‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 382 sur 439 · B. EL · texte numérisé non relu

B. EL

SYSTÈME (rrOaTTi[ia, de <jûv,avec, et de ï-îiâvai, placer, élever; littéralement, construction, la réunion de plusieurs choses en un seul tout). On appelle ainsi, non-seulement en philosophie, mais dans toutes les autres sciences, une réunion d'idées et de raisonnements tellement liés entre eux, qu'ils ne peuvent se comprendre complètement les uns sans les autres, et qu'ils découlent tous ensemble de certains principes communs. Mais pourquoi éprouvons-nous le besoin de ranger nos idées dans cet ordre, et notre esprit ne trouve-t-il le repos que dans l'unité? parce que nous croyons que le même ordre, que la même unité est dans la nature des choses : c'est ainsi qu'on parle en astronomie de divers systèmes planétaires; en anatomie, d'un système nerveux, d'un système ganglionnaire. Le mot système a donc un double emploi : il s'applique tout à la fois à nos idées ou à nos connaissances, et aux objets de nos connaissances ; et dans l'un et l'autre cas il présente le même sens, il exprime les mêmes rapports.

Maintenant, que faut-il penser de tout ce qui a été dit et se dit encore tous les jours contre l'esprit de système? L'esprit de système doit-il être banni de la science? Autant vaudrait dire qu'il faut bannir de la science l'esprit d'ordre et d'unité ; ou, mieux encore, autant vaudrait supprimer la science elle-même ; car, sans unité et sans ordre, en un mot sans système, la science n'existe pas, et il ne reste à sa place que des idées confuses, que des jugements stériles, isolés et sans preuves. Cela est évident pour les mathématiques, c'est-à-dire les sciences les moins accessibles à l'erreur et qu'on qualifie particulièrement d'exactes : car la certitude absolue qui leur est propre vient précisément de ce qu'elles forment une chaîne non interrompue de déductions, suspendue à un petit nombre de définitions et d'axiomes. Cela est également vrai des sciences physiques, et, en général, de toutes les sciences d'observation, quoique par une raison toute différente. En effet, il n'existe pas dans la nature un seul fait ni un seul objet absolument isolé et indépendant, mais tous s'engendrent ou au moins se modifient les uns les autres : comment don; prétendrions-nous les connaître tels qu'ils sont, si nous ne les connaissons pas dans leurs rapports? De plus, parmi ces rapports, les uns sont particuliers et accidentels, les autres généraux et invariables : comment concevoir et retenir les premiers, s'ils ne sont subordonnés aux derniers et liés les uns aux autres comme dc.-> conséquences à leurs prémisses? Peu importe que les conséquences soient connues avant les prémisses ou les faits avant les lois; le lien qui les unit n'en est pas moins réel et nécessaire. Que dirons-nous de la philosophie, dont l'objet propre est de rechercher le principe de tous les principes, c'est-à-dire le seul qui soit digne de ce nom, et ce qu'il y a de commun à toutes nos connaissances? Une telle science n'est-i si la plus haute expression de l'idée que nous nous formons d'un système? Une philosophie sans système n'est qu'un empirisme grossier, qui équivaut à la négation même de toute philosophie La philosophie, pendant longtemps, n'a pas été autre chose que la science en général' et ses premiers systèmes sont les premiers essais des différentes sciences particulières : du système ionien est sortie la physique; du système pythagoricien, les mathématiques el l'astro-

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