‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 384 sur 439 · TAIT · texte numérisé non relu

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ses tendances morales et pratiques, qu'il atteint à peu près ce but.

L'influence de Jean Tauler fut grande sur ses contemporains. On l'appelait le docteur illuminé. On le prenait pour arbitre dans les différends. Son dévouement fut admirable pour les malades, dans la peste noire qui désola Hambourg en 1348. Après quelques persécutions supportées avec courage et noblesse, il mourut entre les bras de sa sœur, religieuse au couvent de Saint- Nicolas-aux-Cordes, à Strasbourg, en 1361.

Le meilleur travail, et pour ainsi dire le seul accessible, sur Jean Tauler, c'est le savant mémoire de M. Schmidt, sur le mysticisme allemand au xive siècle, imprimé dans les Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques, 1847, t. II, Savants étrangers.

TAURELLUS (Nicolas) naquit à Montbéliard le 26 novembre 1547, étudia à l'université de Tubingue la philosophie et la théologie, puis se fit recevoir, à Bâle, docteur en médecine. Il était attaché, en cette qualité, à la personne du duc de Wurtemberg, lorsque les théologiens, irrités par l'indépendance de ses opinions, excitèrent contre lui une cabale à laquelle il fut obligé de céder. Il retourna à Bâle. ou il occupa une chaire de philosophie et de médecine jusqu'en 1580, époque où il fut appelé à Altdorf pour y enseigner les mêmes sciences. Il mourut de la peste qui ravagea cette dernière ville en 1606.

Taurellus est un des esprits les plus ardents et les plus libres de cette époque de liberté et d'enthousiasme qu'on appelle la Renaissance. Chez les uns, il passait pour un socinien; chez les autres, pour un athée. Il n'était qu'un ennemi de la routine et de la philosophie d'Aristote telle qu'on la comprenait jusqu'alors, entourée d'une sorte de consécration religieuse tant dans les écoles protestantes que dans les écoles catholiques. Il se demandait comment l'éternité du monde, enseignée par le philosophe de Stagire, pouvait se concilier avec le dogme biblique de la création. Il ne pouvait comprendre que ce qu'on regardait comme vrai en philosophie pût être faux en théologie, et réciproquement. Il ne reconnaissait, au contraire, qu'une seule vérité, se manifestant à la fois par la raison et par la révélation, par la philosophie et par la théologie. Ces deux sciences, selon lui, loin de se contredire, devaient donc se prêter un mutuel appui. Mais quel est l'objet propre de chacune de ces deux sciences, et quelles sont les limites qui les séparent"? Tel est le problème qu'il faut résoudre pour réussir dans cette conciliation. Taurellus commence par déterminer l'objet de la philosophie, ou, ce qui revient au même, la puissance naturelle de la raison.

« La philosophie, dit-il dans son principal ouvrage (FJhiloso/i/ii<r triumphus, in-8. 1573); la philosophie n'est pas la propriété de tel ou tel philosophe, pas plus d'Aristote que d'un autre; elle appartient a l'esprit humain : I/umanœ menti, non Aristotcli, est adscribenda. » Aussi ne faut-il pas lui attribuer les erreurs qui ont été soutenues sous son nom. Elle est au dessus de toutes les opinions personnelles et de tous les systèmes particuliers; elle est la raison mé ou la connaissance que nous peut donner des i - divines et humaines la (acuité émanée de l'intelligence par la voie infaillible du raisonneilté ne peul être mise en doute, et il est incontestabli > née avec i

car elle est l'essence même de l'âme; l'âme iir lil la perdre sans cesser d'exister. l>e> causes physiques peuvent gé- •n action; elle peul être d< veloppi e dans différents sens cl a >l ITérents degrés, par diffé-

rents genres d'éducation: mais rien n'est capable de la détruire. Taurellus est donc contraire à cette proposition d'Aristote universellement consacrée dans les écoles, que l'âme est une table rase et que toutes les idées lui viennent du dehors. Comment une substance immatérielle peutelle être comparée à une table ou à la toile encore blanche d'un peintre? Comment soutenir que l'âme se borne à réfléchir les images qu'elle reçoit du monde extérieur? L'âme ne peut penser sans agir; elle est une substance essentiellement active, et son activité se manifeste par l'intelligence autant que par la volonté. Tout ce qu'elle comprend véritablement est sa propriété et sa conquête. Par cette doctrine, qui fait penser involontairement à celle de Maine de Biran, Taurellus ne se sépare pas moins de Platon que d'Aristote. La connaissance vraie étant le fruit de notre activité, c'est-à-dire de l'analyse et du raisonnement, n'est pas plus une réminiscence qu'un résultat de la sensation. 11 y a cependant une certaine analogie entre la connaissance et la réminiscence ; car nous portons au fond de notre âme le principe de tout savoir, qui se développe par les opérations de l'intelligence, sous l'excitation du monde extérieur. Sans les objets sensibles, qui viennent frapper nos sens et éveiller notre attention, notre âme resterait comme engourdie au sein de la matière cérébrale.

La théologie diffère complètement de la philosophie par son principe et son but. Le principe de la philosophie est, comme nous venons de le voir, le raisonnement, la démonstration; le principe de la théologie, c'est l'autorité ou la foi. La philosophie a pour but la science, c'est-à-dire la simple connaissance de la puissance de Dieu et de ses autres attributs. La théologie est la révélation de sa volonté. L'une nous fait connaître ce qu'il nous faut penser de lui; l'autre, ce qu'il faut faire pour lui obéir. Theologiam divinœ voluniatis revelatione deftnimus et philosophiam Dei cognitione. (Philosophiez triumphus, p. 88.) C'est exactement la même distinction que nous trouvons, plus tard, dans le Traité theologicopolitique de Spinoza. Entre deux puissances aussi différentes, il n'y a aucune contradiction possible, l'une s'adressant à notre entendement, l'autre'à notre liberté. De plus, la théologie peut aussi en appeler au raisonnement; c'est tout ce qui est vrai ou susceptible de démonstration; et il n'est pas à craindre que ses arguments viennent heurter ceux de la philosophie, puisqu'ils s'appliquent à des objets tout différents. Cependant la théologie ne peut se passer des vérités philosophiques, et les suppose nécessairement. Ainsi il faut savoir que Dieu existe, qu'il est toutpuissant, qu'il compte au nombre de ses attributs la bonté et la justice, avant de pouvoir admettre qu'il s'est révélé aux hommes d'une manière extraordinaire; qu'il leur a envoyé son Christ pour les racheter du péché; qu'il se laisse toucher par leurs prières et par leurs larmes. Au reste, Taurellus, conformément à la distinction que' nous avons signalée plus haut, n'iu pas à attribuer à la philos.] hie et à l'intelligence naturelle de l'homme une grande partie des dogmes sur lesquels repose aussi la théologie : l'unité de la substance et la trinité des personnes en Dieu, la création du monde sans aucune matière préalable, la création du genre humain. l'accord «le la miséricorde et de la justice divine. «Ces vérités, ajoute Taurellus («6» supra, ;;• partie, p. 216), sont parfaitement phil phiques, parce qu'elles peuvent être démontrées d'une manière certaine par le raisonnement; mais elles sont aussi théologiques, parce que la plupart n>' les connaissent que par la tradition et

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