SY11I
valent mieux que l'argent choisi.» (Prov., ch. vin, *. 19.) Elle est l'œil de l'esprit; et de même que l'œil du corps, à cause de sa proportion avec la lumière, voit les choses du dehors; de même l'œil de l'àme, à cause de son affinité avec la lumière intelligible qui est en tout, voit la lumière qui est en tout. C'est donc avec raison qu'un philosophe a dit : « Le sage a ses yeux dans sa têle, et le fou marche dans les ténèbres.» (Eccl., ch. h. t. 14.) De toutes les occupations, en effet, l'occupation intellectuelle est la plus excellente; car l'âme est autant au-dessus du corps que l'être rationnel est au-dessus de l'irrationnel, que l'animal est supérieur à ce qui n'a pas la vie. Or, la culture et l'ornement de l'âme, c'est la science. La science est de deux sortes : ou bien l'homme la cherche et la trouve par lui-même, ou bien il la reçoit par l'enseignement. L'enseignement, à- son tour, est de deux sortes : l'un est celui que les hommes se transmettent entre eux; l'autre vient des envoyés de la Divinité. Mais l'enseignement seul ne peut suffire; car on trouve entre les maîtres les contradictions les plus manifestes : les uns disent qu'il n'y a qu'un Dieu, les autres qu'il y en a plusieurs; les uns disent que Dieu a des contraires, les autres qu'il n'en a pas; les uns disent que Dieu est tout-puissant, les autres qu'il ne saurait tout faire; les uns soutiennent que le monde est créé, d'autres prétendent qu'il ne l'est pas ; et parmi ceux-ci, les uns disent qu'il a été tiré dune matière préexistante, les autres qu'il n'a point eu de commencement et qu'il n'aura jamais de fin. Les uns disent que les hommes sont libres en leur volonté, et les autres le nient. Il est ainsi une foule de points sur lesquels les différents systèmes sont en désaccord les uns avec les autres, et il n'est pas plus possible de les rejeter tous à la fois, que de les admettre tous. Il ne reste donc qu'un seul parti à prendre : c'est d'adopter l'un et de rejeter l'autre. Or. pour cela il est nécessaire de les connaître, afin que l'on sache pourquoi l'on embrasse l'un et pourquoi l'on repousse l'autre L'étude de ces systèmes intéresse donc également la foi et la science. La science, en effet, a pour objet les choses rapprochées de nous, évidentes et accessibles à l'expérience; la foi s'applique aux choses éloignées, invisibles et qu'on ne peut connaître exactement. L'une n'exclut pas le doute; l'autre n'admet aucun doute ; or, c'est le doute qui fait la division, et l'absence de doute qui fait l'unanimité. La science, par conséquent, est supérieure à la foi ; en effet, les croyants eux-mêmes examinent leur foi, et font l'apologie de la science, quand ils assurent que l'on saura un jour ce que l'on croit aujourd'hui, etc. »
Le vie et le vne siècle sont l'époque brillante des études philosophiques chez les Syriens. Une foule d'évêques et de patriarches, Abraham de Cascar, Ananjésu, Marabba, parmi les nestoriens ; Sergius de Résine, Sévère de Kinnesrin, Athanase, moine de Beth-Maleo, Georges, éyêque d'Arabie, Jacques d'Ëdcsse, parmi les jacobites, sont désignés comme ayant traduit, analysé ou commenté Aristote. La plupart de ces travaux, effacés par ceux des philosophes arabes, ont péri. On trouve cependant dans les manuscrits du Dritish Muséum, sous le nom de Sergius de Résine, évêque chialre, une série de traités péripatétiques, adressés à un certain Théodore, entre autres un cours complet de logique en sept livres, des traductions du Traité du inonde a Alexandre, etc. (n " 60, 14661): .sous le nom de Sévère
(]<■ Kinnesrin, un traite du s\ I des
BColies sur le Dipl ip|ur,vi(a< (n" L4660); sous le que d'Arabie, un vaste com-
mentaire sur VOrganon (n° 14659). Athanase et Jacques d'Ëdesse sont les auteurs de traductions de VOrganon ou d'autres écrits péripatétiques, que l'on trouve plus fréquemment dans les manuscrits.
En général, on le voit, les Syriens s'arrêtèrent aux premières pages de VOrganon. Ils s'étendent démesurément sur le Ilepi êp|Aï)vetaç, qui semble avoir été à leurs yeux le traité le plus essentiel ; les dernières parties de VOrganon sont fort écourtées. Us semblent même préférer, au texte pur d'Aristote, des abrégés, des traités de seconde main, dans le genre des Catégories prétendues de saint Augustin, et de ces traités de dialectique de Boëce, de Cassiodore, d'Alcuin, qui eurent tant de vogue durant la première moitié du moyen âge. Quant aux autres parties de l'encyclopédie péripatétique, ils ne les connaissent que par des extraits et clés analyses fort incomplètes. On ne peut mieux comparer la fortune d'Aristote chez les Syriens qu'à sa fortune durant la première période de la philosophie scolastique. Aristote est pour les Syriens ce qu'il est pour Alcuin, ce qu'il est pour Abailard, exclusivement logicien. Ce n'est que par les traductions arabes du ixe siècle que les œuvres d'Aristote ont été connues de l'Orient, comme ce n'est que par les traductions latines du xne siècle qu'il est devenu pour l'Occident le maître de toute science.
Parmi les commentateurs d'Aristote, les Syriens ont traduit Philopon et Nicolas de Damas ; mais ils n'en ont pas fait un usage fort étendu. Quant aux autres écoles de la Grèce, les Syriens n'ont eu sur elles que les notions les plus vagues. Platon ne leur est connu que par sa renommée et par quelques opuscules apocryphes. Us ont eu pourtant des traductions de moralistes et de poètes gnomiques. Le manuscrit 14658 du Brilish Muséum contient des collections de sentences attribuées à Ménandre, à Pythagore et à Théano, tout à fait différentes de celles que nous possédons.
Mais c'est surtout par le rôle qu'ils ont joué dans l'initiation des Arabes à la philosophie, que les Syriens méritent d'occuper une place dans l'histoire de l'esprit humain. On peut dire sans exagération que cette initiation fut exclusivement leur œuvre. Dès l'époque de Mahomet et sous les Oineyyades, les nestoriens' s'étaient acquis de l'importance auprès des Arabes par leurs connaissances médicales. Sous les Abbassidcs, ils obtinrent à la cour des khalifes un ascendant vraiment extraordinaire, et devinrent le rrincipal instrument de leurs desseins civilisateurs. 11 faut se rappeler que ce n'est que par une Irès-décevante équivoque que l'on applique le nom de philosophie arabe à un ensemble de travaux entrepris en dehors de l'esprit arabe, sous l'influence d'une dynastie qui représente la réaction de la Perse contre l'Arabie, et à laquelle préside un khalife (Al-Mamoun) sur le salut duquel les musulmans rigides ont élevé des doutes sérieux. Les musulmans orthodoxes virent d'abord du plus mauvais œil ces études étrangères, et il s'écoula plus d'un siècle et demi avant qu'ils s'enhardissent à les cultiver pour leur propre compte. Jusque-là la science arabe resta le privilège de quelques familles syriennes et chrétiennes, Beni-Serapion, Beni-Mesué, Baktischouides, Roneinides, attachées presque toutes à la domesticité des et par lesquelles fut
accompli l'immense travail qui lit passer en arabe tout l'ensemble de la science el de ht philosophie grecques. En parcourant les listes de traducteurs qui nous oui h , on voit que tous,
presque sans exception, étaient chrétiens et
SYRI