C. Bs
TIEFTRUNK (.1 eau-Henri), ne en 1760, près de Rostock. depuis 1792 professeur de philosophie à Halle, mérite d'être cité parmi les disciples de Kant. Il s'occupa spécialement de prouver que la philosophie morale et religieuse de Kant s'accordait sans effort avec les dogmes et les préceptes du christianisme. Le nombre de ses écrits est considérable, mais ils ne se distinguent ni par le fond ni par la forme. Les principaux sont : l'Univers considéré an point de vue de V humanité, Halle, 1821, in-8; — Essai d'une nouvelle théorie de la philosophie religieuse, Leipzig, 1797, in-8 (ail.). Tieftrunk a encore composé une Histoire de Pespril de Kant, en tête des quatre volumes de Mélanges que son maître le chargea de publier, Halle, 1799-1807, in-8. C. Bs.
TIMÉE de Locres, philosophe pythagoricien, qui a donné son nom à un des dialogues de Platon, naquit dans la Grande-Grèce, chez les Locrier.s Êpizéphyriens, à une époque probablement peu éloignée de la naissance de Socrate,
puisque Piaton les a réunis dans le même entretien. Comme beaucoup d'autres philosophes de la même école, il avait occupé dans sa patrie les plus hautes magistratures, et joignant à la vertu du citoyen la gloire du savant, il passait, à ce que nous apprend Critias, pour un grand astronome (à<TTpovo|j.ixwTaTo;). Suidas cite de lui un Traité de mathématiques, une Vie de Pgthagore et un livre intitulé de VAme du monde et de la nature (l'hpî tyvYÔct; y.oTjxw xod çOtio;). Nous n'avons pas à nous occuper des deux premiers, puisque, s'il est vrai qu'ils aient existé, il n'en est rien arrivé jusqu'à nous; mais le dernier a beaucoup exercé les philosophes et les savants. Comme il n'y a presque aucune différence entre les doctrines que résument les six chapitres de ce traité et celles qui sont développés dans le Timée de Platon, on s'est demandé lequel de ces deux écrits avait servi de modèle à l'autre; et quand on agitait cette question on élevait naturellement des doutes sur l'authenticité du livre attribué au philosophe pythagoricien. Il y avait, en effet, de quoi le rendre suspect. Il n'est mentionné, soit directement, soit indirectement, ni par Platon, ni par Aristote, ni par Théophraste, ou son abréviateur Simplicius. Et quand Timon le Sillographe, s'adressant à Platon, lui dit : « Et toi aussi, Platon, tu as voulu dogmatiser : tu as acheté à grands frais un petit livre, et tu es parti de là pour faire le Timée, » il est extrêmement probable qu'il s'agit, dans ce passagp du traité de Philolaûs, que Platon avait acheté fort cher à Syracuse. Quant à celui dont on fait honneur à Timée de Locres, nous le rencontrons ■ pour la première fois au Ve siècle de l'ère chrétienne, chez Proclus, qui, ne doutant pas qu'il ne soit authentique, et le considérant comme une introduction utile au Timée de Platon, l'a placé en tête de ce dialogue; mais il suffit dei comparer les deux ouvrages pour voir que le premier n'est qu'une abréviation du second. On y reconnaît, malgré le dialecte dorien dont le faussaire s'est servi, des phrases entières qui ont passé de l'un à l'autre. Or, dans ce cas, ce n'est pas Platon qui peut être soupçonné de plagiat. D'ailleurs, comment admettre cette identité parfaite entre le système de Pythagore et le système platonicien? Si obscures que soient pour nous les doctrines de l'école pythagoricienne, nous savons du moins ceci par les fragments de Philolaûs et les témoignages indirects, qu'elle était complètement étrangère à la théorie des ■ idées et à la conception d'une âme du monde distincte de Dieu. Si telles eussent été les convictions particulières de Timée, elles n'auraient certainement pas passé inaperçues jusqu'au temps des derniers alexandrins. — Le Traité de Pâme du monde et de la nature, publié sous le nom de Timée de Locres, dans toutes les éditions de Platon, a été publié avec la traduction latine de Nogarola, et le sommaire et les notes de Jean de Serres, dans les Opusoula mylhologica, in-8, Cambridge, 1671, et Amsterdam, 1688; avec une traduction française et avec les dissertations sur les principales questions de la métaphysique, de la physique cl de la morale des anciens, par le marquis d'Argens, in-8, Berlin, 1763 ; et par Batteux, avec Ocellus Lucanus, in-8, Paris. 1768. — Sur l'authenticité de cet ouvrage on peut consulter principalement : Meiners, Histoire des sciences en Grèce et à Rome (ail.), t. Ie*, p. 584 ; et Doctrina de vero Dco, 2e part., p. 312; — Tennemann, Histoire de la philosophie, t. Ier, et Système de la philosophie platonicienne, t. Ier, p. 93 ; — Tiedemann, Histoire de la philosophie spéculative,