‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 392 sur 439 · TU KO · texte numérisé non relu

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préface de la paraphrase des Derniers Analytiques) avec une exactitude que nous pouvons vérifier soit sur les originaux, soit sur les traductions latines qui en ont été publiées. Ce n'étaient pas de ces résumés éloquents ni de ces paraphrases enthousiastes comme en déclamait son père Eugenius (voy. discours vingtième, p. 234 et 235); interpréter docilement la pensée du maître, développer un peu l'excessive concision de ses formules, éclairer l'obscurité, quelquefois calculée, dit-on, de l'enseignement ésotérique, tel est l'unique but que se propose Themistius. Aussi son comment lire, utile pour l'intelligence du texte ilique, n'a ni la profondeur ambitieuse des alexandrins, ni leur érudition, souvent précieuse pournousaujourd'hui, par suite de la perte de tant de livres anciens qu'ils avaient consul tés. Peut-être d'ailleurs quelques parties en sont-elles inédites^ car Photius prétend que l'auteur avait commente tous les livres d'Aristote; or, ce qui nous reste de ces paraphrases ne comprend que les Derniers Analytiques, les Leçons de Physique, le Traité de l'Ame avec les petits traites qui s'y rattachent (trad. lat. d'Hermolao Barbaro, Venise, 1481, plusieurs fois réimprimés ; texte grec,Venise, 1 534, chez Aide) ; les livres du Ciel (Venise, 1574), et la Métaphysique (Venise, 1676) ; encore ces deux derniers n'existent que dans une traduction latine qui, pour la Métaphysique, a été faite elle-même sur une traduction hébraïque. On trouve des extraits des divers commentaires de Themistius dans le Recueil de Scolies (1836), malheureusement incomplet jusqu'ici, qu'a publié M. Brandis, sous les auspices de l'académie de Berlin, à la suite des Œuvres d'Aristote. Les diverses prraphrases grecques d'Aristote par rhemistius ont été réunies et publiées en deux volumes par M. Spengel (Leipzig, 1866). M. Cobet, dans le recueil intitulé Mncmosyne, a publié de nombreuses corrections du texte des Discours. Voy. aussi un mémoire de M. Val. Rose, dans Y Hermès, tome II, p. 191. Les discours doivent être lus, soit dans la belle édition de Hardouin (Paris, 1684, Impr. roy.), soit dans l'édition de M. G. Dindorf (Leipzig, 1832), qui est la plus correcte et en même temps la plus complète, car elle renferme seule un discours de Themistius, découvert et publié pour la première fois par M. A. Mai', à Milan, en 1816. Ces discours n'ont pas encore été traduits en français ; malgré leur défauts, ils mériteraient de

Consultez, pour plus de détails sur Themistius, Fabricius, Bibliothèque grecque, t. IV, p. 790, édit. Harles; — A. Mai', préface et notes des discours mentionnés ci-dessus ; — Baret, de Themistio sophista et apud imperatores oratore, 1853, in-8. E E

THÉODICÈE (de 0£Ô;, Dieu, et Ôixv), plaidoyer, justification: justification de Dieu). Ce mot est de la création de Leibniz, qui l'a pris pour titre d'un de ses ouvrages: Essais de Théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et gine du mal (1" édit., in-8, Amst., 1710). Fidèle à l'étymologie de ce titre, qui est complètement inconnu avant lui, Leibniz ne se propose pas de traiter ex professo et méthodiquement de la nature de Dieu; il veut seulement, comme il le dit lui-;, vider sa cause contre certains ad-

versaires, principalement contre Bayle; il enprend de répondre aux objections qu'on peut tirer de l'existence du mal contre la bonté divine, et de concilier avec la liberté humaine la suprême sagesse qui a tout prévu, qui a^ tout ordonné d'avance, qui n'a rien laisse à l'arbitraire et au hasard. Leibniz ne s'en tient pas à ces points métaphysiques; il étend sa défense

jusqu'aux dogmes fondamentaux de la théologie chrétienne: le péché originel, la prédestination et la grâce; et, avant tout, il cherche à montivr la conformité de la foi et de la raison. Nous avons exposé ailleurs la doctrine de Leibniz (voy. Lbibniz), et nous ne reviendrons pis ici sur la manière dont il a résolu ces différents problèmes. Notre seul but est de l'aire voir que. dans sa pensée, la théodicée n'était pis une science à part, ou une partie distincte de la philosophie, niais uniquement le nom d'un ouvrage, d'un traité fort irrégulier et fort complexe, écrit dans certaines circonstances et sous l'influence de certaines préoccupations. Il arriva naturellement qu'après lui, mais presque toujours en Allemagne, on écrivit, sous le même titre, des traités semblables, consacrés également à la défense de la bonté, de la sagesse, de la justice divine, et à l'explication du mal. Il en résulta que la théodicée fut considérée comme cette partie de la métaphysique qui consiste non à démontrer directement les attributs moraux de Dieu, mais à les défendre contre les objections tirées des désordres de la société et de la nature. C'est précisément ainsi que la définit Rant dans son petit écrit, Du mauvais succès de tous les essais philosophiques en théodicée (1791, dans le tome III, p. 145, de ses Mélanges). « On entend, ditil, par une théodicée, la défense de la suprême sagesse de l'auteur du monde contre les accusations dont la raison la poursuit à la vue des désordres du monde. » Non content de la définir, Kant en trace le plan général. Il la divise en trois parties qui ont pour objet de justifier Dieu, la première dans sa sainteté, en présence du mal moral ; la seconde dans sa bonté, en présence du mal physique; et la troisième dans sa justice, devant le désaccord qui existe entre le bonheur et la vertu.

Hors de l'Allemagne, ces questions étaient réunies à la métaphysique ou faisaient partie de ce qu'on appelait la théologie naturelle. Enfin ce n'est que depuis quelques années, après la renaissance des études historiques et du spiritualisme en France, que le nom de théodicée a été mis en usage dans notre enseignement public pour désigner la quatrième et dernière partie de la philosophie, celle qui traite à la fois de l'existence et des attributs de Dieu, de ses attributs métaphysiques aussi bien que de ses attributs moraux, et qui, avant de les défendre contre les objections, s'applique à les démontrer d'après une méthode rigoureuse, en s'appuyant sur les données fournies par la psychologie. La théodicée, ainsi comprise, comprend de toute nécessité : 1° les preuves de l'existence de Dieu et l'appréciation de ces preuves; 2° la démonstration des attributs de Dieu et principalement de la providence, sans laquelle l'idée même de Dieu n'existe pas; 3" la défense de ces attributs contre les objections tirées des désordres apparents du monde, ou simplement les rapports de Dieu et de la nature, le plan de la création et le gouvernement de la providence; 4" les rapports de Dieu avec l'âme humaine et l'humanité, la manière dont il intervient dans nos destinées, et les actes par lesquels nous nous élevons vers lui et nous acquittons envers lui des devoirs le l'amour et de la reconnaissance. La théodicée, comme l'entendait Leibniz, et après lui Kant, n'est plus, comme on voit, qu'une partie de la science qui porte aujourd'hui le même nom.

Ce n'est pas ici le lieu de traiter les diverses questions que nous venons d'énumérer; car elles ont déjà été examinées une à une aux mots Dieu, Création, Mal. Destinée humaine. 11 nous su: lit, après les avoir' séparées selon les exigences de ce

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recueii; de marquer le lien qui les unit, de tracer le plan suivant lequel elles devraient se coordonner entre elles. Il y aurait d'autres problèmes à discuter, non moins dignes de notre intérêt : Les questions que nous attribuons à la théodicée sont-elles accessibles à notre raison, ou possédons-nous dans nos facultés naturelles les moyens de les résoudre? Quelle est la méthode qui leur est applicable? Enfin, de quelle manière, ou de combien de manières ces questions ont-elles été résolues jusqu'à présent? Quels sont les systèmes qu'elles ont provoqués? Mais ces mêmes problèmes ont dû nécessairement se présenter à notre esprit à propos de la métaphysique, et c'est là que nous les avons examines avec l'attention qu'ils commandent : car la théodicée, comme nous venons de le dire, n'est qu'une partie de la métaphysique. Celle-ci s'occupe des êtres en général et des conditions universelles de l'existence, des rapports de l'existence et de la pensée; celle-là fait l'application de ces conditions et de ces rapports universels à l'existence et aux attributs de Dieu. La seconde est impossible sans la première, et elles ont toutes deux la même destinée dans l'histoire; elles dépendent des mêmes facultés et de la même méthode.

THÉODORE, surnommé V Athée, et ensuite, par dérision. Dieu, reçut le jour à Cyrène, qui avait aussi donné naissance à Aristippe, le chef de l'école cyrénaïque. Il appartenait lui-même à cette école déplorable bien qu'il soit regardé comme le fondateur d'une secte particulière qui s'appelait de son nom, les théodoriens. On compte parmi ses maîtres Annicéris de Cyrène, Aristippe II, surnommé Meirodidactus, c'est-à-dire le disciple de sa mère, et Denys le Dialecticien. La date de sa naissance est incertaine; mais il était contemporain du premier Ptolémée, roi d'Egypte, et de Démétrius de Phalère : car le premier de ces deux princes en avait fait son ambassadeur à la cour de Lysimaque, et l'on raconte que le second le sauva de la sévérité de l'Aréopage, qui allait le poursuivre pour ses opinions religieuses. Selon le récit d'Amphicrate, rapporté par Diogène Laërce, ce procès aurait suivi son cours, et Théodore, condamné comme Socrate à boire la ciguë, aurait subi son jugement.

Dans un livre intitulé des Dieux (ITept Ôeûv), et que Diogène Laërce avait encore sous les yeux, il prêchait hautement l'athéisme. Par sa morale, il est plus près d'Épicure que d'Aristippe. A la place du plaisir et de la douleur, considérés comme les causes finales de nos actions, il substituait le contentement (/a^àv) et le chagrin {'/■j-ry); et comme le premier, selon lui, est le fruit de la prudence, et le second de la sottise. il regarda la prudence (?pôvr.«ri:) comme le seul bien, et la sottise ou l'imprudence (à^poTûvr,) ic le seul mal. Le plaisir et la douleur se trouvent entre les deux (pitra), ou sont tantôt un . tantôt un mal, suivant les circonstances, voyons que Théodore associait à la prudence la justice; mais que pouvait être cette vertu , pour lui qui les supprimait toutes dans leur principe? La justice, dans si pensée, c'est nt l'art de se servir de toutes choses i leur usage naturel et à propos. Ainsi, le vol, Padullèrc, le sacrilège sont permis au sage,

fourvu qu'il n'use de cette licence qu'à propos ./ Kaipip), c'est-à-dire sans se nuire à lui-même et su soulever les autres. La distinction du bien i : du mal moral n'est qu'une convention titenir la foule des insensés. L'amitié ii' l pas plus réelle que le devoir, c peut-elle existe osensé elle n'est pas

autre chose que l'intérêt, et le sage se suffit à lui-même. Enfin, le sage ne doit jamais se sacrifier à sa patrie; car il n'est pas convenable que la sagesse périsse pour l'avantage des sots. La patrie du sage, c'est l'univers.

On peut consulter sur ce philosophe, Diogène Laërce, liv. II, § 8ô; liv. VI, $97; — Cicéron, de Natura Deorum, lib. I, c. i, xxm, xnn; Tuscul., lib. I, c. xnn; lib. V, c. xl; — Suidas, au mot Théodore. — Eusèbe et Slrabon en parlent aussi.

THÉOGNIS. voy. Gxomique (Philosophie).

THÉOLOGIE (de 0îô;, Dieu, et de /oyo:, discours, science : la science de Dieu, ou plutôt relative à Dieu et aux choses divines). On n'emploie plus guère aujourd'hui le mot théologie que dans le sens restreint d'une science fondée sur la révélation , sur une tradition consacrée, sur des textes positifs, et qui a pour objet non-seulement la nature et les attributs de Dieu, mais les devoirs qu'il prescrit aux hommes. C'est dans cette acception que la théologie est souvent opposée à la philosophie, et qu'on distingue une théologie spéculative et une théologie morale, dont la première s'occupe des dogmes, la seconde des règles pratiques enseignées par la révélation. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Les Grecs donnaient le nom de théologiens (ôeoXÔYoi) à ceux de leurs poètes, tels qu'Hésiode et Orphée, qui parlaient d'après leur imagination de la nature des dieux et de l'origine des choses, ou à ceux qui cherchaient dans ces fictions, interprétées d'une manière allégorique, une sagesse plus profonde. Selon Aristote {Mélaph. , liv. I, ch. ni: liv. II, ch. v), les premiers théologiens, en désignant Thétis et l'Océan comme les auteurs de la nature, ne di fièrent que par le langage des premiers philosophes, qui ont considère comme le principe de l'univers l'humidité ou l'eau. Jusque-là on connaissait les théologiens, mais non la théologie (tj GeoXoyixti). C'est le même philosophe que nous venons de citer qui en a fait une science, fondée comme les autres sur la raison, c'est-à-dire une partie de la philosophie, une des trois sciences spéculatives. Les deux autres sont les mathématiques et la physique. « Il est évident, dit-il (ubi supra, liv. XI, ch. vi), qu'il y a trois sortes de sciences spéculatives, la physique^ les mathématiques et la théologie. Les plus élevées parmi les sciences sont les sciences spéculatives, et parmi celles-ci mêmes celle que nous avons nommée la dernière ; car elle se rapporte à ce qu'il y a de plus élevé parmi les êtres. »

Ce n'étaient pas seulement les poètes et les philosophes qui s'occupaient, chez les anciens, de la nature divine, les uns au point de vue de l'imagination, les autres à celui de la raison; il ait aussi des législateurs qui, considérant la question du côté politique, cherchaient à subordonner les croyances et les pratiques du culte aux intérêts de l'État ou du gouvernement de l'Etat. Telle était surtout la religion des Romains depuis Nuina Poinpilius jusqu'au temps des émus. Aussi Varron, d'après le témoignage de saint Augustin [Cité de Dieu} liv. VI, ch. i), distinguait-il trois espèces de theolog logie

poétique, inventée, comme nous l'avons dit, par les premiers poètes de la Grèce: la théologie physique, formée par les philosophes, et qui se confond avec la philosophie même ; la théologie . fondée par les législateurs et les hommes d'ÉI .1.

I < s Romains et les Grecs, comme nous l'avons remarqué ailleurs (voy. Foi), n'avaient anidée de ce que nous appelons foi, révélation, m par conséquent des barrières qui sépa-

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