‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 399 sur 439 · T< »FA · texte numérisé non relu

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V athéisme, ib., 1816, in-8. Tous ces écrits, à l'exception du premier et du troisième, sont rédigés en allemand. X.

TOFAIL (ou Abou-Becr Mohammed ben-Abdal-Mélic Ibn-Tofaïl al-Kéisi), un des philosophes les plus remarquables parmi les Arabes d'Espagne, naquit, probablement dans les premières années du xne siècle, à Wadi-Yâsch, petite ville d'Andalousie (maintenant Guadix). Disciple de l'illustre Ibn-Bâdja (voy. ce nom), il se rendit célèbre comme médecin, mathématicien, philosophe et poëte, et fut en grand honneur à la cour des Almohades. 11 était attaché, comme vizir et médecin, à la personne d'Abou-Yaakoub-Yousouf. second roi de cette dynastie (qui régnait de 1163 à 1184), et ce souverain l'honorait de son intimité. Selon Ibn-al-Khatîb. le célèbre historien de Grenade (du xive siècle), tofaïl aurait professé la médecine dans cette ville et aurait écrit deux volumes sur cette science ; le même auteur cite plusieurs de ses poëmes. Un autre historien du xme siècle, Abd-al-Wâhid, de Maroc, qui avait connu le fils de Tofaïl, rapporte quelques détails curieux sur la liaison qui existait entre notre philosophe et le roi Yousouf, et atteste avoir vu de lui des ouvrages sur plusieurs branches de la philosophie, et, notamment, le manuscrit autographe d'un traité sur l'âme. Tofaïl profita de son intimité avec le roi Yousouf pour attirer à la cour les savants les plus illustres, et ce fut lui qui présenta au roi le célèbre Averroès (voy. Ibx-Roschd). Le roi ayant un jour exprimé le désir qu'un savant versé dans les œuvres d'Aristote en présentât une analyse raisonnée et claire, Tofaïl engagea Averroès à entreprendre ce travail, ajoutant que son âge avancé et ses nombreuses occupations l'empêchaient de s'en charger lui-même. Averroès y consentit, et composa les Analyses que nous possédons encore. Tofaïl mourut à Maroc en 1185: le roi Yaakoub, surnommé Al-Mansour, qui était monté sur le trône l'année précédente, assista à ses funérailles.

Tel est le petit nombre de détails authentiques que nous avons pu recueillir sur la vie de Tofaïl, et que nous substituons aux fables de Léon Africain, reproduites par Brucker (Historia critica philosophiœ, t. III, p. 95 et suiv.).

Quant aux ouvrages d'Ibn-Tofaïl, il ne nous en reste qu'un seul dont nous parlerons tout à l'heure. Outre les écrits déjà mentionnés plus haut, Casiri (Bibliolh. Arab. Hisp. Escur., t. I, p. 203) parle d'un ouvrage intitulé : Mystères a la sagesse orientale, qui est peut-être identique avec le traité de l'âme ou avec le traité de philosophie dont nous parlerons. Ibn-Abi-Océibia, dans la Vie d'Averroès, parle d'écrits échangés entre celui-ci et Tofaïl, sur divers sujets de médecine. Averroès lui-même, dans son commentaire moyen sur le Traité des météores (liv. II), en parlant des zones de la terre et des lieux habitables et non habitables, cite un traité que son ami Tofaïl avait composé sur cette matière. Dans son commentaire moyen (inédit) sur la métaphysique (liv. XII), Averroès, en attaquant les hypothèses de Ptolémée relatives aux excentriques el aux épicycles, dit que Tofaïl possédait, sur cette matière, d'excellentes théories dont on pourrait tirer grand profit : ce qui prouve que To aïl avait fait des études profondes sur l'astro? e de son temps. C'est dans le même sens qu'Abou ishak-al-Bitrôdji (Alpetragius) parle de maître Tofaïl; dans l'introduction de son Traité d'astronomie, où il cherche à substituer d'autres hypothè es à celles de Ptolémée, il s'exprimi ; ii gais, mon frère, que l'illustre

kàdhi Abou Becr Ibn Tofaïl nous «lisait qu'il trouve un système astronomique et de9 principes

pour ces différents mouvements, autres que les principes qu'a posés Ptolémée, et sans admettre ni excentrique ni épieyele; et avec ce système, disait-il, tous ces mouvements sont avérés, et il n'en résulte rien de faux. Il avait aussi promisd'écrire là-dessus, et son rang élevé dans la science est connu. »

Mais l'ouvrage qui a illustré parmi nous le nom de Tofaïl est un traité où la philosophie de l'époque est présentée sous une forme nouvelle et originale, et qu'on a qualifiée de Roman philosophique. Tofaïl, à ce qu'il paraît, appartenait à cette classe de philosophes contemplatifs que les Arabes désignaient par le nom d'Ischrâkiyyîm, ou partisans d'une certaine philosophie orientale, et dont nous avons parlé dans un autre endroit (voy. le mot arabes); il cherchait à résoudre, à sa manière, un problème qui préoccupait beaucoup les philosophes musulmans, celui de la conjonction ou de l'union de l'homme avec Yintellect actif et avec Dieu. Peu satisfait de la solution de Gazâli, qui n'a d'autre base qu'une certaine exaltation mystique, il suivit les traces de son maître Ibn-Bâdja, et montra comme lui le développement successif des notions de l'intelligence dans l'homme solitaire, libre des préoccupations de la société et de son influence; mais il voulut présenter un solitaire qui n'aurait jamais subi cette influence, et dans lequel la raison se serait éveillée d'elle-même, et arrivée successivement, par son propre travail et par l'impulsion de l'intellect actif, à l'intelligence des secrets de la nature et des plus hautes questions métaphysiques. C'est là ce qu'il a essayé dans son célèbre traité qui porte le nom de Hay-Ibn- Yakdhân, nom allégorique donné au solitaire, et qui signifie le vivant, fils du vigilant. S'emparant d'une fiction d'Avicenne, il fit naître Hay sans père ni mère, dans une île inhabitée située sous l'équateur. Par certaines circonstances physiques remplaçant le procédé de la génération, l'enfant sort de la terre, et une gazelle se charge de le nourrir de son lait. Les différentes périodes de l'âge sont marquées par des progrès successifs dans la connaissance de tout ce qui est. Les premières connaissances de Hay se bornent aux choses sensibles, et il arrive graduellement à connaître le monde qui l'entoure et à acquérir les notions de la physique. Plus tard, il reconnaît dans la variété des choses un lien commun qui les unit. Les êtres sont multiples d'une part, et uns d'autre part; ils sont multiples par les accidents, et uns par leur essence véritable. Ceci le conduit à chercher où résident les accidents et où est l'essence des choses; et il arrive ainsi à distinguer, dans tout ce qui est, la matière et la forme. La première forme est celle de l'espèce. Tous les corps sont unis par la forme corporelle; ils varient par les formes des genres et des espèces, en y comprenant la forme de la substance. Les corps, en général, sont un composé de la matière première et des formes de corporéité et de substance. En contemplant ainsi la matière et les formes, le solitaire se trouve sur le seuil du monde spirituel. Il est évident que les corps inférieurs sont produits de quelque chose; il y a donc nécessairement quelque chose qui fait les formes, car tout ce qui est produit doit avoir un producteur. Dirigeant le regard vers le ciel, Hay trouve une variété de corps supérieurs ou célestes. Ces corps ne sauraient être infinis; il reconnaît dans les cicux, ou les sphèjes célestes, îles mrps finis. Les sphères, avec ce qu'elles renferment, sont comme un seul individu, et de cette manière tout l'univers forme une unité. L'univers est-il éternel, ou bien a-t-il eu un commencement dans le temps? Ces) là ce que le so-

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