant positivement que le syllogisme était connu des philosophes indiens et qu'il se trouvait avec tous ses éléments essentiels dans un système de logique appelé Nyâya, qui a exercé dans l'Inde la même influence à peu près que YOrganon dans le monde occidental ( Essais, t. 1, p. 292). D'après des témoignages aussi positifs et aussi considérables, on cbit naturellement conduit à se demander si le „is:ne péripatétieien venait de l'Inde, ou si l'Inde l'avait emprunté à la Grèce (voy. M. Cousin , Cours de l'histoire de la philosophie moderne, t. II, p. 133). Le problème, comme on le reconnaissait, était insoluble dans l'état actuel de nos connaissances historiques. Mais la traduction de l'ouvrage sanscrit d'où l'on pouvait croire qu'Aristote avait tiré le sien est venue dissiper

DlCf. PHlIXJS.

tous les doutes. Le Nyâya n'a pas le moindre rapport avec YOrganon, et le philosophe grec aurait possédé et compris le système de Gotuna, qu'il n'y eût pas trouvé le moindre se -ours pour ses théories. Ce fait une fois établi, il reste aujourd'hui démontré qu'Aristote n'a copié personne, et que la sy] logistique lui appartient tout entière comme l'ont cru l'antiquité, le moyen âge et tous les historiens de la philosophie jusqu'à nos jours (Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques, t. III, p. 227 et suiv.). L'orgueil d'Aristote lui-même est pleinement justifié; et il est vrai, comme il s'en v.wite, qu'il n'a point eu de devanciers dans une cnrière où personne, même dans les temps postérieurs, n'est allé plus loin que lui (voy. la fin du Traité des réfutations des sophistes).

Pour bien connaître la théorie du syllogisme, il faut l'étudier d'abord et presque exclusivement dans Aristote lui-même. Il faut ensuite, pour éclaircir une exposition trop concise, s'adresser aux commentateurs grecs et arabes : Alexandre d'Aphrodisias, Simplicius, Philopon, et Averroès en particulier; aux commentateurs du moyen âge, Albert le Grand en tête, saint Thomas d'Aquin et Duns-Scot ; plus tard aux Commentaires des jésuites de Coïmbre et de Louvain et à ceux de Pacius. Il sera bon de consulter aussi la Logique de Port-Royal, qui est encore ce que notre langue possède de plus complet sur la théorie du syllogisme; enfin la Logique de Bossuet et les Lettres d'Euler à une princesse d'Allemagne.

Ces indications tontes générales doivent suffire; car, si l'on voulait entrer dans le détail, les ouvrages spéciaux sont à peu près innombrables ; et il serait encore beaucoup trop long de n'énumérer même que les principaux. Voy. les articles Aristote, Logique, Méthode, Démonstration, Gotama, Nyaya. B. S.-H.

SYNCRÉTISME (7\Jvx&Y]Tt(7u.6; , de m» et de xpïixî^eiv, littéralement se réunir à la manière des Cretois, la réunion de toutes les villes rivales de l'île de Crète contre l'ennemi commun). Détourné de sa signification historique et politique. ce terme n'est plus employé que pour désigner le mélange , le rapprochement plus ou moins forcé de deux ou plusieurs doctrines entièrement différentes. Il ne faut donc pas confondre, comme on le fait assez souvent, le syncrétisme avec l'éclectisme. L'éclectisme est un système qui s'appuie sur l'observation et sur la critique. Remarquant que les opinions humaines sont habituellement mêlées de vrai et de faux, il entreprend la séparation de ces deux choses dans les doctrines les plus célèbres, et pour cela il est obligé de les soumettre à la discussion et d'interroger directement la conscience, critérium commun de toutes les opinions. Les vérités éparses entre les systèmes une fois dégagées de l'erreur, il faut encore les combiner et les concilier entre elles de manière à former un tout homogène, un système à la fois plus solide et plus étendu que les autres, une science conforme à la nature des choses et dont les systèmes particuliers représentent les différentes phases. Le syncrétisme, au contraire, c'est le simple mélange, la juxtaposition et non la conciliation de plusieurs opinions différentes et même opposées. Nous en trouvons le premier exemple chez Philon d'Alexandrie, qui, nourri également de la philosophie grecque et des doctrines de l'Orient, principalement du système de l'émanation, s'efforça de les réunir, le plus souvent sans les comprendre et sans se douter des contradictions engendrées par ce mélange. Les gnostiques sont dans le même cas. sinon que la confusion, chez

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