‹ Dictionnaire des sciences philosophiques (volume 2)Chapitre 400 sur 439 · T( )FA · texte numérisé non relu

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litairc ne peut décider; car il y a des raisons également fortes pour l'une et l'autre hypothèse. On voit cependant qu'il penche plutôt pour l'éternité du monde. Quoi qu'il en soit, il reconnaît qu'il y a un être agent qui perpétue l'existence du inonde et qui le met en mouvement. Cet être n'est pas un corps, ni une faculté dans un corps ; il est la forme de l'univers. Tous les êtres étant l'œuvre de cet être supérieur ou de Dieu, notre pensée, contemplant la beauté de l'œuvre, doit se porter aussitôt vers l'ouvrier, vers sa bonté et sa perfection. Toutes les formes se trouvent dans lui et sont issues de son action, et il n'y a en quelque sorte d'autre être que lui.

Faisant un retour sur la faculté intellectuelle qui est en lui, notre solitaire trouve qu'elle est en elle-même absolument incorporelle, puisqu'elle perçoit l'être séparé de toute dimension ou quantité, ce que ne peuvent ni les sens, ni la faculté imaginative. C'est là la véritable substance de l'homme : elle ne naît ni ne périt. Elle est troublée par la matière, et il faut qu'elle fasse des efforts pour s'en dégager, en ne donnant au corps que les seins absolument nécessaires pour son existence. La béatitude de cette substance et sa douleur sont en raison de son union avec Dieu ou de son éloignement de Dieu. Rien de ce qui est sous la sphère céleste n'est égal à cette substance; mais elle se trouve à un plus haut degré dans les corps célestes (intelligences des sphères). L'homme ayant de la ressemblance avec les trois espèces d'êtres, savoir, avec les autres animaux, avec les corps célestes, et avec l'être véritablement unique , doit nécessairement ressembler, par ses actions et par ses attributs, à toutes les trois.

Le solitaire examine ensuite les actions par lesquelles l'homme parfait ressemble à chacune des trois espèces, et comment, en se détachant successivement de tout ce qui est inférieur, il doit arriver au dernier terme, c'est-à-dire à ressembler à Dieu et à s'unir avec lui. Il cherche à se détacher de tout ce qui tient aux sens et à l'imagination, à s'annihiler, pour ainsi dire, luimême, pour ne laisser subsister que la pensée seule. Ce qu'il voit dans cet état, il ne peut le décrire, et ce n'est que par des images qu'il représente tout ce qu'il a vu dans le monde spirituel. Il se croit entièrement identifié avec l'Etre suprême, et tout l'univers ne lui semble exister que dans Dieu seuL dont la lumière se répand partout et se manifeste plus ou moins dans tous les êtres, selon leur degré de pureté. La multiplicité n'existe que pour le corps et le sens; elle disparaît entièrement pour celui qui s'est détaché de la matière. C'est ainsi que, de conséquences en conséquences, notre philosophe, sans se l'avouer, conduit son solitaire au panthéisme. Arrive au plus haut degré de la contemplation, Hay contemple, non pas la Divinité en ellemême, mais son reflet dans l'univers, depuis la sphère céleste la plus élevée jusqu'à la terre. Et ici, l'auteur, oubliant son rôle de philosophe et la mission scientifique qu'il s'est donnée, s'abandonne à son imagination et se livre à des fictions poétiques. Le solitaire voit successivement l'apparition de Dieu dans les intelligences des différen.es sphères, et jusqu'au monde sublunaire. Elle se montre de plus en plus resplendissante dans les sphères supérieures; mais dans le monde de la naissance et de la destruction, elle ne se montre plus que comme le reflet du soleil dans l'eau trouble. Et étant descendu jusqu'à sa propre essence, le solitaire reconnaît qu'il y a une multitude d'autres essences individuelles semblables à la sienne, et dont les unes sont entourées de splendeur et les autres lancées dans les

ténèbres et dans les tourments. Ce sont les âmes pures et impures. Le solitaire voit tout cela dans l'état d'extase, et, lorsqu'il revient à lui, il se retrouve dans le monde sensible, et perd de vue le monde divin; car, ajoute l'auteur, ce bas monde et le monde supérieur sont comme deux épouses d'un même mari, celui-ci ne peut plaire à l'une sans irriter l'autre.

Tofaïl, pour achever sa tâche, devait montrer que les résultats obtenus par son solitaire n'étaient pas en contradiction avec la religion révélée et particulièrement avec la religion musulmane; car la philosophie et la religion, renfermant chacune la vérité absolue, ne sauraient se contredire mutuellement. Hay, étant arrivé, à l'âge de cinquante ans, à s'élever par la pensée seule à la connaissance de la vérité, est mis en rapport avec un homme qui, au moyen de la religion, est arrivé au même résultat, et qui, reconnaissant comme Hay le trouble que portent les sens dans la méditation et dans la vie contemplative, veut se soustraire aux inconvénients de la vie sociale, et vient d'une île voisine chercher un refuge dans l'île déserte habitée par Hay. Les deux solitaires s'étant rencontrés, et Asâl (c'était le nom de l'homme religieux) étant parvenu à apprendre à Hay l'usage de la parole, l'instruit dans la religion et lui fait connaître les devoirs et les pratiques qu'elle impose à l'homme. Il résulte de leurs conférences que les vérités enseignées par la religion et par la philosophie sont absolument identiques, mais que, dans la religion, elles ont revêtu des formes qui les rendent plus accessibles au vulgaire; les anthropomorphismes du Korân et la description qu'on y trouve de la vie future ne sont que des images qui ont un sens profond. La religion est venue en aide à la majorité des hommesqui ne savent pas s'élever, par la pensée, jusqu'à la vérité absolue et marcher dans la voie tracée par cette dernière. C'est encore pour se conformer aux besoins du vulgaire que la religion a permis aux hommes d'acquérir des biens terrestres et d'en jouir en toute liberté, chose qui ne convient pas au véritable sage. Hay manifeste le désir de se rendre au milieu des hommes pour leur faire connaître la vérité sous son véritable jour et telle qu'il l'a conçue lui-même, et Asâl se rend à son désir, quoique avec regret Les deux solitaires, à l'aide d'un navire qui. par hasard, aborde dans leur île, se rendent dans l'île autrefois habitée par Asâl, et où les amis de celui-ci font à Hay l'accueil le plus honorable. Mais à mesure que Hay leur expose ses principes, leur amitié se refroidit, et le philosophe, ayant acquis la conviction qu'il s'était imposé une tâche impossible, retourne à son île, accompagné d'Asâl. Les deux amis, renonçant pour toujours à la société, se vouent, jusqu'à leur fin, à une vie austère et contemplative.

L'ouvrage de Tofaïl a été traduit en hébreu, et Moïse de Narbonue a accompagné cette version d'un commentaire très-savant (voy. Juifs, philosophie chez les). L'original arabe a été publié avec une traduction latine, par Edward Pococke, sous le titre de: Philosophus autodidactus, sivc Epislola de Hay ben Yakdhân, in-4, Oxford, 1671. La version latine de Pococke trouva bientôt deux traducteurs anglais dans Ashwcll et dans le quaker George Keith. Une troisième traduction anglaise, faite sur l'original arabe, a été donnée par Simon Ockley, sous le titre suivant : The improvemenl of human reason exhibited in the life of liai Ebn Yakdhân : written bg Abu Iaafcr Ebn Tofaïl, Londres, 1711. Une traduction hollandaise, publiée en ltS72, a été réimprimée à Rotterdam en 1701, in-8; et une tra-

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