‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 398 sur 439 · TITT · texte numérisé non relu

TITT

«ncore plus que la minorité catholique : les réfutations abondèrent. Les tribunaux brûlèrent le livre. On rechercha, on poursuivitTindal, malgré le soin qu'il avau eu de conserver l'anon} -me. 11 disparut pendant un temps et alla faire imprimer en Hollande, en les qualifiant de seconde partie de .l'ouvrage condamné, le Traité des fausses Églises, bien plus agressif encore. I.'avénement de la maison de Hanovre rendit Tindal à sa patrie. Soit qu'il fût devenu plus circonspect, soit qu'il amassât des matériaux pour l'œuvre finale qu'il méditait, il resta longtemps muet : il était plus que septuagénaire quand enfin parut lapremière partie de son Christianisme aussi ancien que le inonde, in-4, Londres, 1730. La deuxième partie, quoique terminée très-peu de temps après, n'a jamais vu le jour, l'évêque de Londres, Gibson, en ayant fait interdire la publication, et les légataires de l'auteur n'ayant pas tenté la lutte contre le prélat. — Si l'on en excepte Spinoza et Bossuet, pas un écrivain, à l'époque où parurent les Droits de VÉglise défendus contre les prêtres romains, n'avait traité les matières théologicopolitiques avec autant de logique que Tindal. C'est dans le Lucii Antistii Constantis de jure c'clesiaslicorum, de L. Meyer, qu'il avait trouvé le principe sur lequel repose toute sa doctrine: mais il se l'appropria par la manière dont il sut le développer et le défendre. Ce principe, c'est l'indépendance religieuse. L'indépendance religieuse est-elle un droit? et en quoi consiste ce droit"? En d'autres termes, quelles sont la nature, les formes, les limites de l'indépendance religieuse? Deux propositions résument la pensée de Tindal sur tous ces points : 1° La pensée religieuse (vraiment religieuse, c'est-à-dire qui ne froisse ni la morale ni l'ordre public) est indépendante; 2° mais elle n'est qu'indépendante, c'està-dire qu'elle ne doit pas devenir pouvoir public. A ses yeux, non-seulement la coexistence de ce qu'on appelle les deux puissances, civile et ecclésiastique, est une cause permanente de tiraillements et de troubles, mais l'existence de la puissance ecclésiastique comme pouvoir politique n'a pas de base rationnelle. Si l'intolérance est un attentat aux libertés que l'homme garde dans l'étal de société politique, l'immixtion des ministres du culte, en tant que ministres du culte, au gouvernement général, est contraire aux bases de l'organisation politique. Pour le démontrer, Tindal recherche en quoi consiste la légitimité des gouvernements et quels droits naturels restent aux gouvernés. Nous ne le suivrons pas dans ses développements. Notons trois points cependant. 1° Comme base de légitimité, apfès avoir élagué le droit divin et le droit de conquête, il n'adopte que le consentement explicite ou implicite, ou du moins l'acquiescement raisonnablement présumé des sujets : et s'il ne prononce pas le mot contrat social, évidemment il ne manque que le mot, l'idée ressort de la façon la plus nette. 2° Admettant, sans hésiter, que l'institution gouvernementale modifie et limite les droits naturels, il prouve pourtant qu'après cela il reste encore aux droits naturels (qu'il appelle l'état de nature) un domaine bien plus vaste qu'on ne le croit communément. D'une part, en effet, ces droits subsistent entiers de nation à nation; de l'autre, au sein même d'une société, ils subsistent pour tous les cas d'urgence et pour toutes les actions qui ne sont pas une offense pour autrui. Lem agislraf n'a pas le droit de punir pour des choses indifférentes; il n'a le droit de gêner les citoyens ni dans la pensée religieuse ni dans la manifestation non offensante de cette pensée : il y a plus, il a le devoir de les protéger contre qui voudrait les gêner par des peines et par des ré-

compenses à propos de leurs opinions religieuses. Les récompenses n'engendrent qu'hypocrisie; les peines conduisent à des violences qui tô' ou tard forcent les opprimés à des prises d'armes ; et ceux qui prêchent la persécution ne sont pas moins coupables que ceux qui prêcheraient le vol et le meurtre. 3" Autre chose est la discipline ecclésiastique, autre chose est la puissance ecclésiastique. Que chaque Église se gouverne, que chaque Église se protège; mais que nulle n'opprime les autres, que nulle ne gouverne, soit autrui, soit l'État; en un mot, que nulle ne participe au pouvoir, fût-elle la seule. On le voit, les principes qui tendent de plus en plus à régner au jourd'hui ne sont que ceux de Tindal , avec quelques adoucissements et quelques réserves. Ce n'est pas l'indifférence religieuse qu'il recommande aux individus, c'est l'impartialité religieuse qu'il recommande aux gouvernements. On a prétendu que ses doctrines étaient subversives du pouvoir. Ainsi, Guillaume III, Georges Ier auraient pensionné un anarchiste ! On sent trop qu'il n'en est rien, et qu'au contraire Tindal abonde peut-être un peu dans le sens du pouvoir. On veut enfin que c'ait été lâcheté à lui de combattre les doctrines catholiques : le fait est qu'il combat toute Église intolérante et ambitieuse du pouvoir politique; mais en Angleterre, et après la catastrophe des Stuarts, c'est sur l'anglicanisme surtout que portaient ses coups : les prélats, à cette époque, ne s'y trompèrent pas ; et Swift, ici leur organe, reprochait à Tindal d'avoir puisé ses idées dans le catholicisme. Au total donc, en improuvant et les Églises dominantes, et l'intolérance, et le système des peines et des primes appliqué aux opinions religieuses, le publiciste anglais, loin de se montrer lâche, faisait un acte de courage dont le catholicisme pouvait lui savoir gré. — Quant au Christianisme aussi ancien que le monde (in-4, Londres. 1730). ici ce n'est plus aux passions et aux prétentions -des Églises chrétiennes, c'est au christianismemême que s'attaque Tindal. Il n'y voit qu'un développement naturel de la loi naturelle qui existe de toxtte éternité. Selon lui, le christianisme n'est divin que comme la loi naturelle est divine, nulle révélation spéciale ne l'a produit et mis au monde, car non-seulement la révélation est impossible, elle est inutile. Les objections de Tindal contre la révélation chrétienne ont été combattues par les Leland, les Forster et d'autres savants théologiens de l'Église anglicane. On pourra consulter sur Tindal, Tabaraud, Histoire du philosophisme analais, 2 vol. în-8 Pans. 1806.

Val. P.

TITTMANN (Jean-Auguste-Hcnri). né en 1773 à Langenzalza, mort à Leipzig en 1831 , s'est principalement signalé comme théologien. Il enseignait la théologie à l'université de Leipzig, et a publié, sur cette matière, beaucoup d'ouvrages très-eslimés en Allemagne; mais il s'est signalé aussi par quelques écrits philosophiques, ou moitié philosophiques moitié théologiques, dont voici les titres : De consensu philosophorum oelerum in summo bono dcfinicndo, Leipzig. 1793, in-4;

— Esquisse de la logique élémentaire] avec une introduction à la philosophie, ib., 1793, in-8;

— Xum relîgio revelata omnibus ont m, un ternporum hominibus accommodata esse possit?

ib., 1796, in-4; — Résultats de la philosopha critique, principalement en ce oui concerna la religion et la révélation, ib., 1799, in-8 : — ThéocÙs dialogue sur la croyance en Dieu, ib-, 1799. in-8; — Idées pour servir à une apologie de la foi, ib., 1799, in-8; — Thf&ti, dialogue s\ r nos espérances après la mort, ib.. 1801 , in-8 ; ■du SltpcrnàturtlïtffUc ; du rationalisme et île

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