VICO
VIE
sagesse lorsque celle sagesse refuse de la servir. La tâche sociale de l'historien philosophe est de retrouver partout les éléments de cette nature commune, puis de marquer les âges, les phases qu'elle parcourt régulièrement en se développant, en se perfectionnant ou en se dégradant; enfin, de tracer le cercle idéal où tourne le monde réel, le plan assigné par la Providence, par la cause créatrice et conservatrice, à chaque nation, à chaque société particulière, et, par conséquent, à la civilisation universelle. Pour accomplir cette tâche, il suffit du sens commun : c'est lui qui constitue le fond de la sagesse humaine et qui nous fait saisir le général au milieu des détails, le vrai durable au sein de la mobilité universelle. L'usage impartial de cet organe, dédaigné de certains philosophes, conduit Vico à proclamer comme vérités philosophiques à la fois et historiques, ces trois principes essentiels : 1° réalité d'une Providence invisible, attestée par l'institution universelle des religions; 2° nécessité de dompter les passions et de les convertir en vertus sociales, correspondant à l'institution des mariages et des familles ; 3° croyance naturelle à l'immortalité de l'âme, confirmée par l'institution des sépultures. A côté de ces trois articles de foi, Vico admet une croyance plus vaste encore, celle du besoin permanent de société ; et en comparant les périodes de l'existence sociale, soit chez le même peuple, soit chez des peuples différents, il arrive à les réduire à trois âges distincts : l'âge divin ou théocratique, âge obscur, qui parle une langue sacrée ou hiéroglyphique; l'âge héroïque ou fabuleux, qui se sert d'un idiome, métaphor que et poétique; l'âge humain ou historique, qui emploie le langage véritablement lettre et classique. C'est la civilisation du second âge, la sagesse poétique, celle dps géants et des poètes, qui fait l'objet propre du second livre de la Science nouvelle, et que Vico sait traiter avec un art nouveau, avec une pénétration et une étendue d'érudition qui l'ont placé parmi les créateurs de la philosophie des mythes et des cultes.
Le quatrième et le cinquième livre, toutefois, sont davantage de notre ressort. L'auteur y déroule les époques successives du droit religieux et civil, les révolutions politiques et morales, qui répondent aux trois phases de la société humaine, la justice théocratique et impitoyable de l'âge divin, l'équité politique mais arbitraire encore de l'âge héroïque, l'égalité civile de l'âge humain, qui, selon Vico, se conserve le mieux dans une monarchie bien constituée. La perte de l'indépendance et la corruption interne sont les deux causes qui mettent tin à la vie d'une nation. Deux remèdes sont capables de la lui rendre : une monarchie puissante eu la conquête par un peuple meilleur. Si l'un et l'autre de ces deux moyens étaient impuissants, la nation se dissoudrait, se disperserait comme l'empire romain, et ferait place à une autre société, qui, recommençant avec la même nature la même série d'évolutions, parcourrait probablement le même cercle, développerait librement les mêmes facultés, et obéirait, peut-être sans le savoir, aux mêmes décrets providentiels. C'est cette marche identique et circulaire, cette communauté de retours, corsi e rieorsi, cette rotation universelle, qui a f lit donner à toute la théorie de Vico- le titre de système des retours historiques.
Nous regrettons de ne pouvoir entrer dans plus de détails. C'est par la variété, trop multipliée souvent; des circonstances et des inductions, que l'ouvrage de Vico attache et instruit, autant que par la rare sagacité avec laquelle il
analyse les traditions héroïques, les fi rtions ou les lois primitives, et tout ce qui', dans le passé, peut contribuer à éclaircir l'avenir. Quelle innombrable multitude de points de vue I Mais quel dommage aussi, comme le sentait Goethe (Ma vie, p. 2), que ce « Hamann d'Italie » se soit contente, sur tant de questions, de simples pressentiments, d'indications sibyllines, de conjecture* grandioses, mais confuses et subtiles! Dos lacunes sérieuses se font remarquer, d'ailleurs, à travers tout ce travail imposant. D'une part, il court risque de se perdre dans les circuits du droit romain; d'autre part, il n'accorde presque nulle attention ni aux productions de l'art, ni aux monuments de la philosophie proprement dite. Son principal mérite consiste à mettre sur le premier plan de la vie sociale les notions du droit, celles de la justice publique et des institutions qu'elle constitue, celles enfin de L'État et du gouvernement, qui ne devraient être que le droit organisé et réalisé extérieurement. Mais cette juste préoccupation lui ferme les yeux sur le rôle que la religion joue dans les époques où l'idée du droit ne domine pas encore. Ainsi, l'Orient se trouve négligé autant que Rome est savamment consultée et dépeinte. Un reproche non moins fondé regarde les conclusions théoriques de la Science nouvelle. Elle s'arrête à l'existence des nations, à leur commune nature, à leur marche circulaire; elle ne s'étend pas à l'ensemble des nations, à l'espèce humaine même. Que devient celle-ci, de retours en retours? avance-t-elle, abstraction faite de tel ou tel peuple? Si elle avance, dans quel ordre le fait-elle, le doit-elle faire? Suit-elle, comme Gœthe le pensait, une ligne spirale? son développement est-il vraiment progressif, ou à quelles conditions le peut-il devenir? Voilà le problème auquel Vico ne songeait guère, et auquel Bossuet et Herder s'intéressèrent davantage. Nonobstant ces vides et ces faiblesses, peut-être inévitables, Vico gardera le rang que lui valurent son génie persévérant^ et pénétrant, et son héroïque foi dans la dignité de la science et dans la puissance du droit. M. J. Ferrari a publié une édition complète des œuvres en prose de Vico, Milan, 1837, 7 vol. in-8. M. Michelet a traduit la Science nouvelle sous ce titre : Principes de la philosophie de l'histoire, Paris, 1827, in-8; et a publié des Œuvres choisies de Vico, 1836, 2 vol. in-8.
Consultez : Ferrari, Vico et l'Italie, Paris, 1840, in-8 ; — Th. Jouffroy, Mélanges philosophiques, de la Philosophie de l'histoire : Bossuet, Vico, Herder. C. Bs.
VIE. « La vie, a-t-on dit, est un principe intérieur d'action. »
« La vie, a-t-on dit encore, est l'alliance temporaire du sens intime et de l'agrégat matériel, au moyen d'un èvopij.ov dont l'essence est inconnue. »
« La vie est l'organisation en action, l'activité spéciale des corps organisés. »
« C'est une collection de phénomènes qui se succèdent pendant un temps limité dans un corps organisé. »
« C'est l'uniformité constante des phénomènes, en regard de la diversité des influences extérieures. »
Nous nous garderons bien d'ajouter une définition à ces définitions, et à bien d'autres, toutes à peu près également défectueuses et insuffisantes. Nous nous bornerons à une désignation.
La vie est un des modes de l'existence : c'est ùl y a de commun dans la manière ûont existent les corps qu'on appelle organisés, c'està-dire les végétaux et les animaux
VIE
VIE
La vie peut être considérée, premièrement , dans son aspect en quelque sorte extérieur, dans les formes qu'elle revêt, dans les conditions organiques auxquelles elle est liée, dans les actes par lesquels elle s'exprime.
Elle peut l'être, en second lieu, dans les facultés, les forces, qu'il est permis d'induire de ces formes, de ces conditions, de ces actes, dans le principe auquel on rattache ces facultés , ces forces, dans les systèmes qui ont été émis sur ces facultés, ces forces, ce principe.
Examinons donc, d'abord, la vie dans son extérieur, c'est-à-dire sous le rapport des conditions et des actes qui la caractérisent chez les êtres qui en sont doués.
La première, et en quelque sorte la plus frappante des conditions de la vie, ce sont les formes soit générales, soit partielles, soit extérieures, soit intérieures, soit composées, soit élémentaires, des êtres auxquels on l'attribue, les végétaux et les animaux. Or, ces formes, il n'est pour ainsi dire besoin que de les rappeler. Tandis que celles des minéraux, des corps qu'on appelle inorganiques et inertes, sont anguleuses et géométriques, celles des végétaux et des animaux, au contraire , sont adoucies , arrondies , affectent toutes sortes de courbes, qu'il est impossible de ramener à des formes géométriquement régulières. Et cela a lieu, comme nous le disions, dans les formes particulières, intimes, primordiales, du végétal et de l'animal, comme dans leurs formes générales ou extérieures.
A ces formes arrondies des corps vivants sont jointes une mollesse, une élasticité de leurs tissus et de leurs organes, qui résultent du mélange ou plutôt de la combinaison de parties liquides et de parties solides; combinaison dans laquelle, chez les animaux au moins, les liquides sont de beaucoup prédominants. Mais ce mélange des parties liquides aux parties solides, dans les corps organisés ou vivants, ne s'y fait point de la même manière que dans les corps inorganiques ou inertes. Dans ces derniers, les liquides, lorsqu'il y en a de mêlés aux solides, y sont rassemblés par masses, grandes ou petites, irrégulièrement disposées et sans aucune loi apparente. Dans les corps vivants, au contraire, ils sont contenus, conservés, et surtout mus dans des réservoirs et des canaux dont l'organisation est des plus évidentes et des plus parfaites. De ces réservoirs et de ces canaux, les uns renferment et transportent des substances liquides ou qui ne tarderont pas à l'être, venues du dehors pour servir à la nutrition; d'autres surtout, et c'est là ce qui constitue la circulation proprement dite, renferment et transportent les liquides, blancs ou rouges, provenant plus ou moins directement de ces substances, la sève, la lymphe, le chyle, le sang, liquides destinés à la nutrition des organes et à l'entretien de la vie; d'autres, enfin, donnent passage aux liquides ou aux matières de la dépuration et de l'excrétion.
Cet appareil multiple et varié du mouvement des liquides dans Les êtres vivants, à peine ébauché, à peine apparent, chez les plus abaissés d'entre eux, devient d'autant plus manifeste, d'autant plus partait, qu'on s'élève davantage dans la série de ces êtres, des végétaux aux animaux, et, chez les uns et les autres, des plus simples aux plus composés.
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reil, dont l'importanci ;rande, etqui se
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is d'une plus riche organisation. Nous vou-
n il de la respiration, qui a
objet de re< ueillir dans L'atmosphère une
substance gazeuse , la substance peut-être la plus indispensable à l'entretien de la vie; chez les plantes, le carbone; chez les animaux, l'oxygène.
C'est aussi à mesure qu'on s'élève dans l'échelle des êtres vivants, ou plus exactement ici dans l'échelle des animaux, qu'on voit apparaître une nouvelle condition de la vie, un nouveau système d'organes, qui donne à cette vie un nouveau caractère, la rend plus active, plus personnelle, en y ajoutant ce qu'elle paraît ne pouvoir tenir que de ce système, la sensibilité. Ce nouveau, ce suprême appareil organique, nous avons à peine besoin de le nommer : c'est le système nerveux, désigné encore, pour les raisons que nous venons de rappeler, sous les noms de système sensible, de système excitateur.
Dans ce premier et trop court parallèle des corps inertes et des êtres vivants, nous avons déjà prononcé deux ou trois fois le mot d'organes , et nous croyons aussi celui de fonctions. Ces deux mots, ou plutôt les deux choses qu'ils représentent, constituent, c'est ici le lieu de le dire, la grande, la plus grande différence qui existe entre ces deux grandes séries d'êtres.
Dans les corps inertes, dans les minéraux, il n'y a qu'une masse homogène, qui n'offre en réalité ni différences, ni parties. Dans les êtres vivants, au contraire, il existe essentiellement des parties très-différentes, très-distinctes, des instruments spéciaux, des organes ayant des usages, des fonctions distinctes, lesquelles, néanmoins, concourent toutes à un but commun, qui est la vie de l'individu.
Lorsque, pénétrant plus avant dans la recherche des conditions matérielles qui caractérisent les corps vivants, on détermine la texture intime et la composition de leurs organes, comparativement à la composition des corps inertes, voici, en somme et très-brièvement, les résultats auxquels on arrive.
Dans les corps vivants, les éléments ou les principes immédiats des organes sont essentiellement différents de tout ce qui se rencontre dans les corps inorganiques.
Ces principes, qu'on connaît sous les noms d'amidon, de gluten, de gomme, d'albumine, de gélatine, etc., donnent lieu, en outre, dans les végétaux, et surtout dans les animaux, à des composés extrêmement nombreux qui constituent les tissus et les organes. Lorsqu'on les décompose et qu'on les ramène à leurs éléments simples, à leurs principes médiats ou indécomposables, on trouve que ces éléments simples sont beaucoup moins nombreux que ceux des corps inorganiques. Parmi ces éléments des corps vivants, ceux qui s'y rencontrent dans la proportion incomparablement la plus considérable sont au nombre de quatre. Ce sont l'oxygène, l'hydrogène, le carbone, et enfin l'azote; ce dernier élément est, en quelque sorte, particulier aux corps vivants. Les corps inertes lie le contiennent pas; ils ne présentent à l'analyse chimique que les trois autres : l'oxygène, l'hydrogène et Le carbone. De plus, dans ces corps inertes, les cl. aples
ne sont combinés que deux à deux, et ces eo binaisons conservent leur caractère binaire dms le cas même où trois ou quatre éléments sonl /•s dans la composition du corps. Dans les corps vivants, au contraire, les éléments sont combinés trois à trois, ou quatre à quatre, el les composés qui en résultent offrent infiniment moins de ténacité que les composés minéraux.
La naissance, l'origine des corps vivants, n'est pas non plus la même que celle des corps privés dévie: car ceux-ci ne naissent pas. Ils se fordans des conditions déterminées, soit par
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agrégation de certains éléments simples, soit en se détachant mécaniquement de masses déjà formées. Les corps vivants, au contraire, pour ne pas parler ici du mystère des générations spontanées et des contradictions de la science sur ce point, les corps vivants naissent d'un individu vivant, par scission, par bouture, par germe, ou plus généralement et d'une manière caractéristique, soit dans les végétaux, soit dans les animaux, par génération.
Après la naissance vient le développement. On l'a dit, et nous ne faisons que le rappeler : dans les corps inertes, ce développement, qui n'est en réalité chez eux qu'un accroissement, a lieu par juxtaposition, et du dehors en dedans. Dans les corps vivants, au contraire, il se fait du dedans au dehors, par intussusception, par nutrition, par assimilation, en vertu de cette organisation vasculairc dont nous n'avons pu qu'indiquer l'admirable mécanisme.
Enfin, au terme de ce développement, après un certain temps de vie et une période de décadence, les corps vivants, végétaux et animaux, cessent de vivre; ils meurent, à la différence capitale des corps inertes qui peuvent s'altérer, se dissoudre, mais qui ne meurent pas. La mort, au point de vue extérieur, apparent, c'est la fin de l'individu, l'annihilation complète de son organisme; c'est ensuite la dissolution, complète aussi, de cet organisme, tellement qu'au bout d'un temps plus ou moins long, il ne semble plus en rester un atome, tout en ayant été rendu à la terre et à l'air, ou à leurs divers éléments.
Nous venons de résumer, aussi brièvement que nous l'avons pu et que cela nous était imposé par la nature et les bornes de cet article, les caractères extérieurs, et en quelque sorte les apparences de la vie. Mais ce ne sont là que des préliminaires, qui ne forment pour ainsi dire que l'écorce de la question.
Un premier pas à faire au delà, et ce pas on l'a fait ou l'on a cru le faire, consiste dans la recherche et la déduction des forces particulières d'où découlent les mouvements, les actes dont l'ensemble constitue la vie. C'est surtout à propos de cette mort dont nous venons de parler, c'està-dire de cette annihilation de l'individu, végétal ou animal, que peut se poser cette question des conditions dynamiques, virtuelles, vitales, en un mot de la vie.
C'est, en effet, à la mort qu'éclate le mieux et le plus l'opposition, l'antagonisme qui existe ou semble exister entre les forces générales de la nature, celles qui régissent exclusivement les corps inertes, et les forces particulières qui animent et préservent les êtres vivants. C'est l'évidence de cet antagonisme qui a inspiré deux des définitions de la vie, lesquelles, au fond, n'en forment qu'une : celle de Stahl, qui dit que la vie est le )-':suU>il des efforts conservatoires de l'âme; celle de Bichat, pour lequel la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort.
Les forces qui animent les corps vivants résistent aux forces générales de la nature, pour préserver ces corps de la destruction, ou du dommage, qui est un commencement de destruction. Ainsi elles résistent, par l'action musculaire, à l'action de la pesanteur, pour garantir de chutes mortelles les corps vivants animaux. Elles résistent, dans d'autres conditions et par d'autres actes organiques, aux effets destructeurs d'un froid ou d'une chaleur excessifs. Elles réagissent contro les effets chimiques, moléculaires, d'un grand nombre de substances nuisibles, et, par exemple, des subsl wques.
Les philosophes, ou si l'on aime mieux, les physiologistes, qui ont cherché à systématiser
ces forces particulières des corps vivants et à les distinguer des forces générales de la nature, leur ont donné des noms variables suivant le point d<vue où ils s'étaient placés, suivant la manière dont ils concevaient la vie, suivant l'ordre de faits qui était l'objet de leur détermination.
Pour les uns, il existe avant tout une force plastique ou force formatrice, cause efficiente des mouvements qui accompagnent la formation, la nutrition, la sécrétion. Pour d'autres, une force conservatrice de résistance vitale est, en quelque sorte, le fond de la vie, la condition de son maintien, de ses luttes contre ce qui n'est pas elle. Dans d'autres manières de voir se produisent Vincitabilité, l'irritabilité, Vexcitabiiité, forces ou facultés mises en jeu par les impressions venues soit du dedans, soit du dehors. Puis, enfin, à la place de ces facultés ont pris rang, depuis Haller : la sensibilité et la conlractilité; une sensibilité tantôt sentante et tantôt non sentante ; une contractilité tantôt apparente. tantôt non apparente, ou apparente seulement par ses effets ou ses produits.
Nous n'attachons, nous l'avouons, qu'une assez faible importance à ces questions de détermination, de systématisation, de dénomination des forces ou des facultés de la vie, non plus qu'à toutes les questions où les mots entrent pour beaucoup plus que les choses. Nous ne pouvons, la plupart du temps, nous empêcher, en les rappelant, de nous rappeler aussi Molière, Argant, et l'opium qui fait dormir parce qu'il a une force ou vertu dormitive. Ces déterminations, ces dénominations des forces et des facultés de la vie n'ont de valeur qu'autant qu'elles représentent très-exactement les divers ordres de faits auxquels elles s'appliquent, et qu'après avoir ainsi donné le moyen de mieux grouper et de mieux se rappeler ces faits, elles donnent, par cela même, celui de mieux poser, sinon de mieux résoudre, le double problème que renferme celui de la vie, double problème qui est le suivant :
1° La vie a-t-elle un principe distinct, d'une part de la matière et de ses forces, d'autre part de la force, de la substance pensante, principe qu'on puisse, par excellence, appeler le principe vital ?
2° Quelque réponse qu'on fasse à cette question, l'idée de la vie implique-t-elle l'idée de sensibilité? les corps vivants sont-ils nécessairement des corps sentants, sentant dans leurs actes et par toutes leurs parties?
Les opposants les plus extrêmes à la doctrine du principe vital, d'un principe propre à l'existence et aux actes des végétaux et des animaux, sont ceux qui non-seulement nient ce principe, mais qui, tout en admettant des facultés, des propriétés particulières aux corps vivants, font rentrer ces propriétés dans le domaine des forces générales de la nature, agissant seulement dans les corps vivants, en vertu de dispositions ou de combinaisons différentes de la matière.
On peut, à cette manière de voir sur la nature de la vie, rattacher, de près ou de loin, les opinions, les systèmes qu'ont rendus célèbres les noms d'Épicure et de Lucrèce; ceux qu'ont mis en avant, à des points de vue bien divers et avec des intentions morales bien différentes, Descartes, Sylvius, Borelli, Boerhaave, les îatro-chimistes, les latro-mécaniciens, médecins ou philosophes, auxquels ont succédé, dans leur opinion sur la matérialité exclusive des actions vitales, un certain nombre de physiciens et de physiologistes modernes.
Suivant les auteurs de ces systèmes, ce qui se passe, en tant que vie; dans les êtres vivants, chez les animaux aussi bien que dans les végé-