SYST
Syriens, et l'on arrive à ce résultat, qu'aucun musulman ne participa à ce travail et n'eut connaissance de la langue grecque. La plupart de ces traductions se faisaient par l'intermédiaire du syriaque; souvent le même traducteur exécutait les deux versions, syriaque et arabe. Ainsi l'école de Honein fit passer consécutivement dans les deux langues tout le corps du péripatétisme, dont les Syriens n'avaient possédé jusque-là que la partie logique, et encore d'une manière incomplète. Mais il est arrivé que les traductions syriaques, qui à côté des traductions arabes n'offraient qu'un assez mince intérêt, ont toutes disparu ; c'est par erreur que l'on a cru que la bibliothèque Laurentienne possède quelques parties de l'œuvre de Honein. Plus tard, au xe siècle, quand on éprouva le besoin de refaire les versions arabes d'Aristote, ce sont encore deux Syriens, Abou-Buschar Mata et Jahya-ben-Adi, que l'on trouve à la tête de ce travail.
Tel est donc le rùle des Syriens dans l'histoire de la philosophie : continuateurs immédiats de la philosophie grecque en décadence au vie siècle, ils la prennent au point où ils la trouvent, réduite presque à la logique d'Aristote, et la transmettent ainsi aux Arabes. Les Syriens, non plus que les Arabes, n'ont choisi Aristote pour leur maître ; les uns et les autres l'ont reçu de la tradition des écoles grecques. On peut dire que le moment décisif ou se fonde l'autorité d'Aristote et où commence la scolastique, est celui où la seconde génération de l'école d'Alexandrie se porte vers le péripatétisme. C'est sur ce prolongement de l'école d'Alexandrie qu'il faut chercher le point de soudure de la philosophie syriaque avec la philosophie grecque, et de la philosophie arabe avec la philosophie syriaque. Dans aucun des deux passages, il n'y eut création ni spontanéité; il y eut transmission et acceptation d'un système d'études déjà consacré et envisagé comme la forme nécessaire de toute culture intellectuelle.
La philosophie syriaque se confond désormais avec la philosophie arabe. Quelques Syriens, toutefois, continuèrent encore à écrire sur la philosophie dans leur langue savante. Tel fut Grégoire Barhebraeus (1226-1286), connu comme historien arabe sous le nom d'Abulfaradj. Cet écrivain, le plus fécond sans contredit que la Syrie ait produit, représente exactement cette manière de fondre le texte d'Aristote dans une paraphrase continue, qui est celle d'Albert le Grand. Son encyclopédie, intitulée le Beurre de la sagesse, comprend l'ensemble complet de la discipline péripatétique, et ses innombrables traites de philosophie ne sont de même que des remaniements du texte aristotélique. Il n'y faut chercher aucune originalité, non plus que dans les écrits d'Ébedjésu, patriarche de Nisibe (mort en 1318). Aujourd'hui encore VIsagoge de Porphyre et le Uepi Epu.viveîa; sont des livres classiques chez les Chaldéens ou Syriens orientaux. Quant aux Maronites, ils sont toujours restés étrangers aux études philosophiques.
Les manuscrits de philosophie syriaque sont assez rares. La bibliothèque Laurentienne seule, en Europe, pouvait passer pour assez riche en ce genre, avant que le British Muséum eût acquis la précieuse bibliothèque de Sainte-Marie-Deipara de Nitrie, laquelle a rendu à la science une foule de textes que l'on croyait perdus. L'auteur de cet article a publié, d'après les renseignements puisés dans ces manuscrits, une thèse latine, de Philosophia peripatetina apud Syros, in-8, Paris, 1852. La Bibliothèque orientale d'Asséinani et les deux opuscules de MM. Wonrich et Fluegel, sur les traductions d'auteurs
grecs en langues orientales, contenaient déjà quelques renseignements épars sur ce sujet.