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particulier qu'il s'agit d'éclaircir. Il est certain d'abord que l'homme qui n'est pas éclairé, ou qui manque naturellement de jugement, ne voit pas bien même les choses qu'il voit, et est inc Lpablc d'en raconter les détails avec justesse et exactitude. Il y a des esprits, même distingués, qui manquent à tel point de l'esprit d'observation ou de la mémoire, qu'ils ne peuvent retracer avec précision aucune des circonstances d'un fait dont ils ont été témoins. Pour voir il rre suffit pas d'avoir des yeux, il faut les appliquer avec attention sur les choses; et celui qui, soit défaut naturel, soit défaut d'exercice, manque de cette faculté d'attention, sera toujours un témoin peu sur, et un garant médiocre de la vérité d'un fait. Ce n'est pas que l'on doive absolument préférer, en fait de témoignage, un savant à un témoin ignorant; il faut seulement avoir soin d'interroger chacun sur les faits dont il peut déposer : c'est celui qui a vu qui est le vrai savant dans cette circonstance. Il faut donc examiner si le témoin sait bien la chose dont il parle, ou s'il l'ignore ; ne consulter l'astronome que sur les révolutions des astres, le physicien sur les phénomènes physiques, l'artisan et le laboureur sur les détails de leur profession. Quand il s'agit d'éclaircir un fait particulier, les témoins les plus autorisés seront ceux qui étaient présents, fut-ce même un enfant : tant la connaissance spéciale du l'ail a plus de prix qu'une certaine capacité générale, qui n'a point à s'exercer dans la circonstance!
Mais il ne suffit pas que le témoin soit trèscapable de connaître la vérité; il faut encore qu'il soit disposé à la dire; or, pour juger de la sincérité, il faut examiner quelles raisons peuvent l'empêcher d'être sincère : d'abord, l'habitude du mensonge, c'est-à-dire une certaine disposition à tromper en général; en second lieu, un intérêt particulier à tromper dans une circonstance donnée. En effet, tel homme, qui n'est point menteur par nature, peut l'être dans certain cas s'il y a intérêt; tel autre, au contraire, d'un caractère peu recommandable, sera sincère dans un cas particulier où rien ne le porte à mentir. Si un témoin d'un caractère honorable affirme un fait où il n'a nul intérêt, les deux conditions de la moralité du témoin seront réunies, et la confiance pourra être entière. La sécurité sera plus grande encore lorsqu'un témoin déposera contre son propre intérêt.
Mais quelles que soient les garanties de capacité et de sincérité que puisse offrir un témoin s'il est seul, il reste encore des raisons suffisantes de doute, sinon pour les faits d'un intérêt vulgaire, du'moins pour les faits importants. Qu'une personne d'un caractère grave et sans nul intérêt vienne déposer d'un crime commis, ce témoignage respectable fera naître de fortes présomptions et peut-être une conviction morale dans l'esprit d'un juge. Mais la prudence ne permettrait pas de s'en rapporter à ce témoignage unique, et aucune loi humaine et juste n'autorise la condamnation d'un accusé sur lequel ne pèse d'autre charge que le témoignage d'un seul homme. La raison en est que l'on n'est jamais assez sûr de pénétrer dans l'esprit d'un homme pour se convaincre sans réserve ou qu'il a bien vu u,ne chose, ou qu'il n'a aucun intérêt possible à affirmer l'avoir vue.
Le témoignage des hommes a un bien plus grand poids lorsque plusieurs témoins se rencontrent dans une même affirmation sur un même fait. Cependant, même cette rencontre de témoignages doit être soumise aune certaine critique; car il peut arriver que plusieurs témoins soient engagés par une même ignorance, une même
passion, ou un même intérêt, à dire les mêmes choses. Si plusieurs témoins affirmant une chose, sont aussi incapables les uns que les autres d'observer avec exactitude et discernement les faits dont ils déposent; si l'imagination leur peint à tous le même fait sous les mêmes couleurs; si une même prévention, un intérêt commun, un esprit de corps les égare de la même manière, faudra-t-il croire à plusieurs témoins plutôt qu'à un seul? Assurément non. Que sera-ce donc si, à plusieurs témoignages, s'opposent des témoignages contraires? Le nombre des témoins se trouve compensé alors par leur partage. 11 faut comparer les deux dispositions et chercher de quel coté se rencontre non-seulement l'avantage du nombre, mais celui du poids : les témoignages les plus éclairés et les plus désintéresses valent toujours mieux que les plus nombreux. S'il ne se rencontre qu'un seul ordre de témoins et de dépositions, il importe, avant de se fier tout à fait, d'examiner si les témoignages opposés n'ont pas pu être supprimés ou subornés; il faut comparer entre elles les dépositions des témoins, les contrôler les unes par les autres, les confronter, en un mot. La probabilité du témoignage augmentera à mesure que, dans une plus grande différence d'origine, de classes, de passions, d'intérêts, de lumières entre les témoins, se fera voir une plus grande conformité dans leurs déclarations ; et si enfin l'unanimité de tous les témoins possibles , sur un fait qui a pu être connu et discuté par un très -grand nombre de personnes, se rencontre cependant, sans aucun témoignage contraire, on peut considérer le fait comme attesté et comme certain. Mais il ne suffit pas, dans l'appréciation du témoignage des hommes, de s'appliquer à l'examen des témoins. Il y a encore un élément dont il faut tenir compte, et qu'il faut mesurer et peser également : c'est la qualité et la nature du fait attesté. On a discuté sur cette question de savoir s'il faut avoir égard à la nature du fait, à sa vraisemblance et à sa possibilité, dans l'examen des témoignages. Suivant certains critiques, l'autorité morale du témoin suffit, et, si elle est assurée, il est inutile de rechercher si le fait est possible et probable. Mais la question est précisément de décider si les conditions d'autorité exigées pour un témoignage ne croissent pas nécessairement en raison de l'invraisemblance des faits; si, à autorité égale, un témoignage qui affirme un fait tout simple, n'est pas plus facilement cru que celui qui nou> atteste un fait extraordinaire. Ici, le sens commun et l'expérience ne laissent aucun doute. Qu'une personne connue à peine nous raconte un fait ordinaire de la vie, nous ne doutons point de ce témoignage unique; au contraire, qu'un ami, qu'une personne trés-autorisée auprès de nous, vienne nous raconter des faits extraordinaires, comme, par exemple, qu'un somnambule a vu ce qui se passait à plusieurs lieues de l'endroit qu'il habite, qu'il a décrit des lieux qu'il n'avait jamais Visités, qu'il a guéri des maladies par l'effet d'une seconde vue; ces sortes de prodiges nous laissent incrédules, quel que soit le nombre des témuins qui les attestent, au moins jusqu'à ce que nous ayons vérifié avec une sévérité inaccoutumée l'autorité de ces témoignages. 11 est donc hors de doute que, dans la pratique de la vie, nous exigeons des conditions plus sévèies dans les témoins, à mesure que les faits deviennent plus difficiles à croire par leur rareté, leur difficulté, enfin leur invraisemblance. Et, si le témoignage portait sur des faits que nous considérons comme absolument impossibles, aucun témoignage ne pour.
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rait réussir à nous les faire croire. La seule question est de savoir s'il y a aucun fait que nous puissions réputer impossible, et qui doive ainsi légitimement provoquer une incrédulité absolue. Au moins en est-il qui, approchant de l'extrême invraisemblance, exigent dans les témoins les dernières conditions possibles d'exactitude et d'autorité.
L'autorité du témoignage variant ainsi selon le nombre et la qualité des témoins, et selon la nature des faits, on a eu l'idée de soumettre au calcul ces diverses variations, et de traduire en formules mathématiques les degrés de probabilité du témoignage, selon les différentes circonstances où il se produit. Mais on peut dire, en général, que l'application du calcul aux choses morales offre beaucoup de difficultés et d'inconvénients; les qualités morales ne se traitent point comme des qualités abstraites. Il y a mille nuances délicates, mille différences insensibles qu'une vue juste et exercée par l'observation discernera mieux que ne pourrait le faire le calcul le plus certain. On peut demander s'il est possible d'exprimer autrement qu'en fractions arbitraires et fictives la valeur générale d'un témoignage humain. Le pourrait-on, reste à savoir s'il serait utile de le faire. En effet, vous ne pouvez représenter par une fraction exacte la probabilité de la véracité du témoin dans un certain cas. qu'autant que l'expérience vous a d'abord fourni toutes les données justes et précises dont se compose cette probabilité. Cette fraction dans laquelle vous exprimez l'idée complexe que vous avez de la véracité d'un témoin n'ajoute rien à l'exactitude de cette idée, puisqu'elle n'en est que le signe. L'idée doit être exacte pour que la fraction le soit, et dès lors la fraction n'est pour vous qu'une représentation approximative, toujours plus ou moins infidèle, du sentiment juste et vif que vous aura donné l'expérience, la connaissance du cœur humain, la connaissance particulière de tel homme, sur sa moralité, sa capacité, enfin sur toutes îles conditions exigées dans le témoin. De même, la fraction qui exprime la probabilité du fait attesté n'est encore que l'expression de l'opinion que vous avez et qui est antérieure à toute traduction arithmétique. Par conséquent, toutes les données du calcul sont empruntées à l'expérience, surtout à cette expérience délicate, complexe, infinie, que l'on appelle la connaissance du cœur humain. Le calcul n'est donc d'aucun usage quant aux données du problème. Mais ces données une fois acquises, ces prémisses bien clairement aperçues, faut-il recourir au calcul pour en exprimer les conséquences ? Et n'y a-t-il pas un raisonnement naturel et une vive puissance d'induction qui nous fait tout d'abord conclure de ces données et de ces prémisses à leurs justes conséquences? Les raisonnements qui ont rapport aux eboscs de la vie, aux événements qui dépendent des passions, des idées, des sentiments de l'homme, ne doivent jamais être traités d'une manière abstraite, comme des équations : ils sont d'autant plus
-, qu'ils sont accompagnés d'un plus vif 'les choses. Supprimez les choses mêmes, et ne raisonnez plus que sur des quantités "ii îles signes, le raisonnement pourra être à la
rès-exact et très-faux.
a voulu également soumettre au calcul la e de certitude du témoignage avec le temp i angi , . ■.
r que les principaux événements • i être croya ..; de cette môme ère; un
autre mathématicien, Pierre Peterson, ren
rissant encore sur les calculs de Craig, annonçait l'année 1789 comme le terme où ces événements devaient avoir perdu toute autorité et toute certitude. Sans tomber dans ces excès, Laplace croit cependant que le temps diminue l'autorité des témoignages les mieux appuyés, et que cette diminution est appréciable par le calcul. Le temps doit entrer, sans aucun doute, dans l'appréciation et la critique du témoignage; mais il n'en oblitère pas absolument l'autorité; quelquefois même il y ajoute. C'est un élément qu'il faut compter et comparer à beaucoup d'autres, mais qui n'est pas, par lui seul, un principe de doute. Si les mêmes conditions d'exactitude que nous exigeons d'un témoin se rencontrent dans la transmission de son témoignage, il n'y a pas plus de raison de douter dans le second cas que dans le premier. Lorsque la transmission est purement orale, c'est-à-dire traditionnelle, il faut tenir compte, il est vrai, de l'altération que la vérité peut subir en passant par tant de bouches différentes; mais il reste toujours vrai qu'une longue tradition a une légitime autorité, et ne doit être révoquée en doute que par des raisons précises et bien appuyées. C'est ainsi que l'existence d'Homère et les premiers événements de l'histoire de Rome conserveront toujours leur autorité traditionnelle, tant que l'on n'y opposera pas de raisons très-fortes et très-convaincantes. Dans ce procès de la critique et de la tradition, c'est à la critique à faire la preuve, et la tradition a pour elle un préjugé naturel. Mais lorsque la tradition se fixe soit dans des monuments, soit dans des écrits, le temps n'a plus d'influence sur la certitude de ces témoignages une fois arrêtés, et qui se transmettent ainsi avec leur autorité primitive. On ne peut nier qu'une médaille n'ait exactement la même valeur aujourd'hui qu'au temps où elle a été frappée; l'autorité du témoignage de Thucydide ou de Tacite est aujourd'hui telle qu'au moment où ils ont écrit.
La seule question préalable est ici la question d'authenticité. Or, l'authenticité des monuments et des écrits a ses règles comme le témoignage même. L'authenticité est une sorte de sincérité. Aujourd'hui surtout que les écrits, grâce à l'imprimerie, ont obtenu une fixité et, pour ainsi dire, une éternité dont les anciens n'avaient pas l'idée, on ne voit pas que les faits convenablement attestés perdent de leur valeur avec le temps. La mort de Henri V ou celle de Charles Ier ne sont pas moins certaines aujourd'hui qu'il y a deux cents ans. On peut dire même que le temps, loin de nuire à la certitude historique, y ajoute souvent, puisqu'il découvre constamment des pièces nouvelles et des témoignages de plus en plus précis. L'héritage historique, transmis par les temps, n'a donc rien à craindre et nous pouvons attendre en sécurité les années critiques fixées par les mathématiciens.
L'application du calcul des probabilités à l'autorité du témoignage humain suggère naturellement la question de savoir quelle est la certitude du témoignage lorsque toutes les condn de véracité et d'exactitude se trouvent réunies. Peut-on attacher le nom de certitude à la ince provoquée en nous par un tel témoignage? ou, comme le pensenl quelques philoso-
ne devons nous cette croy.
que comme le plus haut degré possible de probabilité? C'est L'opinion de Locl après avoir dit que n ons aussi fermement que si c'était uni connais ine. ajoute cependant que « le plus haut degré de probabilité le consentement général de tous les aommeSj dans tous les siècles, autant qu'il peut
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être connu, concourt, avec l'expérience constante, à affirmer la vérité d'un l'ait particulier atteste par des témoins sincères ». Nous ne pouvons consentir, pour notre compte, àcetle atténuation de la certitude du témoignage humain. Si l'on donne le nom de certitude à cet état de l'esprit qui adhère à ce qu'il croit la vérité sans aucun mélange de doute, on ne peut méconnaître le caractère de la certitude dans l'adhésion que nous accordons à certains faits attestés par le témoignage universel. S'appuiera-t-on sur ce sophisme, que l'autorité d'un témoin isolé, quelque grande qu'elle soit, n'est jamais que probable, et que, par conséquent, l'autorité de plusieurs témoignages n'est qu'une source de probabilités"? Ce sophisme est connu dans la logique sous le nom du Chauve ou du Monceau. Il est évident que ce qui fait ici la certitude, c'est précisément la rencontre unanime des témoins ; et, comme dans cette hypothèse toute chance d'erreur disparaît, le doute disparaît également. Dira-t-on qu'il n'y a certitude que lorsqu'il y a évidence, et qu'il ne peut y avoir d'évidence dans un l'ait que nous ne connaissons pas immédiatement? Nous répondons que ce n'est pas le fait par lui-même qui est évident, mais ce principe : qu'un nombre considérable de témoins ne peuvent se réunir dans une même erreur ou dans un même mensonge, lorsqu'ils attestent un fait qu'ils ont pu connaître et où aucun d'eux n'est en quoi que ce soit intéressé. Voilà le principe évident, d'où sort, comme une conséquence, l'évidence du fait attesté.
Si c'est une erreur de méconnaître la certitude positive du témoignage humain, c'en est une autre plus grave de considérer le témoignage comme la source unique de la certitude. C'est un système que l'on a vu naître de nos jours. Il est trop évident que l'individu ne peut être un témoin suffisant de la vérité, que si l'on suppose d'abord qu'il est capable de connaître et de comprendre la vérité. Le témoignage est un fait composé qui suppose l'action de la plupart de nos facultés intellectuelles. Supprimez l'autorité de la conscience, des sens, du jugement, du raisonnement, nous ne voyons pas par quel moyen un homme pourra connaître un fait, le comprendre et l'attester. Cela est bien plus évident encore s'il s'agit d'une vérité : car ici une simple attestation ne suffit plus, la démonstration est nécessaire; c'est-à-dire qu'il faut que l'intelligence parle à l'intelligence. Il faut laisser au témoignage son domaine, si on n'en veut pas compromettre son autorité en l'exagérant. Son domaine est celui des faits; mais, même dans cet empire qui lui est propre, il ne faut point lui ôter son soutien naturel, l'intelligence; il n'est que la déposition de l'esprit. 11 n'en est pas la lumière : la lumière lui vient des facultés premières et nécessaires de notre intelligence. C'est là qu'il faut pénétrer pour trouver l'autorité de la parole humaine. La parole est un signe qu'il ne faut pas confondre avec la chose qu'elle signifie. Telle est la confusion, telle est l'erreur de l'école qui, voulant arracher l'homme à luimême et à sa raison, pour le livrer tout entier à l'autorité, s'est plu à combattre la certitude de nos facultés intellectuelles, à les rendre esclaves du témoignage et de la parole. C'est un sensualisme d'un autre ordre, d'accord avec celui de Condillac, pour faire venir nos idées du dehors et méconnaître dans l'homme la faculté naturelle de penser. La vraie philosophie écarte ces illusions et ces sophismes : elle fait une place au témoignage dans l'intelligence humaine ; mais elle ne la lui soumet pas tout entière. Voy. sur le témoignage, Encyclopédie, art.
Certitude, par l'abbé de Prades ; — Laplace, Essai philosophique sur /<: r,((rul, des probabilités ; — Reid, Recherches sur l'entendement humain, d'après les principes du sens commun, ch. vi, sect. 24; — Daunou, Cours d'études philosophiques, t. I. p. j,
TEMPS, durée. De même que tous!' sont étendus, tous les êtres de L'univers durent. Il existe une étroite union et presque une solidarité complète entre l'étendue et la durée. De même que l'on distingue, au moins par la pensée, de l'étendue de tel ou tel corps l'espace qu'occupent les corps étendus et auquel la raison ne peut concevoir de limites; ainsi se distinguent la notion de la durée des êtres et celle du temps dans lequel ils durent et que la raison ne peut concevoir que comme infini, soit dans le passé, soit dans l'avenir.
Toutes les questions que soulève la notion de l'étendue des corps sont également suscitées par celle de la durée des êtres finis. Comment l'esprit acquiert-il les idées du temps et de la durée? Qu'est-ce que le temps relativement aux êtres que nous disons durer dans le temps ? Est-ce une idée de notre esprit, une forme sous laquelle il ne peut concevoir les êtres finis? Le temps sans bornes est-il un être de raison ou un attribut de la nature divine? Presque tous les philosophes qui ont traité de l'étendue ou de l'espace ont également traité du temps ou de la durée, et ont proposé des solutions identiques pour ces deux ordres de questions parallèles. Quelquesuns ont seulement développé davantage l'un ou l'autre de ces problèmes jumeaux, suivant les circonstances qui les conduisaient à s'en occuper. Clarke, Leibniz, Kant, qui traitaient la question ex professo, se sont également occupés du temps et de l'espace ; mais on comprend que Descartes et Berkeley aient traité de l'étendue presque à l'exclusion de la durée. Au contraire, M. Royer-Collard, plus psychologue que métaphysicien, a plus insisté sur la durée que sur l'espace. Les questions communes à ces deux ordres d'idées sont aussi traitées dans différents articles de ce Dictionnaire, et l'on comprend aussi qu'aux articles Matière et Sens on se soit plus spécialement occupé de l'étendue. Nous renverrons donc les lecteurs pour tous les points communs à l'article Étendue et à ceux qui le complètent; et nous compléterons celui-ci, en résumant, sur les questions psychologiques particulièrement relatives au temps et à la durée, l'analyse délicate de Royer-Collard.
1° Quels sont les caractères de l'idée du temps? On doit distinguer la notion de durée de celle de la succession des événements, qui suppose la durée, et de celle du mouvement, qui nous aide à la mesurer. La succession nous révèle la durée, mais la succession ne sera pas la durée; c'est la durée qui introduit la continuité dans la succession. Quant au mouvement, il est successif et s'accomplit à la fois dans l'espace et dans le temps. Qu'est-ce donc que la durée? S'il est permis de chercher une définition à une des notions simples et premières de l'intelligence, nous dirons que c'est une quantité continue sans laquelle il est impossible de concevoir aucun changement, aucune succession; dans laquelle nous supposons que tout se succède et s'écoule, les événements du monde extérieur comme nos propres pensées, nos actes, les états et les modifications de notre être. De même que tout t étendu et occupe un lieu, de même tout changement, tout pliénomène s'accomplit dans )e temps. Le temps est le lieu des événements, comme l'espace est le lieu des corps. Nous concevons la durée comme quelque chose