‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 385 sur 439 · TELE · texte numérisé non relu

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n'y croient que sur l'autorité de Dieu. » La raison par laquelle l'âme atteint à ces hauteurs, c'est qu'elle est une substance simple qui ne peut se connaître elle-même sans connaître Dieu, et tout ce qu'elle connaît elle le doit à elle-même ; car, encore une fois, elle ne peut connaître sans agir : elle n'est pas une substance inerte (ubi supra). Fidèle à ces principes, Taurellus ne nous présente guère, dans la suite de ses ouvrages, qu'uno démonstration philosophique des principaux dogmes du christianisme, et une réfutation des doctrines d'Aristote qui leur sont contraires. Il va sans dire qu'il fut aussi peu goûté des théologiens que des philosophes.

Outre l'ouvrage que nous venons d'analyser, Philosophiez trwmphus. Taurellus a laissé les écrits suivants : Synopsis Arislotelis Metaphysices ad normam chrislianœ religionis explicatœ, emendatœ et complétée, in-8, Hanovre, 1596 ; — Alpes cœsœ, hoc est Andreœ Cœsalpini, monstrosa et superba dogmata discussa et excussa, in-8, Francfort-S.-M., 1597; — Cosmologia, in-8, Amberg, 1603; — Chronologia, in-8, ib., 1603; — de Rerum œternitate, in-8, Strasbourg, 1604. — Voy. aussi l'apologie de Feurlin, Dissertalio apologetica, pro Nie. Taurello, in-4, Nuremberg, 1734.

TAURUS, surnommé Calvisius, originaire de Béryte, près de Tyr, d'où lui est venu aussi le surnom de Berytius. C'est un philosophe platonicien du IIe siècle de l'ère chrétienne, qui tenait école à Athènes, sous le règne d'Antonin le Pieux, et comptait parmi ses disciples Aulu-Gelle. Aussi le peu que nous savons de lui le devons-nous principalement à cet écrivain, qui parle fréquemment et toujours avec respect de son ancien maître. Taurus Calvisius s'appliquait surtout, dans son enseignement, à expliquer les dialogues de Platon, et à distinguer la doctrine de ce philosophe de celle d'Aristote et de celle des stoïciens. Il a écrit plusieurs ouvrages, entre autres un Commentaire en trois livres sur le Gorgias de Platon, mais dont il n'est pas resté un seul fragment. Nous savons seulement, par Aulu- Gelle, que, s'occupant de l'utilité des châtiments, il leur assignait un triple but : 1" améliorer le coupable; 2" venger l'offensé; 3° servir d'exemple. X.

TÉLÉOL.OGIE (de ré>.o:, fin, et Xôyoç, discours, science : la science des fins). On appelle ainsi la

Shilosophie appliquée à la connaissance des fins e la création et de chaque être en particulier, ou la considération philosophique du but final des choses. Mais cette considération ne peut pas donner naissance à une branche particulière de la philosophie; car la fin de l'homme est l'objet propre de la morale; et les diverses fins que la nature se propose dans l'organisation de chaque être se ramènent à une seule question : l'usage qu'on peut faire des causes finales dans les sciences naturelles. Cette question a été traitée ailleurs. Consultez Kant, Critique du jugement. Voy. Causes finales.

TELESIO (Bcrnardino) naquit en 1508 à Cosenza, en Calabre, d'une ancienne et illustre famille. Son oncle, Antoine Telesio, savant humaniste, lui donna une instruction classique des plus étendues, à Milan, puis à Rome. A Padoue, vers 1527, il s'adonna avec ardeur aux études philosophiques et mathématiques; et, revenu à Rome vers 1535, il prit, dans le commerce journalier qu'il entretint avec Bandinelliet Jean délia Casa, la résolution de fonder une science de la nature, plus vivante et plus réelle que la physique officielle, c'est-à-dire que celle d'Aristote. L'exécution de ce projet fut toutefois retardée par le mariage de Telesio et par des chagrins do-

mestiques. Ce fut à Naples, dans le paiais d'un de ses amis, Ferdinand Caraffe, duc de Nocera, que le novateur produisit ses opinions, et qu'il réunit un certain nombre de gens d'esprit et du monde en une académie libre appelée tour à tour 1 Académie de Telesio ou V Académie de Cosenza. Avant de fonder cet institut, il consigna le résultat de ses observations et de ses réflexions dans un ouvrage intitulé : de Natura rerum juxla propria principia, Rome, 1565, in-4. Cet ouvrage, composé d'abord de deux livres, plus tard de neuf (Naples, 1586), excita une vive sensation, non-seulement par son contenu, mais par son langage net et clair; il provoqua une violente polémique dans laquelle les aristotéliciens, et plus encore les moines d'ordres divers, déployèrent une triste et industrieuse animosité. Effrayé par l'orage qu'il avait soulevé, Telesio se retira dans sa ville natale, et bientôt après fut en proie à une mélancolie qui l'enleva, en 1588, au culte enthousiaste de ses compatriotes. 11 méritait la réputation d'un esprit judicieux, précis et savant; d'un caractère ferme, prudent, sage et aimable; et, parmi les philosophes contemporains, il se distinguait autant par la modestie simple et grave de ses mœurs que par la tranquille sobriété de son génie.

Outre son principal ouvrage, il publia une série, devenue très-rare, d'opuscules consacrésà diverses questions de philosophie naturelle. Après sa mort, son ami Antoine Persio édita quelques autres de ses traités de physique ou de physiologie. Presque tous ses travaux furent mis à l'index en 1606 malgré la faveur particulière

dont leur auteur avait joui à la cour de Rome, laquelle lui avait offert jusqu'à l'archevêché de Cosenza.

La doctrine de Telesio, ce qu'il appelle ses principes propres, forment deux parties, l'une critique et l'autre positive. Dans la première il attaque particulièrement Aristote, en lui reprochant de donner pour principes de pures hypothèses, des abstractions; de s'adresser à la raison et non à l'expérience, de construire et d'imaginer, et non d'observer et de découvrir; c'est-àdire de suivre une méthode tout à fait opposée aux voies de la nature et aux vœux manifestes de la Divinité. A cette méthode, il oppose la sienne, V intuition des choses cl de leurs forces, la connaissance sensible des êtres réels, entia realia. L'analogie , l'inspection des vraisemblances, et même l'induction , sont déjà recommandées par Telesio, qui, pour cela, est appelé par Bacon le premier d'entre les modernes, no~ vorum hominum primus.

Dans la partie dogmatique de son ouvrage capital, il traite très-peu de Dieu, beaucoup de l'homme, mais particulièrement du monde. Aussi peut-on diviser son système en deux parties, en cosmologie et en anthropologie.

Dans la première de ces deux pailles, il assigne trois principes à l'univers, deux incorporels et actifs, le froid et le chaud, et un troisième, purement corporel et passif, la matière. La chaleur lui est un principe céleste, le froid un principe terrestre : l'une, la source du mouvement et de la vie; l'autre, la raison de l'immobilité et du repos. La matière, cette base des corps, cet objet des deux agents incorporels, n'est ni augmentée, ni diminuée en général; tandis que le froid et le chaud se disputent sans cesse la prépondérance et triomphent tour à tour. Leur lutte a produit le ciel et la terre; tandis que le combat du soleil et de la terre fait naître les choses de second ordre , telles que les animaux. Ce qui distingue l'homme des animaux, c'est qu'il possède seul une âme immortelle, divine, îmnié

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diatemcnt inspirée par son créateur; pendant que les animaux ne sont remplis et soutenus que d'un esprit séminal , formé et nourri de leur semence même. Aussi l'homme ne peut-il être satisfait uniquement de la possession et de la connaissance des choses qui servent seulement à le conserver et à le faire jouir des biens matériels; il aspire ardemment à celles qui n'ont pas d'utilité sensible , aux choses intellectuelles et morales : il n'est content qu'après être parvenu à contempler Dieu et ses œuvres, et à goûter d'avance l'avenir éternel et une immortalité bienheureuse. Chez lui, la sensation n'est pas une simple impression des objets matériels, elle est la perception des qualités mêmes de ces objets, en même temps que des mouvements de l'intelligence percevante. Il a la faculté, d'abord de se retracer ce qui est absent, puis d'anticiper sur l'avenir, en concluant, en induisant, en rapprochant ce que sa mémoire lui rappelle comme analogue. Une âme est vertueuse, et non intelligente seulement, lorsqu'elle accomplit parfaitement ce qui est conforme à sa nature véritable. Elle est sublime lorsqu'elle sait s'assimiler les qualités extraordinaires que la raison est forcée d'attribuer à Dieu. Pour qu'une âme parvienne à un tel degré de pureté et d'élévation, l'éducation et l'instruction ne suffisent pas; il faut que la nature l'y ait disposée par une faveur particulière.

On voit, par ce rapide exposé, combien le naturalisme de Telesio est incomplet. On voit surtout, qu'après avoir reproché àAristote de s'être appuyé sur des hypothèses, il ne se fait pas faute de partir lui-même de suppositions également gratuites. Ainsi ; les principes du froid et du chaud, empruntes d'ailleurs à Parménide, et ce troisième principe passif, qui ne mérite pas le titre de principe, la matière; leur séparation absolue, leur lutte permanente, leurs effets tantôt spirituels, tantôt corporels, sont évidemment des conjectures semblables à ce qu'il appelle les rêves d'Aristote. Les contradictions ne font pas ' défaut non plus. Non-seulement il place à côté des deux facteurs essentiels de l'univers un élément matériel; mais, pour expliquer la nature de l'homme, il en admet ensuite un quatrième, savoir, l'âme immatérielle, directement créée par Dieu même, et devenant la forme de l'esprit humain et la source des passions et des pensées. Pour comble d'inconséquence, Telesio assigne à cette âme, spontanée et immortelle, une seule et même source de connaissances et de lumières, la sensibilité. En résumé, le philosophe de Cosenza est plus habile à critiquer qu'à découvrir.

Parmi ses disciples, il faut citer Campanella, Antoine Persio, Patritius, et beaucoup d'autres d'entre ses compatriotes moins connus et moins dignes de l'être.

Consultez sur Telesio : F. Bacon, de Principiis et originibus sccimdum fabulas cupidinis et cœli, sive de Parmenidis et Tclcsii, et prœcipue Democriti philosophia Iraclata in fabula de Cupidine; — J. G. Lotter, Dissertatio de Bernardini Tclcsii philosophi ilali vita cl philosophia, Lipsia?; 1726-33, in-4; — Rixncr et Sibcr; Vies et opinions des plus célèbres physiciens à la fin du xvi" siècle, etc., Sulzbuch, 1819, in-8; — C. Bartholmess, de Bernardino Telesio, in-8, Paris; 1850; — Fiolentino, Bernardino Telesio, 2 vol. in-8, Florence, 18T3- 1*74. C. Us.

témoignage humain. On appelle témoin la personne qui affirme la réalité dun fait dont elle a. connaissance : le témoignage est oette affirmation même : l'autorité du témoignage est la valeur 1 1 le poids de cette affirmation.

Le témoignage humain est le lien le plus puis-

sant de la société. Tout individu reçoit nu transmet par ce moyen un nombre infini de vérités ou d'erreurs. De génération en génération, de peuples à peuples s'entrelace une chaîne infinie de témoignages vrais ou faux, sincères ou menteurs, qui met entre les intelligences humaines une solidarité qu'aucune catastrophe sociale ne peut détruire. L'autorité du témoignage rend seule possible l'éducation de l'enfant, assure la justice sociale, protège à la fois et l'accusé et la société; fonde par l'histoire l'identité des peuples et du genre humain; abrège les recherches du savant, et prépare aux hommes prudents une sagesse qui ne s'acquiert pas par la seule expérience.

Mais quels sont les fondements sur lesquels cette autorité repose; quels sont les principes par lesquels elle est légitime à nos yeux? Reid les a ramenés à deux. Le premier est l'inclination naturelle de l'homme à dire la vérité lorsqu'il n'est pas poussé au mensonge par quelque intérêt et quelque passion. Ce principe est trèspuissant, quoiqu'on ne le remarque point, et on ne le remarque point précisément parce qu'il agit presque constamment : on ne fait attention qu'à ses infractions. Ce principe est très-sensible dans l'enfance, qui est naturellement sincère, et qui ne commence à mentir que lorsque l'expérience lui a appris que le mensonge peut être utile. Il est aisé de se convaincre de l'existence et de la force de ce principe en se demandant si l'on n'a pas bien plus de plaisir à dire le vrai qu'à mentir lorsque rien ne nous y engage. « La vérité, dit Reid {Recherches sur Ventcnaement humain, t. 11, ch. vi, sect. 24 de la traduction française), est toujours sur le bord de mes lèvres : elle s'en échappe naturellement si je ne m'y oppose. Pour qu'elle en sorte, il n'est pas besoin que j'aie un but, des intentions bonnes ou mauvaises : c'est, au contraire, quand je n'ni aucun but, aucune intention, qu'elle sort le plus inévitablement. » Reid a donné à ce premier principe le nom de principe de véracité; le second principe, qui répond à celui-là, est, toujours dans le langage de Reid, le principe de crédulité. De même que nous disons naturellement la vérité, nous croyons aussi naturellement que les autres hommes sont disposés à la dire, et la disent en effet. Ni le mensonge, ni la défiance ne sont les premiers mouvements de l'esprit. L'enfance croit tout, et dit tout ingénument : elle apprend à douter en même temps qu'à mentir. Même après les avertissements nombreux de l'expérience, l'homme fait est toujours plus disposé à croire qu'à douter.

Mais l'homme, quoique né pour la vérité, ne l'énonce pas toujours dans ses discours. 11 trompe et il se trompe. L'erreur et le mensonge sont les deux vices qui corrompent la sincérité naturelle du témoignage. Un témoin assure un fait ou une vérité. Mais a-t-il bien vu ce fait? a-t-il bien examiné cette vérité? n'est-il pas dupe de son imagination, de ses sens, de ses passions? ou bien, suis être dupe lui-même, n'a-t-il pas quelque intérêt à duper les autres? Telles sont les questions qui se présentent devant chaque témoignage, et qui ne peuvent être résolues que par une critique sévère.

Les règles de cette critique sont parfaitement connues. Puisque le témoignage peut être vicie. soit par l'erreur, soit par le mensonge, il faut se. demander à quels signes on peut reconnaître la présence de ces deux choses. Or, l'erreur dans un témoin peut venir de deux sources : OU de son ignorance en général, c'est-à-dire d'une certaine incapacité de comprendre, de voir et d'ob* server ; ou de son ignorance relative au fait

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